VAISSEAUX: ARTÈRES, VEINES, CAPILLAIRES ET LYMPHATIQUES
Les vaisseaux sont de deux espèces : les vaisseaux sanguins, les lymphatiques. Les premiers se divisent en artères, capillaires et veines; les seconds, en lymphatiques proprement dits et chylifères.
La structure des artères, des veines, des gros lymphatiques et des chylifères est à peu près la même; il y a aussi presque identité pour celle des capillaires et des petits lymphatiques.
Chacun des tissus que nous avons étudiés jusqu'à présent possède un élément spécial , typique. Il n'en est pas de même pour les vaisseaux; aucun élément anatomique de forme déterminée ne leur appartient exclusivement; mais ce qui les distingue des autres tissus , c'est l'agencement particulier des diverses parties dont ils sont composés.
Artères. Art. Avthes. Lorsqu'ou examine au microscope une lamelle comprenant toute 1 épaisseur d'une paroi artérielle coupée en travers ou en long, on remarque trois zones très-distinctes et superposées , lesquelles cor-
respondent aux trois tuniques dont se composent les vaisseaux (pl. XIV, fig. IV). La première zone, qui est la plus mince et uniformément foncée dans toute son épaisseur, correspond à la tunique interne (fig. IV, 1). La deuxième zone, plus transparente et beaucoup plus épaisse que les précédentes , correspond à la tunique moyenne (fig. IV, 2). Enfin la troisième zone, au moins aussi épaisse que la seconde, plus foncée dans ses couches profondes que dans ses couches superficielles , représente la tunique externe.
Quand on emploie un grossissement de 300 à 400, il est aisé de déterminer la nature et la distribution des éléments qui composent chacune de ces tuniques. Voici les données fournies par l'analyse microscopique : la tunique Tumque interne a pour limite une coucjie épithéliale qui, examinée en place, paraît être composée de noyaux ovales englobés dans une substance amorphe; il est presque impossible de distinguer les contours des cellules à cause de leur pâleur (pl. XIV, fig. V). Mais en éraillant cette membrane, on en détache quelques cellules qui, devenues libres, se présentent sous forme de fuseaux fortement renflés au niveau du noyau et qui, sous ce rapport, ont beaucoup d'analogie avec certaines cellules de la rate (pl. XIV, fig. VI).
Au-dessous de cette couche épithéliale, qui est baignée parle sang, il. existe une autre lamelle que l'on désigne sous le nom de membrane fenêtrée. C'est un feuillet amorphe, de nature élastique, très-fragile, percé de nombreuses ouvertures variables dans leurs formes et leurs dimensions et contenant une certaine quantité de fibres élastiques, qui sont dirigées perpendiculairement à l'axe du vaisseau. Dans les gros troncs artériels, les trous de cette membrane sont plus larges et les fibres élastiques plus nombreuses; dans les petits rameaux, les trous sont
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plus étroits et plus nombreux, tandis que les fibres élastiques sont plus grêles et plus rares (pl. XIV, fig. VII, 1, 2,3).
Des fibres élastiques fines et dirigées dans le sens de la longueur du vaisseau forment les couches les plus pro- Ibndes de la tunique interne. Cette troisième membrane est plus épaisse que les deux précédentes, surtout dans les artères d'un certain calibre (pl. XV, fig. I, 1 ; fig. V, 1). J'ai cherché en vain dans l'épaisseur de sa trame la présence de cellules plasmaliques, fait important à noter au point de vue des altérations des vaisseaux artériels. Tunique Daus h structurc de la tunique moyenne il entre des "oyenne. ç^j^^^^ élastlqucs ct dcs fibres musculaires lisses. Les premières sont distribuées d'une manière uniforme, mais ne paraissent pas avoir une direction déterminée, ainsi qu'on peut s'en convaincre en examinant comparativement des coupes longitudinales et transversales (pl. XV, fig. 1,5; fig. V, 5). Le réseau qu'elles forment est d'autant plus serré qu'il appartient à une artère d'un plus fort calibre, et c'est dans ses mailles que logent les fibres musculaires. Pour découvrir celles-ci, il est bon de traiter la préparation par l'acide acétique étendu. Sur les coupes transversales des artères on aperçoit à peine les contours des fibres, qui sont très-pâles; mais on distingue parfaitement les noyaux en forme de bâtonnets et dirigés perpendiculairement à l'axe des vaisseaux (pl. XV, fig. I , 3). Sur les coupes longitudinales on voit beaucoup mieux les contours des fibres musculaires, qui forment des polygones plus ou moins réguliers et au centre desquels se trouve habituellement le noyau (pl. XV, fig. V, 2 , 3 , 4). Il est à noter que la distribution des fibres musculaires est d'une parfaite régularité dans toute l'épaisseur de la tu-
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nique moyenne et que les cellules plasmatiques y sont extrêmement rares.
Un feutrage des fibres connectives et élastiques repré-Tt sente la structure de la tunique externe. Les fibres élastiques sont plus condensées dans la profondeur qu'cà la superficie, et la plupart sontdirigées parallèlement à l'axe du vaisseau (pl. XV, fig. II, 2 , 3; fig. VI , 5 ; fig. VII , 1, 2). Cette tunique contient aussi des cellules plasmatiques, qui sont d'autant plus nombreuses que l'artère est plus petite.
En résumant la structure d'une artère d'un certain calibre, on voit que la fibre élastique forme la charpente de toutes les tuniques; mais que dans chacune d'entre elles elle s'associe à un élément particulier et caractéristique. Pour la tunique interne, c'est la cellule épithéliale; pour la tunique moyenne, c'est la fibre musculaire; enfin pour la tunique externe , c'est la fibre connective. Au fur et à mesure que l'on se rapproche des petites branches artérielles, on voit que la fibre élastique tend à disparaître, surtout dans la tunique moyenne, qui alors est formée de fibres musculaires sans mélange (pl. XV, fig. III),
L'examen comparatif de la structure de la tunique moyenne dans les divers segments du système artériel fait voir l'inégale répartition des fibres élastiques et des fibres ' musculaires. Au milieu de l'arbre artériel, le mélange de ces deux éléments est à peu près égal; mais aux deux extrémités il n'en est pas de même : l'un des deux éléments se substitue à l'autre et compose pour ainsi dire à lui seul la tunique moyenne. En effet, dans l'aorte thoracique il est difficile de trouver quelques fibres musculaires, tandis que dans les artérioles c'est la fibre élastique qui devient extrêmement rare.
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Ces variantes dans la sUucLure de la tunique moyenne coïncident avec la différence d'action des grosses et des petites artères sur le courant sanguin. Les grosses artères représentent par leur élasticité le réservoir à air des pompes à jet continu et fonctionnent de la même manière. Elles luttent contre la pression excentrique des ondées sanguines et corrigent l'effet des contractions rhythmiques du cœur en établissant un courant continu.
On comprend que les petites artères, dont la tunique moyenne est exclusivement musculaire, n'agissent pas de la même façon; car il faudrait supposer, de la part de leurs parois, une contraction rapide et rhythmique alternant avec la systole du cœur. Or l'observation directe ne révèle pas de mouvements pulsatils dans ces vaisseaux et, d'un autre côté, la nature physiologique des fibres musculaires lisses est en opposition avec une contraction rapide. Ces petites artères, en se contractant, ont pour effet d'entraver la circulation dans certains points, afin de rejeter une plus grande quantité de sang dans d'autres parties, selon le besoin du moment. C'est un phénomène que l'on peut constater, par exemple, dans l'appareil artériel de l'intestin grêle pendant la digestion. Ainsi, le tissu élastique des artères se rattache à la régularisation du • courant sanguin, tandis que le tissu musculaire a sous sa dépendance la répartition de la masse sanguine. Petites artères. Lcs dcmiers rameaux de l'arbre vasculaire que nous étudions, ceux qui mesurent par exemple 1/20 à i/30 millimètre, présentent encore les trois tuniques; mais chacune d'entre elles ne forme qu'une simple lamelle et ne renferme qu'un seul élément anatomique. Ainsi, la tunique externe est formée par une couche très-mince de fibres conjonctives mêlées à quelques cellules plasmatiques
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(pl. XVI, fig. 1, 1). La tunique moyenne offre seulement des fuseaux assez courts qui indiquent que , dans ces petits vaisseaux, le tissu contractile persiste à l'état embryonnaire (fig. 1,2,3). Quant à la tunique interne , elle se réduit à la membrane épithéliale (fig. I, 4).
L'artère pulmonaire et l'aorte, à leur sortie du cœur, sont munies, comme on le sait, de valvules semi-lunaires qui paraissent être une dépendance de la tunique interne de ces vaisseaux ; cependant elles sont un peu plus compliquées dans leur structure. Chaque valvulve se compose de deux lames, l'ime interne regardant l'axe de l'orifice, l'autre externe dirigée du côté des parois artérielles. La lame interne, une fois plus mince que l'externe, assez foncée, dense, renferme des fibres élastiques longitudinales semblables à celles de la tunique interne des artères. En dehors de cette zone il s'en trouve une autre plus large et plus transparente, composée de fibres élastiques et connectives, formant de larges mailles, au milieu desquelles on voit une assez grande quantité de cellules plasmatiques (pl. XVI, fig. II et III). Les deux faces sont tapissées par une épithélium pavimenteux. Les valvules des artères ressemblent donc à la tunique interne de ces vaisseaux par leur lame interne seulement, et par la structure de leur lame externe elles ont de l'analogie avec la tunique externe des vaisseaux sanguins. En résumé, cet organe est une paroi artérielle à laquelle la tunique moyenne fait défaut. La zone interne se continue en bas avec l'endocarde, et la zone externe avec le tissu fibreux interstitiel du parenchyme du cœur (fig. II).
L'endocarde est constitué presque exclusivement par des fibres élastiques. Celles-ci sont très-fines et trôs-condensées dans les couches superficielles; elles deviennent
plus larges et forment, avec les fibres conjonctives, un feutrage plus lâche dans les couches profondes, où l'on rencontre quelques rares cellules plasmatiques. Le revêtement épithélial est représenté par une simple couche pavimenteuse.
Valvules Lcs valvulcs auriculo-ventriculaires ont une structure ''"'iVer'"' analogue à celle des valvules artérielles; seulement elles sont un peu plus riches en fibres connectives et en cellules plasmatiques.
péiicardo. Le péricarde présente la structure des séreuses; on trouve comme substance fondamentale un réseau de fibres élastiques et connectives, puis un semis de cellules plasmatiques, des vaisseaux, des nerfs en assez petit nombre, des vaisseaux lymphatiques, et enfin un revêtement épithélial simple et pavimenteux.
Veines. Art. 2. Veines. Les veines sont construites d'après le même type que les artères et possèdent, comme celles-ci, Tunique interne, trois tunlqucs. La couchc épithéliale de la tunique interne a absolument la même physionomie que celle des artères. Sur presque toutes les veines que j'ai examinées , j'ai aussi trouvé une membrane fenêtrée dont les ouvertures fort nombreuses sont circonscrites par un réseau de fibres élastiques très-larges (pl. XVI, fig, VI, 1 , 2). Au-dessous se trouve une troisième couche de fibres élastiques fines, qui forment un réseau plus lâche que dans la région correspondante de la tunique interne des artères et dont les plus profondes pénètrent dans la tunique moyenne , de sorte que la limite entre les deux premières tuniques n'est pas aussi nettement établie que dans les artères (pl. XVII, fig- h 2). Il m'a semblé que la tunique interne des veines d'un certain calibre contient quelques cellules plasmatiques.
La tunique moyenne est constituée par un mélange de Tnnique fibres élastiques et musculaires, mais elles ne sont pas uniformément réparties (pl. XVII, fig. I, 5). Leur direction est transversale; cependant on en trouve quelquefois dans les couches externes, qui sont dirigées parallèlement à l'axe du vaisseau (pl. XYII, fig. 1 , 7). Cette distribution inégale des fibres musculaires ne pourrait-elle pas rendre compte de la faiblesse relative de telle ou telle partie des parois veineuses, et par conséquent de leur tendance à devenir variqueuses ?
La tunique externe ressemble en tout point à celle des Tnnirpip oxicme. artères; cependant il faut noter que, sur certains vaisseaux, principalement sur ceux qui appartiennent au système de la veine porte, on a trouvé des fibres musculaires placées dans les couches profondes et dirigées dans le sens longitudinal. La présence de ces fibres et leur direction expliquent comment les veines correspondantes diminuent de longueur pendant qu'elles sont soumises à l'excitation galvanique.
Les veines de très-petit diamètre possèdent encore leurs p. iups veines, trois tuniques : l'interne est formée par une simple couche épilhéliale; quelquefois cependant elle possède, en outre, une membrane fenetrée à mailles étroites (pl. XVII, fig. III, 6). Les deux autres tuniques ressemblent tout à fait celles des artères du même calibre (pl. XVII, fig. III, 1, 8).
Les valvules des veines sont une dépendance de leur vaivuio». tunique interne. Une simple lamelle épithéliale pavimenteuse en forme la couche superficielle (pl. XVI, fig. V, 4). La couche profonde est constituée par des faisceaux de fibres connectives ondulées et parallèles (fig. V, 2) et par un réseau de fibres élastiques fines mêlées à des cellules plasmatiques. Pour découvrir ces dernières, il faut em-
ployer l'acide acétique étendu, qui fait disparaître les fibres connectives.
asavason,m. Lcs vttsa vasorim composent d'artérioles et de veinules. D'après KôUiker, on en trouve même sur les vaisseaux de très-petit calibre (1 millimètre et au-dessous). Ils sont principalement destinés à la tunique externe; dans la tunique moyenne on en rencontre beaucoup moins. Cet auteur n'en a pas découvert dans l'épaisseur de la tunique interne.
Nerfs. Les nerfs qui fournissent aux parois des vaisseaux sont assez nombreux et paraissent principalement destinés à la tunique moyenne ou musculaire. C'est du moins ce qui ^ semble être démontré par les expériences physiologiques sur les nerfs vaso-moteurs. On ignore encore quel est leur mode de terminaison.
Capillaires. Art. 3. Capillaires. Les capillaires, qui établissent la communication entre les artères et les veines, ont une structure extrêmement simple. Ce sont des tubes de substance amorphe, dans lesquels soni enchâssés des noyaux ovales. Plus les capillaires sont volumineux, plus les parois sont épaisses et les noyaux nombreux; très-rarement on remarque quelques fibres connectives qui se surajoutent à la tunique amorphe. Les plus déliés ont des parois tellement minces que souvent elles se traduisent par une seule ligne (pl. XVI, fig. IV). La transition des artères et des veines aux capillaires se fait d'une manière insensible par la disparition successive des divers éléments morphologiques qui constituent les trois tuniques vasculaires. Ce n'est pas par leur volume, mais par leur structure que les capillaires se distinguent des artères et des veines; ils sont absolument privés de l'élément contractile. Au point de vue physiologique ils se distinguent également de ces
vaisseaux par l'absence absolue de la conlraclilité de leurs parois, qui ne jouissent que de l'élasticilé.
Art. 4. Vaisseaux lymphatiques. D'après ce qui vient Lympliatiques. d'être dit touchant l'organisation des artères et des veines, quelques mots sufliront pour la description de la structure des vaisseaux lymphatiques.
Leur tunique interne, extrêmement mince, est repré- lumquc interne, sentée par une simple couche épithéliale, reposant sur quelques fibres élastiques fines; encore paraît-elle réduite quelquefois à son feuillet épithélial.
La moyenne est presque exclusivement composée de Tunique
i?U 1 • . 11/^1 moyenne et ex-
iibres musculaires transversales; les fibres élastiques y teme. sont très-rares (pl. XVII, fig. IV, 1). Enfin, la tunique externe diffère de celle des artères et des veines en ce qu'elle possède dans ses couches profondes un très-grand nombre de fibres musculaires à direction longitudinale (pl. XVII, fig. IV, 4, 5). L'élément contractile entre également dans la structure des valvyles qui, pour le reste, ressemblent aux valvules veineuses (pl. XVIII, fig. II).
Les capillaires lymphatiques sont composés, comme capinaires. les capillaires sanguins, d'un tube de substance amorphe, dans lequel sont enclavés des noyaux ovales. Mais ce qui leur donne une physionomie particulière, ce sont des prolongements filiformes, qu'ils offrent de distance en distance dans le cours de leur trajet et à leurs extrémités libres (Kôlliker). Selon certains observateurs et entre autres Teichmann, ces prolongements seraient en communication avec les cellules plasmatiques du tissu conjonctif , de sorte que le réseau formé par ces cellules appartiendrait au système lymphatique. Selon Recklinghausen , les capillaires lymphatiques n'auraient qu'une seule tunique constituée par des cellules épithéliales. Quant au siège desori-
gines des lymphatiques, abstraction faite des chyjifères, il se trouve , selon M. Kùss, sous les couches épi théliales à l'aclivité desquelles leurs fonctions semblent étroitement liées.
Aux vaisseaux lymphatiques sont annexées des organes Ganglions counus SOUS Ic uom de ganglions ou glandes lymphatiques. mpiiatiques. ^^^^ fomie et leur volume sont variables; cependant ils ressemblent plus ou moins à une fève. Sur un point de la surface légèrement mamelonnée des ganglions, on voit pénétrer dans leur intérieur un canal qui a reçu le nom de vaisseau lymphatique afférent; sur un autre point, habituellement assez fortement déprimé et qu'on appelle le hile, sortent plusieurs canaux connus sous le nom de vaisseaux lymphatiques efférents; c'est aussi par le hile qu'arrivent les nerfs et la plupart des vaisseaux sanguins destinés à cet organe.
Malgré les nombreuses recherches qui ont été faites dans ces derniers temps sur la structure des ganglions lymphatiques , on est loin de posséder des données bien exactes à ce sujet.
Lorsqu'on pratique une coupe emportant toute l'épaisseur d'un ganglion lymphatique, on remarque qu'il se compose de trois parties distinctes : 1*^ une enveloppe fibreuse; 2° une substance corticale granulée; 3° une substance médrdlaire striée. De la face interne de l'enveloppe fibreuse se détachent de nombreuses trabécules dirigées en tout sens et circonscrivant des espaces qu'on a désignés sous le nom d'alvéoles. Celles-ci communiquent largement entre elles et deviennent de plus en plus étroites au fur et à mesure qu'elles se rapprochent du centre de la glande. L'ensemble formé par les trabécules et les espaces qu'elles circonscrivent représente la substance corticale ou autrement dit le parenchyme de la glande.
VAISSEAUX. iil
Dans l'épaisseur des trabéculcs on renconlre du lissu conjonclif, quelques fibres musculaires lisses (His) et quelques rares vaisseaux sanguins.
Le tissu qui compose les alvéoles ou follicules se divise en deux parties distinctes, l'une centrale, l'autre périphérique. La partie périphérique, c'est-à-dire celle qui avoisine les trabécules, est représentée par des canaux lymphatiques (sinus lymphatiques de His^), accolés à ces colonnettes fibreuses et maintenus dans leur position par un réseau de cellules plasmatiques qui les entourent. La partie centrale est formée par une sorte de tissu spongieux unissant les trabécules les unes aux autres et renfermant dans ses mailles les globules lymphatiques. Ce sont des fibres élastiques qui forment le squelette de ce tissu, au milieu duquel se trouvent un grand nombre de vaisseaux capillaires qui, comme on le voit, sont en contact immédiat avec les éléments globuleux du ganglion. Les recherches laites relativement aux rapports des mailles remplies de globules avec les parties voisines, tendent à établir que ces espaces communiquent avec les vaisseaux lympathiques accolés aux trabécules. On peut donc considérer les alvéoles comme étant la partie du ganglion lymphatique où s'élabore le produit essentiel de cet organe.
La substance médullaire, qui est enveloppée par la substance corticale et qui en môme temps touche le hile, est formée essentiellement par un réseau de vaisseaux lymphatiques qui communiquent, d'une part, avec les sinus lymphatiques et, d'une autre part, avec les lymphatiques efférents. On rencontre encore dans la substance médul-
^ i'nfersuckiingen uber den Bau dcr Lijmplidriisen ^ von W. His; Leipzig 1801 .
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laire la plupart des vaisseaux sanguins de la glande et une quantité variable de cellules adipeuses.
Les artères qui pénètrent dans les ganglions lymphatiques y arrivent presque toutes par le hile. Elles fournissent quelques rares branches aux trabécules fibreuses , mais elles en donnent au contraire un très-grand nombre à la substance spongieuse qui constitue les alvéoles, précisément là où se passe le travail sécrétoire de la glande.
Les veines suivent le même trajet que les artères. Les nerfs pénètrent dans la glande en accompagnant les vaisseaux. On ignore jusqu'à présent leur mode de terminaison.
La structure des ganglions lymphatiques peut donc se résumer de la façon suivante: le vaisseau afférent, arrivé dans l'épaisseur de l'enveloppe fibreuse commune, se divise en un grand nombre de branches qui s'accolent aux trabécules, se jettent ensuite dans le réseau des canaux de la substance médullaire, réseau auquel succèdent les vaisseaux lymphatiques efférents. Ces différentes parties représentent ce que l'on peut appeler le système des canaux lymphatiques du ganglion. D'un autre côté il y a le système des alvéoles que Ton peut considérer comme des diverticulums des canaux lymphatiques, où les globules lymphatiques se développent et d'où ils sortent pour tomber dans les sinus qui correspondent aux canaux excréteurs des autres glandes.
Les vaisseaux se développent sur place. Leur première apparition se fait sous forme de petites colonnes de cellules qui se détachent du fond commun constituant le feuillet vasculaire de l'embryon. Une partie des cellules qui occupent l'axe de ces colonnes se liquéfie, tandis que l'autre partie se change en globules sanguins. Les cellules qui sont situées en dehors de l'axe subissent des métamor-
phoses diverses et finissent par constituer les trois tuniques vasculaires que l'on connaît.
Le développement des capillaires s'opère de la façon suivante: des cellules ovales se soudent bout à bout, puis les cloisons qui les unissent se résorbent et disparaissent, de sorte que chaque série de cellules se transforme ainsi en un petit canal dont les parois amorphes offrent de distance en distance des noyaux tels qu'on les voit sur les capillaires de l'adulte. Les anastomoses s'établissent au moyen de petits prolongements canaliculés qui naissent des parois des troncs , et qui, en marchant en divers sens, s'unissent les uns aux autres. Kôlliker a aussi constaté qu'un certain nombre de ceHules étoilées s'unissent par leurs prolongements aux canaux déjà formés et concourent de cette manière à la formation du réseau capillaire. Les prolongements, en augmentant de diamètre, deviennent de véritables vaisseaux capillaires, et le corps de la cellule correspond au confluent des branches vasculaires. Le même auteur prétend qu'un grand nombre de gros vaisseaux dérivent d'anciens capillaires, autour desquels les cellules qui les enveloppent se transforment en tuniques vasculaires.
Art. 4. Sang et lymphe. Au point de vue histologique, sang. le sang et la lymphe ont une composition fort simple. Les éléments organisés du sang sont de deux espèces : les globules rouges et les globules blancs. Les globules rouges Giobuiesrong«. ont la forme d'une lentille biconcave et mesurent en moyenne 1/166 à 1/150 de millimètre et 1/1000 à 1/700 d'épaisseur. Leur enveloppe est tellement mince qu'elle paraît se confondre avec le contenu; celui-ci est constitué par une substance amorphe, assez consistante et colorée en jaune rougeâtre par une certaine quantité d'hémalinc;
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Exposés à l'air, ces globules s'allèrent rapidement dans leur forme et offrent habituellement des dentelures à leur surface ou bien se plient sur eux-mêmes. Le contenu se décompose aussi, devient granuleux et reste distinct de l'enveloppe (pl. XVIII, fig. YI). A côté des globules rouges normaux on en trouve quelquefois d'autres beaucoup plus petits et sphériques, ce sont les globulins. Représententils des débris des globules rouges ordinaires ou bien sontils des globules avortés dans leur développement? On l'ignore encore. La masse des globules rouges forme, d'après Schmidt, la moitié de la masse totale du sang.
,ui... blancs. Les globules blancs diffèrent des précédents par leur forme et leur volume. Ce sont des corpuscules sphériques, mamelonnés à leur surface et mesurant en moyenne 4/100 à 4/80 de millimètre (pl. XVIII, fig. VI, 5). Leur contenu, granulé et transparent, renferme quelquefois un noyau qui remplit presque le globule, mais le plus souvent ce sont de petites vésicules brillantes qui deviennent plus apparentes sous l'influence de l'acide acétique. Malgré toutes les recherches que l'on a faites jusqu'à ce jour pour établir une différence entre les globules blancs et les globules du pus, on n'est arrivé à aucun résultat positif à cet égard. Le rapport des globules blancs aux globules rouges, établi par Moleschott, est de 1:357. Dans certains cas de leucémie il s'est élevé jusqu'à : : 2 : 3 et même •1:5! (Virchow').
Pinsma. Lcs globulcs rougcs et blancs représentent la partie solide du sang ou le cruor. La partie liquide ou liquor ou plasma se décompose après sa sortie des vaisseaux; une portion reste à l'état liquide et constitue le sérum, l'autre se prend en une masse assez consistante, élastique, et
' Palliohxjic rcUidairc; Paris 1861.
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forme le caillot. Dans le sérum on rencontie une peLile quantité de globules rouges et blancs qui nagent au milieu d'un liquide incolore. Le caillot qui emprisonne les éléments globuleux du sang se compose d'une substance d'aspect très-finement granuleux et fibrillaire, mais nullement organisée, c'est la fibrine.
La lymphe, comme le sang, se compose aussi d'une Lymphe, partie solide et d'une partie liquide. Les éléments solides de la lymphe sont des globules qui ressemblent tout à lait aux globules de la substance corticale des ganglions lymphatiques el aux globules blancs du sang. Ces corpuscules, qui mesurent en moyenne 1/140 à 4/80 de millimètre , se trouvent en quantité considérable dans les vaisseaux qui sortent des ganglions, tandis qu'ils sont en très-petit nombre dans les lymphatiques afférents ou radiculaires. On rencontre en outre, dans les chylifères, une quantité variable de granulations sphériques de nature graisseuse et qui proviennent des aliments; elles sont trèsrares dans les lymphatiques proprement dits.
Le liquide lymphatique extrait des vaisseaux se coagule aussi et forme un caillot dont la composition est identique au caillot sanguin. Pour que la lymphe se coagule, il faut absolument qu'elle soit en contact avec l'air extérieur, elle diffère donc sous ce rapport de la fibrine du sang; aussi Virchow prétend que la lymphe ne contient pas de véritable fibrine; il compare cette substance à l'exsudat de certaines pleurésies et l'appelle fihrogène.
La formation des globules sanguins dans l'embryon Fo,nmio„ s'opère, avons-nous dit, par métamorphose des cellules primordiales qui occupent l'axe des vaisseaux en voie de développement. Si la plupart des observateurs sont d'accord sur ce premier point, il n'en est pas de même lors-
MORtL. Histol. ^0
qu'il s'ogit dcxpliqucr les cliiJiigciiients successifs que subit la cellule embryonnaire pour arriver à l'état de globule parfait. Pour le plus grand nombre, la cellule qui doit donner le globule sanguin ne se distingue pas d'abord des autres cellules embryonnaires, mais bientôt elles se chargent d'iiématine pendant qu'elles s'aplatissent un peu et que le noyau tend à disparaître. «Je crois, ditBischoff, que la cellule ronde s'aplatit d'abord, puis qu elle se contracte et qu'elle forme ainsi le corpuscule sanguin permanent^» Leur multiplication s'opère par scission. Cette opinion , qui fait dériver le globule rouge directement de la cellule embryonnaire tandis que le noyau serait résorbé, ne me paraît pas être l'expression réelle des phénomènes qui se passent chez les mammifères. Sur des embryons de lapins j'ai pu constater un mode de formation des globules sanguins tout à fait différent du précédent. En effet j'ai parfaitement vu, en examinant du sang extrait du cœur et des vaisseaux, que c'est bien le noyau qui devient globule sanguin, tandis que la cellule se désagrège et disparaît. Il ne peut y avoir aucun doute à ce sujet, car le noyau, qui se distingue parfaitement de la cellule, est la seule partie qui soit colorée en rouge et qui offre en môme temps et la forme et les dimensions du globule rouge. Du reste il est également facile de constater que la cellule se gonfle et devient, pour ainsi dire, œdémateuse par la liquéfaction de son contenu granuleux, et qu'enfin elle se détruit pour laisser échapper le noyau ou autrement dit le globule rouge. Sur le même animal j'ai pu suivre aussi la formation du globule blanc et voir qu'il provient également du noyau de la cellule embryonnaire, qui quelquefois
'Traité du développement de l'Iiomme et des mammifères ^ trafluit par Jourdan, p. 289; 1843.
offre, au préalable, une végétation nucléaire assez active.
Chez l'adulte, le développement des globules rouges paraît se faire aux dépens des globules lymphatiques qui, d'après KoUiker, s'aplatissent et se chargent de matière colorante, pendant que le noyau se résorbe.
Altérations des vaisseaux sanguins. En étudiant l'in- AHéraiioni, flammation du tissu conjonctif, nous avons fait remarquer que l'altération caractéristique de cet état anormal porte sur la cellule plasmatique, qui prolifère d'abord et donne ensuite naissance à des produits morphologiques variables dont le plus constant est le globule de pus. Or on doit se rappeler que les parois des vaisseaux sont formées par deux tissus seulement : le tissu musculaire, qui habituellement est limité à la tunique moyenne, et le tissu conjonctif, que l'on rencontre partout. Quant à ce dernier, il ne faut pas oublier qu'il présente, dans certaines régions^ des caractères de structure importants à étudier pour la question dont nous nous occupons. Dans la tunique in- ' terne des artères, le tissu conjonctif est pour ainsi dire réduit à l'élément fibreux élastique; les cellules plasmatiques y font complètement défaut. Dans la tunique moyenne, c'est encore la fibre élastique qui domine, et la cellule plasmatique est extrêmement rare; il arrive même souvent qu'on ne peut en trouver des traces sur une grande étendue de cette membrane. Il n'y a que la tunique externe où cet élément se rencontre en quantité variable ; cependant on peut dire que les cellules plasmatiques sont plus abondantes dans les petites artères que dans les grandes.
Les veines m'ont paru , sous ce rapport, offrir les mêmes caractères que les artères; cependant leurs valvules renferment toujours quelques éléments globuleux. Quant aux
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capillaires, on sait qu'à part leurs noyaux, les parois de ces canaux ne renferment aucun élément morphologique; elles sont tout à fait anhistes.
Artérite. Toutes les fois que nous avons pu examiner une artère atteinte de ce que l'on est convenu d'appeler inflammation de la tunique interne ou artérite, nous n'avons jamais rencontré les caractères de structure particuliers à cet état pathologique. D'abord il est un fait bien établi à présent, c'est que la rougeur qu'on remarque quelquefois à la face interne de ces vaisseaux est simplement le résultat de l'imbibition de la matière colorante du sang ; par conséquent c'est un phénomène purement passif. D'un autre côté, on ne trouve aucune trace d'inflammation dans les cas d'épaississement de la tunique interne; nous verrons même plus tard que l'augmentation d'épaisseur n'existe en réalité presque jamais, mais qu'elle est due à une couche de fibrine qui vient se déposer sur la lame épithéliale; quand on la rencontre, on constate bientôt qu'elle résulte d'une infiltration graisseuse passive de la paroi.
Lorsque des artères rompues ou coupées plongent dans un foyer purulent, on observe assez souvent que la tunique interne est rouge et qu'elle offre des érosions sur sa face libre. Dans ce cas on est tenté de croire à une inflammation ulcérative; mais l'examen microscopique vient lever les doutes sur l'origine réelle de la perte de substance. Ce n'est pas une fonte purulente qui produit l'usure de la couche interne de la tunique artérielle, mais bien une sorte de macération passive; et ce qui le prouve, c'est qu'on ne peut constater aucun produit morphologique de nouvelle formation. On voit seulement les fibres devenir granuleuses, se mortifier pour ainsi dire, se désagréger ensuite, et laisser un vide à la place qu'elles occupaient.
L'inflammation artérielle, lorsqu'elle existe, débute par la tunique externe, précisément là où on rencontre les éléments cellulaires en quantité variable, et les métamorphoses qui s'opèrent dans l'épaisseur de cette tunique se rattachent, comme cela se devine, à l'inflammation du tissu conjonctif. La tunique interne jouit, à cet égard, de la plus grande immunité, et depuis longtemps la pratique chirurgicale avait démontré ce fait dans la ligature des artères. Il est de règle, comme on sait, de rompre les tuniques interne et moyenne avec le fd et de laisser la tunique externe seule intacte. On ne se contente plus de mettre en contact avec elle-même la face interne de ces vaisseaux, parce qu'alors l'oblitération de l'artère ne s'établit pas solidement. La raison de ce phénomène est trèssimple: là où il n'y a pas de prolifération de cellules et, par suite, formation de tissu fibreux de cicatrice, il ne peut s'établir d'adhérences solides. Or la tunique interne ne possède pas d'éléments cellulaires, la tunique moyenne n'en possède pas non plus ou très-peu; il n'y a donc qu'un moyen d'obtenir le résultat cherché, c'est de mettre la tunique externe, riche en cellules plasmatiques, en contact avec elle-même, et c'est justement ce qui arrive à la suite d'une ligature faite avec un fd de soie fin.
Les petites artères de l'encéphale sont les plus favorables à l'étude de l'inflammation; on peut suivre assez facilement les métamorphoses que subissent les cellules plasmatiques, métamorphoses qui parfois sont Irès-actives et à la suite desquelles la paroi externe est comme infdtrée de pus (pl. XVlII,fjg. IV).
Dans certaines cii'constances, l'inflammation paraît se traduire immédiatement par l'infillralion graisseuse des éléments cellulaires, infiltration qui se propage ensuite
dans le reste des parois et les rend Irès-fragiles. Aussi la rupture du vaisseau et les épanchements de sang sont-ils souvent la conséquence de cette altération, qui est plutôt une nécrose qu'une véritable inflammation du tissu conjonctif(pl. XVIII, fig. III).
Les quelques recherches que nous avons faites touchant l'inflammation de la tunique interne des veines, nous ont conduit aux mêmes résultats que pour les artères. Ainsi nous avons examiné des parties de la tunique interne auxquelles adhéraient des caillots formés spontanément; nous avons également étudié la structure des valvules veineuses, saisies pour ainsi dire par des coagulums, et nous n'avons trouvé, pour toute altération, que la disparition de la couche épithéliale.
On peut conclure de ces faits que l'inflammation des vaisseaux ne doit être admise que pour la tunique externe. La tunique interne ne s'enflamme réellement pas; les modifications pathologiques qu'elle offre sont purement passives et se traduisent ordinairement par la fonte moléculaire de ses éléments. Les petits vaisseaux ont une susceptibilité inflammatoire plus grande que les vaisseaux de gros calibre, et leur destruction, toutes choses égales d'ailleurs, paraît plus rapide.
Il est à peine besoin d'ajouter que les produits pathologiques organisés, autres que ceux fournis par Finflammatiou (cancer etc.), quelque rares qu'ils soient du reste, ont également pour point de départ les cellules plasmatiques de la tunique externe.
Athéromc. Il est une aulre altération que l'on rencontre très-fréquemment dans l'épaisseur des parois artérielles et qui consiste dans la dégénérescence graisseuse de ces canaux; je veux parler de la lésion athéromateuse. L'athé-
VAISSEAUX, i51
rome, dans son évolution, procède de deux façons différentes : tantôt il a pour point de départ un dépôt de substance étrangère sur la tunique interne, tantôt il prend naissance dans l'épaisseur même des parois vasculaires. Dans le premier cas, l'athérome se développe de la façon suivante : une petite quantité de fibrine se sépare, on ignore sous quelle influence , de la masse sanguine et se dépose en une lamelle plus ou moins épaisse sur un point de la paroi interne des artères. La transparence et la surface lisse du dépôt ont fait que pendant longtemps il a échappé à l'œil de l'observateur, qui le confondait avec la tunique interne elle-même; erreur d'autant mieux permise, qu'à l'œil nu il est impossible d'établir une différence entre ces deux lamelles. Les caractères physiques et chimiques du dépôt ne permettent pas de douter de sa nature fibrineuse; c'est même de la fibrine très-pure , car elle ne contient pas le moindre globule sanguin dans son épaisseur. Quanta la place que cette lame occupe, il est facile de constater qu'elle repose sur la face libre de la tunique interne; car on aperçoit immédiatement au-dessous d'elle la membrane fenetrée dans les artères d'un certain calibre, et la tunique moyenne dans les petites artères, où la tunique interne est simplement représentée par le revêtement épithélial (pl. XVIII, fig. V, 3). Cette couche épithéliale disparaît de suite par compression, et rien n'indique qu'elle joue un rôle dans le développement de la lésion que nous étudions, car on remarquerait au début soit une hyperplasie des cellules , soit au moins une simple hypertrophie avec une infiltration graisseuse du contenu. Or on ne rencontre jamais de pareils changements dans cette membrane.
Quelque temps après la formation du dépôt, une petite
lâche blanchâtre apparaît dans les couches profondes de la lame fibrineuse et constitue ce que Bizot* appelle la tache ruclimentaire de rathérome. Cette tache grandit en tous sens et envahit bientôt toute l'épaisseur de la lame fibrineuse, en même temps qu'elle pénètre dans les parois artérielles. La structure des parties ainsi altérées par la lésion athéromateusc ne révèle qu'une simple infiltration graisseuse. L'altération peut rester pour ainsi dire indéfiniment à cette période, et alors les parois vasculaires paraissent épaissies et offrent une dureté et une élasticité qui rappellent la consistance du fibro-cartilage. Quelquefois la plaque athéromateusc est aussi dure qu'une lame osseuse, quoiqu'elle n'en possède pas la structure. Cet état particulier est dû à un mélange de sels calcaires avec la graisse; mais, je le répète, la plaque ossiforme ne contient jamais l'élément caractéristique de la substance osseuse, c'est-à-dire la cellule osseuse. On décèle la présence des carbonates calcaires en traitant Ja préparation avec l'acide chlorhydrique étendu , qui provoque immédiatement le dégagement de l'acide carbonique sous forme de bulles de gaz.
Une autre terminaison de l'alhérome et la plus à redouter est la fonte graisseuse de la plaque, qui entraîne toujours la destruction d'une bonne partie et quelquefois même de la totalité de l'épaisseur des parois artérielles. Dans ce cas, la partie malade prend l'aspect soit d'un foyer purulent, soit d'un ulcère, d'où s'échappe un liquide crémeux puriforme. En examinant ce liquide, on se convainc bientôt qu'il n'y a aucune trace de pus et qu'on a
'Mémoires de la Société médicale d'observation^ Recherches sur le cœur et le système artériel chez l'homme, par J. Bizot, de Genève, p. 263 et suiv.; Paris 1837.
simplement affaire à de la graisse libre nageant dans un liquide au milieu duquel on trouve en outre assez souvent des cristaux de cholestérine , comme on en rencontre du reste dans un grand nombre de produits pathologiques qui subissent la métamorphose graisseuse (pl. XXV, fig. Yl, 2).
Pendant que ces phénomènes se passent dans le dépôt fibrineux et dans les parois vasculaires, celles-ci perdent leur élasticité et leur contractihté, et comme les parties malades sont soumises à la même pression excentrique du sang que les parties saines, elles cèdent insensiblement à cette force et offrent à la surface externe des bosselures, qui sont les indices de la formation spontanée des anévrysmes. Quand les parois sont altérées dans toute leur épaisseur, elles se brisent quelquefois, et il en résulte des hémorrhagies funestes pour le malade; ou bien le tissu conjonctif ambiant s'hypertrophie et vient ainsi consolider les parties affaiblies des canaux vasculaires. J'ai trouvé au milieu d'un foyer apoplectique de l'encéphale des tronçons de petites artères, où les phénomènes que je viens de décrire sont très-nettement indiqués. Sur l'un de ces vaisseaux on voit très-clairement le dépôt fibrineux infiltré de graisse, tandis que les parois moyenne et externe sont intactes dans leur structure; la tunique interne formée uniquement par la couche épithéliale a seule disparu. On remarque également sur la même pièce le mode de formalion de l'anévrysme spontané (pl. XVIII , fig. V, 4).
Le dépôt de la fibrine se fait de préférence au niveau des divisions ou des courbes vasculaires, c'est-à-dire là où le sangestplus ou moins entravé dans sa marche; en effet, au niveau des éperons correspondant à l'angle de division des vaisseaux, il y a une sorte de remous, une véritable stagnation du liquide sanguin qui en favorise la coagulation.
d54 CHAPITRE VI.
Le second mode de formation de Falhérome a pour point de départ les parois mêmes des artères. Alors la lésion provient d'une infdtration graisseuse, qui apparaît au milieu des mailles de la tunique interne sans être précédée d'aucune trace d'inflammation. Quant à la marche qu'elle suit, elle est identique à celle que je viens de décrire. Quelquefois cette altération paraît limitée aux capillaires, surtout dans l'encéphale, et semble être la cause la plus fréquente des hémorrhagies que l'on constate dans cet organe.
Il est une autre altération dont l'évolution et la nature sont inconnues et qui envahit les capillaires d'abord, puis gagne les petites artères et même les veines; je veux parler de la dégénérescence amyloïde, qu'il ne faut pas confondre, du moins au point de vue anatomique, avec la production anormale de corpuscules amyloïdes; ceux-ci ayant une forme déterminée, tandis que la substance amyloïde qui imprègne les vaisseaux est amorphe. Mais comme cette lésion paraît attaquer de préférence le système vasculaire de certains organes, nous nous en occuperons à propos de la structure de ces organes eux-mêmes.
Les valvules artérielles, principalement celles de l'aorte et les valvules auriculo-ventriculaires, s'épaississent, s'indurent, bourgeonnent quelquefois, puis se ramollissent, se fragmentent, et leurs débris sont lancés dans le torrent circulatoire. Cet état pathologique tient à deux causes différentes: l'inflammation d'une part, et d'autre part l'infiltration graisseuse passive.
L'évolution inflammatoire s'accomplit ici comme dans le tissu conjonctif en général. On observe d'abord une prolifération des cellules plasmatiques, qui produit un épaississement et en même temps une induration de la
membrane. Cet état peut persister indéfiniment, mais il arrive aussi qu'après ces premiers changements, les produits de nouvelle formation s'infiltrent de graisse, se désagrègent et déterminent le ramollissement de la valvule. Alors celle-ci se fragmente , et les débris entraînés par le courant sanguin, s'ils sont tout à fait ramollis, peuvent être résorbés; sinon, ils jouent le rôle d'embolies et oblitèrent les petites artères qui les contiennent.
L'induration et l'épaississement de la valvule, son ramollissement et sa destruction peuvent encore être le résultat d'une infiltration graisseuse passive, comme dans les artères, et qui paraît envahir indistinctement tous les éléments anatomiques dont elle est composée. Les plaques ossiformes qu'on remarque dans certains cas d'induration sont absolument semblables à celles de l'alhérome artériel.
Quand un caillot se forme spontanément dans un vaisseau {trombus de Virchow*), ou à la suite d'une hémorrhagie, il ne tarde pas à offrir des altérations qui portent sur les différents éléments dant il se compose.
Si le caillot s'est formé couche par couche, ce qui arrive dans le cas de trombus, les parties centrales se décolorent les premières, deviennent jaunâtres, puis d'un blanc laiteux, enfin se ramollissent, se liquéfient et prennent l'aspect et la consistance du pus. Cette liquéfaction du caillot est le résultat de son infiltration graisseuse , qui marche toujours progressivement, sans entamer cependant, avec la même facilité, globules et fibrine. Les globules rouges sont les premiers à se décomposer; le contenu anhiste devient granuleux et se distingue alors par-
* La pathologie cellulaire^ basée sur l'étude physiologique et pathologique des tissus , traduit de l'allemand par Picard , p. 1 64 ; Paris \ sei .
156 CHAPITRE YI.
faitemenL de l'enveloppe ; leur forme s'altère aussi, ils se plient sur eux-mêmes, se hérissent à leur surface, se décolorent et laissent échapper leur hématine, qui se résorbe, ou bien se condense soit en petites granulations informes, soit en cristaux d'un rouge éclatant et de forme rhomboédrique ou prismatique très-allongée (cristaux d'hématoïdine)(pl. XVni,fig. VlïetVIII).
Pendant que les globules rouges s'altèrent ainsi et disparaissent par liquéfaction, pendant que la fibrine s'infiltre de graisse et se ramollit aussi, la plupart des glo- • bules blancs résistent assez longtemps à la métamorphose régressive, de sorte qu'on les retrouve dans le liquide puriforme, quand celui-ci n'est pas très-ancien. Cependant il ne faut pas en conclure que le caillot s'est métamorphosé en pus, car les globules en question ne sont pas des globules de pus, mais bien des globules blancs emprisonnés dans la fibrine pendant la formation du caillot.
Lorsqu'on a affaire à un caillot hémorrhagique, on observe les mêmes phénomènes, seulement leur marche est assez irrégulière, eu égard à la masse du coagulum; de plus, au milieu des parties ramollies on rencontre d'habitude des débris de vaisseaux brisés et des fragments du tissu dans lequel l'épanchement s'est opéré.
Pareilles choses se passent dans les coaguhims qui se forment au milieu des colonnes charnues des ventricules et de l'oreillette droite du cœur. Ces caillots, qui revêtent d'habitude une forme sphérique, simulent, lorsqu'ils sont ramollis au centre, des kystes puriformes paraissant appartenir à l'endocarde. Mais, en réalité, ce sont des caillots qui se forment probablement sous l'influence d'un affaiblissement dans la contraction du cœur. C'est la cause qui m'a paru devoir être invoquée dans un cas d'atrophie
graisseuse du cœur par suite d'anévrysmes multiples des artères coronaires, qui, se trouvant oblitérées dans plusieurs endroits, n'amenaient plus dans les parois de l'organe une quantité suffisante de liquide nutritif.
Jusqu'à présent on n'a pu obtenir artificiellement de véritables cristaux d'hématoïdine. Ceux que l'on a fabriqués avec la matière colorante du sang ont, il est vrai, la même forme, mais en général ils sont plus petits et surtout ils offrent une coloration beaucoup plus foncée, ils sont d'un ronge brun. Ils offrent un grand intérêt au point de vue de la médecine légale, car ils permettent de déceler la présence d'une très-petite quantité de sang; Teichmann les a désignés sous le nom d'hémine.
Préparations. Les préparations qu'exige l'étude des vaisseaux sont assez variées; il faut employer des pièces fraîches et des pièces desséchées. Les vaisseaux desséchés sont nécessaires quand on veut se faire une idée de l'épaisseur relative des trois tuniques et de leur structure intime, il n'y a que la lamelle épithéliale eb la membrane fenêlrée qui ne peuvent être examinées que sur des pièces fraîches. Le moyen de dessiccation le plus commode consiste à étaler les vaisseaux sur une plaque de liège où on les fixe avec des épingles. On taille ensuite avec le rasoir des lamelles aussi minces que possible, on les plonge dans l'eau très-légèrement acidulée, et lorsqu'elles ont repris par imbibition leur épaisseur normale, on les recouvre de la petite plaque et on les place sous le microscope. Les coupes sont en général plus faciles à exécuter et plus régulières quand on laisse les vaisseaux collés au liège.
On étudie l'épilhélium en examinant des vaisseaux trèsminces, après les avoir ouverts et étalés sur la plaque de verre, de manière que la tunique interne soit dirigée du
côté (le l'œil de l'observateur. On peut encore exciser les valvules des veines, qu'on place sans autre préparation entre les deux plaques de verre; enfin on obtient les mêmes résultats en détachant de la face interne des vaisseaux des lamelles très-minces, soit avec les pinces, soit avec le scalpel. Les mêmes procédés sont employés pour l'étude de la membrane fenêtrée des artères.
L'examen de la structure des dernières ramifications artérielles ou veineuses et des capillaires se fait pour ainsi dire sans préparations préalables: il suffit de les isoler des tissus voisins. Les vaisseaux qui se prêtent le mieux à ce genre de recherches sont ceux de l'encéphale. Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'il faut toujours examiner des préparations fraîches comparativement aux préparations prises sur des pièces desséchées.
Les vaisseaux lymphatiques sont soumis aux mêmes manipulations; on emploie également les mêmes procédés pour l'étude des altérations du système vasculaire.
Quand on veut rechercher quel est le siège d'une plaque athéromateuse, on doit pratiquer des coupes des parois vasculaires dans les points malades; il faut aussi détacher avec précaution la plaque la plus mince et encore transparente dans certains points, afin de voir si elle n'est pas appliquée sur la membrane fenêtrée, qu'il est toujours facile de distinguer des autres lamelles appartenant à la tunique interne des artères. Les vaisseaux les plus favorables à ces recherches sont encore les artères encéphaliques.
Les cristaux d'hématoïdine ne peuvent pas, avons-nous dit, être obtenus artificiellement, mais il est possible d'extraire du sang la substance connue sous le nom d'hémine. On mélange, à cet effet, du sang desséché dans un état de condensation aussi complet que possible, avec du sel de
cuisine cristallisé desséché et pulvérisé. On jelle sur le mélange de l'acide acétique et l'on évapore à la température de l'ébullition^ On obtient le môme résultat d'une manière plus simple encore: si Ion a à déterminer, par exemple, la nature de taches sur le linge, on trempe ce linge dans l'eau distillée pendant le temps suffisant pour que l'eau devienne rouge ; puis on en place quelques gouttes sur une plaque de verre et on laisse évaporer. Enfin on traite le résidu desséché par l'acide acétique et l'on évapore à la température de l'ébullition. Les petits cristaux se forment et se fixent sur la plaque de verre qu'on place telle quelle sous le microscope.
Pour étudier la structure des ganglions lymphatiques il faut les faire durcir soit dans l'alcool, soit dans l'acide chromique; il est également nécessaire de faire l'injection des vaisseaux lymphatiques et sanguins qui rampent dans ces organes.
Lorsqu'on veut observer directement la contractilité des vaisseaux et la circulation du sang dans leur intérieur, l'animal le plus commode qu'on puisse prendre pour cette étude est la grenouille, et voici comment il faut procéder: on prend une plaque de liège fixée sur une lame de plomb pour lui donner plus de stabilité, et percée, ainsi que le plomb, d'un trou de 10 à 15 millimètres de diamètre. On place ensuite la grenouille sur la plaque de liège, de manière qu'un des côtés de l'abdomen soit tout près du trou, et on maintient l'animal dans celte position au moyen d'épingles. Ceci fait, on ouvre l'abdomen du côté correspondant au trou, on en retire avec précaution l'intestin grêle que l'on fixe avec des épingles, de façon que le
'Vircliow, Pathologie cellulaire, traduction française, p. 122; Paris 1864.
160 CHAriTRE VI.
mésentère intact soit placé au niveau de l'ouverture et puisse être traversé par les rayons lumineux. Enfin il n'y a plus qu'à placer la pièce sous le microscope et à l'examiner avec un grossissement de 80 à 100.
Comme les globules rouges de la grenouille sont trèsvolumineux, on les voit très-bien marcher dans les vaisseaux; mais ce qui frappe l'observateur, c'est que les globules qui occupent les parties centrales de la colonne sanguine marchent beaucoup plus rapidement que ceux de la couche périphérique (couche inerte). Ceci est surtout vrai pour les globules blancs qui rampent avec peine sur la paroi des vaisseaux et y restent quelquefois comme accrochés.
Quand on veut provoquer la contraction des vaisseaux, on peut employer divers agents d'excitation ; mais les plus faciles à manier sont le chloroforme et la glace, et surtout celte dernière. Quelques instants après avoir déposé une goutte de chloroforme ou un petit fragment de glace sur un vaisseau , on remarque que la partie qui subit l'excitation s'étrangle d'une manière très-notable, puis revient à ses dimensions normales. Avec le micromètre j'ai mesuré, sur quelques artères ainsi soumises aux excitants, les variations de volume qu'elles présentaient, et j'ai vu, par exemple, des vaisseaux dont la lumière correspondait à 10 divisions du micromètre, descendre à 5. Quelquefois la proportion est un peu moins forte, mais en général elle vacille entre 1/3 et 1/2.
Au moyen de l'acupuncture on arrive aux mêmes résultats, mais il est plus difficile de manier l'aiguille que la glace ou le chloroforme.
Je n'ai jamais vu pendant ces expériences la moindre trace de contraction du côté des capillaires.
Les préparations destinées à 1 élude des ganglions lymphatiques sont difficiles à exécuter. La distribution des vaisseaux sanguins et lymphatiques sera mise en évidence par des injections des deux systèmes de canaux; les autres parties constitutives des ganglions seront étudiées sur des organes durcis dans l'alcool ou l'acide chromique, mais je préfère ce dernier réactif. C'est ici surtout qu'il faut prendre la précaution de conserver à la pièce une certaine élasticité, afm de ne pas la briser pendant les manipulations qu'on lui fait subir. Pour découvrir la trame conjonctive, il faut la dépouiller des éléments cellulaires logés dans ses mailles. On arrive à ce résultat avec le pinceau en agissant de la façon suivante: on place la lamelle détachée du ganglion sur une plaque de verre ordinaire ou dans un verre de montre; ensuite on saisit le pinceau d'aquarelliste et on en frappe légèrement la pièce en le dirigeant perpendiculairement sur elle. De cette façon les poils du pinceau détachent les globules lymphatiques, et au bout de quelques minutes on découvre un délicat et magnifique réseau de fibres élastiques qui se rattachent aux trabécules de la glande. Il faut prendre un pinceau épais et doux, la préparation demande un peu plus de temps, mais on ne s'expose pas ù. briser la pièce.