DES RECHERCHES A FAIRE
RIXATIVKMENT A l/ ANTIMOINE.
M. Orfila a établi que dans les cas d’empoisonnement par l’antimoine, l’analyse ne doit pas être bornée, comme on l’a fait jusque dans ces derniers tenqis , à l’examen de l’estomac, des intestins et des matières qui s’y trouvent contenues , mais qu’elle peut être poussée aussi loin que pour l’acide arsénieux. Voici les conclusions qu'il a déduites de ses expériences sur l’émétique :
1® Le tartre stibié, introduit dans l’estomac ou appliqué sur le tissu cellulaire sous-cutané des chiens vivants, est absorbé et porté dans tous les or{îanes de l’économie animale, comme 31. 3Iagendie l’avait annoncé sans le démontrer.
2° Lorsqu’il est mis en poudre ténue sur le tissu cellulaire sous-cutané de la partie interne de la cuisse , il suffît de deux giains pour déterminer la mort des chiens de petite taille au bout de trente ou quarante heures.
3® Il est possible, à l’aide de certains procédés chimiques, de retirer l’antimoine métallique delà portion de tartre stibié qui a été absorbée.
4“ II devient indispensable de recourir à cette extraction lorsqu’on n’a pas retrouvé le poison dans le C4nal digestif, ou sur les autres parties sur lesquelles il avait été immédiatement appliqué , ou dans la matière des vomissements ; car en se bornant à rechercher le tartre stibié dans l’estomac et les intestins , on court d’autant plus le risque de ne pas le découvrir, qu’il est ti’ès facilement vomi, tandis que l’on pourra obtenir le métal d’ur.c partie au moins de la portion qui aura été absorbée.
Il4 SUPPLÉMENT AU TRAITÉ DES REACTIFS.
5» Un rapport niedico-lé{jaI devra être déclaré incomplet et insuffisant, parle seul fait que, dans ce cas indiqué, on aura omis de rechercher le tartre stibié dans les tissus où il peut se trouver après avoir été absorbé.
6° Parmi les viscères de l’économie animale , les organes sécréteurs, et notamment,le foie et les reins, en contiennent beaucoup plus que les autres , ce qui tient évidemment à ce que le sang séjourne plus long-temps dans les premiers que dans les derniers,
7“ S’il est décomposé par le sang et par les organes dans lesquels il se rend , cette décomposition n’est pas complète , puisqu’en traitant ces organes par l’eau bouillante , on obtient un liquide très sensiblement antimonial ; à la vérité , il ne serait pas impossible que l’acide tartriqueseul fût décomposé, et que le tartre stibié fût réduit à l’état d’hypo-antimoniate de potasse soluble dans l’eau bouillante.
8“ On peut déceler ce poison en traitant convenablement un des viscères de l’économie animale préalablement desséché, surtout lorsque ce viscère est un organe de sécrétion; mais il est préférable d’agir à la fois sur plusieurs d’entre eux, afin de se procurer une plus grande quantité d’antimoine métallique et de le reconnaître plus làcilement.
9" Il pourrait cependant arriver, dans une expertise niedico-légale, que l’on ne retirât aucune trace de ce métal en analysant les viscères seuls ou réunis, parce que l’émétique ne séjourne que pendant un certain temps dans ces viscères , et que déjà il aurait pu les abandonner pour se mêler au liquide des sécrétions ; alors on pourrait obtenir une proportion notable d’antimoine, en agissant convenablement sur ces liquides et en particulier sur l’urine (1),
(1) M. Orllla a établi d’une manière incontestable, par ses expériences, que l’émétique porté dans l’estomac , ou mis eu contact avec le tissu cellu-
BECHÏÏRCIIES A FAIRE SUR l’aNTIMOINE. Ii5
lo^S’il est vrai que l’acide arsénieux se comporte à cet égard comme l’émétique , c’est-à-dire qu’il s’écliappe d’abord du sang, puis des viscères pour se mêler aux liquides secrétés , cet efl’et n’a pourtant pas lieu, ni à beaucoup près aussi rapidement ([ue pour lé tartre stibié, et dès lois cela explique pourquoi ou retrouvesoiiveutdans le sang et surtout dans les viscères une portion tle l’arsenic absorbé , lors môme que l’urine en contient d(‘jà , et plusieurs jours après l’iniroduclion du poison dans l’économie animale. Il se pourrait toutefois, si la moi“t n’arrivait que long-temps après l’empoisonnement, que l’acide ars(inieux n’exisiàt plus (jue dans l’urine et dans d’autres liquides sécrétés, dans Ies(|uels le médecin-légiste serait néccssaii ement tenu de le cberclier.
11° Le procédé à suivre pour l’extraction de l’antimoine métallique contenu dans la portion de tartre stibié absorbée consiste à carboniser les viscères desséchés par l’acide azotique concentré et pur , dans une capsule de porcelaine , comme on le fait pour la recherche de l’arsenic, à faire bouillir pendant une demi-heure le charbon obtenu avec de l’acide chlorydrique mélangé de quehiues gouttes d’acide azotique.
taire sous-cutané, pénètre assez proinpteiiient jusque dans l’intérieur des viscères, où il ne reste que peu de teiujis , surtout lorsque ces viscères ne sont pas des organes sécréteurs , et qn’après eu être sorti , i! est éliminé avec l’urine et probablement avec tous les autres liquides que fournissent les sécrétions. A l’appui de cette double proposition , il a fait connaître plusieurs faits. Ainsi, il a analysé l’iirine de quelques malades auxquels MM. Duméril , Bouvier, Hussou, avaient fait prendre l’émétique à dose plus ou moins forte, et il a pu constater la présence de l’antimoine dans ce liquide. Une femme , à laquelle M. Bouvier avait administré 5 centigrammes de tartre stibié, et qui était morte quiuze jours après, sans qu’il fut revenu aucun vomissement, avait de l’antimoine dans le foie, dans la rate. M. Martin-Solon a trouvé de l’antimoine dans Turine d’un individu qui n’avait pris que aS centigrammes d’émétique, et qui n’avait eu à la suite de cette ingestion, ni vomissements, ni évacuations alvines.
à filtrer la liqueur et à l’introduire dans un appareil de Marsh ; il ne tardera pas à se dégager du gaz hydrogène antimonié , qui , étant enflammé, déposera une grande partie du métal qu’il renferme sur une assiette de porcelaine. Pendant la carbonisation , l’acide tar trique est entièrement décomposé, et tout porte à croire que le proloxided’antimoine passe à l'état d’acide antimonieux, soluble dans l’acide chlorhydrique , tandis que la potasse du tartre stibié s’unit à l’acide azotique, dont on trouve presque toujours un léger excès dans le charbon.
12° Ce même procédé doit être préféré à tous ceux qui sont connus pour découvrir une préparation antimoniale insoluble dans l’eau et combinée avec les matières alimentaires ou excrémeniitielies solides qui pourraienlexister dans le canal digestif, ou qui feraient partie des matières solides vomies dans un cas d’empoisonnement par l’émétique.
1 5“ L’extraction de l’antimoine métallique des viscères ou de l’urine des cadavres d’individus qui n’avaient pas été soumis à l’usage médicamenteux d’une prépai-aiion stibiée, prouve d’une manière incontestable qu’il y a eu empoisonnement, à moins que celte préparation ne soit arrivée dans les organes par suite d’une imbibition cadavérique, puisque ni les viscères, ni l’urine de ces individus, traités delà même manière, ne fournissent aucune trace d’antimoine.
i4“ Enfin , il est aisé de distinguer les taches antimoniales des autres taches. Nous ajouterons ici que si on avait affaire à un produit qui contient de l’arsenic et de l’antimoine, le procédé serait le même , mais il faudrait alors employer l’appareil de Marsh modifié qui se trouve déjà décrit et qui est muni d’un tube contenant de la porcelaine chauffée.