CHAPITRE III
dans le cas où l’une serait plus considérable que l’autre, il sera nécessaire de pousser en haut le tube porte-objectif d’une quantité suffisante pour ne pas écraser la préparation lors du changement d’objectif. Pour effectuer ce changement , il suffît de faire tourner la plaque inférieure sur l’axe latéral du système; un arrêt indique que l’objectif est arrivé au centre optique du microscope.
Le revolver à deux objectifs est d’un excellent usage, mais nous ne conseillerons guère le revolver à trois objectifs; le centrage de cet appareil est fort délicat, il se dérange facilement, enfin les deux objectifs relevés sur le côté sont une cause d’embarras qu’il convient d’éviter.
Mise au point. — La mise au point des objectifs faibles est chose assez facile, et, si l’on veut bien ne pas oublier les règles que nous avons posées à ce sujet, le commençant ne trouvera aucune difficulté sérieuse dans cette opération.
Mais lorsqu’il aura recours aux objectifs à fortes amplifications, avec correction ou immersion, les précautions les plus minutieuses seront nécessaires.
Objectifs à correction ( fig . 145). — Ils sont toujours à court
Fig. 145.
foyer, leur mise au point est assez délicate et doit être modifiée en même temps que la correction. Nous supposerons que l’on ne connaît pas l’épaisseur du couvre-objet : « On place la languette au milieu de la fente et l’on cherche, dans la préparation soumise ù l’examen, une partie qui offre des détails d’une grande finesse. On
met au point, puis on tourne le collier, soit à droite, soit à gauche, suivant que l'on suppose que le couvre-objet a plus ou moins de yô de millimètre d’épaisseur. Mais comme le mouvement de rotation a dérangé l’exactitude de la mise au point, on la rétablit en faisant agir la vis micrométrique ou à mouvement lent du microscope. Si l’on voit moins bien les détails de la partie observée, si, au lieu de gagner en finesse, ils prennent de l’épaisseur, cela indique qu’on n’a pas tourné le collier dans le sens convenable. Alors on tourne le collier en sens contraire, ce qui ramène la languette à sa position moyenne; on met l’objectif au foyer, comme on l’avait fait en débutant, et l’on recommence la série des opérations ci-dessus indiquées en faisant mouvoir le collier en sens inverse. Si l’image paraît sensiblement plus parfaite, on continue à tourner le collier de la même façon et à remettre chaque fois au point jusqu’au moment où l’image commence à perdre de sa netteté. C’est le signe que l’on a dépassé les limites de la correction exigée par l’épaisseur du couvre-objet. On revient facilement à la position favorable dont on s’était un peu écarté. Ces tâtonnements s’exécutent promptement en ne quittant pas, d’une main, la vis micrométrique du microscope, et de l’autre, le collier de l’objectif Ç). »
Objectifs à immersion. — Ces objectifs demandent des soins plus minutieux encore dans leur emploi et dans leur conservation.
Avant de visser l’objectif sur le microscope, ou bien après l’avoir adapté sur le tube enlevé du coulant, on dépose une goutte d’eau distillée sur la lentille inférieure en s’aidant d’une baguette de verre. Cette goutte d’eau s’attache immédiatement au verre, et elle doit le couvrir dans toute son étendue. Si l’eau refusait de s’étendre ainsi, il faudrait nettoyer la surface du verre en la frottant légèrement avec un morceau de batiste très usée; si ce nettoyage était insuffisant, il faudrait avoir recours à de l’eau ammoniacale. La goutte d’eau étant convenablement étendue sur l’objectif, on fait
U) Robin, op. cit., p. 191.
également tomber une autre goutte d’eau distillée sur le couvreobjet préalablement essuyé. Le tube ou l’objectif est mis en place et abaissé lentement de façon à faire rejoindre les deux gouttes d’eau : la mise au point se fait alors.
Une méthode plus simple, mais moins sûre, consiste à mettre l’objectif au point, puis à faire glisser une goutte d’eau entre la lentille et la préparation.
Objectifs à immersion homogène. — Le principe d’Amici a donné déjà d’excellents résultats; mais jusqu'à présent tous les objectifs construits dans ce but étaient calculés pour faire usage de l’eau distillée. Un micrographe anglais, M. Stephenson, a eu l’idée d’employer, pour l’immersion, des liquides ayant le même indice de réfraction que le crown; et déjà les résultats obtenus par les objectifs construits d’après cette méthode ont permis de résoudre à la lumière naturelle les stries de diatomées que la lumière monochromatique seule permettait de voir.
Mais l’emploi des objectifs à immersion homogène n’est pas sans présenter quelques ennuis. L’essence de cèdre , proposée comme le meilleur liquide, a l’inconvénient de dissoudre les vernis, et de plus elle est d’une fluidité désespérante. Fort heureusement, un habile photographe belge, M. Van Heurck, a entrepris de rechercher un liquide ne présentant pas les inconvénients que nous venons de signaler, et ses efforts ont été couronnés de succès.
Pour être employé avec avantage, le liquide désiré doit remplir les conditions suivantes :
1° Avoir un indice de réfraction convenable. Cet indice, pour les objectifs actuels, est d’environ 1,510. Le crown, dont on fait les couvre-objets et les lentilles frontales, a un indice de 1,510 à 1,520 mesuré à la ligne F du spectre.
2° Avoir un pouvoir dispersif aussi analogue que possible à celui du crown et qui est environ 0,0060, mesuré entre D et F du spectre.
3° Ne pas être trop fluide.
4° Ne pas attaquer les vernis dont on fait les cellules des préparations.
DE l’emploi du MICROSCOPE COMPOSÉ. 213
Nous citerons seulement les formules des deux meilleurs liquides indiqués par M. Van Heurck.
Oliban : Gomme résine donnée par plusieurs Boswellia de l’Afrique orientale, et nommée vulgairement encens. Pour préparer le liquide à l’oliban, on pulvérise de belles larmes bien pures de cette substance; la poudre obtenue, mélangée de son volume d’essence de cèdre, est chauffée au bain-marie, dans un ballon de verre, pendant deux ou trois heures. On laisse ensuite reposer, et le lendemain on décante la partie liquide surnageante; on obtient ainsi une solution dont l’indice de réfraction est de 1,510 et le pouvoir dispersif 0,0077.
Copa.hu de Maracaïbo . — Cette substance se dissout parfaitement dans l’essence de cèdre et donne un liquide de l’indice voulu. On obtient un autre liquide d’un indice de 1,510 et d’un pouvoir dispersif de 0,0076 en dissolvant à chaud 7 parties de vaseline blonde dans 30 parties de copahu.
Le liquide ainsi composé est très épais ; il reste parfaitement à l’endroit où on l’a déposé, et il n’attaque ni le bitume de Judée, ni le vernis à la gomme laque, même au bout de vingt-quatre heures de contact. Si cette solution était trop épaisse, on peut lui donner plus de fluidité en y mêlant une quantité suffisante de copahu dissous dans l’essence de cèdre.
Mise au point par l’oculaire. — La mise au point des objectifs forts est quelquefois fort difficile; aussi M. Ranvier a-t-il cherché à rendre cette opération plus facile en la complétant par une mise au point par l’oculaire. Nous avons déjà décrit l’instrument combiné à cet effet.
Lorsque l’on veut employer cet appareil, il suffit d’enlever l’oculaire, de mettre en place l’anneau à crémaillère A ( fig . 146) et de replacer l’oculaire dans le tube B. On cherche tout d’abord le point par la vis micrométrique, et l’on termine par la crémaillère de l’oculaire.
Dans ce cas, l’oculaire est placé un peu plus haut que dans le tube normal, et, de ce fait, l’amplification est un peu augmentée. En effet, la position de l’oculaire change le grossissement du micro-