CHAPITRE III
dant à cct objectif; comptez le nombre de divisions du micromètre oculaire comprises dans la longueur cherchée; multipliez ce nombre par le chiffre inscrit au-dessus du trait, et vous avez la mesure de votre longueur.
« La longueur correspond-elle, par exemple, à 5 divisions du micromètre oculaire, chacune de ces divisions valant, je suppose, 2 (/., la longueur sera de 5 fois 2 p., c’est-à-dire de 1 0 (x ( 1 ) . »
Les dimensions des objets microscopiques peuvent se noter de différentes façons; mais presque tous les micrographes ont adopté le système de M. Karting. Celui-ci a proposé d’employer comme unité le millième de millimètre, qu’il a nommé mikron, qui s’exprime en chiffres par 0mra, 001 et se note (x. Un objet mesurant 20 tx aurait donc vingt millièmes de millimètre, ou en chiffres 0mm,020.
IL — Représentation des objets microscopiques.
Importance du dessin en micrographie. — Dans toutes les recherches en histoire naturelle, il est à peu près indispensable, pour l’observateur, d’être d’une certaine habileté dans l’art du dessin. Car celui qui ne peut reproduire lui-même par le dessin ce qu’il a observé, et se trouve obligé par cela même d’avoir recours à une main étrangère, éprouve les plus grandes difficultés. Il ne suffit pas ici de connaître le maniement du crayon et les règles artistiques du dessin, il faut, avant tout, comprendre le sujet à représenter, bien connaître chacune de ses parties et distinguer l’importance de chacune d’elles.
Il ne faudrait pas confondre cette connaissance intime avec celle qui s’arrête aux caractères extérieurs : caractères que les naturalistes appellent morphologiques , pour les distinguer des caractères anatomiques ; ceux-ci comprenant, au contraire, la structure, la constitution intime d’un animal, d’une plante, ou d’un organe séparé. Un artiste aidé de quelques conseils parviendra toujours
D M al assez, A rch. de Physiol. , 1874. — Laboratoire d’Histologie du Collège de France, 1875, p. 25.
à exécuter convenablement un dessin du premier genre; il saura donner la vie à une plante, à un animal, mieux que ne saurait probablement le faire un naturaliste; il saura éviter les détails minutieux qui donneraient de la sécheresse au dessin et lui ôteraient tout cachet artistique.
Mais, tout au contraire, lorsque le dessin a pour sujet une étude d'anatomie, aucun détail ne doit être négligé, et le côté artistique devient alors inutile. Ici la première de toutes les conditions, pour le dessinateur, est de comprendre la préparation qu’il s’agit de représenter, et l’anatomiste est seul dans les conditions voulues.
D’un autre côté, il est certain qu’un dessin réussi fait le plus souvent comprendre mieux et plus vite un objet microscopique que la description la plus minutieuse. Fort heureusement aussi, il est certain qu’un observateur qui connaît bien sa préparation pourra toujours, même sans une grande habileté à manier le crayon, en tracer une image convenable et suffisante, alors qu’un artiste infiniment plus habile n’obtiendrait que des résultats défectueux lorsqu’il essayera pour la première fois de dessiner une préparation microscopique.
L’usage du dessin au microscope est donc d’une importance capitale, et ne devrait jamais être négligé par les étudiants.
« Il est difficile de parvenir à se faire une idée nette des éléments anatomiques, de leur ressemblance et cje leurs différences, de leurs caractères distinctifs, en un mot, si l’on ne prend l’habitude de les représenter successivement dès que l’on commence à savoir se servir du microscope. Lors même qu’on ne sait pas dessiner, on parvient, au bout d’un certain temps d’essais, à rendre par le crayon, assez exactement, l’aspect de ces objets, pour pouvoir les comparer entre eux, soit qu’on ait cherché à achever le dessin, soit qu’on se contente de faire une exquisse des traits caractéristiques (l). »
Tous ces dessins n’auront de valeur réelle qu’autant qu’ils seront d’une exactitude absolue ; ils doivent être la représentation de
f1) Robin, op. cit., p. 491.
Trutat. — Microscope. -j 5
ce qui existe, et non celle d'une idée, comme l’ont fait beaucoup trop souvent les premiers observateurs.
Il est fort utile de représenter dans un premier dessin l’ensemble d’une préparation, et dans un second tous les détails importants.
Le dessin d’ensemble est toujours plus difficile à exécuter, l’objet est en général trop grand pour permettre l’emploi de la chambre claire, enfin il exige un certain talent artistique pour distribuer harmonieusement les effets d’ombre et de lumière, au moyen desquels il est possible de mettre en valeur les points importants. Le> détails, au contraire, seront plus faciles à représenter.
Dans l’un et l’autre cas, il faut savoir éliminer de son dessin les parties inutiles, qui proviennent le plus souvent des manipulations nécessitées par la préparation, et qui ne tiennent nullement à l’objet lui-même : une cellule, un vaisseau brisé, par exemple, doivent être rétablis dans la forme qu’ils avaient avant l’accident qui les a défigurés. De même, il convient d’éliminer les corps étrangers au sujet de la préparation: granulations de toutes sortes, poussières, bulles d’air, etc. Il ne s’agit pas de faire le portrait de telle ou telle préparation, mais bien de représenter les choses de telle façon que l’observateur puisse retrouver dans des cas analogues les dispositions essentielles du sujet, quelles que soient les différences d’aspect général. Les commençants croyant faire de l’exactitude sont souvent portés à ne rien mettre de côté ; ils dessinent absolument tout ce qu’ils voient dans le microscope : presque toujours alors ces dessins sont absolument inexacts et dénotent une observation superficielle; ils sont presque impossibles à comprendre ; on ne peut distinguer ce qui est important de ce qui ne l’est pas; en résumé, ils sont à la fois peu instructifs pour celui qui les a exécutés et à peu près inutiles pour les autres.
Un bon dessin est donc la preuve d’une bonne observation, et nous pouvons assurer qu’avec de la patience tout observateur peut devenir en peu de temps un bon dessinateur au microscope.
Les moyens les plus usités de représentation en micrographie sont le crayon, l'estompe et les couleurs à l’eau, aquarelle et gouache ; enfin certains dessins peuvent se faire à la plume. Ces
différentes méthodes peuvent être utilisées seules ou combinées entre elles suivant les sujets à représenter.
Dessin au crayon. — C’est ce mode de dessin qui sert toujours à tracer l’esquisse.
Numéros des crayons. — Les meilleurs crayons sont ceux en graphite de Sibérie fabriqués par Faber; deux numéros sont nécessaires : l’un très dur, marqué HHH, est le plus employé; il permet de tracer des lignes d’une délicatesse extrême; l'autre, moins dur et plus noir, marqué HB, sert à donner les coups de force, à remettre à l'effet un dessin tracé avec HIIH.
Taille des crayons. — Mais s’il est facile maintenant de se procurer de bons crayons, il est indispensable, pour en tirer tout le parti possible, de les tailler convenablement ; et notre lecteur va certainement sourire lorsque nous lui dirons qu’il ne sait pas tailler son crayon. Cependant, comme le fait observer dans ses cours de manipulation M. Duchartre, un crayon bien taillé peut seul permettre l’exécution convenable d’un dessin au microscope. Voici la méthode enseignée par M. Duchartre. Les crayons de la fabrique Faber étant hexagonaux, il est facile de donner toute la régularité nécessaire à la pointe qu’il s’agit de fabriquer. Avec un canif ordinaire on commence tout d’abord à enlever le bois en produisant un cône régulier de 0m,03 de long ; on arrive en même temps à dénuder la mine sur une longueur de 0m, 006 à 0m, 008 environ; on cherche à rendre pointue cette dernière partie en la raclant régulièrement de tous cotés. Mais il n’est pas possible de produire ainsi, par le seul secours du canif, une pointe régulière et suffisamment effilée ; pour atteindre le résultat définitif, on doit faire usage de papier de verre extrêmement fin, à la marque 00 et même 000. La feuille de papier est placée sur la table, de façon à porter exactement dans toute son étendue; la pointe du crayon est alors posée sur ce papier de verre, de telle façon que le biseau taillé dans le bois porte dans toute sa longueur et permette d’user sous un angle très aigu la mine de graphite. Plus ce biseau sera long, plus cette pointe deviendra aiguë; une Ion-
gueur de 0m,02 est en général suffisante. On frotte alors contre le papier de verre, en ayant soin de faire tourner le crayon entre les doigts pour user régulièrement la pointe de tous côtés. Cette manœuvre demande quelques précautions, elle doit être faite avec beaucoup de légèreté ; sans cela, l’extrémité casse, et tout est à recommencer ; mais, avec un peu de soin, on obtient des pointes de crayon excessivement effilées et qui permettent de tracer des lignes d’une finesse extrême.
Les crayons moins durs HB se taillent de même; mais il est difficile d’obtenir des pointes aussi fines.
Estompe. — L’estompe doit être dure et très effilée ; la plupart du temps les micrographes les fabriquent eux-mêmes avec des tortillons de papier.
Dessin au pinceau. — Les meilleures couleurs à l’eau et surtout les plus commodes à employer pour le micrographe sont les couleurs en pâte molle renfermées dans des boîtes à compartiments, et que l’on trouve maintenant chez tous les marchands de couleurs. Les teintes suivantes sont seules nécessaires : noir de bougie, bleu de Prusse, vermillon, carmin, terre de Sienne, gomme-gutte, jaune indien.
Le noir sert quelquefois à terminer au pinceau certains dessins représentant des organes à demi transparents : les cils vibratiles, la queue des spermatozoïdes, par exemple.
Enfin on peut faire usage de sépia, et obtenir d’excellents résultats par l’emploi seul de cette couleur ; il est bon d’observer toutefois que l’on ne doit user de cette méthode que pour les dessins un peu grands.
Dessin à la plume. — On doit employer pour ce genre de dessin l’encre de Chine ; les plumes à dessin pouvant se placer dans une hampe spéciale doivent être préférées à toutes les autres, à cause de la finesse extrême de leurs pointes; les traits de force se font avec une plume ordinaire de grosseur appropriée.
DE l’emploi du microscope composé. 229
Choix du papier. — Le papier doit posséder des qualités spéciales pour chaque genre de dessin.
Pour les dessins au crayon et à la plume, on choisira du papier Bristol assez fort et h surface parfaitement lisse; tandis que pour les dessins au pinceau, gouache, aquarelle, sépia, encre de Chine, il faudra user de papier légèrement grenu, dit papier pour aquarelle. Ce grain ne doit pas être trop fort, car il mettrait le dessinateur dans l’impossibilité d’obtenir une finesse suffisante dans les détails.
Classement des dessins. — M. Germain de Saint-Pierre (') recommande de recueillir les dessins d’observations sur des feuilles simples libres et de même format, ce qui permet de les classer et d’en former des volumes susceptibles de grossir ou d’être subdivisés à volonté. Chacun de ces fascicules de dessins est reçu entre deux feuilles de carton libres, de même format, et le tout est serré au moyen de deux courroies de fil (ruban de fil) terminées par une boucle.
A côté de chaque dessin, il faudra toujours indiquer le grossissement ainsi que le numéro de l’objectif employé. Ces indications sont beaucoup plus utiles que celles qui donneraient le diamètre réel de l’objet représenté.
Une autre recommandation importante est d’employer des grossissements semblables dans chaque série d’observations ; sans cette précaution il serait difficile d’établir une comparaison utile entre les divers éléments anatomiques figurés : elle seule permet de saisir leur importance réciproque, ce que ne pourraient faire des dessins obtenus avec des grossissements différents.
Méthodes à employer. — Dans tout dessin il faut s’habituer à tracer les premiers contours avec toute la délicatesse possible ; on emploie alors le crayon dur HHH. Les ombres peuvent se faire rapidement à l’estompe, mais ce système n’est applicable que dans les dessins un peu grands, et il faudra user simplement du
O Nouveau Dictionnaire de botanique, p 400.
crayon dans le cas d’un dessin de petit format. On n’oubliera pas de placer invariablement l’ombre à droite, ainsi que le veut l'usage.
Avec les couleurs à l’eau on emploie les procédés de l’aquarelle et beaucoup plus rarement ceux de la gouache; nous n’avons rien de particulier à dire sur l’un et l’autre de ces procédés.
Les dessins à la plume se font d’ordinaire après coup, et constituent une sorte de mise au net d’un croquis au crayon. Ici encore il conviendra de donner quelque effet en accentuant les traits d’un côté du dessin.
Enfin on complète fort souvent un dessin au crayon ou à la plume, en coloriant certains détails et principalement les vaisseaux; dans ce cas, les artères seront teintées en rouge, les veines en bleu, les conduits excréteurs en jaune ou en vert.
Méthode de la double vue . — Lorsque l’on possède une certaine habitude du dessin, il est inutile de s’aider de la chambre claire : il convient alors de s’habituer à regarder de l’œil gauche dans le microscope, tandis que l’œil droit voit et guide le crayon sur le papier. On arrive, avec un peu de pratique, à croiser les axes optiques des deux yeux, en les faisant converger par un léger effort, et à superposer les images vues par chacun des yeux, de manière à vérifier leur égalité parfaite.
Emploi de la chambre claire. — Nous avons décrit précédemment les différentes espèces de chambres claires; toutes peuvent donner des résultats excellents, mais les unes et les autres demandent une certaine pratique.
La chambre claire étant adaptée au microscope, ainsi que nous l’avons expliqué (i), on dispose à côté du microscope une planchette à dessin couverte d’une feuille de papier blanc (format in-4 ou in-8) : cette planchette peut être simplement posée sur la table, mais le plus souvent l’image ainsi projetée est trop grande ; il convient en général de la relever au niveau de la platine, chose facile à faire en superposant quelques livres d’épaisseur choisie.
{') Voir page 67 et suiv.
DE l’emploi du microscope composé. 231
Avec la chambre d’Hoffmann, il est facile de réduire l’image à la dimension voulue au moyen des lentilles additionnelles.
L'œil appliqué au-dessus de la chambre claire reçoit, par une moitié de la pupille, les rayons émanés de l’objet, et par l’autre moitié ceux que le papier et la pointe du crayon lui envoient dans la même direction. On aperçoit donc à la fois et superposées l’image de l’objet et celle du crayon, on n’a plus alors qu’à suivre légèrement les contours de l’objet qu’il s’agit de dessiner.
Il est difficile quelquefois de voir en même temps ces deux images; l’une disparaît par suite d’un manque d’équilibre dans l’intensité lumineuse de chacune d’elles; il faut donc chercher à rétablir l’égalité de lumière. Lorsque le papier est trop vivement éclairé, les rayons qu’il réfléchit dans la rétine effaçant l’image toujours plus sombre donnée par la préparation, le crayon seul apparaît. Dans le cas contraire, le crayon est invisible. Enfin les images peuvent disparaître sur la feuille de papier par suite d’une mauvaise position de l’œil au-dessus de la chambre claire.
Il est facile de porter remède à ces différents accidents.
La position de l’œil est assez facile à trouver; mais elle ne supporte qu’un très léger écart ; aussi est-il important de ne plus abandonner ce point jusqu’à la fin du dessin.
Lorsque l’image disparaît par suite d’un excès de lumière, on peut interposer des verres colorés, ou bien placer une feuille de papier blanc sur le miroir réflecteur, ou un écran devant la préparation.
Presque toujours les lignes tracées au moyen de la chambre claire sont plus ou moins tremblées; il convient donc d’appuyer très légèrement sur le crayon, et de repasser ensuite sur ces premiers traits; le dessin est terminé à main levée en examinant directement la préparation sans faire usage de la chambre claire.
HT. — De l’emploi de la Photographie.
Avantages et inconvénients. — Bien voir est en micrographie la chose capitale, et pendant longtemps l’imperfection des instru-