CHAPITRE III
scope et, dans les instruments d’une construction soignée, le tube est à tirage et permet de faire varier sa longueur. Dans les microscopes français, le tube rentré mesure ordinairement 0m, 15 de long, et 0m,25 lorsqu’il est complètement développé.
Fig. 146.
En Angleterre, cette longueur du tube est beaucoup plus considérable, et les grossissements sont ainsi augmentés de beaucoup. En France, M. Molteni applique ce système à son microscope grand modèle. A la condition d’employer des objectifs faibles, la perte de lumière qui en résulte est de peu d’importance.
Autrefois, les opticiens cherchaient à augmenter les amplifications du microscope en faisant usage d’oculaires forts; mais, parce moyen, la lumière était tellement affaiblie que les observations devenaient fatigantes et difficiles. Aujourd’hui, c’est aux objectifs que l’on demande l’amplification, et l’on n’use que d’oculaires faibles. Il est bon d’ajouter cependant qu’il ne faut pas négliger d’employer des oculaires forts; en général, on complète une observation par l’emploi d’un oculaire plus fort.
DE l’emploi du microscope COMPOSÉ. 215
Des corpuscules étrangers aux préparations. — Il ne suffit pas, pour faire une bonne observation, de mettre exactement au point une préparation ; il est encore indispensable d’être à meme de distinguer ce qui appartient à la préparation, des corpuscules accidentels qu’elle peut contenir.
Nous avons déjà décrit ces images nuageuses, mouches volantes (*), qui tiennent à l’œil même de l’observateur, et nous ne reviendrons pas sur ce sujet.
Mais le commençant doit encore savoir distinguer les poussières, les bulles d’air ou de graisse, et connaître le mouvement brownien.
Poussières. — Les grains de poussière peuvent être attachés à l’instrument ou bien à la préparation. Il est assez facile de distinguer la position exacte des corpuscules.
Il suffit de faire tourner l’oculaire seul; lorsque les corpuscules opaques dont il s’agit de déterminer le siège ne suivent pas le mouvement imprimé à l’oculaire, on peut être assuré qu’ils sont adhérents à l’objectif; au contraire, s’ils participent à ce mouvement, ils sont fixés aux lentilles de l’oculaire.
11 suffit, dans ce cas , de procéder au nettoyage des lentilles en usant des précautions que nous avons déjà indiquées (2).
Dans le cas contraire, les corpuscules incriminés appartiennent à la préparation; ils ont, de plus, ce caractère de se mouvoir avec elle dans les mouvements qu’on peut lui imprimer. Ils peuvent être extérieurs; alors leur mise au foyer n’est point la même que celle de la préparation; un nettoyage au pinceau du couvre-objet suffit pour les faire disparaître.
Ceux qui appartiennent à la préparation même sont plus difficiles à distinguer, et encore plus à éliminer; enfin ils peuvent souvent induire en erreur les commençants. Nous distinguerons dans cette catégorie les bulles d’air, les granulations graisseuses et les poussières.
Bulles d’air. — Les bulles d’air se présentent sous forme de cercles, plus ou moins grands, plus ou moins irréguliers, colorés
( 1 ) Voir p. 169.
ta) Voir p. 176.
en noir sur les bords dans la lumière transmise, et en blanc dans la lumière réfléchie; c’est là un caractère essentiel et qui permettra toujours de distinguer les bulles d’air.
Granulations graisseuses. — Ces granulations ne peuvent être confondues avec d’autres, en ce qu’elles ont un pouvoir réfringent considérable ; leur contour est foncé et leur centre brillant ; enfin, elles sont toujours colorées en jaune : d’où le nom qui leur est souvent donné de granulations ambrées. Lorsqu’elles se réunissent en nombre considérable, elles forment des gouttelettes huileuses.
Différentes sortes de poussières. — Il est difficile de se mettre complètement à l’abri des poussières lors de la préparation des objets microscopiques; aussi est-il important de connaître exactement la constitution de celles-ci.
La poussière est composée d’une multitude de corpuscules solides dont le diamètre varie de 0mm, 001 à 0mm, 150. Leur densité plus grande que celle de l’air est diminuée par la présence d’une couche gazeuse adhérente à leur surface par un effet de capillarité : de là leur extrême légèreté; la moindre agitation de l’air les soulève et les entraîne, et ils ne se déposent que dans une atmosphère absolument calme.
Les poussières sont formées de corpuscules de matières minérales de toute sorte, de fragments d’éléments anatomiques végétaux ou animaux; de ces mêmes éléments anatomiques entiers, poils, écailles, cellules épithéliales, etc., etc. Il sera donc important de connaître les caractères de ces différents éléments, et nous ne pouvons entreprendre ici cette étude longue et minutieuse; nous renverrons le lecteur aux traités spéciaux ( ’).
Mouvement Brownien. — Lorsqu’on examine certains liquides d’une faible densité et tenant en suspension des corps solides dans un état de division extrême (granulations moléculaires), on peut constater facilement que toutes ces particules sont animées d’un mouvement vif et continu d’oscillation sur place , mais sans loco-
(') Voir art. Poussière in Dictionnaire de -Médecine, par Littré et Robin; — Pouchet, Hétérogénie ; — J. Duval, Des Ferments organisés; — Robin, Traite du Microscope, p. 528.
motion proprement dite, c’est le mouvement brownien, du nom de l’anatomiste Brown qui, le premier, a signalé ce phénomène. Dans le lait, les granulations graisseuses sont douées d’un mouvement brownien très marqué : l’eau chargée de gomme-gutte est encore plus remarquable. C’est ordinairement au moyen d’une dissolution, ou plutôt d’une émulsion de ce genre, que l’on peut se faire une idée exacte de ces mouvements. Ceux-ci peuvent se continuer indéfiniment dans les préparations anatomiques, lorsqu’elles contiennent des granulations en suspension dans un liquide. M. Robin cite des préparations qui conservent encore ces effets de mouvements browniens après plus de vingt ans.
.Exemple d’observation. — Nous ne croyons pouvoir mieux faire que d’emprunter à l’ouvrage de Van Heurck un exemple d’observation au microscope composé. Cependant nous rendrons un peu plus courtes les descriptions minutieuses de cet habile micrographe, en n’omettant cependant aucun des faits importants.
Supposons un débutant qui voudrait découvrir toutes les stries du Surirella gemma, diatomée que l’on trouve facilement chez les préparateurs de Paris; on pourrait également se servir d’autres tests, comme le Pleurosigma angulatum,PL attenuatum , etc.
Prenons le microscope et posons-le à quelque distance de la fenêtre, sur une table bien solide, dont la hauteur soit telle qu’on puisse, étant assis, regarder commodément et verticalement dans le tube.
Plaçons alors sur le tube un objectif de force moyenne (n° 4 de Prazmowski ou de Vérick, n° 2 de Nachet, n° 3 de Chevalier), puis un oculaire de force moyenne (n° 2) ; enfin le diaphragme à ouverture moyenne est mis en place.
Il s’agit maintenant d’éclairer la préparation. Pour cela, le miroir réflecteur, laissé dans l’axe du tube, est incliné de manière à réfléchir la lumière à travers l’ouverture du diaphragme. Il faut ici procéder par tâtonnements et jusqu’à ce que cette lumière soit blanche et douce ; aussi longtemps qu’il n’en est pas ainsi, soyez assuré que l’inclinaison du miroir est défectueuse.
Vous posez ensuite sur la platine la préparation inunie de la lamelle de verre qui recouvre l’objet, et vous descendez à la main le tube jusque contre la préparation, en évitant soigneusement de la toucher , de peur de la briser. Tenant ensuite celle-ci au moyen des doigts, ou bien la maintenant par les valets, vous haussez lentement le tube jusqu’à ce que vous aperceviez le Surirella d’une manière plus ou moins confuse, et, vous emparant alors de la vis micrométrique, vous la faites mouvoir à droite ou à gauche jusqu’à ce que celle de ces diatomées qui se trouve au centre du champ vous apparaisse nettement sous la forme d’un corps elliptique divisé par une ligne médiane et ayant en outre douze à seize lignes transversales de chaque côté.
Ce n’est pas tout. Assujettissez bien la préparation au moyen des valets afin qu’elle ne se dérange pas, et prenez un objectif plus puissant (n° 7 de Prazmowski, n°8 de Vérick, nos 5 ou 6 de Nachet, n° 6 de Chevalier). Vous montez le tube ou vous l’enlevez même totalement de sa douille, afin d’avoir plus de facilité pour enlever l’objectif faible et lui substituer un numéro plus fort; cela fait, vous remplacez également le diaphragme moyen par celui dont l’ouverture est la plus petite, et vous descendez le tube à la main jusqu’à ce qu’il affleure la préparation ; ensuite, vous le remontez insensiblement jusqu’à ce que vous aperceviez confusément l’objet; puis la vis de rappel tournée à droite ou à gauche doit vous montrer, avec la plus grande netteté, ce que vous avez vu la première fois, considérablement agrandi, mais sans aucun détail de plus.
La lumière directe étant ainsi reconnue inefficace, voyons ce que nous donnera la lumière oblique.
Enlevez tout d’abord le diaphragme et toutes les pièces qui le supportent, afin de dégager complètement l’ouverture de la platine ; puis inclinez à droite ou à gauche la tige du réflecteur, de manière à l’écarter de l’axe du tube, tout en éclairant l’objet; essayez ainsi de tous côtés, sous toutes les inclinaisons, jusqu’au moment où vous verrez apparaître entre les lignes transversales du Surirella, et parallèlement à celles-ci, d’autres lignes, très fines et très serrées. Un œil exercé aperçoit même ainsi, au moyen du n° 7 de
Prazmowski, les lignes longitudinales que nous devons encore chercher; mais pour les voir nettement, il faut avoir recours à un objectif à immersion.
Prenons donc le n° 10 de Prazmowski, n° 8 de Vérick, n°8 de Nachet, n° 9 de Chevalier. Ne touchez ni à la préparation ni au réflecteur ; haussez le tube, enlevez le n° 7 ; puis, avant de le remplacer par le n° 10, prenez une goutte d’eau distillée au moyen d’une baguette de verre, et déposez-la sur la lentille inférieure sans toucher celle-ci, de crainte de la rayer ; vissez ensuite l’objectif sur le tube : déposez une autre goutte d’eau sur la préparation et descendez le tube à la main jusqu’à ce que les gouttes d’eau se confondent; substituez enfin un oculaire faible à celui dont vous vous êtes servi.
C’est ici surtout qu’il faut faire mouvoir le tube avec la plus grande prudence : le danger est d’autant plus grand que l’eau empêche de distinguer parfaitement l’espace qui sépare l’objectif de la préparation. Le meilleur moyen d’éviter tout accident est de procéder par tâtonnements, de faire mouvoir légèrement la préparation d’une main, tandis que de l’autre la vis micrométrique est tournée dans un sens ou dans l’autre avec une grande lenteur, jusqu’à ce que le Surirella se montre nettement. Si le tube est trop descendu, l’immobilité de la préparation vous avertit, par la résistance qu’elle présente, que vous manœuvrez en sens inverse, et qu’il faut remonter l’objectif en tournant la vis de rappel de droite à gauche. Alors vous inclinez le miroir placé en dehors de l’axe jusqu’à ce que vous aperceviez nettement les lignes longitudinales perlées du Surirella.
Mais ce résultat peut encore ne pas être suffisant : il faut alors utiliser la correction. Dans ce cas, vous saisissez le cordon moletté mobile qui se trouve au centre de la monture de l’objectif et dont la destination est de corriger l’influence de la lamelle de verre, ou couvre-objet, placée sur la préparation; vous lui imprimez successivement un mouvement de droite à gauche ou de gauche à droite, jusqu’à ce que les stries apparaissent avec la plus grande netteté. En général, quand on se sert de la lumière oblique, il faut