RIVIÈRES
dresse des batteries. Le maréchal Soult, à la tête de trente mille hommes seulement, tint en échec une armée de soixante mille, protégé qu'il était par le canal du Languedoc. Le canal de Saint-Denis, quoique encore sans eau, fîit pris pour ligne de défense lors de la bataille de Paris. En Flandre, ces mêmes canaux, qui fertilisent et assainissent le pays, tout en facilitant Tapprovisionnement des places de guerre, servent à en inonder les alentours. Les canaux de Mœres, Bergues et Fumes, avant qu'une paix désastreuse nous eût forcés de détruire les beaux ouvrages qui protégeaient la ville de Dunkerque, donnaient, comme le canal royal militaire en Angleterre, et celui de Croydon en Ecosse, abri à des bâtiments de 200 à 300 tonneaux. Ces mêmes canaux produisaient des chasses énergiques qui nettoyaient le port et Font approfondi de 15 pieds en oeuf ans.
BHrMrcB. — La navigation des ritnères, des lacs et de la mer n'étant plus, comme celle des canaux, grevée généralement de /'tutérét d'un capital de construction, est^ dans certains caSy plus économùpie et peut opposer une concurrence redoutable aux chemins de fer. Aussi voyons-nous la Seine, malgré ses nombreux détours, lutter, pour le transport des marchandises, avec les chemins de Rouen et du Havre ^ La Saône, entre Chàlons et Lyon, partage le tonnage avec le chemin de fer parallèle ; mais on ne saurait en conclure <|ue les rivières sont toujours capables de rivaliser avec les chemins de fer. L'avantage, Au contraire, appartiendra le plus souvent à ceux-ci. Elles sont toutes plus ou moins sinueuses, quelquefois parsemées d'écueils, divagantes, torrentielles ou pauvres d'eau, et elles ne deviennent navigables qu'à l'aide de dépenses considérables. Le Rhin, de Bâleà Strasbourg, est tellement rapide, que toute navigation régulière devient impossible. Le Rhône ne soutient la concurrence du chemin de fer de Lyon à la Méditerranée qu'avec une extrême difficulté. Les bateaux, enfin, qui descendent la Loire au-dessus de Roanne, ne peuvent la remonter et sont dépecés à Roanne; et d'Orléans à Tours même le tonnage du chemin de fer (518,000 tonnes) est bien plus grand que celui de la rivière
«Le tonnage du chemin de fer, cependant, d'après le tableau de BI. Mimrd. ». dtre» ce* dernières années, augmenl' pins rapidement que celui de la rivicre.
(135,000 tonnes). De Tours à Nantes il est à peu près le même sur les deux Toies. Les ha, la mer surtout, présentent les chances d'une navigation souvent longue, irrégulière, et périlleuse.
On a beaucoup ogité la question de savoir si les chemins de fer pouvaient être d'une grande utilité en cas de guerre, comme voies stratégiques.
Napoléon a dit que Vart de faire la guerre consistait en grande partie à savoir réunir, à un moment donné, le plus grand nombre de troupes possible sur un même point. 11 ne parait pas douteox que les chemins de fer ne soient appelés à faciliter la solution du problème, et déjà Texpérience a prouvé leur utilité pour le transport des armées.
H. le comte Daru a objecté à Vusage des chemins de fer, comme voies stratégiques, que les armées sont composées non-seulement d'infanterie, mais encore de cavalerie et d'artillerie, et que les diemins de fer se prêteraient difficilement au transport rapide de la cavalerie.
<x Le matériel d'un chemin de fer, a-t*il dit, sera généralemost insuffisant pour le transport d*un nombre considérable de chevawc. Le débarquement de ces chevaux sera long et diflicile. » Nous ne saurions admettre cette objection. Le transport des chevaux peut se faire non-seulement dans les waggons consacrés spécialement à cet usage, mais encore dans la plupart des v«raggons à marchandises. Nous devons aussi faire remarquer que, nos grandes voies stratégiques étant réunies à Paris par le chemin de ceinture, on pourra toujours, à un moment donné, concentrer sur l'une d'elles tout le matériel des autres. Quant à ce qui est des difficultés que présente l'embarquement des chevaux, il a été prouvé, par des expériences spéciales, qu'elles étaient beaucoup moins grandes qu'on Tavait supposé.
On a prétendu que les chemins de fer seraient bientôt détruits ou coupés par l'ennemi. Ils le seraient sâns doute, dans les parties du territoire que l'ennemi occuperait, mais de grandes portions de chemin hors de sa portée serviraient toujours, dans ce cas, à transporter les troupes qu'on lui opposerait.
La guerre d'Orient nous a offert un exemple bien frappant de