DU TRACÉ
— On s'est attaché, dans le tracé de toutes nos grandes lignes, à réduire le taux des pentes à cinq millimètres, et à adopter des courbes de 800 à 1000 mètres de rayon. Si, sur des portions relativement courtes du trajet, la pente s'est élevée à 8 ou 10 millimètres, ce n'est que dans les contrées accidentées, ou la dépense pour rester au-dessous de cette limite, eût été excessive, et si on a admis des courbes de 4 ou 500 mètres de rayon, ce n'est que dans les parties du parcours telles que la traversée des gares de 1'* classe où la vitesse devait être réduite. Les hommes qui n'ont étudié la question des chemins de fer que superficiellement croient que si, aujourd'hui que l'on a amélioré les locomotives, nos grandes artères n'étaient pas encore commencées on les construirait différemment et que l'on adopterait avec avantage une plus grande inclinaison et diminuerait le rayon des courbes. Cest là une erreur grave. L'emploi de machines plus puissantes, plus légères et plus flexibles permet d'aborder avec moins de dépense l'exploitation des fortes rampes combinées avec des lignes sinueuses; mais il ne saurait enlever aux chemins à pentes faibles et courbes de grand rayon leur supériorité au point de vue de la traction.
Quelque perfectionnement que l'on apporte aux machines, on n exercera aucune influence sur l'accroissement de résistance qui provient de l'accroissement de la pente.
Quant au surcroit de dépense qu'occasionne l'amélioration du Iracé, il sera d'autant moins sensible que le trafic sera plus actif, ft si on le calcule pour l'unité de transport, la tonne transportée à wn kilomètre, il s'efTacera devant l'économie opérée sur la traction.
L'exploitation des lignes à grande circulation, sur des pentes fortes ou dans des courbes trop prononcées, se ferait d'ailleurs dans de mauvaises conditions.
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Sur ces lignes, en effet, les trains de voyageurs doivent, pour répondre aux exigences du public, marcher à de grandes vitesses, et le transport des marchandises doit, pour que le chemin puisse lutter avec la voie navigable, s'opérer très-économiquement. Or, sur des lignes à fortes rampes et à courbes de petit rayon, la solution du problème offrirait de grandes difficultés.
Les machjines à voyageurs sur des pentes roides ne i^ourraient atteindre de grandes vitesses qu'en traînant de petits convois. Il faudrait donc, pour satisfaire le pMblic, m]aUi|^Uer les cop,vois. Dan^s les courbes de petit rayon , elles seraient exposées à dérailler. Quant aux machines à m^i:chandises, elles o^ pourraient travailler économiquement en remorquant d,es charges cop^idérables qu'autant qu'elles marcheraient à très-petites vitesses. Or, si l'on augmentait le nombre des convois de voyageurs et que Von diminuât la vitesse de ces convois, il en résulterait inévitablement un encon)brement sur les voies.
Prepons, par exemple,^ le chem^l du Nord de la Fi:ance, f^acc avec des peijites faiblçs et^ dçs courbes de grand rayon. MjEilgré la faiblesse des pentes, la chai*ge des convois express est tellç que la puissance d.es machines qui les remorquent est devenue insuriisante, et que Ton s^ voit obligé de chercher des moyens d'augmenter Tadhérepce. Pour le transport des marchandises, une difficulté semblable se présentait. La concurrence de la voie navigable, obligeant la Compagnie à ne négliger aucun moyen de réduire les Irais d.e tractioa, uBn de pouvoir réduire son tarif, la puissance des machines dut être également augmentée, et aujourd'hui machines à voyageurs et machines à marchandises, paraissent encore trop faibles. Qujs serait-ce si la pente était plus forte!
Il en est de même sur les grandes lignes en Angleterre. Ce n^cst pas q^p daps ce pays, où les canaux sont à petite section, ou ait à se préocciiper autant qu'en Frapce de diminuer les frais de traction pour les marchandises ; mais le pu)}lic y est plus exigeant encore qu'en France poilr la vitesse, et on se trouve conduit, pour le satisfaire sans augo^enter le nombre des trains outre mesure, à surcharger les roi^es motrices a l'excès et a écraser la voie. Avec des pentes plus fortes l'embarras croîtrait.