‹ Traité élémentaire d’histologie humaine normale et pathologique précédé d’un exposé des moyens d’observer au microscopeChapitre 8 sur 40 · CO · texte numérisé non relu

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DE l'emploi du microscope. 11

Il est d'aulres instruments qui ne sont pas absolument indispensables à l'anatomiste; cependant, comme dans certaines circonstances ils peuvent rendre des services, je crois devoir également en donner la description : je veux parler de l'appareil de polarisation, du goniomètre et du compresseur.

■ Appareil de polarisation. Pour étudier les objets dans la lumière polarisée, on place sous la préparation, c'est-à-dire on fixe à la platine du microscope un prisme de spath d'Islande (dit de Nicole). Ce prisme est taillé dans un rliomboèdre naturel de spath ou carbonate

FiG. IV. Appareil

de polarisation, chaux, matlèrc qui jouit de la propriété de fournir deux images d'un môme rayon de lumière. Pour obtenir un faisceau de lumière polarisée, on élimine l'un des deux rayons en sectionnant le rhomboèdre par un plan passant par les deux angles trièdres AB et en réunissant les deux parties ainsi obtenues par une couche de baume de Canada. Les considérations sur lesquelles on s'appuie pour expliquer comment l'un des deux rayons est réfléchi par la lame de baume de Canada sont du domaine des traités de physique, auxquels nous renvoyons. Qu'il nous suffise de savoir que par ce moyen le faisceau de lumière provenant du miroir est complètement polarisé.

Si on examine un cristal dans celte lumière, on n'aperçoit rien de particulier; mais si on place dans l'oculaire ou dans le corps du microscope une plaque de tourmaline ou un autre prisme de Nicole, de manière que leurs plans de polarisation soient croisés à 90 degrés, la lumière du

champ du microscope sera éteinte.

Au lieu d'un prism.e de Nicole ou d'une tourmaline, on peut employer lin rhomboèdre de spath (fig. V) posé à plat sur l'oculaire et dans lequel on élimine simplement l'un

Fig. y. lllioinbe de spalli.

des rayons, en couvrant la face supérieure d'un disque métallique percé d'un trou ; ce moyen ofFre l'avantage de transformer instantanément l'observation ordinaire en observation dans la lumière polarisée, puisqu'il suffit de poser ce rhombe de spath sur l'oculaire. De plus, si on veul examiner l'objet dans les différents points de croisement des plans de polarisation , il n'y a qu'à tourner ce rhombe. On donne le nom d'analyseiir à l'appareil supérieur, qu'il soit rhombe de spath , prisme de Nicole ou tourmaline.

Si, d'après l'idée de Biot, on interpose entre les deux appareils, soit au-dessus, soit au-dessous de l'objet, une lame de gypse (sulfate de chaux) , les phénomènes produits par certains objets prennent un éclat remarquable. On peut distinguer certaines nuances mal définies dans la simple lumière polarisée. Ces lames de gypse donnent une teinte uniformément colorée au champ de la vision; celte teinte dépend de l'épaisseur de la lame; la teinte la plus propre à faire ressortir les détails délicats est le bleu violet.

Amici a depuis longtemps proposé d'ajouter au-dessus du prisme inférieur une lentille convergente très-forte, de manière à illuminer l'objet par un faisceau de lumière po-

DE l'emploi du microscope. 13 larisée et convergente; cela permet de pousser les investigations avec des objectifs plus forts. On peut réunir les deux perfectionnements: lames de gypse et lentille convergente, et c'est jusqu'ici l'appareil le plus parfait que nous connaissions.

Le goniomètre est un instrument destiné à mesurer les angl'es des cristaux. 11 se compose essentiellement: 1" d'un cercle divisé, fixé au milieu du corps du microscope dans une position horizontale; 2° d'un oculaire garni d'une division micrométrique semblable au micromètre ordinaire, c'est-à-dire formé de lignes parallèles également espacées; 3° d'un index ou alidade attaché à l'oculaire, de telle sorte que, quand celui-ci tournera, il entraînera l'index mis en contact avec le cercle divisé.

Si donc on veut mesurer l'angle d'un cristal , il faudra amener un côté de cet angle en contact avec une des lignes du micromètre oculaire; ce qui s'effectue en faisant tourner celui-ci. On lira et on notera sur le cercle divisé le point où s'est arrêté l'index; puis continuant à faire tourner l'oculaire jusqu'à ce que l'autre côté de l'angle vienne coïncider avec une ligne du micromètre, on n'aura qu'à lire sur le cercle divisé l'espace parcouru par l'index. Cet espace est l'angle cherché.

Les cristaux à mesurer doivent être placés autant que possible bien horizontalement, afin que les deux arêtes constituant un angle soient également au foyer.

Le compressetir se compose d'une plaque métallique percée d'un trou à son centre , garnie d'une lame de verre, destinée à recevoir les préparations. A l'une des extémités

de la plaque est lixé un levier porteur d'un disque garni d'une autre petite lame de verre venant se présenter audessus de celle de la plaque fixe. Une vis de rappel , agissant sur l'extrémité externe du levier, opère une pression constante sur le disque supérieur. En plaçant un objet entre ces deux disques, on a ainsi le moyen de le comprimer et de récraser à toutes les épaisseurs nécessaires à l'observation.

Ce compresseur a été modifié par M. de Quatrelagcs, de telle sorte qu'il peut se retourner et présenter ainsi à l'observation les plans inférieurs d'un objet.

Préparations microscopiques. Les instruments les plus utiles pour les préparations microscopiques sont : des scalpels ordinaires, des pinces ordinaires et des pinces à mors très-fins; des ciseaux grands et petits, droits et courbes sur le plat; des aiguilles montées comme les aiguilles à cataracte et de diflerenles formes; des plaques de verre, des baguettes de verre pour prendre les réactifs.

On peut, avec des manches façonnés à la manière des aiguilles à crochet dont se servent les brodeuses, avoir des aiguilles mobiles de toutes les formes, qu'on fixe dans le manche au moyen d'une petite vis.

Le rasoir sert à pratiquer des coupes dans des tissus soit frais et mous, soit préalablement durcis par certains réactifs ou simplement desséchés. Il faut bien avouer que c'est encore le meilleur des instruments tranchants dont on puisse se servir. Le couteau à double tranchant dé Valentin , qui théoriquement paraît devoir donner de bons résultats , ne peut servir pour faire des coupes très-minces,

niÉPARÂTIONS MICROSCOPIQUES. '15

car lorsque les lames sont très- rapprochées l'une de Taulre, elles agissent comme un seul tranchant, et le but cherché est complètement manqué. Les autres instruments connus n'oflrent aucun avantage sur le rasoir qui, du reste, suffit largement dans la majorité des cas; avec un peu d'habitude on pratique des coupes assez étendues et suffisamment minces pour les études micrographiques. J'ai vu, il est vrai, de très-belles coupes de moelle épiniôre, qu'on n'obtiendrait pas avec le rasoir, mais qu'on n'obtiendrait également pas avec les instruments qui sont connus; il est fâcheux que le procédé de section auquel je fais allusion soit tenu dans le plus grand secret.

Les plaques de verre sont de deux sortes : la grande plaque, la petite plaque ou plaque à couvrir. C'est sur la grande plaque que l'on place les préparations, et on les recouvre avec la petite plaque, afin que le verre de l'objectif ne plonge pas dans le liquide et pour que la monture en cuivre ne soit pas atteinte et détériorée par les vapeurs des acides qu'on mélange souvent avec l'eau distillée qui baigne l'objet soumis à l'examen microscopique. D'habitude on a des plaques à couvrir d'épaisseur variable, et l'on se sert des plus minces pour étudier avec les objectifs les plus forts dont le foyer est, comme nous le savons, très-court; on les emploie aussi pour recouvrir les préparations à conserver, afin qu'elles puissent être étudiées avec tous les grossissements possibles.

Réactifs. Les réactifs les plus usités sont :

L'acide acétique ,

L'acide nitrique,

L'acide c h lor hydrique , L'acide sulfurigtie, L acide chromique^ L'ammoniaque liquide , La potasse caustique, La solution aqueuse d'iode , La solution du carmin , L'éther sulfurique , Le chloroforme.

Le nitrate d'argent.

L'acide acétique est tout à fait indispensable dans les recherclies micrographiques. Sa propriété essentielle est de faire pâlir, gonfler et , à la longue , de dissoudre certains éléments anatomiques, comme par exemple les fibres conjonctives, les fibres musculaires et les jeunes cellules. Or, comme on rencontre presque partout du tissu conjonctif et qu'il peut renfermer et cacher des éléments de toute nature, il est facile de comprendre qu'à chaque instant on sera forcé d'avoir recours à l'acide acétique, afin de démasquer ces éléments logés au milieu des faisceaux de fibres connectives. Quand on veut conserver ce liquide à l'état de pureté et en faciliter l'emploi, il faut percer un bouchon et y enfoncer un petit tube effilé dont la pointe soit dirigée en haut; alors, quand on veut quelques gouttes d'acide, il suffit de renverser le flacon; les gouttes sortent par le tube, et de cette façon le liquide reste toujours pur.

Les acides nitrique et chlorhydrique servent principalement à déceler la présence des sels calcaires dans les tissus.

PRÉPARATIONS MICROSCOPIQUES. il

L'acide chromique est tout aussi indispensable que l'acide acétique; mais il faut un peu d'habitude pour le manier convenablement. On emploie l'acide chromique pour faire durcir les tissus, afin de pouvoir pratiquer des coupes assez minces et étudier la structure du tissu. Il a l'immense avantage de ne pas altérer la forme des éléments anatomiques; il conserve parfaitement les cellules et même les globules sanguins, qui sont peut-être les éléments les plus délicats de l'organisme. Ainsi quand on plonge dans ce liquide un tissu très-vasculaire, les globules rouges qui sont dans les vaisseaux restent sur place comme enchâssés dans la fibrine du sang, et Ton distingue parfaitement ces canaux qui autrement seraient invisibles, et l'on peut très-bien en suivre la distribution.

L'acide chromique est encore le meilleur réactif pour faire durcir le tissu nerveux sans en altérer les éléments; il vaut mieux sous ce rapport que l'alcool. Il est également d'un précieux secours pour l'étude des glandes et en général pour tous les tissus délicats et ceux où prédomine l'élément cellulaire. Son mélange avec l'eau ne doit jamais donner une couleur foncée; c'est à la teinte jaune vin de Madère que l'on doit s'arrêter; si l'on va au delà, le tissu durcit trop; il devient friable, se brise sous le rasoir, et du reste les éléments anatomiques s'altèrent dans leur forme.

Dans les premiers temps qu'un tissu est soumis à l'action de l'acide chromique, il faut changer de liquide chaque jour trois ou quatre fois de suite; puis on peut laisser les choses sans changement pendant plusieurs

MUllEL. Ilisl'ol. 2

iS INTUÛDUCTION.

jours et même plusieurs semaines. Il faut se garder de plonger dans le liquide des morceaux trop volumineux, car ils ne s'imprégneraient pas bien. La durée pendant laquelle le tissu à étudier doit plonger dans l'acide chromique, varie avec chaque espèce d'organe et avec l'état particulier du môme organe. Mais d'habitude il suffit de quelques jours pour obtenir une consistance qui permette défaire des coupes aussi minces que possible.

L'ammoniaque liquide et la potasse caustique ont la propriété de pâlir, de gonfler et de détruire la plupart des éléments anatomiques; il n'y a que la fibre élastique et les cellules cornées qui résistent à l'action de ces agents énergiques. Aussi ne les emploie-t-on que dans les recherches expédilives et surtout dans le cas où l'on veut constater la présence de fibres élastiques dans les crachats d'un malade supposé atteint de phthisie pulmonaire en voie de ramollissement. Cependant il faut dire que l'ammoniaque maniée avec précaution peut rendre quelquefois les mômes services que l'acide acétique.

La solution aqueuse d'iode sert à déceler la présence des corps amyloïdes du tissu nerveux et la dégénérescence amyloïde, qui a plus spécialement pour siège le système vasculaire sanguin et en particulier les capillaires et les petites artères. On baigne la préparation dans la solution étendue; quelquefois la réaction est instantanée; mais le plus souvent elle se fait attendre quelques minutes. Alors on voit le corps amyloïde se colorer en bleu violet sale; quant aux tissus atteints de dégénérescence amyloïde, ils prennent une teinte plus franchôment rouge. Dans cer-

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