‹ Traité élémentaire des réactifs, leurs préparations, leurs emplois spéciaux et leur application à l'analyse. Supplément contenant les nouvelles recherchesChapitre 12 sur 19 · II. L’acétate et le sulfate de cuivre sont-ils absorbés · texte numérisé non relu

II. L’acétate et le sulfate de cuivre sont-ils absorbés

L’absorption de ces sels a lieu ; et pour la prouver, M. Or-

fila à expérimenté sur un bon nombre de chiens.

En soumettant à raciion prolongée de l’eau bouillante le foie, la rate, les reins, les poumons, le cœur de ces animaux , empoisonnés soit par l’introduction de l’acétate ou du sulfate de cuivre dans le tube digestif, soit par l’application de ces substances sur le tissu cellulaire sous-cutané , on peut retirer du cuivre de tous les organes , que , l’analyse soit pratiquée quelque temps après la mort , ou que pour la faire, les animaux sur lesquels on expérimente soient sacrifiés, et leurs organes extraits immédiatement des cavités où ils sont contenus.

III. Le cuivre que l’on obtient dans ces analyses ne peut-il pas être considéré comme existant normalement dans les organes?

L’existence du cuivre dans un grand nombre de corps vivants est actuellement un fait acquis à la science et iri'évocablement prouvé : Gahn, Meisner, Vauquelin , ont retiré du cuivre de certains végétaux ; ÜL Sarzeau l’a trouvé également dans les plantes et dans le sang ; M. Perretti a annoncé sa présence dans les vins ; M. Bouligny l’a extrait du blé et d’un grand nombre d’autres substances; M. Boucliardat l’a

rencotilré dans les moules; enfin MM. Devergie et Hervy l’ont découvert dans les cendres de plusieurs organes de l’éconopiie animale provenant d’hommes ou de femmes de divers âges , et même chez un enfant nouveau-né à terme.

II s’agissait de démontrer (ju’il est toujours facile de reconnaître si le cuivre retiré du canal digestif ou de tout autre organe d’un animal, est du cuivre normal ou du cuivre provenant d’un empoisonnement. Les expériences de M. Orfila ne laissent aucun doute à cet égard. Suivant cet expérimentateur, l’on fait bouillir pendant six heures , avec de l’eau distillée, les viscères de l’homme ou des animaux à l’état normal; caibonisant par l’acide azotique pur le décocté filtré et desséché, on n’obtient pas la plus légère trace de cuivre à l’aide d’une lame de fer parlàitement décapée, tandis que si on soumet au même traitement les viscères des chiens empoisonnés par une préparation cuivreuse , on peut en retirer le métal par la lame de fer; il y a plus, dans ce dernier cas, on sépare le cuivre en agissant sur les mêmes viscères avec de feau froide , si les animaux ne sont ouverts que trente ou quarante heures après la mort, et que l’eau soit laissée en contact avec les organes pendant un jour ou deux.

L’eau , même à la température de l’ébullition , ne dissout pas la totalité du composé cuivreux que l’absorption fait parvenir dans les viscères; car, après les avoir épuisés ainsi, on peut encore en extraire une quantité notable de métal si on les dessèche et qu’on les carbonise par l’acide azotique pur, tandis que les viscères des chiens non empoisonnés soumis à un traitement absolument semblable, ne fournissent jamais la plus légère trace de cuivre par la lame de 1èr.

Au contraire, le foie , la rate, les reins, le tube digestif, les poumons et le cœur de l’homme desséchés et carbonisés après leur épuisement par l’eau bouillante, cèdent une très petite quantité de cuivre normal qu’ils contiennent; mais la

EMPOISONN. PAR PRÉPARATIONS CUIVREUSES. I21 majeure partie de ce métal reste dans le charbon et n’en peut être séparée qu’au moyen de l’incinération.

La cause de cette dilïérence entre les résultats obtenus avec les viscères de l’homme et ceux des chiens provient sans doute du volume et du poids dix fois plus considérable de ces viscères chez le premier que chez les autres , et, par conséquent, de la quantité proportionnellement dix fois plus faible du cuivre cédé par ceux-ci ; quantité tellement minime qu’elle ne peut plus être décelée par la lame de fer.

IV. Le cuivre trouvé dans les viscèi’es des animaux morts empoisonnés par l’acétate ou le sulfate de cuivre peut-il provenir tout cntiei' de cette portion de sel cuivreux qui transsude à travers les tissus apiès la mort, et qui arrive par imbibition jusqu’aux erj^anes éloignés du point sur lequel le sel cuivreux avait été appliqué?

Cette question doit être résolue négativement, et M. Orfila le démontre d’une manière péremptoire par le fait suivant. Lorsqu’on tue un animal empoisonné par un de ces sels, et que l’on enlève aussitôt le foie, la rate, les reins, le cœur et les poumons pour les traiter immédiatement par l’eau bouillante , on découvre dans ces divers organes un composé cuivreux; donc une certaine portion du sel y avait été transportée pendant la vie.

31. Orlila a reconnu par suite de diverses expériences que les sels de ciiivie, dissous dans l’eau et injectés dans le tube gastro-intestinal des cadavres refroidis de l’homme et du chien, arrivent par imbibition d’abord dans les organes les plus voisins de la portion du canal digestif dans laquelle ils ont été placés; qu’ils s’avancent ensuite pour gagner soit l’intérieui' des viscères, soit d’autres organes plus éloignés; mais toujours assez lentement pour qu’après dix jours, même dans le cas où l’estomac renferme une grande quantité de soluté cuivreux , la partie supérieure et centrale du

l‘22 SUPPLÉMKNT AU TRAITÉ UES RÉACTIFS.

foie, et à plus forte laison le cerveau , les muscles des exil ëmilés, etc.,- n’eu contiennent pas un atome.

Néanmoins, ainsi que le fait observer M. Orfila, tout porte à croire qu’ils ne parviendraient jamais jusqu’aux parties les plus éloignées du point où ils ont été appliqués, du moins en assez forte proportion pour pouvoir être décelés, si la quantité introduite dans le tube digestif était faible ; qu’il serait possible que la marche du liquide vénéneux à travers les tissus morts fût beaucoup plus lente et qu’elle finît même par s’arrêter tout-à-faii, les sels de cuivre pouvant former un composé insoluble avec la substance de nos organes; mais que cette décomposition n’aurait pas lieu de suite pour tout le liquide vénéneux , puisqu’au bout de quinze jours il a encore pu dissoudre aisément dans l’eau froide, et cela dans l’espace de quelques heures seulement, une portion de ces sels cuivreux qui existaient dans les organes et qui y étaient en partie par imbibiiion; enfin que la peau ne paraît pas se laisser facilement traverser par les liquides vénéneux , même lorsqu’elle est entièrement baignée par eux , et que , dès lors, il est difficile d’admettre qu’un cadavre dont la peau est encore intacte livre facilement passage à ua liquide vénéneux existant accidentellement dans le terrain où ce cadavre serait inhumé, parce que ce liquide, absorbé en grande partie par la terre, serait peu abondant, et tout au plus capable de mouiller faiblement celle-ci.

De ces diverses cxpéi iences sur l’intoxication par les sels cuivreux , M. Orfila a tiré les conclusions suivantes :

1° Que l’acétate et le sulfate de cuivre, introduits dans l’estomac ou appliqués sur le tissu cellulaire sous-cutané des chiens vivants , sont absorbés et portés dans tous les organes de l’économie animale ;

2*^ Qu’il en est pi’obablement de même pour l’homme;

5® Qu’il est possible , à l’aide de certains procédés chi-

lîMPOlSONN. PAR PRÉPARATIONS CUIVREUSES. 1^3 iiii(iues, (le reiiicr le cuivre niéiallique de la portion de ces sels cuivreux (]ui a eici absorbée.

4" Qu’il devient indispensable de recourir à cette exti'action lorsc]u'on n’a pas îi'oiivé ces poisons dans le canal di^feslil’ ou sur les autres parties sur lesquelles ils avaient été iininé-' dialeinent appliqués , ou dans les matières des vouiissemenis; car, en se bornant , comme on l’a lait jus(|u’à ce jour, à reclierclier les sels cuivreux dans les matières provenant de restomac et des intestins, ou court ris(iue de ne pas les découvi’ir, parce qu’il n’en lestera plus dans le canal digestil’, soit pai'ce que les matières vomies auront été soustraites, tandis que l’on pourra toujours obtenir le métal de la portion (jui aura été absorbée.

5° Un rapport médico-!é{ïa! devra être déclaré incomplet et insuftisaiit par le seul fait (jue, dans le cas indiqué, ou aura omis de recberclier les sels cuivreux dans les parties où ils existent après avoir été absorbés.

G’’ Qu’indépendamment de la portion des sels cuivreux absorbés durant la vie , et qui se trouve iné.j}alement disséminée dans tous les tissus, plusieurs de nos orjjanes et notamment les viscères .abdonnnaux , si les sels ont été introduits dans le canal difjestif, contiennent encore, surtout à la partie de leur surface qui était en contact avec ce canal , la portion de ces sels qui est arrivée jusciu’à eux par suite de l’imbibition cadavérique, et dont la quantité varie suivant l’époque à la- (|uelle les cadavres ont été ouverts; dès lors le cuivre retiré en dernier résultat de ces organes piovient à la fois du sel qui avait été absorbé et de celui (|ui avait traversé les tissus après la mort.

7° l’imbibition dont il s’agit est aussi mise hors de doute par les expériences de Fodéré, de Collard , de Martigny, de Magendie, de Muller, etc., que c’est un phénomène (jui n’appai'iieni pas exclusivement à l’intoxication

124 SUPPLÉMENT AG TRAITÉ DES REACTIFS, cuivreuse, puisqu’on l’observe dans tous les empoisonnements où la substance vénéneuse , incomplètement absorbée pendant la vie, séjournesur nos tissus après la mort, pourvu que celte substance soit dissoute ou susceptible de dissoudre dans le liquide qui la touche; ainsi, ce qui vient d’être dit relativement à la proportion du poison cuivreux fourni par les viscères, soit par l’absorption, soit par suite de l’imbibition, s’applique à tous les genres d’intoxication dans lesquels les poisons ont été absorbés.

8“ Qu’il est possible, dans la plupart des cas, de déterminer si les sels de cuivre et les autres [)oisons retirés des viscères, dans les recherches médico-légales, ont été introduits dans l’économie animale pendant la vie ou après la mort, soit en ayant égard aux symptômes qui ont précédé celle-ci , et aux lésions de tissu qui ont été constatées à l’ouverture des cadavres , soit à l’aide d’expériences chimiques tentées sur tel organe éloigné du canal digestif plutôt que sur tel autre qui l’avoisine , ou sur telle autre partie d’un même viscère plutôt que sur telle autre; à la vérité dans quelques cas fort rares , comme après une inhumation prolongée, et qu’il ne resterait que des détritus des viscères, le problème dont il s’agit pourrait être moins facile à résoudre , si les renseignements recueillis par les magistrats ne venaient éclairer l’expertise en établissant positivement que le poison n’a pas été introduit dans le canal digestif après la mort. Les annales judiciaires n’offrent au reste aucun exemple d’une accusation d’empoisonnement dans lequel la perversité aurait été poussée jusqu’au point d’injecter une matière vénéneuse dans le canal digestif d’un cadavre, pour faire prendre le change.

9° Qu’on peut déceler les sels cuivreux absorbés ([ui ont déterminé rempoisonnement, en faisant bouillir pendant une heure, avec de l’eau distillée, les divers viscères ou leschairs,

Page 1