‹ Traité élémentaire des réactifs, leurs préparations, leurs emplois spéciaux et leur application à l'analyse. Supplément contenant les nouvelles recherchesChapitre 8 sur 19 · ARSENIC NORMAL DANS LE CORPS HUMAIN · texte numérisé non relu

ARSENIC NORMAL DANS LE CORPS HUMAIN

Au contraire, il faiitirait être très réservé dans les conclusions, si dans celle dernière espèce le canal digestif était sain et la proportion d’arsenic obtenue par l’analyse excessivement minime; on devrait se borner à faire connaître les faits.

La circonspection serait encore plus grande si, dans le cas dont on vient de parler, la maladie avait duré plusieurs jours, et qu’elle n’eût offert qu’un petit nombre de symptômes que l’on remarque le plus souvent dans le genre d’empoisonnement , sujet de ces remarques.

Il faudrait avouer l’insuffisance de l’art pour résoudre le problème, si la maladie datait déjà depuis plusieurs semaines, et que, pendant toute la durée, le malade, soumis à l’usage d’une médication arsenicale, eût éprouvé quelques uns des symptômes de l’empoisonnement, qu’après la mort on n’eût découvert aucune lésion appréciable du canal digestif, et que l’on n’eût |m retirer des organes que des atomes d’arsenic. On conçoit en effet que l’empoisonnement lent qui serait le résultat de petites doses d’une préparation arsenicale souvent réitérée et long-temps continuée , se confonde nécessairement avec les effets que produirait la médication arsenicale à laquelle un individu aurait été soumis pendant plusieurs semaines.

Le cadavre d’un individu empoisonné par l’ arsenic peut-il , par suite d’une inhumation prolongée , abandonner l’arsenic qu’il conlient'i — Par suite de la putréfaction , les organes sont peu à peu amenés à l’état de détritus, de manière qu’après un certain temps, ils sont réduits en une sorte de matière fnàse brunâtre ou d’un vert foncé sale, onctueuse, mollasse, comme graisseuse et analogue au cambouis. Pendant le travail de décomposition , l’acide arsénieux se trouve transformé en arsénite d’amn)oniaque; or, lors mêtne que la destruction du corps est arrivée ù ce point, il est encore

G8 STJJ'PLKjVIENT au tpaité des réactifs.

possible de retirer une certaine quantité d’arsenic de la matière {grasse dont ii a été question, et (jui , se trouve placée sur les côtés de la colonne vertébrale fi).

A une époque plus avancée, cette matière elle-même finit par disparaître , s'il ne reste plus d’autres traces des orjjanes qu’un délrilns qui s'est mélangé à la terre de telle sorte qu’il n’est plus possible d'en reconnaître les débris à l’œil nu. Dans ce cas encore , ce mélange de terre et de détritus céderait à l’eau froide, ou du moins à l’eau bouillante, le composé arsenical qu’il pourrait contenir; et comme les terrains des cimetières ne se comportent jamais ainsi quand on les traite par l’eau, l’expert serait autorisé à penser, en pareil cas, que l’arsenic obtenu provient du cadavre, à moins qu’il ne fût prouvé que la partie du terrain sur laquelle on a opéré a été arrosée avec une dissolution d’acide arsénieux ou de toute autre préparation arsenicale, ou bien que l’on a jeté à sa surface une poudre arsenicale soluble.

'routefois, il pourrait, suivant nous , se rencontrer une cause d’erreur dans le cas de ce genre, dans celui, par exemple , où le détritus du cadavre d’un sujet que l’on soupçonnait à tort avoir succombé à un empoisonnement par l’arsenic, se trouverait mêlé au détritus d’un autre cadavre antérieurement inhumé dans le même point, et qui, lui, aurait appartenu à un individu réellement empoisonné par une préparation arsenicale. Sans doute, il y a peu de probabilité qu’une pareille circonstance se présente, mais enfin il suffit qu’elle soit dans l’ordre des choses possibles pour que les experts doivent se tenir en garde. Les préceptes qu’a

(i) Une foule tle faits qui sont consignés dans des rapports judiciaires ont déiuontré que l’on pouvait retrouver, loug-teuips apres l’exhumation, l’arsenic dans les sujets empoisonnés.

ARSENIC DANS LF. TERUAIN DES Cl.^rFTIKKFS. 69

tracés M. le prolesseur Orlila à l’égartl , soit des reclierclics à faire dans les cas d’exlininaiion par suite des suspicions d’empoisonnement, soit des conclusions à tirer des résultats obtenus , sont marrjués au coin d une sap^e réserve. Ainsi il dit : « Mais si déjà des cadavres étaient réduits en terreau, et que l'acide arsénieux , translorine en un sel insoluble, fût intimement mélanpé avec la terre , il serait dilficilc de décider si l'arsenic provient de celle-ci ou des débris du cadavre, (i) «

DE LA PRÉSENCE DE l’aRSENIC DANS LE TERRAIN DES CIMETIÈRES.

La présence de l’arsenic dans les terrains des cimetières a été le sujet de recherches. En effet, M. Orfila a reconnu la présence de l’arsenic dans des terres prises dans les cimetières de Villey-sur-Tille (Côte-d’Or), de Bicétre et du Mont-Parnasse; enfin dans de la terre prise dans le jardin botanique de la Faculté de médecine du Luxembourg.

La présence d’une substance arsenicale dans le terrain d’un cimetière peut s’expliquer avec la plus grande facilité lorsque ce cimetière a été établi sur un terrain formé de décombres, d’immondices; car on sait que les produits qui servent à faire ces remblais proviennent de tous les débris des* corps employés en industrie et dans l’économie domestique; or, tous ces débris peuvent contenir de l’arsenic, puisque ce produit est importé et consommé en France en d’immenses quantités. De nos recherches, il résulte : i'' que la quantité d’acide arsénieux importée en France s’élève

(i) Le détritus provenant des Loues des villes et surtout des grandes villes, peut et doit contenir des produits arsenicaux, proveuaut des papiers peints ou colorés, des peintures au sulfure d'arsenic, des eaux des foules de cbapcllerie où l’ou emploie l’arsenic, etc., etc.

annuellement à 1911,743 kilo{jrammes; 2“ que celle des sulfures (l’arsenic jaune et roujje s’élève de 21 à 22,000 kilogrammes; 3° qu’on extrait en France de divers minerais des produits arsenicaux (jiii entrent dans la consommation, poui- la fabrication de produits employés dans les arts.

La présence de l’arsenic dans les terrains a lait naître la question suivante : Un terrain arsenical peitl-il céder de l’ar^ senic aux cadavres qu’on y enterrerait , de façon qu’on pût croire que le sujet qui a fourni ce cadavre est mort empoisonné?

Celte question, examinée par M. Orlila, a été résolue négativement. Voici ce qui a été dit à cet égard :

L’arsenic qui existe dans le sol peut s’y trouver : 1® à l’état insoluble dans l’eau ; 2® à celui de composé soluble dans ce liquide. Dans le premier cas, il est évident que l’arsenic du terrain ne peut, par suite de l’infiltraiion des eaux pluviales, pénétrer jusqu’à l’intérieur d’un cadavre entier, ou même ouvert, de manière à faire croire à un empoisonnement; car il résulte d’essais tentés par M. Orlila qu’en arrosant avec une dissolution d’acide arsénieux ou d’arsénite d’ammoniaque un terrain contenant beaucoup de carbonate de chaux, ces (’omposés restent sans altération à peu près dans la zone de terre où iis ont été placés; que lors même que ce terrain a été mouillé par la pluie, les dissolutions arsenicales ne traversent lu terre que lentement, en soirte qu’on n’en trouve pas à une petite distance du point où elles ont été primitivement déposées, qu’elles ne pénètrent pas facilement dans l’intérieur des organes , qu’elles entourent de toutes parts, alors même qu’elles existent dans le terrain en proportion considérable, et qu’il suffit de laver soigneusement la surface de ces organes pour entraîner la faible poi-lion d’arsi nicqui pouia-ait s’y trouver.

M. Orlila a recommandé d’enlever par des lavages suffisants la totalité de la terre qui serait adhérente aux tissus.

RAPPORT SUR l’emploi DF l’ APPAREIL DF; MARSH, -y 1 et il dit que l’on s’exposerait à commettre de graves erreurs si l’on négligeait de prendi-e cette précaution qu’il regarde comme étant indispensable.

La question de l’emploi de l’appareil de Marsh ayant été traitée dans le seiii de l’Académie des sciences et de l’Acddëmie de médecine, nous croyons devoir rapporter les Rapports textuels faits sur cette importante question.

RAPPORT SUR PLUSIEURS MÉMOIRES CONCERNANT l’eMPLOI DU PROCÉDÉ DE MARSH , DANS LES RECHERCHES DE MÉDE¬ CINE LÉGALE (1).

Commissaires, MM. Thénard, Dumas, Roiissingautt, Regnanli, rapporteur.

« L’Académie nous a chargés, MM. Thénard, Dumas, Boussingault et moi , de lui faire un rapport sur plusieurs mémoires et communications qui lui ont été adressés , concernant l’emploi de l’appareil de Marsh dans les recherches de médecine légale. Ces écrits, rangés dans l’ordre de date où ils ont été déposés à l’Académie , sont les suivants :

» 1° Note sur un nouveau mode d’emploi de l’appareil de Marsh dans les recherches médico-légales , par M. J.-L, Lassaigne (12 octobre 1840) ;

» 2° Lettre de AL Signoret sur les erreurs que l’on peut commettre dans l’emploi de l’appareil de Marsh ( 2 novembre ) ;

» 3" Lettre de M . Coulier sur le même sujet (9 novembre);

» 4°. Lettre de M. Kœppelin et Kampmann , de Colmar , sur une nouvelle disposition de l’appareil de Marsh.

(i) Nous avions envoyé noue Mémoire , publié en 1839, à rAcademie des sciences (Voirie 6’o;/i^fe-re/irf/i de la séance du lundi 2 novembre 1S40, p. yoS). Il est probable que c est parce que le travail était imprime que la Commission n’a pas examiné ce travail.

-2 SUPPLKMENT AU TRAITK DES RÉACTIFS.

» 5" Deux Notes de MM. Danger et Flandin, intitulées Recherches médico-légales sur l’arsenic ( 28 décembre et 11 janvier 184-1). Ces deux Notes sont comprises dans un Mémoire plus étendu adressé par les mêmes auteurs , le 15 février , sous le titre de Mémoire sur l’arsenic.

» Avant d’exposer les résultats consignés dans ces écrits et d’indiquer les expériences que nous avons faites pour les vérifier, il nous paraît indispensable d’établir le plus brièvement possible l’état de la question , au moment où les travaux dont il doit être parlé dans ce Rapport ont été adressés à l’Académie.

» On sait par les expériences de MM. Stromeyer , Thénard , Soubeiran , etc. , que l’hydrogène arséniqué se décompose à une température peu élevée ; qu’il suffit de faire passer ce gaz par un tube chauffé au rouge sombre pour le décomposer en hydrogène pur qui se dégage , et en arsenic métallique qui vient se condenser dans la partie antérieure plus froide du tube.

« D’un autre coté, quand on enflamme le gaz hydrogène arséniqué, l’élément le plus combustible, l’hydrogène, brûle le premier; et si l’on place dans la flamme un corps froid, l’arsenic se dépose en grande partie à l’état métallique.

» Toutes les fois que l’on dégage de l’hydrogène d’une liqueur qui renferme en dissolution de l’acide arsénieux ou de l’acide arséniqué , le gaz hydrogène est accompagné d’une certaine quantité d’hydrogène arséniqué , dont on peut constater la présence par une des réactions que nous venons d’indiquer.

» M. Marsh a eu l’heureuse idée de se servir de ces propriétés pour mettre en évidence la présence de l’arsenic dans les cas d’empoisonnement. Il fait digérer avec de l’eau chaude les substances que l’on suppose renfermer de l’acide arsénieux ; la liqueur , après filtration , est mélangée avec une quantité convenable d’acide sulfurique , puis versée dans un appareil particulier qui renferme une lame de zinc destinée à dégager du gaz hydrogène.

RAPPf^RT SUR l’eIMPI-OF DE l/yVEPAREIL DE MARSH. ”3

! » L’appareil (page 10) se compose d’un tube de verre recourbé en siphon , de 2 à 2 i centimètres de diamètre intérieur , ouvert à ses deux extrémités ; un tube de métal muni d’un robinet et terminé par une ouverture circulaire très étroite, est engagé au moyen d’un bouchon dans la petite branche du tube. Une lame de zinc est suspendue dans cette branche à quelques .centimètres au-dessus de la courbure , enfin tout l’appareil est maintenu dans une position verticale au moyen d’un support.

» L’appareil étant ainsi disposé, le robinet ouvert, on verse la liqueur suspecte par la grande branche , après l’avoir convenablement acidulée avec de l’acide sulfurique; la liqueur s’élève jusqu’à une petite distance du bouchon , on ferme le robinet. Le zinc est attaqué, et il se dégage de l’hydrogène qui déprime la colonne liquide dans la petite branche ; bientôt le zinc est mis à nu , et le dégagement de gaz cesse. On essaie alors l’hydrogène qui s’est produit dans la réaction ; pour cela on ouvre le robinet, on enflamme le jet de gaz et on présente à la flamme une soucoupe de porcelaine ou un morceau de verre froid. Si l’hydrogène est mélangé d’hydrogène arséniqué , il se forme un dépôt métallique d’arsenic. En dirigeant la même flamme dans un tube ouvert aux deux bouts , il se dépose sur ses parois un enduit blanc d’acide arsénieux ; si le tube est incliné de manière à être touché par la flamme , une portion de l’arsenic se dépose à l’état métallique à l’endroit du contact, l’autre partie se dépose plus loin à l’état d’acide arsénieux.

» A mesure que le gaz hydrogène provenant de la première réaction s’écoule , la liqueur acide remonte et arrive de nouveau en contact avec le zinc ; le dégagement recommence. On ferme alors le robinet jusqu’à ce que la courte branche soit de nouveau remplie de gaz , et ainsi de suite.

L’expert peut répéter ces opérations autant de fois qu’il veut, jusqu’à ce qu’il soit bien convaincu de la piésence ou de l’absence de l’arsenic dans les matières soumise à l’essai.

» Ce procédé réussit sans embarras quand les liqueurs

suspectes sont bien limpides ; mais il n’en est pas de même lorsque ces liqueurs sont visqueuses, qu’elles renferment des matières organiques en dissolution , comme cela arrive presque toujours dans les recherches médico-légales. Dans ce cas le dégagement d’hydrogène donne beaucoup de mousse, et il faut souvent attendre fort long-temps avant que cette mousse soit tombée et qu’elle permette d’enflammer le gaz. M. Marsh recommande, pour empêcher la formation de la mousse , de verser une couche d’huile à la surface du liquide.

» Le procédé de Marsh ramenait à une simplicité inattendue la recherche de l’arsenic dans les cas d’empoisonnement, recherche qui, par les anciens procédés , était souvent fort longue et très délicate : aussi fut-il bientôt mis à l’épreuve par un grand nombre de chimistes.

» En étudiant ce procédé de plus près, on ne tarda pas à s’apercevoir qu’il pouvait donner lieu à des méprises graves , si l’on se contentait d’un examen superficiel des taches.

' Ainsi , M. Liébig fit remarquer que l’appareil de Marsh pouvait donner des taches miroitantes, ressemblant beaucoup à celles de l’arsenic, quand la liqueur soumise à l’essai renferme en dissolution une quantité un peu notable de certains métaux, du fer, par exemple, à l’état de chlorure. Cela tient à ce que le gaz entraîne avec lui mécaniquement des gouttelettes excessivement petites de la dissolution; les sels métalliques que ces gouttelettes renferment sont plus ou moins complètement réduits dans la flamme du gaz hydrogène, et se déposent sous forme de taches sur la porcelaine.

» M. Liébig recommanda de faire passer le gaz à travers un tube de verre peu fusible, de quelques millimètres de diamètre, chauffé au moyen d’une lampe à alcool; l’arsenic vient alors former un anneau miroitant à une petite distance en avant de la partie chauffée, tandis que les métaux entraînés mécaniquement avec la dissolution se réduisent par l’hydrogène dans la partie chauffée et s’y arrêtent. Cette môme modification au procédé de Marsh fut proposée vers

RAPPORT SUR l’emploi DE l’aPPAREIL DE MARSH.

la même époque par M. Berzélius; elle a des avantages sur le procédé primitif.

'» L’appareil proposé par Marsh ne fut pas généralement adopté. La disposition était un peu compliquée ; elle avait l’inconvénient très grave de ne permettre d’opérer que sur de très petits volumes de liquide à la fois , et de ne donner qu’une flamme de quelques instants. On préféra se servir des flacons ordinaires des laboratoires pour soumettre les liqueurs suspectes au dégagement du gaz hydrogène. Ce dégagement devenait continu, au lieu d’être intermittent comme dans l’appareil primitif de Marsh. Il y avait bien là un inconvénient, celui de perdre au commencement de l’expérience une petite quantité de gaz que l’on ne pouvait pas enflammer tout de suite, parce qu’il fallait attendre que l’air fût entièrement expulsé; mais cet inconvénient peut être facilement évité en commençant d’abord par chasser complètement l’air du flacon au moyen de l’hydrogène pur obtenu par la réaction de l'acide sulfurique seul sur le zinc, et introduisant ensuite la liqueur à essayer au moyen d’un tube de sûreté adapté au flacon.

» Lorsque la liqueur de laquelle on dégage de l’hydrogène renferme un composé soluble d’antimoine au lieu d’un composé arsenical, par exemple de l’émétique, le gaz qui se dégage renferme de l’hydrogène antimonié, et si, après l’avoir enflammé, on approche une capsule de porcelaine, celle-ci se recouvre de taches miroitantes d’antimoine métallique. Ces taches se distinguent facilement des taches d’arsenic quand elles sont épaisses; mais quand au contraire elles sont légères, il peut y avoir doute, et c’est une objection que l’on fit dès l’origine au procédé de Marsh : objection grave , puisque l’expert pouvait être conduit à attribuer à la présence de l’arsenic des taches qui étaient produites par une substance qui avait été prise comme médicament.

» Le caractère seul des taches obtenues par le procédé de M. Marsh ne suffit donc pas pour conclure à la présence de l’arsenic.

^6 StlPin.ÉMENÏ AU TRAITÉ DES RÉACTIFS.

» M. Orlila a appliqué le procédé de Marsh dans un grand nombre de recherches importantes sous le point de vue physiologique et toxicologique, et qu’il a exposées dans plusieurs Mémoires lus à l’Académie de médecine.

» M. Orfila s’est proposé de rechercher si, dans les cas d’empoisonnement par l’acide arsénieux , le poison passait dans l’organisation animale , s’il était absoibé , et par suite s’il était possible de le retrouver après la mort dans les différentes parties du corps. Cette question est de la plus haute importance, non seulement pour la physiologie, mais encore pour la médecine légale. En effet, s’il arrive le plus souvent que l’expert découvre facilement l’arsenic dans les aliments qui ont produit l’empoisonnement, ou dans les matières vomies, ou enfin dans celles qui sont restées dans le canal intestinal, il se présente cependant des cas où ces matières manquent entièrement, et où l’on ne peut chercher que le poison qui est passé dans l’économie animale. Cette circonstance se présentera surtout quand le cadavre aura déjà été inhumé et qu’il aura séjourné pendant un certain temps dans la terre.

» Par un grand nombre d'expériences faites, d’un côté sur plusieurs individus qui avaient péri victimes d’empoisonnement par l’arsenic, et de l'autre sur des chiens empoisonnés par l’acide arsénieux introduit dans le canal digestif ou appliqué sur le tissu cellulaire sous-cutané, M. Orfila fit voir que l’acide arsénieux pouvait être retrouvé, après la mort, dans le sang, dans les viscères et dans l’urine.

» Pour enlever l’arsenic qui a été ainsi absorbé, il faut faire bouillir pendant plusieurs heures les organes avec de l’eau, et encore n’y parvient-on pas d’une manière complète. La liqueur résultant de cette ébullition renferme une grande quantité de matière organique en dissolution, et donne une telle quantité de mousse dans l’appareil de Marsh, qu’il est impossible d’appliquer le procédé direct; il faut, de toute nécessité, détruire la matière organique en dissolution, mais de manière à ne pas donner lieu à une perte d’acide arsénieux.

«APPORT SUR l’emploi DE l’aPPARËIL DE MABSH. 7’^

» M. Orfila a proposé deux méthodes pour arriver à ce but. La première consiste à évaporer la liqueur, à la mélanger avec du nitrate de potasse, et à projeter le résidu de l’évaporation par petites portions dans un creuset de Hesse. On s’assure, par un essai préalable, que la proportion de nitre aj!)utée est suffisante pour brûler complètement la matière organique. S’il n’en était pas ainsi, si dans l’essai le résidu restait charbonné après la combustion, il faudrait augmenter la proportion de nitre. On retire ensuite les matières brûlées du creuset, on les place dans une capsule de porcelaine et on les décon)pose par l'acide sulfurique jusqu’à ce que cet acide soit en excès. On évapore presque à sec pour chasser l’acide nitrique, puis on reprend par l’eau, et l’on emploie la liqueur acide dans l’appareil de Marsh. Il est indispensable que les acides nitrique et nitreux aient été entièrement chassés par l'acide sulfurique; la présence de ces acides empêche le dégagement de l’hydrogène, et pourrait même donner lieu à des explosions.

» Le second procédé indiqué par M. Orfila est plus simple, plus expéditif ; il consiste à traiter les décoctions aqueuses des viscères par l’acide nitrique pur, à évaporer à sec pour charbonner les matières animales , à traiter le charbon obtenu par l’eau bouillante, et à essayer la liqueur dans l’appareil de Marsh. On peut même, et c’est à ce dernier procédé que M. Orfila a donné la préférence, carboniser directement les organes par l’acide nitrique. Pour cela on commence par dessécher les viscères, coupés préalablement en petits morceaux , et on les projette par petites portions dans l’acide nitrique chauffé dans une capsule de porcelaine. Il se dégage bientôt des vapeurs nitreuses abondantes, et les divers fragments ne tardent jtas à se dissoudre. Quand toute la matière a été placée dans la capSi'de, on continue l’évaporation jusqu’à ce que la substance épaissie dégage tout d’un coup une fumée épaisse. Il faut alors se hâter de retirer la capsule du feu; la carbonisation s’achève d’elle-piême. Si la capsule restait plus long-

■yS SUPPLÉMENT AU TI141TÉ DES RÉACTIFS.

temps sur le feu , il se produirait le plus souvent une déflagration très vive qui pourrait donner lieu à une perte notable d’arsenic. Le charbon obtenu est pulvérisé dans un mortier de verre; on le fait bouillir à plusieurs reprises avec de l’eau distillée, puis on emploie la liqueur dans l’appareil de Marsh. Quand la carbonisation a été bien faite, les liqueurs sont limpides et ne donnent pas de mousse; mais si la carbonisation est incomplète, si le charbon résultant est gras, on obtient une liqueur qui renferme plus ou moins de matière organique, et qui donne alors de la mousse dans l’appareil de Marsh.

» Les proportions d’acide nitrique que l’on doit employer sont variables, suivant la nature de l’organe que l’on cherche à détruire. Ce sont les matières grasses qui en exigent la plus forte proportion. (Oi fila , Mémoires sur V empoisonnement, page 84.)

» La carbonisation par l’acide nitrique a ^l’inconvénient d’exiger l’emploi d’une grande quantité d’acide ; elle en présente un autre beaucoup plus grave , c’est qu’il est souvent impossible, même en apportant les plus grands soins dans la surveillance de l’opération, d’éviter à la fin de l’évaporation une déflagration très vive qui peut volatiliser la plus grande partie de l’arsenic.

» M.Orfila a fait également un grand nombre d’expériences sur les diverses taches que l’on obtient quelquefois avec l’appareil de Marsh , en opérant sur des liqueurs qui ne renferment pas d’arsenic, et il a donné des caractères physiques et chimiques pour les distinguer des taches arsenicales.

.< Les taches d’arsenic se distinguent facilement des taches d’antimoine, aux caractères suivants :

» Les taches arsenicales sont d’un brun fauve, miroitantes et très brillantes. Quand l’arsenic est abondant , elles sont noirâtres. Lorsque les taches sont altérées parla présence d’une matière organique plus ou moins décomposée , ou par des matières sulfurées , elles prennent une teinte jaune. Les

RAPPORT SUR l’emploi DE l’aPPAREIL DË MARSH, 79

taches arsenicales pures n’attirent pas l’humidité de l’air et ne rougissent pas le tournesol. La tache arsenicale soumise à la flamme du gaz hydrogène pur se volatilise en quelques instants.

» La tache d’antimoine a toujours une nuance bleuâtre bien prononcée ; cette nuance peut , à la vérité, être altérée par la présence de matières étrangères. La tache ne se volatilise pas à la flamme du gaz hydrogène pur; elle s’étend au contraire dans les premiers moments; elle ne disparaît que si l’on prolonge pendant plusieurs minutes l’action de la chaleur, surtout dans la partie oxidante de la flamme; la tache blanchit alors en donnant de l’oxide d’antimoine, qui peut quelquefois finir par disparaître entièrement.

» Les taches d’arsenic et d’aniimoine se dissolvent facilement à froid dans quelques gouttes d’acide nitrique concentré ; si les taches renferment de petites parties charbonneuses provenant de matières organiques entraînées par le gaz , il reste quelques parcelles noires qui ne disparaissent qu’en chauffant l’acide et en évaporant à sec.

» L’acide nitrique ayant été chassé par une évaporation ménagée , l’arsenic laisse un résidu blanc soluble dans l’eau, l’anlimoine un résidu jaunâtre insoluble. Une goutte de nitrate d’argent en dissolution bien neutre, versée sur les résidus , donne du rouge brique avec l’arsenic et ne change pas le résidu d’antimoine.

» Enfin il convient d’ajouter à ces caractères le suivant : les résidus du traitement des taches par l’acide nitrique étant chauffés avec un peu de flux noir, dans un petit tube fermé à un bout et effilé à l’autre, donnent, le résidu d’arsenic un anneau métallique volatil qui vient se former dans la partie effilée du tube , tandis que le résidu d’antimoine n’en donne pas.

» M. Orfila a constaté , dans le cours de ses expériences , qu’en opérant avec une flamme un peu forte sur des liquides organiques, il se produisait quelquefois sur la capsule des taches brunes , plus ou moins foncées , assez larges , en au-

80 SUPPMîMli'NT AU traité DRS HÉACTIFS.

cune façon arsenicales , et auxquelles il a donné le nom de tach's décrassé. Ces taches , d’après ce chimiste , se distinguent facilement des taches arsenicales : elles sont ternes, et nullement miroitantes ; elles ne se volatilisent que difficilement, même dans la flamme oxidante de l’hydrogène pur ; l’acide nitrique ne les dissout pas instantanément. M. Orfila conclut de là qu’elles ne sauraient être confondues avec les taches arsenicales. ,

» M. Orfila a signalé une autre espèce de taches , qu’il considère comme bien autrement importantes , parce qu’elles se produisent souvent et qu’ elles pourraient être quelquefois confondues avec les taches arsenicales. On les voit surtout apparaître, quand on introduit dans l’appareil de Marsh des liqueurs provenant de muscles carbonisés par l’acide nitrique concentré. Ces taches présentent plusieurs aspects. C cas. Elles sont blanches , opaques , immédiatement volatiles quand on les chauffe à la flamme du gaz hydrogène, et s’effacent presque entièrement au bout de quelques heures , à la température ordinaire de l’atmosphère. 2' cas. Elles sont jaunes , ou même d’un brun clair, brillantes avec un reflet bleuâtre ou couleur de rouille , et pourraient alors être prises pour des taches arsenicales; mais en les traitant par l’acide nitrique, on voit qu’elles ne disparaissent qu’en chauffant , et si l’on verse sur le résidu une dissolution de nitrate d’argent , il ne se forme pas de précipité rouge brique.

» M. Orfila observe à celte occasion qu’on ne saurait être trop circonspect lorsqu’on aura à se décider sur la nature des taches obtenues : l’expert ne devra jamais dire qu’elles sont arsenicales , s’il ne leur a pas reconnu les caractères de la volatilité et du précipité rouge brique avec le nitrate d’argent.

1) Les procédés donnés par M. Orfila semblaient satisfaire aux recherches de la médecine légale et leur donner les caractères de précision désirables ; mais un résultat tout-à fait inattendu vint compliquer singulièrement la question.

RAPPORT SUR l’emploi DE l’ APPAREIL DE MARSH. 8l

» MM. Couerbe et Orfîla annoncèrent qu’ayant appliqué leurs procédés à la recherche de l’arsenic dans les cadavres d’individus qui n’avaient pas été sous l’inlluence de préparations arsenicales , ils étaient parvenus à démontrer la présence de l’arsenic dans le corps de l’homme à l’état normal. Les os en renfermaient surtout une quantité sensible. Les viscères n’en avaient pas donné ; mais la chair musculaire , d’après M. Orfila , pouvait bien en renfermer une quantité extrêmement petite que les expériences n’avaient pu mettre en évidence d’une manière certaine.

» Les mêmes expériences démontrèrent la présence de l’arsenic dans les os du chien , du mouton , du bœuf, ainsi que dans le bouillon de bœuf. Enfin M. Orfila annonça l’existence de l’arsenic dans les terrains des cimetières.

» Ces résultats compliquaient gravement les recherches médico-légales. 11 était du devoir de vos Commissaires de les soumettre à une vérification rigoureuse.

» Après ces préliminaires , qui nous ont paru nécessaires, nous allons passer à l’examen des écrits qui sont soumis au jugement de l’Académie.

» 1° Note de M. Lassaigne sur un nouveau mode d’emploi de l’appareil de Marsh dans les recherches médico-légales.

» M. Lassaigne propose , au lieu d’enflammer le gaz qui se dégage de l’appareil de Marsh et de condenser l’arsenic sur une soucoupe de porcelaine , de faire passer le gaz à travers une dissolution de nitrate d’argent : on sait que , dans ce cas, l’hydrogène arséniqué réagit sur le nitrate d’argent, il se précipite de l’argent métallique , et la liqueur renferme de l’acide arsénieux en dissolution. On peut continuer le dégagement d’hydrogène aussi long-temps que l’on veut , jusqu’à ce que l’on soit bien convaincu que la liqueur ne peut plus renfermer de composé arsenical. On achève alors de détruire ce qui restait de nitrate d’argent dans la dissolution, en précipitant l’argent par l’acide chlorhydrique, etl’on a une liqueur qui, évaporée, donne l’acide arsénieux , que l’on peut reconnaître par toutes les épreuves ordinaires.

8*2 SUPPLKMENT AU THAITÉ DES RÉACTIFS.

» Vos Commissaires ont soumis à l’essai le procédé de M. Lassaigne , et ils ont reconnu qu'il retenait complètement l’arsenic. Mais il faudra bien se garder de conclure à la présence de l’arsenic dans les liqueurs suspectes par le fait seul que la dissolution de nitrate d’argent se trouble pendant qu’elle est travoi’sée par le courant du gaz; il peut se former un précipité par plusieurs causes. Ainsi il s'e formera un précipité noir de sulfure d’argent, et non d’argent métallique , quand le gaz hydrogène sera mélangé de gaz suifhydrique, ce qui aura lieu toutes les fois que le zinc renfermera un peu de sulfure. Dans certains cas il y aura dépôt , d’argent métallique par des gaz carbonés , et même par l’hydrogène pur, si l’appareil est exposé pendant l’opération à la lumière. On ne devra donc conclure à la présence de l’arsenic que si l’on parvient à isoler ce corps de la liqueur, après le traitement indiqué par M. Lassaigne, et que nous venons de décrire.

» 2“ Lettre deM. Signoret.

» M. Signoret annonce à l’Académie qu’ayant fait quelques expériences pour déterminer le degré de sensibilité du procédé de Marsh , il a trouvé que un deux-cent-millionième d’acide arsénieux donnait encore des taches sensibles. Étonné de ce résultat , il fit quelques expériences sur le zinc et l’acide sulfurique seuls , et il reconnut qu’en opérant avec beaucoup de soin , on obtenait des taches tout-à-fait semblables. M. Signoret a essayé des produits provenant de différentes fabriques qui lui ont tous donné les mêmes résultats. Il conclut qu’il est à peu près impossible d’obtenir dans le commerce des réactifs purs , et que les médecinslégistes doivent faire la plus grande attention à ce fait.

» Nous montrerons par les expériences que nous avons faites nous-même qu’il est facile de se procurer dans le commerce du zinc et de l’acide sulfurique qui ne donnent pas d’arsenic dans l’appareil de Marsh , et qu’il est très probable que les taches signalées par M. Signoret sont dues à

RAPPOTIT SUR l’emploi DE l’aPPAREIL DE MARSH. 83

des gouttelettes de la dissoluiiou de zinc entraînées mécaniquement.

» 3" Lettre de M. Couliei .

» M. Coulier annonce dans sa lettre que l’on doit faire attention dans le procédé de Marsh à certains verres ou cristaux , qui produisent des tache par eux-mêmes quand on les soumet à la flamme du gaz hydrogène , ces taches pouvant être confondues avec les taches arsenicales.

» Tout le monde sait que les verres plombeux noircissent dans la partie réduisante de la flamme , par la réduction dune partie de l’oxide de plomb; mais les taches qui se produisent ne peuvent pas se confondre avec les taches arsenicales : elles n’ont pas le même aspect, et l’examen chimique le plus superficiel suffit pour les distinguer. Néanmoins l’expert fera bien de se servir de soucoupes ou d’assiettes de porcelaine qui n’aient pas de vernis plombeux. Les véritables porcelaines, celles que l’on nomme les porcelaines dures, sont seules dans ce cas.

» 4°. Note de MM. Kœppelin et Kampmann, de Colmar.

« MM. Kœppelin et Kampmann proposent dans leur Note une disposition de l’appareil de Marsh qui doit avoir des avantages sur l’appareil le plus généralement employé. Cette disposition est la suivante :

■' Dans l’une des deux tubulures du flacon destiné à recevoir la matière à essayer , on engage un tube droit large de 1 centimètre au moins , et on le fait plonger au fond du

flacon. On place dans celui-ci du zinc , puis on y verse assez d’eau pour couvrir l’ouverture inférieure du tube. Dans la seconde tubulure on engage un tube recourbé à angle di oit qui communique avec un tube plus large contenant des fragments de chlorure de calcium. De ce tube à dessiccation part de la même manière un autre tube à paroi épaisse ,

formé d’un verre peu fusible , long de 2 décimètres, et dont le diamètre intérieur ne doit pas dépasser 5 millimètres. Ce tube est effilé à son extrémité.

>■ Une feuille de cuivre large de 5 à 6 centimètres et longue de 2 décimètres environ , est repliée sous forme d’étrief et de manière à présenter deux lames parallèles écartées l’une de l’autre d’à peu près 5 centimètres. Vers leur extrémité inférieure, ces lames sont percées de deux trous par lesquels ont fait passer le dernier tube. Cette feuille de métal est destinée à soutenir le tube et à le protéger contre la courbure qu’il ne manquerait pas de prendre dans la partie qui doit être exposée à la chaleur , à concentrer par sa forme la chaleur , insuffisante sans cela , d’une lampe à alcool que l’on place au-dessous d’elle et entre ses deux branches , enfin à servir d’écran aux parties voisines de celle que l’on veut chauffer et à y faciliter le dépôt d’arsenic (1).

» L’appareil ainsi monté , on verse dans le flacon une petite quantité de l’acide que l’on veut employer. Quand le dégagement d’hydrogène a chassé tout l’air de l’appareil , on place une lampe à alcool sous la partie du tube qui traverse l'étrier de cuivre, et l’on allume le jet de gaz à l’extrémité du tube. Malgré la pureté déjà reconnue des réactifs que l'on emploie, il faut s’assurer qu’il ne se forme de dépôt hi dans le tube, ni contre une surface de porcelaine présentée à la flamme.

» Alors seulement on a erse dans le flacon une plus grande quantité d’acide et la liqueur soumise à l’épreuve, en ayant soin de les ajouter en quantités telles, qu’il ne se produise pas trop de mousse par la réaction. La largeur du tube droit ne permettant pas la rentrée de l’air, on peut ainsi diriger l’action à volonté et sans jamais suspendre réchauffement du tube ni l’inflammation du jet de gaz.

(i) Cel appareil est une modiücation de l’appareil que nous avons fait connaître en’ iSSg (Voir les pages 28 et 29) . Cet appareil vaut mieux en ce que le gaz est desséché ; la Commission de l’Institut a aussi proposé une modiücatiou à cet appareil.

RAPPORT sua i/eMPLOI de e’ appareil de IVlARSir. 85

» Si l’hydrogène dégagé et qui arrive sec dans le tube chauffé, contient la moindre trace d’hydrogène arséniqué, il se formera , au-delà du point où la chaleur est appliquée , des taches arsenicales annulaires. Mais toujours, quelque précaution que l’on prenne , une partie du gaz arsenical échappera à cette décomposition. C’est pourquoi l’on a donné au tube une forme effilée qui permet d’enflammer le gaz qui se dégage et de recueillir les dernières traces d’arsenic qui ont échappé à la première réaction,

» La manière d’opérer de MM. Kœppelin et Kampmann revient en somme au procédé recommandé par MM. Liébig et Berzélius ; mais MM. Kœppelin et Kampmann prescrivent, en outre , de dessécher le gaz et de le brûler à l’extrémité du tube afin de retenir les dernières parties d’arsenic.

J) La dessiccation préalable du gaz ne nous paraît pas nécessaire. On peut retenir la plus grande partie de l’eau entraînée et la faire retomber dans le flacon , en terminant sous forme de biseau l’extrémité du tube de dégagement qui est engagée dans le bouchon et soufflant une boule en un point quelconque de sa hauteur. Si la dessiccation était utile, il vaudrait mieux l’opérer au moyen d’un tube rempli de verre mouillé d’acide sulfurique concentré, que par le chlorure de calcium, parce qu’en principe il faut diminuer autant que possible le nombre des réactifs employés dans l’expertise médico-légale.

» .5“ Le dernier travail dont nous ayons à rendre compte est plus étendu que les précédents : c’est celui de MM. i)anger et Flandin.

» MM. Danger et Flandin , ayant mis à l’essai les différents procédés de carbonisation qui avaient été recommandés, reconnurent que ces procédés donnaient des résultats très dissemblables, quant aux taches plus ou moins prononcées et plus ou moins nombreuses que les liqueurs donnaient ensuite quand on les soumettait à l’appareil de Marsh ; ils cherchèrent à modifier ces procédés de manière à obtenir la plus grande quantité de taches possible, et ils parvinrent, après un

certain nombre de tâtonnements, à un procédé tel, qu’avec 5 grammes de cliaii' d’un animal à l’état normal, ils pouvaient rentplir de larges taches plusieurs soucoupes de porcelaine. Il suCfisait pour cela de triturer les 5 grammes de chair fraîche avec 5 grammes de nitrate de potasse, d’y ajouter 5 grammes d’acide sulfurique et de chauffer le mélange jusqu’au rouge dans une cornue, en recueillant les produits qui passaient à la sublimation. En opérant sur de plus grandes quantités de chair et avec des mélanges semblables, MM. Danger etFlandin parvinrent à condenser dans le col delà cornue une quantité assez considérable d’une matière sublimée , dont une petite fjortion , placée dans l’appareil de Marsh, donnait des taches brunes très fortes. Cette matière fut trouvée composée de sulfite et de phosphite d’ammoniaque, mélangés avec une petite quantité de matière organique. Un mélange artificiel de sulfite et de phosphite d’ammoniaque, introduit dans un appareil de Marsh , avec quelques gouttes d’essence de térébenthine , a donné des taches en tout semblables.

» MM. Danger et Flandin annoncent que ces taches présentent non seulement par leur aspect une ressemblance frappante avec les taches arsenicales, mais que la ressemblance se soutient même dans les propriétés chimiques. Ainsi, d’après MM. Danger et Flandin , « indépendamment de la modification apportée dans la couleur de la flamme, indépendamment (le l’odeur d’ail que cette flamme exhale, les plaipie,s déposées sur une assiette en |)orcelaine sont volatiles à l’extrémité du jet, solubles dans l’acide nitrique , et leur dissolution est précipitable en jaune par l’hydrogène sulfuré, en rouge-brique par le nitrate d’argent. »

» Les expériences de MM. Danger et Flandin montrent seulement que, (piand la carbonisation des matières organiques se fait d’une manière incomplète, on peut obtenir, en [(laçant ensuite les liqueurs dans l’appareil de Marsh, des taches qui présentent à l’œil une grande ressemblance avec les taches arsenicales. Vos Commissaires s’en sont assurés;

RAPPORT SUR l’rMPLOI DE T,’ APPAREIL DE MARSH, 8’J

mais si les apparences physiques se ressemblent, il n’en est pas de même des caractères chimiques. Au rnoyen de ces derniers caractères, rien n’est plus facile que de dislinfjuer ces taches des taches arsenicales; en effet, ces dernières se dissolvent instantanément et à froid dans quelques gouttes d’acide nitrique; la liqueur évaporée pour chasser l’acide nitrique en excès, puis traitée par le nitrate d’argent bien neutre, donne un dépôt rouge -brique d'arséniate d’argent. Les taches non arsenicales ne se dissolvent que plus difficilement dans l’acide nitrique ; il reste toujours quelques parcelles de matière charbonneuse brune qui ne disparaissent qu’en chauffant l’acide, Lorsque tout a été dissous , la liqueur, évaporée de nouveau a sec et traitée par le nitrate d’argent, donne un dépôt jaune de phosphate d'argent. Ainsi rien n’est plu^ facile que de distinguer ces taches des taches arsenicales pures. Il est vrai que ces caractères deviennent moins tranchés, lorsque les taches arsenicales sont elles-mêmes mélangées de matières étrangères, comme cela arrive quand les carbonisations des chairs empoisonnées ont été imparfaites ; mais un chimiste un peu exercé ne s’y trompera jamais.

» Il est évident d’ailleurs que si la destruction des matières organiques par l’acide nitrique a été complète , il ne peut plus exister dans les résidus ni acide sulfureux, ni acide phosphoreux; ces acides se sont nécessairement suroxidés et changés en acides sulfurique et phnsphorique. Ainsi, quand les carbonisations ont été bien complètes, il n’y a jamais de danger de rencontrer ces taches anomales, et cela résulte des expériences mêmes de MM. Danger et Flandin.

» Aussi vos Commissaires, tout en reconnaissant que les faits rapportés par MM. Danger et Flandin doivent être pris en considération sérieuse dans les recherches médico-légales, croient de leur devoir de repousser l’explication que ces messieurs en ont donnée , et d’insister sur ce point , que ces taches ne sauraient être confondues avec les taches vraiment arsenicales , toutes les fois qu’elles seront soumises à l’action des

réactifs , qui peuvent seuls permettre de prononcer sur l’existence réelle de l’arsenic.

» Une fois convaincus de la nécessité de produire une carbonisation bien absolue des organes, MM. Danger et Flandin ont cherché un procédé de carbonisation qui ne présentât pas les inconvénients de ceux qui avaient été proposés jusqu’ici, et ils ont indiqué une méthode qui, d’après les expériences mêmes de vos Commissaires, doit être préférée à la carbonisation par l’acide nitrique. Cette méthode est la suivante :

» La matière organique étant placée dans une capsule de porcelaine, on ajoute environ 1/6 de son poids d’acide sulfurique, puis on chauffe successivement jusqu’à ce qu’il apparaisse des vapeurs d’acide sulfurique. La matière entre d’abord en dissolution , puis elle se charbonne pendant la concentration delà liqueur; on évapore en remuant continuellement avec une baguette de verre. La carbonisation se fait sans aucun boursouflement; on continue l’action de la chaleur jusqu’à ce que le charbon paraisse friable et presque sec. On laisse alors refroidir la capsule , puis on ajoute avec une pipette une petite quantité d’acide nitrique concentré ou d’eau régale avec excès d’acide nitrique, qui produit la suroxidation et fait passer l’acide arsénieux à l’état d’acide arsénique, état dans lequel il est beaucoup plus soluble; on évapore de nouveau à sec, puis on reprend par l’eau bouillante. La liqueur parfaitement limpide , et quelquefois tout-à'fait incolore, est traitée par l’appareil de Marsh, dans lequel elle ne donne jamais de mousse.

» Ce procédé est beaucoup préférable à la carbonisation par l’acide nitriques; on est plus maître de l’opération, on emploie des quantités beaucoup moins grandes de réactif ( considération très importante :, et il n’y a jamais de déflagration. Vos Commissaires se sont assurés, dans un grand nombre d’expériences, qu’en opéiant par ce procédé sur 2 ou 300 grammes de chair musculaire à laquelle on ajoutait seulement un milligramme d’acide arsénieux , on obtenait

RAPPORT SUR l’eMPIOI DE l’aPPAREIL DE MARSH. 89

des taches d’arsenic sur lesquelles on pouvait constater tous les caractères chimiques de cette substance.

» MM. Danger et Flandin, toujours préoccupes de l’inconvénient que présenteraient les matières organiques qui pourraient n’avoir pas été complètement détruites, même lorsque les liqueurs sont limpides et ne donnent pas de mousse dans l’appareil de Marsh, ont imaginé un appareil particujier dans lequel le gaz hydrogène est complètement brûlé , ainsi que l’arsenic et les matières entraînées. Cet appareil consiste :

» 1° En un condensateur cylindrique C portant vers son Fig. i6. extrémité inférieure une tubulure, et se terminant par un cône dont la pointe reste ouverte;

') 2“ En un tube à combustion A recourbé à son milieu en angle droit, et pouvant s’adapter à la tubulure du condensateur à l’aide d’un bouchon ;

O 3’ En un réfrigérant B dont la partie inférieure s’engage dans la partie conique du condensateur et en ferme l’ouverture. Le tout est soutenu par un support.

«Pour faire usage de l’appareil, on remplit le réfrigérant d’eau distillée et on l’introduit dans le condensateur ; on fixe le tube à combustion et l’on engage dans son intérieur , à un tiers de l’extrémité , le jet de flamme, alors qu’il ne se dégage encore que de l’hydrogène pur. Le vase dans lequel se produit l’action chimique est un flacon de verre à large ouverture dont le bouchon est percé de deux trous : l’un de ces trous laisse passer un tube effilé au bout duquel on brûle l’hydrogène ; l’autre trou est traversé par un tube plus large qui sert à introduire les liqueurs suspectes. On verse ensuite le liquide , et Ton règle l’opération de manière à asoir une flamme de 5 à 6 millimètres de longueur.

Fig. 17.

go SUPPr.ÉMKNT AU TRAITÉ DES RÉACTIFS.

» La plus grande partie de l’arsenic se dépose à l’état d’acide arsénieux dans le tube à combustion , et forme un léger nuage sur les parois du tube, quand l'arsenic est en très petite quantité dans les liqueurs essayées; une petite partie est entraînée et vient se condenser avec la vapeur d’eau sur les parois du réfrigérant. L’ouverture pratiquée à l’extrémité inférieure du condensateur permet de laisser écouler celte petite quantité de liquide et de la recueillir dans une capsule (1).

» Quand l’opération est achevée , on enlève le tube à combustion, on fait bouillir dans ce tube quelques gouttes d’acide nitrique ou d’eau régale que l’on verse dans la petite capsule qui a servi à recueillir l’eau condensée, et l’on évapore à sec; le résidu desséché est mélangé avec une petite quantité de flux noir, quelques centigrammes au plus, puis introduit dans un petit tube effilé par l’ouverture. On étire ensuite cette ouverture à la lampe , on casse l’extrémité effilée , puis, après avoir fait tomber le mélange vers le fond de la partie renflée, on chauffe cette partie ; l’arsenic réduit vient se condenser dans le tube effilé et y présente alors tous les caractères physiques de l’arsenic métallique. Il est clair qu’au lieu d’opérer ainsi , on peut se servir de la dissolution d’acide arsénique pour constater la réaction du nitrate d’argent, etc., etc.

» Vos Commissaires ont vu exécuter, avec cet appareil, plusieurs expériences dont les résultats ont été très nets.

1) MM. Danger et Flandin ont fait beaucoup d’expériences pour chercher l’arsenic dans la chair et dans les os d’individus qui n’étaient pas morts empoisonnés, mais ils n'en ont jamais trouvé, pas plus que dans les terrains des cimetières. Nous décrirons en peu de mots le procédé général qu’ils ont suivi dans cette recherche. Ils ont carbonisé en vase clos les matières animales, en faisant passer les parties volatiles à

(r) On voit que l’appareil de 1\1M. Flandin et Danger est une ainéliora- “tioa d’un appareil que nous avions fait connaître en iSSq. (Voir page g.)

RAPPORT SÜR l’emploi DE l’aPPAREIL DE MARSH. gi

travers un tube de porcelaine porté à la chaleur blanche ; les produits liquides venaient se condenser dans un ballon et un flacon tubulé bien refroidi ; quant aux gaz, on les amenait au moyen d’un tube dans un grand ballon où on les brûlait au milieu d’un courant d’air; les produits de la combustion se condensaient dans le ballon. La cornue de porcelaine dans laquelle était placée la matière était portée à la fin jusqu’à la chaleur blanche. L’opération terminée , on examinait à part tous les produits , on les traitait par les acides oxidants pour changer l’arsenic , s’il y en avait , en acide arsénique , et l’on essayait ces liqueurs dans l’appareil de Marsh.

t) MM. Danger et Flandin concluent de leurs expériences qu’il n’existe pas d’arsenic dans le corps de l’homme à l’état normal.

» En effet, vos Commissaires, dans les expériences qu’ils ont exécutées et qui seront rapportées plus loin , n’ont pas réussi à mettre en évidence de l’arsenic dansles os de l’homme, malgré les précautions les plus minutieuses qu’ils ont prises etles méthodes variées qu’ils ont employées ; et déjà M. Orfila lui-même n’a plus obtenu de taches arsenicales dans les expériences qu’il a faites devant nous.

» Votre Commission , désirant se livrer à une étude complète de la question qui lui était soumise, a cherché, avant de commencer ses propres expériences , à apprécier par ellemême les méthodes suivies actuellement dans la médecine légale. M. Orfila a bien voulu consacrer plusieurs séances à mettre sous ses yeux les principaux faits annoncés dans ses mémoires. Les expériences qui ont été faites dans le laboratoire de l’Ecole de Médecine sont les suivantes :

B O® Expérience. — Un appareil de Marsh, en activité pendant une heure et demie jusqu’à ce que la flamme se soit éteinte d’elle-même , après la dissolution totale du zinc, n’a pas fourni une seule tache arsenicale.

» 2® Expérience. — Un autre appareil qui fonctionnait depuis

une demi-heure environ et qui ne donnait point de taches, en a fourni à l’instant même où l’on a introduit dans le bocal une goulte de dissolution d’acide arsénieux.

» 3' Expérience. — ün chien à l’état normal a été tué par strangulation. On a desséché le foie, la rate, les reins, le cœur et les poumons. Le produit sec a été carbonisé par l’acide nitrique pur marquant 41". Le charbon olitenu a été traitépendant vingt minutes avec de l’eau distillée bouillante. La liqueur filtrée, introduite dans un appareil de Marsh préalablement essayé , n’a pas fourni la plus légère tache.

» 4® Expérience. — La moitié du foie d’un chien empoisonné par 12 grains d’acide arsénieux dissous dans l’eau (œsophage lié), ayant été traitée par l’acide nitrique, après dessiccation, delà même manière que dans l’expérience n° 3, le charbon bouilli avec de l’eau distillée , a donné une liqueur qui, dans un appareil de Marsh préalablement essayé, a fourni aussitôt de nombreuses taches arséoicales bien caractérisées. Le chien avait vécu deux heures trois quarts.

» 5'' Expérience. — Un chien a été empoisonné avec 12 grains d’émétique dissous dans l’eau (œsophage lié); au bout de trois heures et demie l’animal n’étant pas mort, on l’a pendu. Le foie, séparé avec le plus grand soin et sans léser le canal digestif, a été desséché et carbonisé par l’acide nitrique comme dans les expériences 3 et 4. Le charbon, traité pendant dix minutes seulement par de l’eau aiguisée d’acide chlorhydrique, a fourni un liquide quia donné des taches antimoniales nombreuses dans un appareil de Marsh.

»6' Expérience. — On a fait bouillir pendant trois heures dans de l’eau distillée renfermant 30 grammes de potasse à l’alcool , 6 kilogrammes de chair musculaire de l’homme. Le décoctum, passé à travers un linge et dégraissé, a été évaporé presque à siccité ; on a carbonisé le résidu par l’acide nitrique concentré. Le charbon , après avoir été traité pendant un quart d’heure avec de l’eau bouillante, a donné un liquide noirâtre que l’on a introduit dans un appareil de Marsh préalablement essayé. Quelques minutes après, on a

RAPPORT SUR l’emploi DE l’ APPAREIL DE MARSH. qS

obtenu des taches jaunâtres très larges, mais qui n’ontdonné aucune des réactions de l’arsenic.

» 7 ' Expérience. — 384 grammes de nitre cristallisé du commerce ont élé décomposés h chaud par une quantité égale d’acide sulfurique pur ; on a évaporé complètement à sec pour chasser l’acide nitrique , puis on a redissous dans l’eau le bisulfate 4e potasse formé. La dissolution placée dans un appareil de Marsh n’a pas donné la moindre tache.

» 8' Expérience. — La seconde moitié du foie du chien empoisonné par 12 grains d’acide arsénieux (quatrième expérience) a été traitée par l’eau bouillante, pendant trois heures , dans une capsule de porcelaine. Le liquide, filtré et mélangé avec 16 grammes environ du nitre essayé dans la septième expérience , a élé évaporé à sec. Le produit, après avoir été brûlé dans un creuset chauffé au rouge , a été redissous dans l’eau , et décomposé par l’acide sulfurique pur; le sulfate résultant de celte opération , introduit dans un appareil de Marsh préalablement essayé, a fourni de l’arsenic.

» Expérience. — Le foie entier d’un cadavre humain, traité de la même manière, a fourni un décoctum que l’on a mêlé avec du nitre, brûlé et décomposé comme il vient d’être dit. Le liquide obtenu par l’action de l’acide sulfurique n’a point fourni d’arsenic dans un appareil de Marsh , même au bout de trois quarts d'heure.

» 10° Expérience. — Un chien a été empoisonné à six heures du soir avec 4 grains d’acide arsénieux dissous dans 3 onces d’eau. L’œsophage et la verge sont liés. L’aninial meurt dans la nuit. Le lendemain on détache la vessie et l’on en extrait environ 100 grammes d’urine, que l’un introduit dans un appareil de Marsh préalablement essayé. Presque immédiatement après, on obtient des taches arsenicales nombreuses. Ces taches sont jaunâtres, mais par les réactifs, il a été facile de constater la présence de l’arsenic.

» 11' Expérience. — On a examiné l’urine d’un chien empoisonné par l’application de 3 grains d’acide arsénieux sur

le tissu cellulaire sous-cutané de la cuisse. Cette urine fournit également bon nombre de taches arsenicales. Le chien avait vécu douze heures.

» 12« Expérience. — On a essayé dans l’appareil de Marsh 60 grammes environ d’urine extraite de la vessie d’un chien empoisonné avec 6 grains d’émétique dissous dans 100 grammes d’eau et introduits dans l’estomac. On a obtenu à peine quelques indices de taches antimoniales.

» 13® Expérience. — Environ 180 grammes d’urine extraite delà vessied’un chien empoisonné par l’application deSgrains d’émétique en poudre sur la cuisse de l’animal, sont évaporés à siccité et carbonisés par l’acide nitrique. La carbonisation a lieu avec flamme. Le charbon bouilli avec de l’acide chlorhydrique concentré, puis repris par l’eau acidulée, a donné une liqueur qui a fourni par le procédé de Marsh un grand nombre de taches antimoniales bleues et très larges. Le chien était resté pendant dix-huit heures environ sous l’influence du poison.

» Toutes ces expériences , dont les résultats ont été très nets, ont convaincu vos Commissaires de l’exactitude des faits énoncés par M. Orfila sur l’absorption de l’arsenic et de l’antimoine par les organes , et sur le passage du poison dans l’urine. Il est. évident qu’il faut cependant , pour que cela ait lieu , que l’animal soit resté pendant un certain temps sous l’influence toxique du poison.

» Les expériences dont nous avons encore à parler ont été faites devant vos Commissaires par M. Orfila, dans le but de démontrer la présence de l’arsenic dans les os de l’homme à l’état normal.

» 14® Expérience. — Des os humains ont été calcinés sur une grille au-dessus du charbon jusqu’à ce qu’ils aient pris une teinte grise ; ils ont ensuite été pulvéris'és et mis à digérer pendant trois jours avee de l’acide sulfurique concentré. On a étendu d’eau et séparé le sulfate de chaux par filtration. La liqueur introduite dans l’appareil de Marsh n’a pas donné la moindre apparence de taches arsenicales.

RAPPORT SUR u’eMPLOI DE l’ APPAREIL DE MARSH. 96

» 15® Expérience. — Des os plus fortement calcinés , puis traités de la mémo manière , n’ont donné aucune tache dans l’appareil de Marsh.

» 16® Expérience. — Une nouvelle quantité d’os a été carbonisée dans une cornue de terre qui a été poussée à la fin de l’opération jusqu’au rouge ; elle n’a pas donné non plus de taches arsenicales , après un traitement semblable à celui des deux expériences précédentes.

» Le résultat négatif obtenu dans trois expériences par M. Orfila lui- même ne nous permettait cependant pas de conclure à l’absence de l’arsenic dans les os de l’homme. On sait, en effet, que les acides arsénieux et arsénique sont facilement décomposés à la chaleur rouge par le charbon , même lorsque ces acides sont en combinaison avec une base forte, comme la chaux ; il était par conséquent très peu probable que l’arsenic, s’il existait réellement dans les os, ne se fût pas dégagé pendant la carbonisation. Mais ces expériences étaient très importantes à nos yeux, parce qu’elles étaient faites exactement par le même procédé que celles d’après lesquelles on avait conclu à la présence de l’arsenic dans les os.

» Nous allons maintenant exposer les expériences que nous avons faites nous-mêmes pour éclaircir les différents points de la question.

Expériences pour déterminer le degré de sensibilité du procédé

de Marsh.

» Les expériences qui suivent ont eu pour but de déterminer le minimum d’acide arsénieux qui pouvait être mis en évidence par le procédé de Marsh. Pour cela, nous avons préparé une liqueur normale formée par 1 décigramme d’acide arsénieux dissous dans 1 litre d’ eau distillée. 1 centi-

mètre cube de cette liqueur, ou 1 gramme, renferme ” de milligramme d’acide arsénieux.

» r*' Expérience. — On a mis dans un appareil de Marsh 60 grammes de zinc en lames , 475 centimètres cubes d’eau et 25 centimètres cubes d’acide sulfurique; en tout 500 centimètres cubes de liquide. L’air ayant été chassé du flacon par le gaz hydrogène , on a introduit 2 centimètres cubes de la dissolution d’acide arsénieux; la liqueur du flacon renfermait par conséquent environ de son poids d’acide ar¬

sénieux. Le gaz traversait un tube de .3 décimètres de longueur, rempli d’amiante. La flamme n’a donné aucune tache sensible, on l’a essayé un grand nombre de fois. Le tube d’amiante ayant été oté et remplacé par un petit tube vide, on a eu immédiatement sur la porcelaine de petites taches grises miroitantes , qui se sont montrées constamment pendant un quart d heure , puis elles ont faibli avec la flamme. Au bout d’une demi-heure , la flamme devenant plus faible encore , les taches sont devenues blanches. On s’est assuré que le gaz rougissait la teinture de tournesol quand il produisait ainsi des taches.

» Cette expérience prouve qu’il y a toujours de petites gouttelettes de la dissolution qui sont entraînées avec le gaz, et qu’il est nécessaire pour les arrêter de faire passer le gaza travers une colonne un peu longue d’amiante.

» 2' Expérience. — L’appareil étant disposé comme cidessus avec les mêmes quantités de liquide acide et de zinc . nous avons introduit 3 centimètres cubes de la dissolution d’acide arsénieux , l’appareil étant muni du tube et d’amiante. La flamme nous a donné deux petites taches extrêmement faibles. La liqueur renfermait - .

2' Expérience. — Avec 4 centimètres cubes de la dissolution d’acide arsénieux , par conséquent avec d’acide

arsénieux, nous avons obtenu cinq ou six petites taches arsenicales plus prononcées.

» 4' Expérience. — Les mêmes proportions de liqueur additionnées de 5 centimètres cubes de la dissolution arseni-

llAPPORT SUA l’emploi PH I,’aPPARE(I. DE MARSH. 97

cale, ont donné des taches nombreuses, bien caractérisées , pendant huit à neuf minutes. Ainsi, le procédé de Marsh démontre d’une manière très nette la présence de d’a¬

cide arsénieux dans une liqueur.

» Nous avons voulu nous assurer si la sensibilité de l’appareil de Marsh dépendait de la quantité absolue d’acide arsénieux qui existait dans la liqueur, ou seulement du rapport de celte quantité à celle de l’eau qui la maintenait en dissolution. Pour cela :

» ÿ" Expérience. — Nous avons ajouté 6 centimètres cubes de la dissolution d’arsenic à .3 litres d’eau, ce qui nous donnait une liqueur à Cette liqueur, acidulée et mise en

contact avec 170 grammes de zinc en lames, n’a (>as donné de taches.

» 6" Expérience. — La même expérience faite avec 12 centimètres cubes de la dissolution arsenicale n’a pas

non plus donné de taches.

» Les taches n’ont commencé à devenir sensibles que quand on a ajouté 20 centimètres cubes de la dissolution arsenicale; c’est-à-dire que la limite de sensibilité se trouve la même que ci-dessus, par rapport à la nature de la liqueur.

» 7^ Expérience. — On a éprouvé la dissolution arsenicale normale dans une très petite fiole contenant environ 40 gram mes de liqueur :

» Avec 1 centimètre cube de la dissolution , par conséquent avec une liqueur à nous avons eu quelques taches métalliques très fortes, mais en petit nombre;

» Avec i-„ de centimètre cube, c’est-à-dire avec ’ n’avons pas eu de taches;

.) Avec de centimètre cube, rien;

» Avec TT de centimètre cube, ou une liqueur à nous avons eu quelques taches jaunâtres.

» Il résulte évidemment de ces expériences que les taches ne se montrent pas mieux avec de grandes quantités de liquide qu’avec de petites quantités renfermant la même pro-

qS supplément au traité des RÉACTfFS.

portion d’arsenic , et qu’iî y a avantage dans le procédé de Marsh à opérer sur des liqueurs concentrées, quand il s’agit de rendre sensibles de très petites traces d’arsenic. Les taches sont alors beaucoup plus fortes, mais elles se manifestent pendant moins long-temps.

Eapériences entreprises pour vérifier le procédé indiqué par

M. Lassaigne.

» 8' Expérience. — On a traité dans un appareil de Marsh 500 grammes d’eau acidulée avec l2 centimètres cubes de la dissolution arsenicale, par conséquent une liqueur à Le gaz sortant de l’appareil a été amené dans un petit flacon renfermant une dissolution de nitrate d’argent; à ce flacon était adapté un petit tube effilé qui donnait issue au gaz. La dissolution de nitrate s’est bientôt troublée. Le gaz enflammé à l’extrémité du tube effilé n’a pas donné do tache sensible sur une soucoupe.

» 9® Expérience. — La même expérience faite sur une liqueur qui ne renfermait pas du tout d’acide arsénieux, a produit, au bout d’un certain temps, un trouble notable dans la dissolution de nitrate. Ainsi, le zinc seul donne un hydrogène qui, sous l’influence de la lumière diffuse, agit sur le nitrate d'argent.

» 10® Expérience. — Une expérience faite en remplaçant le zinc par de petits clous de fer, a donné un dépôt beaucoup plus notable; mais il paraissait en grande partie formé de sulfure d’argent.

» 11“ Expérience. — 2 centimètres cubes de la dissolution * arsenicaleont été ajoutés^tà 500 centimètres cubes de liqueur acidulée; et celle ci a été traitée par le procédé de M. Lassaigne. La dissolution de nitrate s’est troublée peu à peu. On a précipité ensuite la liqueur par l’acide chlorhydrique On a filtré et évaporé à sec, le résidu repris par l’eau a été mis dans un petit tube de verre, disposé en appareil de Marsh;

RAPPORT SUR l’emploi DE l'aPPAREIL UE MARSH. 99

on a obtenu quelques taches brunes bien caractérisées. Ainsi le procédé de M. Lassaigne , employé comme moyen déconcentration , a fait découvrir l’arsenic dans une liqueur qui n’en aurait pas manifesté par l’application du procédé ordinaire de Marsh (!'■« expérience).

» 12® Expérience. — 2 centimètres cubes de la dissolution arsenicale normale ont été mêlés à 500 centimètres cubes de liqueur acidulée (ttïwjtt), puis placés dans un appareil de Marsh ; on a fait arriver le gaz dans un tube rempli de fragments de verre mouillés , à travers lequel on a dirigé en même temps un courant plus rapide de chlore. Après l’expérience on a bien lavé le tube à l’eau distillée , puis on a rapproché la liqueur par évaporation. Cette liqueur, essayée dans un très petit appareil de Marsh , a donné des taches arsenicales bien caractérisées.

» 13' Expérience. — La même expérience, répétée en plaçant dans le tube une dissolution de chlorite de potasse préparée directement, a donné le même résultat.

» La dissolution de chlore ou d’un chlorite alcalin préalablement essayé peut donc retenir très bien l’arsenic, comme le nitrate d’argent , et servir à le mettre en évidence dans des liqueurs trop étendues pour donner des taches directement dans l’appareil de Marsh.

» 14' Expérience. — 500 grammes d’eau, additionnés do 2 centimètres cubes de la dissolution normale d’acide arsénieux, ont été placés dans un appareil de Marsh; on a fait passer le gaza travers un tube peu fusible, que l'on a enveloppé de clinquant de cuivre et chauffé avec du charbon sur une longueur de 0“, 16. Un tube rempli d'amiante se trouvait interposé sur le passage du gaz. On a obtenu dans la

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