‹ Traité élémentaire des maladies épidémiques ou populairesChapitre 90 sur 119 · e et 3.® Périodes. Accroissement et état de la · texte numérisé non relu

e et 3.® Périodes. Accroissement et état de la

maladie.

Quand le traitement est bien raisonné dans le commencement des maladies aiguës, souvent les symptômes s adoucissent 5 il 11e faut que du temps et un régime pour les faire disparaître ou les changer en lièvres intermittentes. Aussi , ai-je souvent remarqué la conversion de la fièvre muqueuse ( plus rémittente que continue ) en intermittente dont le type était quotidien ou quarte dans les lieux bas, sous une température froide et humide qui avait été de longue durée.

Mais que d’accidens ou de dégénérescences ne produit pas , dans le principe de la fièvre muqueuse, l’usage irréfléchi des saignées, des rafraîçhissans entremêlés de substances toniques, stimulantes, irritantes ! Cette pratique perturbatrice , qui ne permet pas a la nature d’user de ses propres forces, occasionne des complications plus ou moins dan~ gereuses. En effet, si d’une part la saignée prolonge toujours la maladie, et occasionne souvent la leuco - phlegmalie -, d’une autre part, les toniques, les stimulans, les irrilans, chez les sujets bilieux, déterminent d’abord, par excitation, la turgescence bilieuse bientôt suivie ( par épuisement des forces vitales de nos organes ) de l’adynamie et de l’ataxie.

Quand, par suite d’un mauvais traitement, 1 adynamie et l’ataxie se manifestent avec sécheresse et

chaleur mordicante à la peau et irrégularités des fonctions du système nerveux, les vomitifs, les purgatifs , les irritans intérieurs sont nuisibles. Les boissons rafraîchissantes telles que la limonade, l’eau de groseille , l’oxicrat , les bains tièdes , conviennent mieux. Mais lorsque la faiblesse est grande , il faut recourir aux stimulans et aux irritans comme dérivatifs, sur- tout s’il y a congestion au cerveau et à la poitrine.

Des Stimulans.

Les stimulans sont les substances qui agissent sur les tissus organiques sans produire d évacuation sensible : ils réveillent les forces vitales sans les irriter j tels sont les vins généreux, l'alcool, les éthers, l’esprit de mindérérus, le camphre. Ces moyens, qui ne sont avantageux que dans le cas où les forces vitales peuvent réagir contre ces agens ( plutôt comme révulsifs que comme excitons de l’organe malade'), employés suivant les circonstances comme cordiaux ou anti-spasmodiques ou nervins, produisent de très-heureux effets, mais qui ne sont que momentanés, eu égard à leur action fugace.

On remarque quelquefois que le vin pur, les boissons vineuses et très - peu d’évacuans combattent seuls, avec succès, les symptômes adynar miques très-prononcés.

Les stimulans les plus actifs s appèleut diffusi-

blés, tels sont particulièrement le camphre et l’éther dont 1 action se communique, avec une extrême rapidité, aux parties les plus éloignées, non par 1 absorption de leurs molécules, mais parla vive impression qu’ils produisent sympathiquement sur le système nerveux,

C’est dans le second degré des maladies compliquées d’adynamie et d’ataxie, quand les symptômes sont exaspérés par la diminution des forces vitales, que doivent être mis en usage les slimu? lans dits cordiaux , tels que les boissons vineuses, le vin généreux à petites doses très -rapprochées, les eaux aromatiques spiri tueuses, Jes potions élhérées, les mixtures camphrées ( fournissant à la nutrition des nerfs plus que toute autre substance).

Cependant, comme j’ai eu plusieurs fois occasion de voir que les excitans, les stimulans, épuisent plus ou moins rapidement les. forces organiques, je dois déclarer qu’il faut les rejetter dans le cas d’une débilité extrême, parce qu’ils éteignent la vie que l’on veut rallumer par leur moyen. 11 faut donc que les stimulans ne soient pas propor lionnés, comme on le fait tous les jours, à l’extrême faiblesse des individus , car en les ranimant quelques instans , on use de suite le peu de principe vital qui retient l’âme dans les faibles liens de la matière, puisqu’une mort accélérée est souvent produite par un zèle trop officieux. Aussi, dans les hôpitaux , l’usage inconsidéré des potions dites cordiales les fait redouter par le peuple qui ne les re-'.

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garde pas , il esl vrai , comme mortelles par ellesmêmes, puisqu'il n'en peut apprécier les effets, mais comme des moyens usités dans tous les cas de mort.

J’ai aussi remarqué (pie les stimulans faisaient faire , dans certains cas , chez les individus d une loi te constitution , de rapides progrès aux inflammations du bas ventre ou de la poitrine, et que, par sur excitation, ils produisaient l’adynamie et l’ataxie.

Si le délire est violent, il faut abandonner le vin , les liqtieurs alcooliques, les potions éthérées, et recourir aux bains de pieds bien chauds et animés avec du sel , du savon et de la moutarde ; aux lotions d’eau froide, ou embrocations de glace sur la tête, et aux fomentations des membres avec le vinaigre. Ces moyens, employés comme topiques, accroissent l’action vitale des vaisseaux sanguins et , par suite , celle des exhalans.

C’est dans le début de la complication adynamiquë et ataxique qu’il faut employer les excitans tels que les acides à l’intérieur ( lorsque Ja poitrine n’est pas irritée ) et les stimulans. Que de prodiges ceux ci n’opèrent- ils pas lorsqu'ils sont employés à propos! Si certains médecins, qui se vantent complaisamment de faire avorter souvent de graves maladies, (même avant que les caractères n’en soient très-prononcés) , employaient à propos les stimulans dans les complications d’adynamie commençante, quelle brillante et durable réputation ne se feraient -ils pas!

Si, dans les complications «dynamiques et ataxiques, les stimulons à haute dose ou trop actifs fiels que les eaux aromatiques spiritueuses , l’alcool, 1 éther) sont plus nuisibles qu’utiles dans le cas d’ extrême faiblesse, parce qu’ils épuisent par trop d'action le principe vital , on ne peut faire ce reproché aux toniques dont les principes, sont plus fixes et fortifient la fibre organique, sans la trop exciter.

Des Toniques.

Toutes les fois que la fibre est relâchée après les évacuations voulues par l’état des organes gastriques, et que les forces vitales, aux 2.e et 3.e périodes de ces fièvres, diminuent sensiblement, j’emploie utilement les toniques amers dont le principe extractif se rapproche du tannin par plusieurs caractères, et qui agissent sans trouble évident sur la contractilité et la sensibilité de nos organes dont ils augmentent l’énergie sans accélérer la circulation du sang, ni forcer les sécrétions et excrétions.

La gentiane , la ménianthe et le quinquina jouissent principalement de la vertu tonique. L’eau et le vin leur servent de véhicules, en raison de la débilité du malade. Que d’heureux résultats n’en ai-je pas obtenus ! Combien de fois n’ai-je point, par leur secours, ranimé et corroboré l’excitabilité des organes, et donné lieu, par suite, à des sueurs qui devinrent critiques et salutaires du 14.® aa 21 .p jour

de l’invasion ! Quoique la nature se soit montrée quelquefois rebelle dans les premiers temps de leur emploi, j’ai eu cependant le bonheur de voir la maladie se juger insensiblement par leur contitinualion et se terminer heureusement du 25.° au 5i.e jour au plus tard. Dans une trop grande susceptibilité nerveuse, je les joignais aux adoucissans.

Si le quinquina purgeait , on 1 associerait aux opiacés; et s’il en était autrement, on F unirait à la rhubarbe. Le quinquina répugne-t-il à l’estomac ? on le remplace avantageusement par le quassia omar a.

Les toniques aromatiques , Composés d’un principe amer combiné avec une huile essentielle comme l’absinthe, la petite centaurée, la camomille romaine, la serpentaire de virginie (qui tient le milieu entre les toniques amers et les toniques aromatiques riches en huile essentielle dont la propriété principale est d’augmenter, d’une manière sensible, l'action des organes de la respiration , de la circulation, des sécrétions et excrétions), ces toniques, dis je, sont d’un grand secours dans les complications avec ataxie.

Quand les selles ne sont pas critiques , et qu’il y a sécheresse de la langue, de la peau, avec soif ardente, ii faut employer les boissons acidulées.

Les toniques astringens tels que les fleurs de sumac, le simarouba, le cachou m’ont été utiles

dans les hémorrhagies passives , en resserrant les orifices des capillaires. L’explication du docteur Broussais sur l'action des astringens, dans le cas d hémorrhagie i ne me paraît pas admissible. En niant les hémorrhagies passives, il prétend que ces substances agissent parce que les vaisseaux d'où découle le sang ri ont pas assez de force pour réagir contre leur stypticité. Il veut que les toniques astringens , dans les hémorrhagies ( qu’il attribue toutes à l’irritation ou à l'augmentation des forces dans les sujets faibles comme dans les forts), agissent en opposant irritation à irritation. faiblesse seule , dit-il, ferme les vaisseaux au lieu de les ouvrir ; fiat eux.

Contre les sueurs non critiques , un air frais , des lotions froides , les boissons rafraîchissantes sont indiqués. S’il existe oppression de poitrine , céphalalgie extrême , froid des membres , stupeur, délire ; vésicatoires dans le voisinage de l’organe lésé et sinapismes aux pieds : la saignée , les sangsues produiraient la mort.

Le météorisme du ventre, par cause d’irritation, demande des fomentations et des bains émolliens , et non des purgatifs salins, encore moins des drastiques. Si les adoucissans ne dissipent pas les nccidens, et ne rétablissent poiul les excrétions, on applique les vésicatoires aux jambes ou, ce qui est mieux, on a recours aux sinapismes. J. es cordiaux,

le

le kina, conseillés, en pareil cas, par Tissot, Sydenham, Baglivi, Tringle, sont nuisibles sur- tout lorsque les premières voies n’ont point été d’abord évacuées, et que la fièvre n’a pas d’intermissions bien marquées.

Mais lorsque le gonflement du ventre est dû à la faiblesse du tube intestinal distendu par des gaz , je pense que les fomentations, les lotions, les frictions stimulantes doivent être employées, car elles m’ont souvent réussi.

Des Topiques irritons.

C’est particulièrement dans les fièvres compliquées d’adynamie et d’ataxie que j’ai tiré un parti avantageux des irritons appliqués extérieurement comme révulsifs ou dérivatifs. Ils réveillent idiopathiquemen tou sympathiquement l’action du système nerveux qui , alors , est dans un état de torpeur. Les irrilans comme topiques, en augmentant d'abord l’action des divers tissus , excitent singulièrement les forces vitales (sur tout par leur première impression ) accroissent la transpiration, atténuent ou divisent les humeurs , calment les douleurs et les spasmes, évacuent la sérosité et le pus. Ils agissent primitivement sur les solides , et secondairement sur les liquides. Leur degré d’action dépend de la sensibilité générale de l’individu ou de celle de la partie du corps sur laquelle on les applique. S’ils nuisent dans les pays chauds où la sensibilité

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(les organes csl en excès, ils produisent d’heureux

effets chez nous.

Parmi les irritaus extérieurs, les vésicatoires ou vésicatis , les sinapismes et les rubéjians tiennent le premier rang.

Les vésicatoires n’agissent point par la propriété d’évacuer les humeurs peccantes et de les épurer ; mais, en agaçant la peau et en portant par la voie de l’absorption leur action secondaire sur les nerfs, ils détournent les forces en excès de l’organe où elles résidaient , en les appelant ou les fixant sur le système cutané dont ils exaltent les propriétés vitales. Ils influent donc puissamment sur la circulation, la respiration, les sécrétions et les excrétions.

Les vésicatoires ne doivent jamais être employés dans les phlegmasies et dans les névroses intenses, parce qu’ils augmentent l’oppression occasionnée par une vive excitation, sur- tout chez les bilieux. Cependant, quand l’exaltation des forces organiques est locale , leur application dans un lieu éloigné de l’affection imminente est avantageuse dans le pinucipe pour contrebalancer l'irritation existante. Aussi, sont ils très nuisibles dans les maladies essentiellement inflammatoires ou leur usage n’est permis que quand les saignées, les rafraîchissans et les débilitans ont fait cesser l’orgasme du système vasculaire sanguin. Au contraire, ces puissans moyens sont d’un grand secours lorsque la nature épuisée demande que Ion réveille lac-

lion du système nerveux, comme dans les maladies avec complication d adynamie et d ataxie (i), Néanmoins, il ne faut pas se dissimuler qu'ils peuvent, comme évacuans, être dangereux en épuisant la sensibilité dans le cas d’une grande faiblesse. Alors les vésicatoires volans sont préférables aux suppurans. Leur usage exige donc un état moyen des forces vitales entre/ l'excessif abattement et leur trop grande exaltation.

Lorsque l’épuisement ne permet pas l'usage des vésicatoires qui, comme on sait, débilitent en évacuant, on a recours aux sinapismes et aux rubéfians tels que le Uniment ammoniacal, la teinture de cantharides ( sur tout dans les petites véroles confluentes vers la lin de l’éruption qui a détruit les facultés sensibles et irritables de la peau) lesquels, par suite de leur action , produisent d'heureux effets en contrebalançant, par une prompte irritation externe, une irritation interne qui pourrait occasionner une congestion sanguine dans les principaux viscères. Mais dans le cas d’une faiblesse extrême, ils sont aussi nuisibles que les vésicans. en ce qu’ils contribuent à éteindre le principe de la vie alors très-diminuc.

Les sinapismes et les rubélians doivent être préférés aux cantharides quand la fièvre est très-forte,

(i) La suppuration des vésicatoires clans ces maladies est contre-indiquée, à moins qu’on ne veuille suppléer à un dépôt critique.

1 irritabilité et la sensibilité très-exaltées, et toutes les fois qu il s agit seulement d imprimer a l’économie vivante des secousses modérées, parce qu’alors une légère action vésicante suffît.

Lorsque les douleurs, dans le cours de la lièvre muqueuse épidémique, tenaient essentiellement à 1 irritation du système nerveux, j’employais utilement la liqueur d'hoffman, l’éther sulfurique, le camphre, le musc, le laudanum liquide de Sydenham , les infusions de fleurs de tilleul, de feuilles d’oranger, comme sédatifs, anodins ou caïmans. Mais je dois observer que la vertu sédative n’est que relative, puisque dans l’embarras gastrique avec céphalalgie et épigaslralgie, les caïmans ou anti-nerveux, loin d’appaiser la douleur, l’exaspèrent. Un vomitif ou un éméto- cathartique sont, dans cette circonstance , de véritables caïmans : sublatâ causa tollitur effectus .

Des Narcotiques .

Dans les fièvres muqueuses , je n’ai jamais recours aux narcotiques , parceque j’ai remarqué plusieurs fois que ces moyens produisent des symptômes graves d’adynamie. Pour se rendre compte de ce phénomène , il suffit de réfléchir sur les effets des narcotiques qui agissent de deux manières, d’abord comme excitans et, ensuite, comme stupéfians : ils portent plus particulièrement leur action sur les fonctions cérébrales.

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Prenons pour exemple l’opium qui est le plus puissant de tous. Ce suc végétal, composé des principes muqueux, extractif, résineux, narcotique ( dit narcotine ), pris intérieurement, produit les effets suivans :

A petite dose , il stimule momentanément les systèmes circulatoire, digestif, pulmonaire, nerveux, et cutané (i), produit l’accélération du poids, une respiration plus précipitée, et une certaine hilarité, même l'ivresse, qui dure plus ou moins de temps, suivant la constitution individuelle :

A une moyenne dose , il excite vivement les organes et occasionne souvent le vomissement , le délire, des convulsions, bientôt suivis de relâchement des libres organiques, de prostration et d’assoupissement :

A une forte dose, après une excitation à l’excès, comme je l’ai observé, il anéantit la contractilité des fibres, donne lieu à des stases du sang au cerveau , dans la poitrine et à la peau , de - la , apo • plcxie, oppression de poitrine, ecchymose , paralysie et la mort sans douleur ni inflammation (2).

(1) A très-petites doses, l'opium agit comme diaphonique et anodin dans tous les cas d une vive excitation.

(2) Cependant il est de fait que l’opium, pris insensiblement et graduellement jusqu’à haute dose, n’agit plus par 1 effet de l’habitude que comme stimulant : la preuve m’en a été particulièrement fournie, il y a douze ans, par un

D’après ce court exposé tics effets narcotiques, il est facile tic voir combien leur usage est tlangereux, sur tout quand ils ne sont pas associés aux slnnulans, dans les maladies avec symptômes d’adynamie et d’ataxie.

Lorsqu’il existe des spasmes, des concentrations des forces organiques , c’est envain que l'on se fie a la prétendue vertu relâchante de l’opium. IN’eslil pas plus judicieux de prescrire, eu pareil cas, les délayans, les légers antispasmodiques? Celte réflexion s’applique aussi au traitement des phlegmasies intenses où l'on abuse trop des préparations narcotiques, et où les adoucissans ne sont jamais préjudiciables. En respectant Sydenham, n’épousons pas aveuglement, je le répète, scs erreurs et celles de ses partisans.

Le régime , dans le cours des fièvres muqueuses, doit être moins sévère que dans les maladies où il y a une forte excitation de nos organes, l orsque les forces languissent, ou sont opprimées chez un individu qui supporte très-difficilement une diète sévère , on permet une plus grande quantité de bouillon gras , en y ajoutant du jus de citron; on règle la quantité et la qualité de la nourriture sur le temps que durera la maladie ; dans celle de

curé de la campagne qui , à la fin de sa vie, prenait, chaque jour, un gros d opium pour dissiper une mélancolie qui lui était insupportable.

longue durée, la diète ne peut être rigoureuse j l’âge, le tempérament, l’état de l’estomac y apportent de grandes modifications (i).

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