CHAPITRE III
qui termine cette vis et on le fait tourner lentement dans un sens ou dans l’autre jusqu’au moment où l’image présente toute la netteté désirable; lorsqu’en tournant à droite, par exemple, l’image s’efface, on tourne au contraire à gauche, et bientôt l’effet désiré est obtenu.
La mise au point étant ainsi effectuée, il ne reste plus qu’à étu-
dier la préparation; il faut alors faire mouvoir le porte-objet en divers sens, afin de voir toutes les parties contenues entre les deux lames de verre, et ceci est d’autant plus nécessaire que le champ
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de l’objectif est plus restreint. On a ainsi une idée générale de la préparation, et l'on peut se rendre compte des divers objets qu’elle contient; on peut suivre les différents points de ceux qui sont allongés, filamenteux ou tubuleux.
Pour exécuter ce mouvement on doit faire glisser le porte-objet sur la platine avec l’extrémité du pouce ou de l’index, le poignet reposant sur la table : il est donc très important que la platine du microscope ne soit pas trop élevée au-dessus de la table : sous ce rapport, le modèle de M. de Lacaze-Duthiers est de beaucoup le plus commode (fig. 139). Si l’on ne prenait pas un point d’appui sur la table, et si l’on voulait exécuter ces mouvements à main levée, il serait à peu près impossible d’obtenir de bons résultats, et l’on arriverait à ne produire que des mouvements brusques et saccadés.
Voilà, en résumé, en quoi consiste la manœuvre du microscope composé; l’éducation du micrographe doit se faire en exécutant ces différentes opérations, de disposition du miroir et de mise au point, qu’il devra effectuer successivement avec tous les objectifs de son microscope et avec diverses préparations.
Nous aurons encore à compléter ces indications générales en donnant quelques exemples d’observations ; mais avant, il est indispensable de reprendre chacune des manœuvres que nous venons de décrire afin de les compléter.
Éclairage. — Nous renverrons ces deux questions à l’article qui traite de la lumière (p. 173) : Quelle est la meilleure lumière? comment convient-il d’utiliser les sources de lumière artificielle?
Mais nous devons parler ici de l’éclairage des objets opaques, de l’emploi des diaphragmes, de l’emploi des concentrateurs et des effets de lumière oblique.
Éclairage des corps opaques. — Lorsqu’il s’agit d’examiner des corps opaques, il devient nécessaire d’augmenter le plus possible l’intensité de l’éclairage, soit en concentrant la lumière, soit en faisant usage de la lumière solaire. Ce dernier système est rarement employé, et l’on se contente presque toujours de concentrer
le plus de lumière diffuse possible sur l’objet opaque à l’aide d’une lentille convergente ou d’un miroir parabolique.
Lentille éclairante . — Dans certains modèles, la lentille éclairante est attachée à la douille du microscope; elle peut se relever contre le tube sans gêner les observations ordinaires, tandis qu’un système de tiges articulées à boule permet de lui donner toutes les positions désirables, afin de prendre la lumière du côté le plus favorable : telle est la disposition adoptée par M. Molteni.
Dans d’autres modèles, ceux de Chevalier par exemple, la lentille éclairante se fixe à la platine dans un des angles antérieurs, et peut s’enlever à volonté; une tige articulée permet également de lui donner la position voulue.
Mais dans les modèles de microscopes plus complets, la lentille
éclairante est entièrement indépendante du microscope; elle est alors portée par un pied lourd à tige mobile ( firj. 140).
Avec Tune ou l’autre de ces dispositions, il suffit de placer la lentille de telle sorte que son foyer tombe sur l’objet à éclairer; celui-ci est ordinairement placé sur un porte-objet opaque : bois ou verre enduit de vernis noir; dans le cas où le porte-objet est transparent, il convient de renverser le miroir réflecteur, de façon à éliminer toute lumière transmise.
Miroir de Lieberkuhn . — Par le système de la lentille éclairante , on ne peut utiliser que de faibles grossissements : les objectifs à court foyer se trouvent trop rapprochés de l’objet et empêchent ainsi le passage du faisceau lumineux projeté par la lentille. Il convient donc, lorsqu’il est nécessaire d’employer de fortes amplifications, d’avoir recours au miroir de Lieberkuhn.
Nous rappellerons que ce miroir concave en verre argenté s’adapte à la monture même de l’objectif et réfléchit sur l’objet opaque la lumière envoyée par le miroir. Pour faire usage de cet appareil (fig. 141), il faut supprimer tous les diaphragmes,
Fig. 141.
afin de laisser pénétrer le plus de lumière possible; l’objet à éclairer doit être placé sur une petite plaque circulaire à peine plus grande que lui, et absolument opaque, que l’on pose exactement au centre de l’ouverture de la platine.
Si cet objet opaque présente des parties très brillantes, il faut
modérer l'éclairage en recouvrant le miroir du microscope avec une feuille de papier blanc : dans d’autres cas, il est utile de masquer une partie du miroir de Lieberkuhn, afin d’obtenir quelques effets d’ombre, qui mettent alors en relief certains détails qu'il serait impossible.de distinguer sans cela.
En général, il convient d’avoir un miroir parabolique pour chaque objectif, car il est nécessaire que la courbure de celui-ci soit calculée d’après le foyer de l’objectif; un ou deux de ces appareils seront suffisants dans la pratique ordinaire, et ce n’est que dans des cas tout spéciaux qu'il sera nécessaire d’en augmenter le nombre.
La lumière réfléchie (éclairage des objets opaques) est fort utile à employer concurremment avec la lumière transmise lorsqu’il s’agit d’étudier de fines injections au chromate de plomb; cette masse est complètement opaque, et l’éclairage en dessus par une lentille donne des effets de couleur très nets et permet de distinguer sans hésitation les vaisseaux injectés.
Lumière solaire. • — L’éclairage des objets opaques, par la lumière du soleil, se fait le plus souvent sans l’intermédiaire d’une lentille éclairante; il pourrait arriver, en effet, que la concentration des rayons amenât une telle élévation de température que l’objet ne pourrait résister et prendrait feu ou serait détruit rapidement.
Nous verrons plus loin que par un artifice fort ingénieux, on arrive à éclairer d’une façon remarquable les objets demi-opaques; mais c’est alors un effet d’éclairage oblique, et nous en parlerons en traitant de cette méthode particulière.
Diaphragmes. — 11 est souvent nécessaire, surtout avec les forts grossissements, de diminuer la quantité de lumière réfléchie par le miroir du microscope, en supprimant une partie du faisceau lumineux. Sans cette précaution, les objets paraissent comme noyés dans la lumière, leurs contours manquent de -netteté, et les détails disparaissent.
On arrive à supprimer cet excès de lumière en adaptant sous la
platine des diaphragmes à ouverture plus ou moins rétrécie. Les uns dits à rotation sont suffisants pour les grossissements moyens; mais il faut de toute nécessité avoir recours aux diaphragmes à tube, lorsque l’on fait usage d'objectifs puissants.
Ceux-ci ont le précieux avantage d’être mobiles de bas en liant; ils peuvent arriver à toucher la lame de verre porte-objet, condition indispensable à remplir pour les diaphragmes à ouverture très petite.
Dans certains modèles très soignés, celui de Chevalier par
exemple (fig. 142), ce mouvement de haut en bas des diaphragmes est obtenu au moyen d’une crémaillère
Il est fort important que le centrage de ces diaphragmes soit d’une exactitude complète, mais il est rare qu’il n’en soit pas ainsi lorsqu’un microscope sort des mains d’un constructeur de talent.
On peut encore arriver à modérer l’intensité de la lumière en interposant, entre la source lumineuse et l’objet, des verres colorés plus ou moins foncés, bleus ou jaunes, ou encore des plaques de verre dépoli. Ces verres se placent tantôt sur le diaphragme, tantôt sur la platine du microscope. Dans certains modèles, un disque particulier avec ouverture munie de verres colorés rend plus facile l’emploi de cette méthode.
Le miroir doit également être très exactement ramené dans l’axe optique de tout l’appareil, et voici une excellente méthode pour arriver à ce résultat :
« Pour s’assurer que le miroir est exactement dans l’axe optique du microscope, il faut examiner une bulle d’air dans l’eau, en mettant l’objectif au point pour sa partie supérieure. Si le miroir n’est pas bien centré, les différentes zones de l’image n’ont pas des bords parallèles; il faudra faire varier la position du miroir jusqu’à ce que l’image soit bien régulière. Il sera alors certain que le centre du miroir est dans l’axe optique de tout l’instrument ( 1 ) . »
Des concentrateurs. — Dans les microscopes soignés, le miroir possède deux surfaces réfléchissantes : l’une est plane et sert à éclairer les objets soumis à un faible grossissement, 100 diamètres au maximum; l’autre est au contraire concave, elle concentre alors les rayons lumineux et s’emploie avec les objectifs forts.
Le miroir concave doit être placé à une distance telle, que son foyer vienne tomber un peu au-dessus de la préparation ; c’est là en effet que se trouve le point où il donne le maximum d’intensité lumineuse ; placé plus haut ou plus bas, il donnerait lieu à des franges lumineuses sur les bords des objets.
Il faut donc chercher ce point en élevant ou en abaissant le miroir; tantôt cet effet peut s’obtenir par une tige articulée
I1) Ranvier, op. cit., p. 10.
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tantôt par une sorte de glissière avec arrêt et, mieux encore, par une crémaillère, comme nous l’avons vu dans le modèle Chevalier ( fig. 142).
Tout ceci suppose l’emploi de la lumière naturelle, dont les rayons sont considérés comme parallèles; mais lorsqu’on fait usage d’une source de lumière artificielle et par conséquent rapprochée , les rayons sont plus ou moins divergents, et la position du miroir concave n’est plus la même ; il faut donc corriger cette mise en place en élevant ou en abaissant le miroir. Le foyer lumineux doit également être placé en un point déterminé, et il est fort utile de placer en avant de lui une lentille plan convexe qui rend les rayons parallèles et corrige les mauvais effets des rayons divergents.
Mais l’intensité lumineuse obtenue par les miroirs concaves n’est pas toujours suffisante, et, malgré tous les soins apportés à leur mise en place, il se produit souvent des effets de diffraction (franges lumineuses) qu’il convient d’éliminer : effets que corrigent les concentrateurs à lentilles, appelés encore éclairage Dujardin, du nom de l’habile micrographe qui le premier a combiné un appareil de ce genre.
Pour user de ce concentrateur ( 1 ), il faut que le microscope possède un porte-diaphragme à tube. Il suffit d’enlever le diaphragme et de mettre à sa place le concentrateur, en amenant sa face supérieure au niveau de la platine, la préparation portant ainsi sur le concentrateur lui-même. Cet appareil est construit pour utiliser des lames porte-objet de 0m,002 d’épaisseur, et il perd toutes ses qualités si son foyer ne tombe pas exactement sur l’objet même. Pour remédier à l’égalité d’épaisseur des porte-objets, sa monture est construite de façon à permettre un réglage; mais, on le comprendra aisément, cette correction ne peut s’effectuer qu’en employant des porte-objets d’une épaisseur moindre (0m,002); elle s’obtient en abaissant convenablement le concentrateur; on peut alors amener son foyer au point voulu. En
I1) Voir sa description, p. 63.
général, le tube du concentrateur porte un cordon moletté qu’il est facile de saisir entre les doigts pour le faire descendre plus ou moins par un mouvement en hélice. D’autres fois le concentrateur est mis au point par un levier qui actionne le porte-diaphragme.
Cet instrument est surtout utile dans l’étude des infusoires et des très petits organismes transparents; il donne des images d'une très grande netteté, et sans la moindre trace de franges lumineuses , effet qui se produirait infailliblement avec la lumière réfléchie par le miroir concave.
Dans ces derniers temps, les constructeurs anglais ont eu l’idée d’appliquer aux concentrateurs le principe de l’immersion ; effectivement les effets produits par cet instrument deviennent plus parfaits si l’on interpose une goutte d’eau ou d’huile de cèdre entre la lentille supérieure du concentrateur et le porte-objet.
Lumière oblique. — Dans tout ce que nous venons d’exposer au sujet de l’éclairage, nous avons supposé que le faisceau lumineux réfléchi par le miroir traversait la préparation et le système optique dans l’axe du microscope. Dans certains cas il y a avantage h faire arriver obliquement la lumière sur l’objet, de telle sorte que celui-ci, plus vivement éclairé sur un de ses côtés, projette dans le sens opposé une ombre qui accuse mieux les reliefs. De cette façon, en effet, au lieu de voir seulement une coupe de l’objet, un plan unique, celui-ci apparaît comme un solide à plusieurs faces, ce qui permet de mieux distinguer certains détails.
Ce mode d’éclairage permet de voir très nettement les stries des diatomées, les filaments des spermatozoïdes, les parois des jeunes cellules.
Mais il est bon de prévenir le commençant que ce mode d’éclairage peut quelquefois induire en erreur sur la constitution exacte de certains corps, et qu’il est bon d’en user seulement comme complément de l’éclairage central. 11 est presque toujours possible maintenant d’obtenir, avec de bons objectifs et l’éclairage ordinaire, une résolution complète des tests les plus difficiles, tandis qu'avec
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les objectifs insuffisants d’autrefois il était indispensable d’user de la lumière oblique.
Miroir articulé. — La première opération consiste à enlever tout d’abord les diaphragmes, ou tout au moins il conviendra d'amener devant la platine l’ouverture la plus grande, de façon à ne pas diminuer la grandeur de l’ouverture de la platine. On étend les articulations ( fuj. 143) du miroir, de façon à amener celui-ci
Fig. 143.
en dehors de l’axe, et l’on cherche, en élevant ou en abaissant le miroir, en l’inclinant de diverses façons, à projeter obliquement le faisceau lumineux au centre de l’ouverture de la platine. Si le microscope peut s’incliner, il est facile de réaliser en avant ces