‹ Traité élémentaire des maladies épidémiques ou populairesChapitre 99 sur 119 · SOIGNENT LES MALADES ATTEINTS DE CONTAGION · texte numérisé non relu

SOIGNENT LES MALADES ATTEINTS DE CONTAGION

Les médecins, les chirurgiens, les officiers de santé, les ecclésiastiques et les gardes malades, étant dans l’obligation de visiter souvent les personnes affectées de contagion, ne doivent pas seulement prendre des précautions pour se préserver eux - mêmes , mais encore pour ne pas colporter dans d’autres familles des principes contagieux qui, introduits en nous, provoquent un travail dans 1 organisation dont l’effet est de les reproduire avec

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tous les caractères qui leur sont propres ; en conséquence, il leur est particulièrement conseillé :

1. ° De ne jamais visiter les malades à jeun, de prendre auparavant un peu d eau - de - vie, de vin de quinquina, de gentiane ou d’absinthe.

2. ° De faire usage d’une nourriture saine, substantielle et assaisonnée convenablement; de boissons toniques et stimulantes telles que vin, cidre ou bière bien fermentée , selon les localités. Lorsque l’indigence ne le permet pas, on remplace ces boissons par de l'eau de vinaigre miellée , vulgairement appelée oxycrat. Il faut remarquer que les substances toniques et stimulantes n’ont point d’action sur la cause de toutes les affections adynamiques et ataxiques; cause qui trouve toujours dans notre organisme quelques parties vulnérables.

5.° De se gargariser souvent avec de l’eau devie, pour diminuer l’action des vaisseaux absorbans ; un morceau de camphre dans la bouche est aussi utile en pareille circonstance :

4-° De ne point manger dans les lieux infectés, parce que les miasmes, introduits par les voies digestives, peuvent occasionner la contagion. (On doit, autant que possible, choisir pour gardes ou infirmiers, des individus qui ont déjà été atteints de 1 épidémie régnante , car il est d’ observation qu’un individu en est rarement attaqué une seconde fois);

5.° De changer souvent de linge, d habits , et d’exposer ceux-ci au grand air; de se laver les

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mains dans du vinaigre ; de prendre des bains, cstr'

une grande propreté est de rigueur :

G.° D’approcher des malades et de les servir avec calme et sécurité; le courage, pour remplir un devoir sacré , (ail braver la contagion et donne aux propriétés vitales de nos organes la faculté de réagir contre l'action des miasmes délétères.

Quand on voit qu’une maladie est sérieuse , il faut que celui qui est chargé du traitement, surtout dans les campagnes, pour empêcher la propagation qui serait la suite de la terreur, inspire la plus grande confiance (i) et qu’il fasse sôulir qu’avec de la tempérance , en tout genre , il est facile de se mettre à l’abri.

7.0 De ne jamais avaler la salive; de cracher et de se moucher souvent ; de fumer du tabac oit autres plantes aromatiques ; de mâcher des substances âcres ou irritantes, même du camphre.

8.° De ne point s’exposer subitement aux émanations des malades, et d’éviter leur souffle.

9.0 De porter sur soi de l’ail, du vinaigre des quatre voleurs, de respirer de l’eau-de-vie cam-

(1) Chacun connaît te généreux dévouement du célèbre docteur Vesgeneites qui , en Egypte, dans une maladie pestilentielle, n’a point balancé, pour empêcher les e/Tets d une juste crainte , de s’inoculer aux yeux de toute une aimée, le virus d un bubon; la providence permit que ce médecin , plus que courageux, échappât au danger imminent auquel il sciait exposé par amour du bien public.-

phré, du vinaigre lliériacal, substances qui, comme toniques et stimulantes, ont la propriété de s’opposer à l’introduction des miasmes par les bouches des vaisseaux absorbans ;

10. ° De se promener souvent pour changer d'air et en même temps se distraire :

11. ° D'être sobrius et cas/us, c’est-à-dire, ne faire aucun excès dans le boire ni le manger, et ne point abuser des plaisirs vénériens, parce (pie tout ce qui peut énerver le corps, porte de grands préjudices à l’organisme et rend plus apte à contracter une maladie régnante :

12. ° Lorsqu’on se sent mal disposé, de fuir les malades et les lieux qui les renferment ; et, quand il y a embarras gastrique, un vomitif, ou un émétocatbarliquc, parvient quelquefois à faire avorter les gci mes de 1 infection. Les sétons, les cautères, les vésicatoires, sont aussi regardés comme prophylactiques :

13. ° De faire, dans les lieux habités par les malades , de fréquentes fumigations ;

On entend ici par fumigations la réduction d’un corps en vapeur que 1 on dégage dans un espace circonscrit pour en purifier l’air;

Celles qui sont les plus propres à détruire ou à diminuer l'action délétère sont, sans contredit , les gaz acides tels que le nitrique, le sulfurique, le chlore ou le muriatique oxigéné ;

Le gaz nitrique , qui s’obtient en versant de l’acide sulfurique sur du nitrate de potasse, est em-

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ployé de préférence dans le cas ou beaucoup de malades sont réunis dans un lieu très - resserré , parce qu'il agace moins le système pulmonaire ;

Le gaz sulfureux est particulièrement usité pour purifier les hardes ou vêlemens et tout ce qui touche aux malades ;

Le chlore ou gaz muriatique oxigéné se dégage lorsqu’on verse de l’acide sulfurique sur un mélange de manganèse et de muriate de soude trempé d'eau ; il est actuellement moins en usage que le gaz nitreux, dans les appartemens des malades , parce qu’il fait tousser davantage*

Ces acides ont la propriété de détruire, en tout ou en partie, les miasmes contagieux composés du * gaz acide carbonique, du gaz azote, des gaz hydrogènes carboné, sulfureux et phosphoré, mélangés d’un principe odorant particulier à certaines constitutions, à certaines maladies, a l’air des hôpitaux et des prisons;

Quoique les fumigations avec les gaz acides minéraux ne doivent pas être regardées comme infaillibles dans les maladies contagieuses ( vu quelles ne peuvent empêcher la reproduction de nouveaux miasmes, ce qui fait que les épidémies ne s’arrêtent pas comme on le voudrait ) , cependant elles sont toujours très -utiles pour arrêter les émanations, et exciter une réaction vitale des surfaces muqueuses et de la peau , capable de s’opposer à l’absorption des miasmes développés dans le cours d’une épidémie;

Outre que ces gaz agissent sur les émanations continuelles des corps vivant dans un état d’infection, ils ont aussi la propriété de détruire la contagion adhérente à divers corps privés de la vie et peuvent, par ce moyen, se communiquer par contact immédiat dans tout pays , lorsque les corps qui les renferment sont abrités de toute espèce de rapport avec l'air;

Les fumigations faites avec du vinaigre en vapeur ont très -peu de vertu, comparativement à celles des minéraux ; aussi ne sont • elles usitées que lorsqu’il est impossible de se procurer les substances minérales propres au dégagement des gaz désinfectans ;

La poudre à canon projetée sur des charbons ardens est aussi conseillée; les produits de sa décomposition par le feu n’attaquent pas sensiblement 1 au infecte, mais ils dilatent et facilitent, par une explosion subite, son renouvellement ;

Je préféré a la poudre a canon un mélange de partie égale de soufre et de nitrate de potasse qui , par la combustion, fournit les gaz nitreux et sulfureux dont la propriété destructive des miasmes contagieux ne peut être mise en doute ;

Les fumigations avec des baies de genièvre ou d autres substances aromatiques ne peuvent être comparées à oelles dont il vient d’être parlé, puisqu elles ne modifient ni ne diminuent les effets des miasmes délétères; cependant,, si, comme les slimulans , elles peuvent présenter quelques avau-

tages , ceux-ci sont contrebalancés par l’inconvénient de fixer les miasmes aux appartenons, et de les rendre alors plus redoutables;

15. ° Le charbon de bois ou de terre, pulvérisé cl légèrement humecté , regardé comme absorbant , jouit de la propriété de désinfecter l’air en neutralisant sur-tout le gaz hydrogène sulfuré :

16. ° Les alcalis fixes et la chaux vive détruisent les miasmes de nature acide, tels que le gaz acide carbonique; ils laisssent intacts les alcalins; l’eau de savon ne détruit pas les miasmes ;

Quoique quelques uns prétendent que la chaux vive ne change pas la qualité de l’air altéré par des matières putrides", qu’elle ne fait que précipiter l’acide carbonique sans détruire l’odeur de putréfaction, cependant j’en ai tiré de grands avantages dans les épidémies , soit en faisant blanchir les murs , soit en ordonnant d’en jeter dans les petites marcs ou les lieux infects qui avoisinent presque toutes les habitations, non seulement par la facilité quelle a d'absorber le gaz acide carbonique, mais encore par la propriété qu’elle a de détruire l’action délétère de quelques principes constitutifs des substances animales, tels que les gaz nitreux ou azoté , les gaz hydrogènes sulfureux et phosphore qui se rencontrent dans toutes les émanations fétides et qui constituent, par leur association, ce que l’on appèle miasmes ; l’eau de chaux dans un lieu infecté le sanifie par l’absorption du gaz acide carbonique , d’ou résulte un carbonate de chaux

sous forme d’une pellicule blanche qui se précipite;

17.0 Parmi les moyens que la nature nous présente pour désinfecter l'air, il n’en est pas de plus simple, de plus facile et de plus sur que l’eau pure et froide versée d’un grand bassin dans un autre placé dans une chambre où sont des individus atteints de maladie contagieuse; on ne saurait trop répéter que l’air, et sur tout l’eau, par leur action prolongée, sont les plus grands désinfectauS; l'air atmosphérique peut en trois mois détruire les mias mes contagieux adhérons aux étoffes et aux ustensiles; l’eau froide , en moins de temps; l’eau bouillante et à l’air libre, en quelques heures :

18.0 On doit brûler du bois sec dans les cheminées afin d’exercer une venlillation continuelle; si le feu ne détruit pas les miasmes parce qu’ils sont incombustibles et indécomposables par lui ( auxquels il donne niême^ dans un lieu circonscrit, plus d'activité ) , il sert du moins à les chasser au loin, à renouveler l’air et à dissiper l’humidité.

iq.° 11 est possible d’éviter une maladie grave, ou du moins d’en diminuer 1 intensité par le moyen d’une autre maladie moins grave, ou par une affection locale dans laquelle il se fait une sécrétion abondante; en effet, une gonorrhée met quelquefois h l’abri du typhus contagieux. Si, cependant, une fièvre mucoso-adynamo ataxique se communique, l’écoulement s’arrête et reparaît quand la maladie est à sa fin. On voit aussi des ulcères can-

céreux , des exutoires, l’ozème, la gale, une maladie chronique, une lièvre intermittente, rendre moins sujet à la contagion, mais ne point toujours en préserver.

Deux virus qui existent en même temps chez le même individu s’influencent réciproquement. J’ai remarqué, comme bien d’autres, que lorsque le virus vaccin et le variolique existaient simultanément, la pustule vaccinique se formait plus lentement, restait plus petite, et l’éruption de la petitevérole était non seulement verruqucuse, mais les boulons ne se déchiraient pas. J’ai aussi observé que dans une épidémie variolique , si l’infection du virus vaccin ne produit pas de véritables pustules, il a du moins l’avantage de rendre la petite vérole plus bénigne. La rougeole, la scarlatine, la vérolelle, les lièvres contagieuses, la grippe, les dartres, la teigne, l’érysipèle } peuvent empêcher le

vrai vaccin quand ils se rencontrent ensemble.

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