‹ Traité élémentaire des maladies épidémiques ou populairesChapitre 91 sur 119 · e Période, Convalescence · texte numérisé non relu

e Période, Convalescence

La convalescence est le passage plus ou moins sensible de la maladie à la santé.

Cet état intermédiaire est plus important qu’on ne le pense généralement. En effet, (pie de victimes ne font pas ( comme le prouvent les observations du chapitre précédent ) les écarts dans le régime ! Si une imprudence ne donne pas toujours la mort, elle occasionne le plus souvent une rechute qui peut produire des accidcns d’autant plus graves que les forces de l'individu ont été très altérées par la maladie, et sur- tout épuisées par l'abus de la saignée et des purgatifs.

Il est bon de dire aussi que l’âge, le sexe, le tempérament, les localités, les saisons, mettent de la diversité dans les convalescences , et qu'il est reconnu qu’au printemps et en été elles sont plus courtes qu'en automne et en hiver, particulièrement chez ceux dans la vigueur de l'âge et qui jouissent de toutes ses faveurs.

Si la convalescence se trouve modifiée par les différentes circonstances dont il vient d’être parlé ,

(0 Optimum medicamentum eu oportunè cibus datas, Celse,

le régime ne peut être conséquemment par -tout le même. La nature des maladies, leur intensité, leurs accidens , leurs complications, leurs dégénérescences, le font nécessairement varier. Dans la convalescence des fièvres muqueuses simples , où la puissance digestive est assoupie, les substances alimentaires doivent se donner par gradation, et être associées aux cordiaux et aux toniques pour empêcher la diarrhée muqueuse, l’œdématie des jambes et la lcucophlegmalie, qui ont lieu souvent en pareille circonstance.

Lorsque l’estomac a souffert, qu’il est affaibli par l’effet de la turgescence bilieuse, les alimens légers sont ceux qui conviennent le mieux, parce que leur usage rend les nausées, le vomissement, les indigestions et la diarrhée bilieuse moins fréquens. Mais que d'individus ont succombé pour s’être livrés trop imprudemment à leur appétit, et pour avoir ignoré ou méconnu ce proverbe : Plures occidit gula quùm gladius.

Dans le cas d’adynamie qui porte spécialement atteinte au système musculaire ( ce qui fait que les forces ne reviennent pas à proportion de la nourriture que l’on prend), il faut conseiller la promenade et la respiration d’un air pur, sec et d’une température de 14 à i5 0 au dessus de zéro du thermomètre de Réaumur. En général, les vêtemens d’un convalescent doivent être très -chauds. Une grande propreté, des frictions sèches avec de la flanelle, sont recommandées.

S'il y a eu des symptômes ataxiques suivis de l’affaiblissement des organes des sens et des fonctions intellectuelles, il est de ï interet du malade d’éviter l’impression d’une trop vive lumière, de s’éloigner des objets qui pourraient troubler 1 âme, de la maintenir dans une douce tranquillité et de s’abstenir de toute espèce de conlension d’esprit.

Dans la convalescence, il 11’est pas nécessaire d’entretenir la liberté du ventre. Malheur souvent aux individus chez qui on combat la constipation, effet de l’énergie du système absorbant des voies digestives. Cependant, si l’inappétance cl des nausées ( fruits d’un embarras gastrique très prononcé), demandent impérieusement un purgatif: alors une infusion de deux gros de séné, ou de la rhubarbe prise dans une cuillerée de soupe , à la dose de 18 grains, sont les moyens qui peuvent être permis.

Les fièvres muqueuses exigent plus que toute autre maladie, dans la convalescence, l’emploi des cordiaux et des toniques unis aux analeptiques.

Les stimulans dits cordiaux ou cardiaques tels que liqueurs alcooliques , la cannelle , la vanille , le macis, la muscade, les doux de girofle, la menthe, la sauge et autres aromates ( tous riches eu huile essentielle, résine, camphre, acide benzoique), excitent par des principes très-pénétrans, plus ou moins promptement et d’une manière sensible, l’action des divers systèmes de l’organisme, et augmentent la chaleur animale.

49° traitement raisonné

Les ton iques , dont il a déjà été parlé, ayant la faculté d’exciter lentement, et par des degrés insensibles, l'action organique des systèmes de l’économie animale et d’augmenter les forces d’une manière durable , sont ici d’une grande utilité. Il n’en est pas de même des narcotiques , conseillés par quelques auteurs contre l’insomnie, puisqu’ils diminuent les forces vitales.

Des Analeptiques.

Les analeptiques , ou confortans alimentaires, sont des substances nutritives unies à des stiinulans qui réparent les pertes faites dans le cours de la maladie. Ils agissent idiopalhiquemenl sur les voies digestives, et sympathiquement sur tous les systèmes, i.° en les excitant, 2.0 en les restaurant. On doit , comme il a été dit, en user avec la plus grande circonspection, en varier la qualité et la quantité. En premier lieu, on emploie, avec des aromates, le bouillon de bœuf, le riz , le salep , le sagou, le vermicelle, le chocolat, les fruits cuits ; ensuite le pain léger, les rôties au vin et au sucre , les œufs frais, du poisson d’une chair tendre, de la volaille, du mouton, du bœuf, grillés ou rôtis. Les viandes noires, telles que celles du chevreuil, du lièvre, de la perdrix, etc., sont défendues, ainsi que celle du porc, qui est toujours de difficile dL gestion.

Les substances nulrivès, réunies aux stimulans

et prises avec prudence, préviennent les engorgeniens des viscères abdominaux, font cesser le dégoût, l’inappétance, la diarrhée muqueuse, le bourdonnement d’oreilles, la surdité, l’insomnie, la stupidité, la perte de mémoire, et même le léger délire qui existe quelquefois long-temps après la terminaison de la maladie, et ils empêchent très -souvent les rechutes.

Le quinquina uni à la rhubarbe, le tartre martial ( tarlrale de fer ), le sel ammoniac, l’oxymel et le vin scillitique font disparaître l’œdématie des jambes et des pieds. Dans ce cas, lorsqu’on ne craint pas d’obstruction du bas-ventre, on peut appliquer, depuis l’extrémité inférieure jusqu’aux aines , une bande de linge imbibée de vinaigre ou d'eau-de-vie.

Venant de m’élever avec force contre l’abus des purgatifs cl de la saignée, dans les fièvres muqueuses , pourrais je ne pas dire un mot des char- Icüans et des empiriques ?

Des Charlatans.

Ces individus , presque toujours étrangers à l’art de guérir, sont le plus grand fléau de l’espèce humaine, sur -tout dans les campagnes, lorsqu’il existe une maladie épidémique, parce qu’ils emploient des remèdes sans discernement et sans égard pour lâge, le sexe, la constitution individuelle.

49u traitement raisonné

On ne peut se rendre compte pourquoi, dans ce siècle éclairé, les charlatans sont accueillis dans toutes les classes de la société ? Pourquoi des remèdes, prétendus secrets, sont vantés même par des demi - savans qui ambitionnent la réputation de guérisseurs à recettes?

Comment se fait-il que les nombreuses victimes de 1 administration des médicamens par une main soi-disant officieuse, mais inexpérimentée, ne dessillent pas les yeux des crédules malades ?

Les médecins ont beau tonner contre ces abus, 1 ignorance la plus grossière, les préjugés les plus absurdes, les ruses et la fourberie se réunissent pour repousser des conseils qui, s’ils étaient écoutés , arrêteraient le mal dans sa source. Mais les prétendus sorciers, les bergers, les consultons d’ urines, les maréchaux Jerrans , les magnétiseurs ( i ) les possesseurs de secrets transmis de

(i) Ceux qui se servent du fluide électrique contre les névroses a toniques, ne sont point à ranger parmi ces jong'eurs. Les succès de l’électricité dans la paralysie , l’amaurose ou goutte sereine , etc. , étant trop bien prouvés pour être contestés, ont engagé M. Laposlolle, physicien et chimiste distingué d’Amiens , à former dans cette ville un établissement gratuit ( en faveur des indigens ) dont l'obj et est de traiter, par l’électricité, les maladies nerveuses réputées incurables. Les avantages que les malheureux en retireront ne peuvent que faire honneur à ce phylantrope, qui s’est associé des médecins charitables pour 1 aider à atteindre le noble but qu’il sc propose.

génération en génération, sont plus clignes de foi que ceux qui ont fait une étude toute particulière de l’art de guérir, et qui s'occupent uniquement et continuellement des infirmités de l’espèce humaine.

Pour les campagnes, il serait à désirer cjue les autorités locales reçussent, de la part des premiers magistrats , des ordres pour arrêter dans leurs courses vagabondes ces dangereux charlatans que l’impunité enhardit de plus en plus. On ne devrait avoir pour eux aucun ménagement; car, combien d’individus ont trouvé la mort dans des remèdes clandestins qu'ils regardaient comme des spécifiques à leurs maux!

On ne saurait trop s’appesantir sur ces êtres malfaisans qui ont 1 art d’en imposer par leur audace, par des paroles pompeuses sur les maladies qu ils traitent; il leur suffit d’avoir réussi une fois pour mettre en jeu les cent bouches de la renommée. Au contraire, le médecin instruit est modeste, timide, réservé; il ne promet qu’avec circonspection; il veut s'aider du temps, d’un régime souvent austère et opposé au goût du malade; il emploie avec prudence les remèdes héroïques pour ne pas aggraver la maladie qu’il connaît; et, pour prix de ses soins, il n’obtient quelquefois que de l’ingratitude.

Si 1 art médical ne jouit pas de toute la considération qu’il mérite, s’il a donné matière à une foule de plaisanteries spirituelles , ne doit - on pas

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l’attribuer, cl’une part, à quelques médecins instruits qui ne rougissent point d’avoir aussi recours au charlatanisme, et d’une autre, à la sotte pédanterie, à la fatuité, à la jactance de jeunes adeptes qui compromettent trop souvent leur prétendu savoir.

On croirait qu’il suffit de se dire médecin pour avoir le droit de juridiction sur la vie des hommes ; et, quoique le Gouvernement prenne des mesures pour arrêter les suites dangereuses d’une confiance inconsidérée , le vulgaire n’en est pas moins disposé à se livrer au premier venu qui se vante d’avoir trouvé un spécifique. Un état de faiblesse et 1 impatience de guérir font naître cette excessive crédulité que nourrissent le mensonge et l'impudence.

Le médecin qui ne voit dans l’art qu’il professse que le bonheur d’être utile, souvent sans d’autre intérêt que celui recueilli par sa conscience, doit signaler de tout son pouvoir les préjugés qui tendent à séduire les individus enclins au merveilleux ; faire rejet ter tous les remèdes dont le raisonnement prouve la nullité, et dont l’expérience fait connaître les dangers ; démontrer que certaines dégénérescences (i) dépendent de ce que les malades négligent, dans le principe (2), l’emploi des

(1) Medendi instrumenta duo experienlia et raüocinio. Galien.

(2) Principirs obsla , sero medicina paratur

Cum mala per longas invaluere /noms. Horace.

DE LA FIÈVRE MUQUEUSE. 4ç)5

moyens convenables, à défaut desquels apparaît une série d’accidens dont toute la sagacité médicale ne saurait arrêter les progrès ou cmpecher la funeste terminaison; dévoiler les travers de l'esprit humain ; faire entendre la voix de la vérité pour préserver les hommes de la contagion du charlatanisme qui prend toutes les formes pour, capter la confiance, étendre ses succès et jouir eu silence du bénéfice qu’il en retire, abstraction faite du mal qu’il produit.

La nature a des ressources qui n appartiennent qu’à elle. Sentinelle avancée, elle veille à la défense comme à la conservation de l'homme. I ,’art du médecin, basé sur de vrais principes, la seconde dans scs opérations (i). C’est de la réunion de leurs efforts que dérive la source où l'homme vient puiser la santé et la vie , et ce n’est point dans un ridicule assemblage de substances ( dont les vertus se détruisent réciproquement par des décompositions intestines ) qu'il peut trouver du soulagement à ses maux.

(i) Médiats nalurœ mini s 1er , natnrœ interpres, servus , elej Celse,

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