INCLINAISON DES TALUS
néral, toutes leurs dimensions, doivent être en rapport avec le maximum de la quantité d'eau qu'ils sont destinés à recevoir.
Au chemin de Strasbourg, dans une partie du chemin voisine de Nancy, les fossés étant de dimensions insuffisantes pour donner écoulement aux eaux au moment d'une grande crue, la chaussée a été inondée, le ballast a été enlevé, et la voie dérangée à tel point, que le convoi-poste, arrivant à grande vitesse sur cette voie, a déraillé, et que si cet accident n'a pas eu de graves conséquences, cela lient à des circonstances exceptionnelles.
Il est par conséquent de la plus haute importance de préserver aussi bien que possible, par des moyens quelconques, tous les ouvrages d'un chemin de fer, et notamment la voie, du contact des eaux, soit souterraines, soit pluviales. On ne doit rien épargner pour atteindre ce but.
incUnaiNon de» «alun. — Les régies qui servent à déterminer l'inclinaison des talus des tranchées ou des remblais pour les routes ou pour les canaux s'appliquent aussi aux chemins de fer. Nous devons néanmoins faire observer que, sur un chemin de fer, les conséquences d'un éboulement sont bien autrement graves que sur une route ordinaire, bien plus difficiles à réparer, et que les dépenses pour modifier les talus d'une tranchée, une fois le chemin en activité, sont bien plus considérables.
// est donc essentiel, sur un chemin de fer, de déterminer l'inclinaison des talus avec assez d'exactitude pour qu'il ne devienne pas nécessaire de les retoucher après l'ouverture du chemin.
Sur le chemin d'Àlais à Bcaucaire, l'cboulement du talus d'une tranchée a occasionné, en barrant la voie, la rupture d une locomotive et de plusieurs wagons chargés de charbon. Sur celui de Londres à Bristol, un accident du même genre a eu pour conséquence la mort de plusieurs voyageurs. Sur le chemin de Versailles (rive gauche), dans la grande tranchée de Clamart, la rectification d'une partie des talus, après l'ouverture du chemin, a exigé une dépense double de celle qui eût été nécessaire pour le même travail s'il eût été fait de prime abord.
L'angle sous lequel se soutiennent les talus des tranchées varie suivant la nature du terrain. On trouvera d'utiles indications à cet
TIUCÊ DES CHEMINS DE FER
égard dans l'ouvrage de M. Minard sur les ouvrages qui établissent ta navigation des rivières et des canaux, et dans l'ouvrage anglais de Brees, traduit en français sous le nom de Science pratique des chemins de fer.
Quel que soit cet angle, il ne faut pas oublier que tel terrain qui résistera avec un talus d'une grande inclinaison avant d'être exposé aux intempéries de l'air pourra s'ébouler sous le même angle lorsqu'il en aura subi l'influence. Certains schistes, surtout, s'attendrissent en peu de temps au contact de l'air.
Lorsque le terrain est très-coulant, les talus ne se soutiennent sous aucun angle, et il faut dans ce cas employer différents moyens que nous indiquerons au chapitre des terrassements.
Déposition des talus. — Anciennement, on était dans l'usage de ménager, sur les talus des grandes tranchées, à une petite hauteur au-dessus du fossé, une banquette d'environ 0m,30 de largeur, sensiblement inclinée contre les talus. Cette banquette avait pour but d'empêcher les petites pierres qui se détachent des talus, surtout par l'action de la gelée et du dégel, de descendre dans le fossé et de l'obstruer. Elle recevait aussi, comme lieu de dépôt momentané, des boues dépendant du nettoyage des fossés. Aujourd'hui on supprime la banquette B (lig. 8), et on remplace le profil en ligne
Fig. 8. — PBuquetles.
pleine au bas du talus par le profil en ligne ponctuée. La banquette se trouve alors transportée en B' le long de la chaussée, et elle sert en même temps au dépôt momentané des boues, et à la circulation des cantonniers. La largeur de cette banquette a été, dans
PHÉCAITIOXS CONTRE LA NEIGK. 179
le cahier des charges imposé aux Compagnies en 1859 pour les nouveaux réseaux, fixée à 0m,50.
Quant aux pierres détachées des talus, elles descendent dans le fossé, d'où on les retire en le nettoyant.
Quelques ingénieurs, cependant, ayant remarqué que les houes déposées sur la banquette qui longe la voie nuisaient à l'écoulement des eaux qui traversent la chaussée et gênaient pour la circulation, ont maintenu la banquette sur le talus.
On a aussi ménagé des banquettes ou construit des cavaliers du côté des vents dominants et planté des arbres.
Souvent encore on a établi d'autres banquettes espacées de quatre . mètres en quatre mètres ; elles divisent les lignes de plus grandes pentes de talus en plusieurs parties sur lesquelles les eaux pluviales ne peuvent pas acquérir une vitesse capable de les raviner. Néanmoins l'expérience a démontré que ces banquettes étaient plutôt nuisibles qu'utiles si on ne les disposait pas en l'orme de fossés dans toute leur longueur. Dans ce cas, on donne écoulement aux eaux de ces fossés au moyen de rigoles en maçonnerie établies de distance en distance sur la surface des talus.
Sur certains chemins de fer, celui de Lyon, par exemple, on a placé avec avantage des cavaliers ou des petits murs au sommet des talus des tranchées.
Précaution** contre la neige. — Au chemin de Strasbourg, dans les mois de février et décembre 4853, et dans les premiers jours de. janvier 1S54, des encombrements de neige ont, sur divers points, forcé à suspendre la marche des trains. Ces encombrements ont été produits par des quantités de neige considérables qu'une tempête de vent ouest-sud-ouest balayait dans la plaine et chassait dans les tranchées. Ce sont surtout les tranchées peu profondes qui ont été comblées; les grandes tranchées ont été épargnées; les neiges se sont accumulées dans le haut des talus, mais sans s'étendre sur la voie de fer. Dans les parties boisées, les tranchées peu profondes ont été préservées des neiges aussi bien que celles d'une grande profondeur.
Pour se préserver autant que possible de ces envahissements de la neige, les clôtures sèches ont été remplacées par des écrans en
TRACÉ DES CHEMINS I»E FER
planches. Ces écrans ont produit un assez bon effet; et nous en avons fait usage fréquemment depuis lors.
« Les accumulations de neige, dit M. Muntz, ont lieu principalement du côté des vents dominants, dans les tranchées, dans lespassais des remblais aux déblais, et sur les points où une barrière ou un passage par dessus forme un obstacle qui arrête l'action des vents.
« Le moyen le plus efficace qu'on emploie pour garantir lespoints les plus exposés consiste dans l'élargissement de la tranchée par la création d'une banquette de 2m,50 à 4 mètres de largeur,, établie du côté des vents dominants ; de plus, dans la construction d'urt cavalier de 4",*20 à lm,50 de hauteur et élevé à une certaine distance de la crête du talus.
« Ces deux précautions réunies suffisent pour forcer les neiges àse déposer sur les banquettes et à n'envahir que faiblement la voie proprement dite. L'élargissement de la tranchée présente encore 'avantage de faciliter le passage de la grande charrue à neige, qui, sans cette précaution, comprimerait tellement la masse, qu'elle pourrait difficilement la traverser quand les hauteurs de neige atteignent de lm,00 à 4m,20.
« En Bavière, on se contente quelquefois, au lieu de former une banquette, de donner au talus des tranchées exposées aux neiges mouvantes une inclinaison de 5 de base pour 4 de hauteur, pour conserver aux vents la possibilité de chasser la neige, qui se dépose sans cette précaution.
« Sur les points où il n'existe ni cavaliers ni banquettes, et où les encombrements se produisent sous l'action des vents forts et continus, on remplace les cavaliers par des clôtures en planches de lm,50 à 2 mètres de hauteur, placées de 7 à 10 mètres en arrière de la crctc dès talus, ou par des haies vives et des plantations d'épicéas et d'autres arbustes d'une croissance rapide. Ces plantations sont établies sur trois rangs parallèles si elles ne se font pas en massif.
« Les plantations essayées sur une vaste échelle ont rendu de très-bons services dès qu'elles avaient atteint une hauteur de 2 mètres, et les effets obtenus par ces moyens combinés ont été