‹ Traite elementaire des machinesChapitre 43 sur 46 · La description des les plus usitées exigerait un ou · texte numérisé non relu

La description des les plus usitées exigerait un ou

vrage spécial ; et pour ne citer que les principales, nous indiquerons les Machines suivantes : scies mécaniques, droites et circulaires. — Les laminoirs, refenderies, fileries pour les métaux. — t,es Machines à préparer le coton , qu’on nomme batteur, loup, carde. — Les Machines à étirer les matières filamenteuses, à filer, à dévider, à tisser, à faire le lacet, le cordonnet.— Les Machines à lainer les draps, à les calendrer, ratiner, fouler, tordre. — I>cs moulins à huile, à farine, à papier. — Les instnimens d’agriculture, charmes, semoir, cxtirpateur. Machines àhattre le blé, à faner, à râper, etc. Parmi les ouvrages nouvellement publiés sur ces Machines oiüils, nous recommandons les atlas de M. Leblanc, dessinateur et graveur au Conservatoire des Arts et Métiers. Un outil très-simple, X'an-on , qui sert à préparer la laine du feutre , a fixé l’attention du savant Monge , auteur du premier Traité de géométrie descriptive (*). Nous croyons devoir publier son Mémoire sur le feutrage, pour montrer comment l’observation des procédés les plus siniples des Arts , peut conduire à des découvertes importantes et sur la nature des substances premières , et sur les meilleurs moyens de les travailler. Nous ferons précéder ce Mémoire de In description de l’arçon, qui comprendra la manière de s'en servir.

(*) MüDge, né i Beaunc, le 10 mai éln membre de rAcadéisie royale dea Sciences en 17811 -, mort à P.iris le 18 juillet 1818:

Mooge a publié pluaiean' Hémoirés sur les arts industriels. Le volume de l’Académie rovalc desScieuccs, auiiée 1786, contient un Mémoire sur le fer, publié au noordc Vandermomlc-, Bcrtliolcl et Monge; le Mémoire sur le feutrage est inséré dans le Tome VI det Aanatef de Chimie, année 1790. Le tome XXXII des mêmes Annales, année i8oo, contient mlü notice sur I.1 fibriration du fromage de Parmesan. En 1 794, il avait publié un vol. in-4*, ‘’asec fio planches, sur l’art de fabrirpier les canons. La première édition du Traité de statique, son iinlqiie ouvrage de Mécanique .ratimmelle , a paru en 1786; les cinquième et sixième éditions de ce Traité ont été publiées en i8io et i8a6 avec messiotes.

. Aucun établissement n’a plus contribué au développement de l’industrie en France , que rficolc polytechnique. Ceux qui désireront connaître les premières dispositions relatives à la formation de cette école, peuvent consulter deux brochures in-8* de Monge, imprimées par ordre du gouvernement en 1795 , sons les titres Programmes de l'enseigitemeni pol} - Sechnûftte Dévetoppemeas eur cet enseigsiemeat.

De l'arçon et de la manière d’arçonner.

68. L’arçon est^une espèce d’archet garni d’une cordera boyau; il est composé d’une perche ronde de sapin, de aa à uG décimètres de longueur, de 5 centimètres de diamètre; vers les extrémités de cette perche et dans le même plan qu’elle, sont adaptées, à tenons et mortaises, deux planchettes , l’une chantournée et saillante , de a décimètres , qui s’appelle le bec-à-corbin ; l’autre qu’on nomme le panneau, plus épaisse à sa base que vers le haut, percée à jour, et de 4 décimètres de hauteur, sur i6 à i8 centimètres de largeur. La partie de cette dernière planchette, opposée à la perche, est garnie d'une lanière de peau de castor, sur laquelle passe une double corde qui va s’attacher de part et d’autre à la perche, et qu’on serre plus ou moins au moyen de deux petits leviers passés dans cette corde; mais cette lanière oncuiret, soutenue par une lame de bois d'une ligne d’épaisseur, interposée vers l’un des angles de la planchette, ne la touche point à son extrémité. Sa situation et l’effet qu’elle produit lui ont fait donner le nom de chanterelle.

La corde à boyau, d’une ligne de diamètre, fixée à l’un des bouts par un noeud coulant, passe sur le cuiret, puis sur une rainure creusée dans l’épaisseur du bec-à-corbin, enfin dans la fente de la seconde extrémité de la perche, et vient, pour y recevoir la ténsion convenable, s’attacher aux chevilles implantées au revers de U perche.

Actuellement, on suspend au plancher, par une corde, l’arçon, attaché vers le milieu <le la perche et comme eu équilibre, à i décimètre au-dessus d’un établi de 84 à 86 centimètres de hauteur, et de i6 à tq décimètres '

de longueur sur autant rie largeur. Cet établi n’est autre chose qu’une claie d’osier fin, assez serrée pour qu’il n’y passe que les ordures qui sortent du poil à mesure qu’on le travaille f elle se prolonge anx deux extrénoltés qui se relèvent et se recourbent par le haut pour arrêter les brins de poil qui pourraient en voltigeant s’écarter de l’établi , et se déposer hors de son pian.

L’ouvrier saisit la perche de l’arçon peu près au tiers de sa longueur, en passant la main gauche dans une^ poignée qui est faite de cuir doux, ou de plusieurs bandes de linge mises les unes sur les autrps, et qui , s’appuyant sur le revers de sa main , l’aide à sontenfr'Ié poids du .panneau et du bec-à-corbin, qui tend à porter la corde du haut en bas, en faisant *

tourner la perche sur elle-même; il étend le bras pour dégager la corde,

et il la lient avec la perche dans iiii plan à peu près parallèle à celui (le lY'lahli.

L’instrumeut étant dans cette situation, la corde est susceptible de quatre mouvemens: i" de se mettre en vibration par les coups d’un outil qu’on nomme coche; a. de s’élever et de s’alraisser parallèlement au plan de l’établi; 3' de s’incliner plus ou moins à ce même plan; 4» enfin, de tourner liorirontalcment avec la perche autour du point de suspension.

C’est par ces quatre mouvemens, combinés et ménagés avec adresse, que l’arçonneur vient à bout de préparer et de di-sposer l’étoffe de ses capades; il commence par battre et finit par voguer.

La coche est une espèce de fuseau de buis, ou de quelqu’autre bois dur, qui a 19 à aa centimètres de longueur, et dont chaque bout est terminé par un bouton plat et rond à peu près copnne un champignon. L’ouvrier, le tenant de la main droite par le milieu, accroche la corde avec le bouton, et la tire à lui, jusqu’à ce que glissant sur la rondeur du bouton, elle échappe pour se mettre en vibration, en vertu de son élasticité.

Pour battre l’étoffe destinée à faire un chapeau, et qu’on nomme capade, il la place au milieu de l’établi ; il y fait entrer la corde de 1 arçon ; sans (ju’elle en sorte, il la met en jeu à grands coups de coche, ayant soin de la porter tantôt plus haut tantôt plus bas , et d avant en arrière : ce qu’il fait à plusieurs reprises’, jusqu’à ce qu’il s’aperçoive que toutes les cardées sont bien effacées , et que toutes les parties, également brisées par les vibrations de la corde, se séparent et s’envolent au moindre soufHe.

. lyorsqu’en battant ainsi , il a éparpillé son étoffe , il la ramasse sans y toucher avec la main, mais seulement avec le bout de l arçon quil porte de gauche à droite, et de droite à gauche pour refaire le tas; il modère les coups de coche, et diminue leur fréquence quand 'I n* P*"® fi"* réunir de petits flocons, qui sc sépareraient (le la masse s il les chassait avec plus de violence.

L’ouvrier vogue ensuite l'étoffe, c’est-à-dire qu’il l’arçonne de manière que ses moindres parties, pincées successivement par la corde, seraient enlevées et transportées de là- gauche à la droite de 1 ouvrier, en faisant en l’air un trajet de plus de 7 déiâmètres; de sorte qu après cette opération, une très-petite (piantité de paatière forme un tas considérable, mais d une raréfaction et d’une légèreté ai grandes et si uniformes, qu’on croirait voir un monceau du plus fin duvet, et que le moindre vent serait capable d« tout dissiper dans un instant.

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Quelquefois l’ouvrier vogue deux fois; et, pour cet effet, il ramène son étoHe vers sa main gauche sur l’établi, en la poussant légèrement, non avec la main, mws avec un clayon qui a 38 centimètres de long sur 3a de large, et qui est garni d’une poignée au milieu ; il la ramasse en un tas à peu près rond, et plus épais vers le centre que vers le bord; alors faisant agir l’ar<^on , il faut non-seulement qu’il fasse passer son étoffe de sa gauche à sa droite, comme la première fois, mais ce qu’il y a d’essentiel et de plus difficile, c’est que le poil, à mesure qu’on le vogue, doit tomber tout dans un espace d’une figure déterminée, d’une certaine grandeur, et s’amasser de manière qu’il obtient les épaisseurs convenables, sur les diverses parties du tas qu’il forme.

L’espace dont il s’agit est une espèce de triangle formé par trois lignes, dont deux sont presque droites, et la troisième est un arc de cercle ou à peu près ; sa grandeur varie suivant les dimensions qu’on veut donner au chapeau, et encore plus selon la nature de l’étoffe qu’on emploie; car il y en a qui rentrent à la foule beaucoup plus que d’autres, et avec celles-là on lient les capades plus grandes.

On arçonne de la même manière la ouate ou toute matière qui en tient

lieu, telle que la soie, le coton, etc. n

Observations sur le mécanisme du feutrage; par M. Monge.

69. Lorsqu’on examine au microscope un cheveu, un brin de laine, un poil de lapin, de lièvre , de castor, etc., quelque grand que soit le pouvoir amplifiant de l’instrument, la surface de chacun de ces objets parait absolument lisse et unie, ou du moins si l’on obserse quelques inégalités, elles paraissent venir plutôt de quelques différences dans la couleur et dans la transparence des parties des objets, que de l’irrégularité de leurs surfaces , puisque sur le tableau du microscope solaire leurs ombres sont terminées par des lignes droites et sans aspérités. Cependant les surfaces de ces objets ne sont pas lisses; elles doivent être formées ou de lamelles qui se recouvrent les unes les autres de la racine à la pointe, à peu près comme les écailles de poissons se recouvrent de la tête de l’animal vers la queue, ou peut-être mieux encore de zones superposées, comme on l’observe dans les cornes ; et c’est à cette conformation que toutes les substances dont il s’agit doivent leur disposition générale au feutrage.

. Si d’une main on prend un cheveu par la racine, et qu’on le fisse glisser entre les deux doigts de l’autre. main, de la racine vers la pointe, l’on n’éprouve presqu’aucun frottement, aucune résistance, et l’on n’entend

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aucun bruit; mais si en le pinçant au contraire par la pointe, on le fait glisser de même entre les doigts de l’autre main , de la pointe vers la racine, on éprouve ime résistance qui n’avait pas lieu dans le premier cas, et U se produit un frémissement perceptible au tact, et qui se 'uanifeste encore par un bruit sensible à l’oreille.

On voit déjà que la contexture de la surface du cheveu n’est pas la même de la racine vers la pointe, que de la pointe vers la racine, et qu’un cheveu , lorsqu’il est pressé, doit éprouver plus de résistance pour glisser et prendre un mouvement progressif vers la pointe, que pour glisser vers la racine; mais comme c’est cette contexture elle-même qui fait l’objet principal de ce Mémoire, il est nécessaire de la confirmer encore par quelques autres observations. •

Si après avoir saisi un cheveu entre le pouce et l’index, on fait glisser les doigts alternativement l’un sur l’autre, et dans le sens de la longueur du cheveu , le cheveu prend un mouvement progressif dans le sens de sa longueur, et le mouvement est toujours dirigé vers la racine. Cet effet ne tient ni à la nature de la peau des doigts, ni à sa contexture; car si l'on retourne le cheveu de manière que la pointe soit à la place de la racine, et réciproquement, le mouvement a lieu en sens contraire, c’est-à-dire qu’il est toujours dirigé vers la racine.

Il se passe donc ici une chose parfaitement analogue à ce qui arrive dans un certain jeu des enfans de la campagne, lorsqu’ils introduisent un épi de seigle entre le poignet et la chemise, les pointes des barbes en dehors; dans les differens monvemens du bras, cet épi, en s’accrochant tantôt à la peau et tantôt à la chemise, prend un mouvement progressif, recule et arrive bientôt à l’aisselle; or, il est évident que cet effet est produit par lea barbes mêmes de l’épi, et princifmlement par les aspérités de ces barbes qui, étant toutes dirigées vers la pointe , ne p>erroettent le mouvement que du côté par lequel l’épi tenait à la tige. H finit donc qu’il en soit de même du cheveu, et que sa surface soit hérissée d’aspérités qui, étant toutes couchées les unes sur les autres du côté de la pointe, ne permettent de mouvement que du côté dé la racine.

Un nCBud serré, feit au milieu d’un cheveu, est très-difficile à dé&irc par un procédé (firect, à cause de la ténuité de l’objet; mais si l’on couche le cheveu dans le pli de la main, de manière que le noeud soit placé dans le prolongement4hi petit doigt, et qii’après avoir saisi le cheveu, en fermant la teain, on frappoime domaine de coups sur le genou , les aspérités d’une dea branches du nœud étant dirigées en sens contraire des aspérités

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de l’autre brandie, chacune de ces branches recule peu à peu, l’une dans un sens, l’autre dans le sens contraire; le nceu^ s’ouvre, et, en introduisant une épingle dans l’œil qui s’y forme, il est très^facile d’achever de le défaire.

Ces observations, qu’il serait superflu de multiplier davantage, sont toutes rapportées sur le cheveu pris pour exemple; mais elles ont également lieu pour les crins, jK)ur les brins de laine , et en général pour les poils de tous les animaux. La surface de tous ces objets est donc formée de lamelles rigides, superposées ou tuilées,dela racine à la pointe, qui permettent le mouvement progressif vers la racine, et s’opposent à un semblable mouvement vers la pointe.

D’après cela, il est facile d’expliquer pourquoi le contact des étoffes de laine sur la pe.iu est rude, tandis que celui de la toile est doux, car les aspérités des brins de la laine, quelque flexible d’ailleurs que soit chaqtie brin en partiailier, en s’accrochant à la peau, font éprouver une sensation désagréable, à moins qu’on n’y soit accoutumé, tandis que les fibres bgneuses du chanvre et du lin , dont la toile est composée et dont la surface est lisse, ne peuvent faire éprouver rien de pareil. Ün voit encore, que la qualité malfaisante de la laine pour les plaies n’est occasionée par aucune propriété clinnique, et qu’elle vient uniquement de la conformation de la surface des brins; les aspérités s’accrochent aux fibres qui Sont à découvert, les irritent, les déchirent et occasionent de l’inflammation.

C’est cette conformation qui est la principale cause de la disposition au feutrage, qu’ont en général les poils de tous les animaux.

En effet, le chapelier, en frappant avec la corde de son arcliet les flocons de laine, détache et isole en l’air chacun des brins en particulier; ces brins retombent les uns sur les autres, et dans toutes sortes de directions, sur la table, où ils forment une couche d’une certaine épaisseur; puis l’ouvrier les recouvre d’une toile qu’il presse avec les mains étendues; et en agitant les mains dans différens sens, la pression rapproche les brins de laine les uns contre les autres, et multiplie leurs points de contact; l’agitation leur donne à chacun un mouvement progressif dirigé vers la racine; au moyen dé ce mouvement, les brins s’entrelacent, et les lamelles de chaque brin, en s’accrochant à celles des autres brins qui se trouvent dirigées en sens contraire, maintiennent le tout dans la contexture serrée que la pression lenr a fait prendre, A mesure que le tissu se serre, la pression des mains doit augmenter, tant pour le serrer davantage, que pour entretenir le mouvement progressif des brins et leur entrelacement qui éprouve alors une difficulté plus grande; mais dans toute cette opération, les brins de

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laine s’accroclient seulement les uns avec les autrès , et non pas à la toile dont les fibres, comme nous l’avons déji dit, sont lisses et ne présentent pas la même facilité à cet égard.

Il n’est peut-être pas inutile de justifier ici l’usage constant où l’on est de couper les poils destinés à la chapellerie avec un instrument tranchant, ce qui ne peut se faire qu’aux dépens de leur longueur, et non de les arracher après avoir amolli la peau ; car l'oignon que le poil entraînerait avec lui, dans ce cas, rendrait obtuse son extrémité du côté de la racine, et elle ne serait plus propre à s'introduire, par son mouvement progressif, entre les brins voisins, et à contribuer à la fonction du tissu.

La conformation de la surface des brins de laine et des poils des animaux ne constitue pas seule leur disposition au feutrage ; il ne suffit pas que chaque brin puisse prendre un mouvement progressif vers la racine, il ne suffit pas que les lamelles inclinées, en s’accrochant les unes aux autres, maintiennent le tissu dans l’état où le met la compression, il faut encore que les brins ne soient pas droits comme des aiguilles; car, par la suite de l'agitation , chacun d’eux continuerait son mouvement progressif sans changer de direction, et l'elfet de l'operation serait de les écarter tous du centre sans produire aucuft tissu. Il faut donc que chaque brin soit tortillé, que l'extrémité, qui est du côté de la racine, soit disposée à changer perpétuellement de direction, à s’entrelacer autour de nouveaux brihs, et à revenir sur le brin lui-méme, si elle y est déterminée par quelque changement dans la position du reste de son étendue; c’est parce que la laine est naturellement conformée de cette manière , qu’elle est si propre au feutrage, et qu'on peut l’employer sans lui faire subir aucune préparation antérieure.

Mais les poils de lièvre, de lapin, de castor, sont naturellement droits; ils ne peuvent être employés seuls au feutrage qu 'après avoir subi une opération préliminaire que l’on nomme secrétage, et qui consiste à les frotter, avant le dépouillement, avec une brosse imprégnée d’une dissolution de mercure dans l’acide nitrique; cette dissolution, en agissant d’un côté seulement sur la substance même des poils, altère leur direction en li^e droite, et leur communique la disptosition au feutrage dont la laine jouit naturellement. ■' '•-tn' o-.». • uio> sî jir/r’ .

Cependant , lorsque les pbils ne sont pas destinés à entrer dans le corps même du tissu, qu’ils doivent seulement faire ce qu’on appelle une dorur'e, c’est-à-dire cette espèce de fourrure que l’on donne quelquefois à la face supérieure du bord du chapeau, on ne les secrète pas. Quand le feutre

est achevé, od répand du poil d’une manière à peu près uniforme sur la surface que l’on veut dorer, et après l’avoir couvert d’une toile, on presse avec les mains, et on agite pendant quelque temps; par cette opération, les poils s’introduisent par la racine, d’une ligne ou deux dans le feutre, et y restent accroches par leurs lamelles tuilées qui s’opposent à leur extraction; on leur donne ensuite une direction déterminée avec la hrosse, et on les tixe dans cette direction par un coup de fer chaud. Si l’on continuait plus long-temps l’agitation, ces poils non secrétés traverseraient le feutre de part en part et sortiraient par la face opposée , chacun suivant la direction particulière qu’il avait au commencement.

L’opération du foulage des étoffes de laine a un si grand rapport avec le feutrage , que nous ne pouvons nous dispenser d’entrer ici dans quelque détail à son sujet.

Les aspérités dont les brins de laine sont hérissés à leur surface, et la disposition que ces brins ont i prendre un mouvement progressif «lirigé vers la racine, sont un obstacle à la filature de la laine et à la confection des étoffes. On est obligé, pour filer la laine et la tisser ensuite, d’enduire tous les brins d’une couche d’huile qui, remplissant les cavités, rend les aspérités moins sensibles, de même qu’on met une couche d’huile sur une lime douce quand on veut la rendre plus douce encore. Lorsque la pièce d’étoffe est fabriquée, il faut la purger de cette huile qui lui donne une odeur désagréable, qui est une source de malpropreté, et qui serait un obstacle à la teinture qu’on voudrait lui donner; et pour cela, on la porte à la foulerie, où on la pile avec des roailleU dans une auge pleine d’eau, dans laquelle on a délayé de l’argile; l’argile se combine avec l’huile qu’elle déUche de l’étoffe; le tout est entraîné par l’eau nouvelle que la Machine elle-méine fait arriver, et au bout d’un certain temps l’étoffe est dégraissée.

Riais le dégraissage n’est pas l’objet tmique du foulage; les pressions alternativea que les maillets exercent sur la pièce d’étoffe produisent, surtout lorsque le dégraissage est avancé, un effet analogue À celui de la pression des mains du chapelier; les brins de laine, qui composent un des fils ou de la chaîne ou de la trame, prennent un mouvement progressif, s’introduisent dans un des fils voisins, puis dans ceux qui les suivent; et bientôt tous les fils, tant de la chaîne que de la trame, sont feutrés ensemble; l’étoffe, après avoir subi un raccourcissement <(*)dans ses deux efi-

(•/ La rentrée oi dinaire de letafTe en laine , qni constitue un drap bien foulé , est d'un tiers, suris longueur, et de i et aioitié au plua sur la largeur.

Digilized h- Googk

niensions , participe et de 1« nature de la toile et de celle do feutre; on peut la couper sans qu’elle soit exposée à se défiler; et l'on n’est pas obligé i ourler les différentes pièces qui entrent dans la composition d’un vêtement. Si c’est un tricot ordinaire de laine, la maille n’est plus exposée à courir lorsqu’elle vient 4 s’échapper ;'enfin , les fils de la chaîne et de la trame n’étant plus aussi distincts, ni séparés d’une manière aussi tranchée, l’étoffe, qui d’ailleurs a pris plus d’épaisseur, forme un vêtement plus chaud.

Les égagropiles qu’on rencontre assez fréquemment dans les estomacs de certains animaux qui se lèchent, ne sont autre chose que des pelotes de poils ou de laine, que les mouvemens de l’estomac ont feutrées et qui se sont de plus en plus serrées à mesure qu’elles ont augmenté de volume par l’accès de nouveaux poils qui sont successivement venus s’y attadicr.

De la sonde du mineur.

■70. Parmi Marhines outils, la sonde n’est pas seulement d'une utilité journalière dans l’exploitation des mines; elle est pour le naturaliste qui étudie la forme et la composition intérieure du globe terrestre, l’unique moyen de découvrir les faits qui doivent servir de base à un système géologique. Le ininetu* s’en 'sert pour connaître les diverses couches d’un terrain, la nature et la direction de ses côndies, leur ordre successif, leur interposition par des substances minérales, par des sources on des amas d’eau; pour établir des courans d’air dans les galeries d’exploitation des mines, et pour foire écouler les eaux dans des galeries abandonnées d’où le minerai a été enlevé.

Dans l’agriculture , on va chercher avec la sonde, sous un sol stérile , la marne qui doit le fertiliser. Lorsque les terrains sont humides ou marécageux, quelques trous de sonde, percés dans un banc de pierre on d argile qui retenait les eaux, donnent l’écoulement à ces eaux, et rendent k la culture des terrains qui étaient perdus pour elle. La sonde n’est pas seulement nécessaire aux arts qui ont pour objet l’extraction ou le travail des substances minérales; l’architecte qui veut fonder un monument, lingénieiu' qui trace un canal à la surface do sol, on une route sous une rivière, ne peut s’assurer qu’il y a possibilité d’exécuter de pareils travaux qn’après avoir reconnu j>ar le sondage la nature du terrain , la position des couclies solides, ou celle des couchas imperméables ii l’eau.

L’une des plus anciennes applications de la sonde a été le forage des

’-iil

puits qui amènent les eaux souterraines près de la surface du sol, et souvent au-dessus. En {671 , Dominique Cassini a Ëût mention des eaux jaillissantes de la basse Autriche, des environs de Modène et Bologne. {Voytt le tome 1"' in-4° des Mémoires de l’Académie royale des Sciences, ^ition 1733, page i44> ) 1

La méthode des puits forés et des fontaines jaillissantes était connue et pratiquée depuis plus d’un siècle dans la province d'Artois; c’est pour propager cette méthode que la Société d’encouragement a proposé, dans sa séance publique de septembre 1818, un prix pour la meilleure instruction sur l’art de forer les puits artésiens. Ce prix a été donné à M. Garnier, ingénieur an corps royal des mines, dans la séance générale du 3 octobre 1 8a I . L’ouvrage couronné a pour titre : de l'Art du fontainier tondeur, in-4® de 143 pages et 19 planches; Paris i8aa, imprimerie de M** Iliizard.

Depuis quelques années les puits forés se sont étendus des départeroens du Nord et du Pas-de-Calais, dans plusieurs autres contrées de la France. En 1816, un banc aquifère futatteintà la mètres de profondeur, à Abbeville, département de la Somme. En i8aa, MM. Beurrier, père et fils, sondeurs-fontainiers, avaient percé un grand nombre de fontaines artésiennes dans les différeus quartiers d’Abbeville, dans la vallée d’Anthie, i Doullens, à Ronval près de Doullens, dans la petite vallée de la Maie, k Crécy,à Rue, à Noyellc-sur-Mer, et aux Andelys, département de l’Eure.

La fontaine forée de Noyelle-sur-Mer a été percée dans un champ qui sert de pâturage, et où l’on manquait d’eau. La sonde y a atteint le terrain aquifère à 17 mètres environ de profondeur, et l'eau se tient à nutrée basse à deux mètres au-dessous de la surface du sol, dans un bassin qui sert d’abreuvoir aux bestiaux. A la marée haute , l’eau s’élève jusqu’au bord du terrain, et à marée basse, un clapet, convenablement placé sur l’orifice des buses, empêche l’eau de retourner vers sa source. Les différentes fontaines d' Abbeville sont aussi soumises à l’influence des marées, et elles ont un flux«t reflux aux époques où la mer monte et baisse dans la Somme.

Le département du Pas-de-Calais offre plus d’un exemple de roues de moulins qui sont mues par les eaux réunies de deux oiî trois trous de sonde.

A Cretitzvrald , département de la Moselle, un trou de sonde de 60 mètres en profondeur, a donné naissance k une source jaillissante qui produit onze mètres cubes d’eau par heure. (Ces faits sont consignés dans un rapport de M. Baillet sur les tarauds à'bois de MM. Beurrier d’Abbeville; Bulletin de la Société d'Encourageroent, cahiers de mars i8aa et février 1824.)

A Épinay (près Saint-Denis), on a creusé l’année dernière ( 18^7 ), dans la propriété de M” la marquise de GrolUer, un puits de 67 mètres j de profondeur, d'où l’eau a jailli à la surface du sol, élevée au-dessus du niveau des eaux moyennes de la Seine de 16 mètres'. La distance horizontale du puits à la Seine est d’environ aooTnètres. La source jaillissante donne par a4 heures de 3G à 3g mètres cubes d’une eau douce et salubre. La température de cette eau est dans le tuyau par lequel elle s’écoule, de 1 4 degrés centigrades, celle des puits ordinaires de 1 a mètres de profondeur étant seulement de 1 1 degrés.

Ces renseignemens sont extraits du Mémoire que M. le vicomte Héricart de Tbury a lu, les 17 et a(> mars i8a8, à l'Académie royale des Sciences, et à la Société d’Encourageroent.

Des piétés qui composent une sonde.

71. M. de Tbury adoDov depuis long-temps uue description détaillée de la sonde employée 'par rinspccliun générale des carrières de Paris. (V'oyca le Journal des Mines, cahier de juin i8ia.) L'ouvrage cité de M. Garnier, l'Art du fontainier-sondrur, ne laisse rien S désirer sur les moyens d'exécutioo des travaux relatifs aux fontaines jaillissantes. Le chapitre III de cet ouvrage est consacré à la description des instrumens de sondage, et à la manière d'en faire usage, La sonde, qui est le principal instrument, se compose de différentes pièces qui peuvent être classées liant les trois divisions suivantes A, B, C

Division A, les outils, /

Division B , la tête de la sonde ou la tige à anneau , et les tiges ordinaires, ou alonges.

Division C , les accessoires de la sonde.

A. Nom des outils. Tarière fermée ou cuiller pleine. Tarière anglaise ou tiers cuiller. Tarière ouverte ou demi-cuiller. Six trépans de formes dilTérentes. Ciseau. Langue de carpe. Bonnet carré. Pointe obtuse. Le millepoinic. Élargissoir h lames de rapport. Tire-bourre à entonnoir. Tire-bourre ou arrache pierre. Cloche d'accrocheur ou arrache sonde. Les diamètres de ces outils sont de 5 à 7 centimètres,

B. Pièces de la t/te tle la sonde. Tète de la tonde ou tige à anneau. Deux alonges. Six

boulons. '

C. deeessoires de la sonde. Haniveltes en bois et en fer. QeCi pour les boulons et l'élargissoir. Marteau et maillet. Curette. Poinçon pour les assemblages. FUiére et son taraud. Calibre en acier pour servir d’étalon. Deux forets. Une caisse pour renfermer toutes les pièces de la sonde. ( Le prix de la sonde et des accessoires est d’environ 900 francs. )

On emploie pour la conduite des eaux dans les trous de sonde , des tuyaux ou en bois, ou en fonte de fer, ou en tèle de cuivre. On fait usage, pour sonder dans le sable , de tuyaux qu'ou nomme coffres ; ils sont formés par quatre planchas avcmblées à angles droits. {^Voyei l'ouvrage cité de M. Garnier, deuxième édition. )

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