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CHAPITRE II

pour chaque objectif des lamelles d’épaisseur déterminée. Mais ce mode de correction n’était guère applicable dans la pratique. Heureusement, l’Anglais Ross parvint à obtenir le même résultat par une méthode différente et très pratique, qui consiste à modifier l’écartement qui existe entre les différentes lentilles de l’objectif.

Nous n’entrerons pas dans l’explication théorique de la déviation des rayons produite par le couvre-objet, ni de l’effet obtenu par l’écartement des lentilles ; nous nous contenterons de dire que l’effet donné par un couvre-objet trop mince se corrige en écartant les lentilles entre elles, et que les couvre-objets, trop épais, demandent à rapprocher les lentilles. A cet effet, les objectifs à correction (fig.ï 0) portent un collier moletté, susceptible de tourner dans les

Fig. 20.

deux directions : de gauche à droite, les lentilles se rapprochent; de droite à gauche, elles s’écartent.

« Ce résultat, la mobilisation des lentilles, peut être atteint de plusieurs manières. On peut éloigner ou rapprocher la lentille frontale des deux autres qui restent fixes, ce qui a l’inconvénient de changer en même temps la distance de l’objet à cette lentille frontale et de faire disparaître l’image quand on manœuvre la correction. On peut faire marcher les deux premières lentilles et laisser la dernière fixe, ce qui a le même inconvénient : c’était le système de Ross. La lentille frontale et la dernière peuvent s’éloigner ou se rapprocher de la seconde, ce qui constitue la correction double (Hartnak, Prazmowski, Vérick), et fait encore disparaître l'image

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qui était au point. Enfin on peut laisser la lentille frontale fixe et faire mouvoir Tune des deux autres ou toutes les deux, ce qui a l’avantage de conserver la distance de l’objet à la lentille frontale et de laisser celui-ci toujours visible : on n’a qu’à corriger, par la vis micrométrique , la mise au point légèrement altérée : c'est le système Nachet. Dans ce cas, la lentille frontale est montée à demeure à l’extrémité d’un tube métallique, dans l’intérieur duquel est un second tube. Les deux autres lentilles (ou seulement la dernière, la seconde étant fixée sur la frontale) sont serties sur ce tube, qui peut se mouvoir dans le premier à l’aide d’un collier moletté entourant celui-ci. Quand on tourne ce collier, le tube intérieur monte ou descend dans le tube extérieur et rapproche ou éloigne de la frontale les lentilles qu’il porte. Le sens dans lequel il se meut est indiqué à l’extérieur par un petit index placé sur le côté de l’appareil et vis-à-vis duquel sont tracées les deux lettres C et D (/?$. 20), marquant la position de l’index quand l’objet est couvert par le couvre-objet ou découvert. Couvert, correspond en réalité à verre épais, et découvert, à verre mince; ces expressions, absolument défectueuses, proviennent des expériences faites avec les diatomées examinées à découvert (sans couvreobjet) ou couvertes d’un couvre-objet (’). »

Des objectifs à immersion. — Les défauts que nous venons de signaler et que la correction parvient à faire disparaître ne sont pas les seuls qui se produisent. Effectivement, les rayons lumineux, après avoir traversé le couvre-objet, ne pénètrent pas encore directement dans l’objectif; ils ont à traverser la couche d’air plus ou moins épaisse qui sépare le couvre-objet delà lentille frontale; il se produit alors deux réfractions : l’une à l’entrée, l’autre à la sortie de cette couche d’air, et l’image se trouve altérée de ce fait dans sa netteté et dans son éclairage.

Amici parvint à corriger ce défaut en interposant entre ces deux surfaces une goutte d’eau; de là les systèmes à immersion. L’indice de réfraction de l’eau est à peu près le même que celui

E) Pelletan, op. cil., p. 47 et 48.

du verre; aussi la déviation produite par cette couche d’eau est à peu près négligeable, et ainsi l’objectif se trouve corrigé par immersion.

Mais, en même temps que cela, l’immersion permet à un bien plus grand nombre de rayons marginaux de pénétrer efficacement dans l’objectif; l’angle d’ouverture est ainsi augmenté, et cependant la distance frontale, loin d’être diminuée, s’allonge sensiblement; enfin les réflexions qui se produisent à la surface de l’objectif sont beaucoup moindres dans l’eau que dans l’air : de là une augmentation de lumière, un plus grand nombre de rayons pouvant pénétrer dans l’objectif.

Par le fait, l’immersion seule corrige déjà une grande partie des aberrations produites par le couvre-objet, les rayons lumineux subissant dans l’eau une déviation bien moindre que dans l’air.

Il est facile de conclure de tout ce qui précède, que les objectifs les plus parfaits seront ceux dans lesquels seront réunies à la fois les corrections données par l’écartement variable des lentilles (correction proprement dite) et celles produites par l’immersion.

Ces deux perfectionnements ne s’appliquent, dans la pratique, qu’aux forts grossissements, car les déformations produites par le couvre-objet et par la couche d’air sont à peine sensibles dans les objectifs faibles.

Essai des objectifs . — Nous avons énuméré dans les pages qui précèdent les différentes qualités que devait posséder tout bon objectif, et nous avons eu le soin d’indiquer brièvement les causes d’erreurs et les remèdes à employer. Pour compléter cette étude, il nous reste encore à faire connaître une méthode qui permette de vérifier les qualités d’un objectif.

Celles-ci s’apprécient au moyen de certains objets d’épreuves qui servent d’étalons et dont la constitution est bien connue : c’est ce que les Anglais ont appelé tests-objects, ou plus simplement tests. Nous n’entrerons pas ici dans la description de tous les tests recommandés. A notre avis, on a fait un usage abusif de l’examen des tests, et les constructeurs anglais concentrent toutes les qualités de leurs microscopes vers ce but unique : résolution

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des tests ; et, pour arriver aux effets qu’exigent ces observations toutes spéciales et bien futiles, ils ont altéré les qualités essentielles des objectifs en exagérant outre mesure l’angle d’ouverture, raccourcissant ainsi la distance frontale, de telle sorte que leurs objectifs ne peuvent être d’aucune utilité dans les recherches vraiment sérieuses.

Les tests sont le plus ordinairement fournis par des préparations végétales ou animales, qui présentent des particularités de structure compliquées et difficiles à voir. La netteté plus ou moins grande avec laquelle un objectif permet de découvrir ces détails permet d’apprécier sa valeur.

« On s’est beaucoup servi, à cet effet, il y a quelques années, des écailles de divers papillons ; mais on préfère généralement aujourd’hui les enveloppes siliceuses d’algues microscopiques et monocellulaires, nommées diatomées , et, parmi ces algues, on se sert surtout des Pleurosigma angulatum et PL attenuatum. En examinant ce test avec des objectifs faibles, on le trouve uni et sans stries (fig. 21); mais, en employant des objectifs de plus en

Fig. 21.

plus puissants, on voit bientôt que la carapace siliceuse est sillonnée de lignes transversales et obliques (fig. 22), aspect dont on trouve la clef avec un bon objectif à immersion. On constate alors que cet aspect de lignes, formant de petits espaces en apparence hexagonaux, est dû en réalité à la présence de points parfaitement ronds et parfaitement réguliers ('). »

« Le Suri relia gemma est un des tests les plus difficiles qu’il y ait. Il faut, pour le voir, employer les meilleurs objectifs à im-

( 1 ) Duval, op. cit., p. 49.

mersion et, en outre, la lumière oblique. Ce Surirella présente,

Fig. 22.

comme on le voit sur la fig. 23, qui en représente à peu près un quart, de grosses lignes bien marquées, entre lesquelles se montrent des lignes transversales plus fines, comme il est dessiné dans la partie A. Ce ne sont point celles-là qui donnent au Suri-

Fig. 23.

relia gemma sa haute valeur comme test; mais, en dirigeant convenablement le miroir ou en faisant tourner la platine, on apercevra des lignes longitudinales délicates, plus fortement marquées sur les grosses lignes transversales. Ce sont ces lignes fines, marquées en B dans la figure, qui forment un des tests les plus diffi ciles connus (*). »

( 1 ) Chevalier, op. cit., p. 128.

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Mais, ainsi que le fait observer M. Ranvier, « pour les recherches histologiques, le meilleur microscope n’est pas toujours celui

Iqui montrera le mieux les raies du Pleurosigma. Les diatomées sont, en effet, des corps plans, offrant seulement de légères stries; en anatomie générale, on a, au contraire, affaire à des objets irréguliers, rugueux, concaves, convexes, changeant de forme, et il faut des objectifs qui montrent bien ces détails. Le seul moyen de les choisir, lorsqu'on est habitué à l’observation microscopique, c’est d’avoir un objet histologique que l'on ait étudié auparavant avec des lentilles variées, et dont on se soit convaincu qu’il doit être vu de telle ou telle façon avec un excellent objectif; on regarde alors cet objet avec les divers objectifs que l’on veut essayer,

) et l’on considère comme les meilleurs ceux qui le montrent le mieux.

« Je me sers habituellement, comme objet d’épreuve, de fibrilles musculaires isolées des ailes des hydrophiles (fig. 24); il faut

Fig. 24.

qu’avec un grossissement supérieur à 300 diamètres on y voie les disques sombres alternativement épais et minces, qui les caractérisent (M. »

Enfin, d’après le professeur Exner, il convient d’emprunter ces moyens d'appréciation au tissu animal frais, et de choisir les corpuscules de salive, qui ont aussi l’avantage d’être sous la main. Un objectif, qui montre clairement le mouvement moléculaire dans l’intérieur des corpuscules frais de salive, suffît pour la plupart des recherches.

Des oculaires. — Les oculaires ont une importance beaucoup

f1 ) Ranvier, op. cit., p. 29.

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