‹ Traité élémentaire des réactifs, leurs préparations, leurs emplois spéciaux et leur application à l'analyse. Supplément contenant les nouvelles recherchesChapitre 15 sur 19 · PAR LES SELS DE DL051B · texte numérisé non relu

PAR LES SELS DE DL051B

On sait cjue l’existence do plomb à l’état normal a été démontrée dans divers produits et particulièrement dans l’économie animale, par M. Devergie et par l’un de nos préparateurs , le malheureux Hervy, qui succomba d’une manière

SUE l'emPOISOIVN. par les sels UE PLOMB. I 2Ç) si effrayante, par suite de ses travaux dans le laboratoire de l’Ecole de pharmacie de Paris.

31. Orfila , qui a consacré une partie de son temps à des recherches toxicologiques d’une haute importance , s’est aussi occupé de recherches kir le plomb, et il s’est demandé si l’on pouvait reconnaître dans le canal digestif d’un cadavre l’existence des sels de plomb et déterminer l’époque de leur ingestion. Ce savant a établi que deux cas peuvent se présenter: le premier, celui où le poison a été ingéré depuis peu; le deuxième, celui dans lequel le poison a été ingéré depuis un laps de temps plus ou moins long.

Dans le premier cas la présence du plomb est facile à reconnaître: si l’on a administré un sel soluble, ce sel se trouve dans l’estomac à l’état libre; il est facile à reconnaître en se servant des réactifs ordinaires qui décèlent le plomb.

Dans le second cas , les sels métalliques ne sont plus à l’état libre, les produits résultant de la décomposition des sels de plomb sont fixés surtout dans les mailles de la muqueuse, et le lavage simple ne donne par les réactifs aucun résultat appréciable; il faut dans ce cas, pour arriver à un résultat, faire usage de l’ébullition en se servant quelquefois des acides, d'autres fois avoir recours à la carbonisation et à des traitements successifs à ce genre de recherches. On peut, d’après la manière d’être des molécules salines, reconnaître approximativement si elles sont ingérées depuis peu ou depuis long-temps.

Des expériences faites et répétées par 3f. Orfila , il l ésulte :

10 Qu’il suffit de deux heures pour que l’acétate et l’azotate de plomb, donnés à petite dose, développent sur la membrane muqueuse de l’estomac des chiens vivants, et quelquefois même sur celle des intestins, un altération particulière visible à l’œil nu , et qui consiste en une série de petits points

l3o SUPPLlSurEWT AU TRAIxé DES lÙ^ACTIFS.

(l’un blanc mat , tantôt réunis clans le sens de la longueur et formant des espèces de traînées sur les plis de la membrane, tantôt disséminés sur toute la surface du tissu. Ces points, évidemment composés de matières organiques et d’une préparation de plomb, adlicient intimement à la membrane muqueuse, d ni on ne peut i)as les séparer, même en grattant long-temps avec un scalpel; ils fournissent instantanément et à froid , par l’acide sulfuriiiuc , du sulfure noir de plomb; ils sont insolubles dans l'eau distillée fi’oide ou bouillante, décomposables à la température ordinaire par l’acide azotique faible, avec production d’azotate de plomb.

2" Que l’on remarque la meme altération chez les chiens qui ont vécu quatre jours et qui avaient été sous l'iiifluence des memes sels de plomb pris aux mêmes doses pendant deux heures; que toutefois les points blancs, évidemment moins nombreux, ne sont plus visibles qu’à la loupe, d’où d suit que, s’ils ont été en partie décomposés ou absorbés par un acte vital , il n’a pas suffi de quatre jours pour les faire disparaître complètement; qu’en tout cas l’acide sulfliydi‘i(|ue les noircit à l’instant même, cpi’il ne faut pas plus d’une demiheure d’ébullilion avec de l'acide azoii(|ue à 5o“ étendu de son volume d’eau, pour retirer de l'estomac et des intestins une quantité notable d’azotate de plomb.

5" Qu’en laissant vivre pendant 17 jours les chiens soumis, pendant deux heures seulement, à l’action de ces poisons donnés aux mêmes doses, on ne découvre plus la moindre trace des points blancs, et ([ue l’immersion du canal digestif dans un bain d’acide sulfhydrique ne développe plus de points noirs, même au bout de quatre heures; mais qu’alors encore, si l’on fait bouillir les tissus pendant une demi-heure avec de l’acide azotique à 3o“ étendu de son volume d’eau, on obtient une assez grande quantité d’azotate de plomb

SUR i.’empoisonn. p\r les sels de PLOMR. l3l pour (]u’il soit permis de cnnclurc qu’on ourait pu trouver une partie du plomi) in{;éré, même un mois après l'empoisonnemeni, en employant l’acide azüti(|ue.

4“ Qu’il est dès lors incontestable que le composé blanc de plomb et de matière orj}ani(|ue qui s’était d’abord formé disparaît au bout d’un certain temps, probablement apiès avoir été décomposé ; qu’en tout cas une poruon du plomb qu’il renfermait reste cond)iuée avec les tissus de l’estomac pendant un temps plus ou moii.s long.

5“ Que l’on peut, d’après les caractères que présente l’estomac des chiens soumis pendant deux heures seulement à l’action de 56 grains d’acétate de plomb , et que l’on a laissé vivre, sinon déterminer rigoureusement répo(|ue à laquelle l’empoisonuement a eu lieu , du moins indiquer approximativement celle époque; en effet, suivant que la vie des animaux s’est plus ou moins prolongée, on trouve dans la première période de la maladie des traînées et des points blancs visibles à l’œil nu; dans la deuxième période, des points qui ne sont visibles qu'à la loupe et noircissent par l’acide sulfhydrique; qu’ils sont en outre moins nombreux; enfin , le caractère de la troisième période consiste dans la disparition des points blancs, dans l’absence de coloration noire par l’acide sulfhydrique , et dans la possibilité d’obtenir de l’azotate de plomb avec de l’acide azotique étendu de son volume d’eau.

6“ Que si la dose d’acétate de plomb était plus forte ou plus làible que ceJle qui vient d’être indiquée, et que l'animal eût été sous l’influence du sel plus ou moins de deux heures, on observerait également les trois périodes dont il a été pai-lé; mais alors leur durée ne sei ait pas la môme.

7" Que l’altération dont il s’agit se forme indépendamment de tout acte vital , puisqu’elle s’est développée dans un estomac détaché du corps et déjà froid.

i32 supplément A.U TBAITÉ DES REACTIFS.

8“ Qu'elle a été constatée une lois au bout de dix-sept jours d’inhumation , et une autre fois trente-huit jours après l’exposition de l’estomac à l’air; qu’elle était tellement visible dans les deux cas, qu’il n’est plus douteux qu’on ne puisse l’apercevoir plusieurs mois plus tard.

9° Qu’en admettant avec M. Devergie que les tissus du canal digestif à l’état normal contiennent une petite quantité de plomb, il devient extrêmement facile de distinguer si le plomb obtenu dans une expertise médico-légale piovient d’un sel introduit comme médicament ou dans rinlention de nuire, ou bien s’il appartient naturellement aux tissus : en effet, dans le premier cas, la présence de points blancs, semblables à ceux (jui ont été décrits, ne laisse aucun doute , et à défaut de ces points on acquiert la même conviction en traitant le tissu pendant une demi-heure avec de l’acide azotique étendu d’eau bouillante, pulscju’il se forme de l’azotate de plomb, caractères que ne présentent jamais les tissus du canal digestif lorsqu’ils ne renferment que le plomb normal.

10“ Que l’on rechercherait à tort à résoudre ce problème de médecine légale en s’appuyant sur les quantités de plomb que fournirait l’analyse, car, indépendamment de l’impossibilité où l’on sera d’indiquer même d’une manière approximative la proportion moyenne du plomb normal qui existe dans les tissus, proportion qui, pour être ordinairement faible, pourra quelquefois être assez notable, il est une difficulté tout-à-fait insurmontable dans beaucoup de cas: en effet, l’observation nous apprend que souvent, dans l’empoisonnement produit par des doses de poisons susceptibles d’occasionner une mort prompte, les malades peuvent tellement vomir, qu’il ne reste après la mort, dans le canal digestif, que les traces de la substance vénéneuse ingérée, c’est-à-dire des quantités à peu près égales à celles que contient l’estomac à l’état normal. A quel mécompte ne s’expose-

DU SANG

raif.-on pas alors , si an lien de recourir aux caractères positifs et tranchés qui ont été donnés , on se bornait à constater la proportion de la substance vénéneuse trouvée !

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