DU TYPHUS FEVE R D’ANGLETERRE
dans ces derniers temps, avec la fièvre typhoïde, non seulement par les médecins anglais , mais encore par nos compatriotes qui avaient eu l’occasion de l’observer dans les hôpitaux de la Grande-Bretagne. Cependant une observation plus rigoureuse n’a pas tardé à faire reconnaître que les médecins anglais confondaient sous la même dénomination cfe typhus fever ou continued feveï deux maladies essentiellement distinctes par les symptômes , la marche , les lésions anatomiques et l’étiologie : l’une n’est autre que la fièvre typhoïde, ne différant en rien de celle : que nous observons ici ; l’autre, inconnue en France n’a aucun rapport avec la première , et c’est à elle seule qu’il faut réserver le nom de typhus fever. Cette distinction de deux maladies regardées jusqu’à ce jour comme identiques, a été parfaitement établie pour la première fois par le docteur Gerhard, dans la relation qu’il a donnée en 1837 , dans The American journal , d’une épidémie de typhus fever qui régna l’année précédente à Philadelphie (1). Depuis lui , un médecin également disj tingué , notre ami Shattuck , de Boston , a recueilli pendant son séjour à Londres des observations précieuses , qui ont confirmé les résultats de son compatriote. Ces observations , réunies et commentées par lé doc- I teur Valleix, ont été l’objet d’un important travail , que cet habile confrère a inséré dans le tome V (3e série) des Archives générales de médecine. Les faits rapportés par les deux auteurs américains ont pour nous j d’autant plus de valeur, que noufc connaissons personnellement et avons ! été à même d’apprécier nous-même le talent d’observation de ces méde- I tins distingués , qui, avant d’ailleurs longtemps séjourné à Paris, ont I appris à connaître notre fièvre typhoïde , qu’ils ont retrouvée avec les | mêmes caractères anatomiques et symptomatiques en Angleterre , aussi bien que dans les États de l’Union.
j Lésions cadavériques. — Chez les sujets qui succombent au typhus ! fever y on ne trouve dans les solides aucune altération constante ; la lésion | des follicules de Peyer et de Brunner et des ganglions mésentériques, j qui forme le caractère anatomique de l’affection typhoïde , manque con j stamment. La membrane muqueuse gastro-intestinale est presque tou - I jours intacte, et, comme M. Gerhard l’a notamment remarqué, la mu- I queuse de l’intëstin grêle est moins souvent altérée qu’après toute autre maladie fébrile ; la rate elle-même, généralement saine, parfois rai mollie, est plus rarement augmentée de volume, et quand ces lésions I existent , elles ne sont jamais comparables à celles qu’on rencontre vers j le même viscère dans les cas de fièvre typhoïde. Les autres organes ne l| présentent rien de remarquable.
Symptômes. — Les malades éprouvent, au début, de la céphalalgie ,
I de la courbature , des frissons et de la fièvre ; leurs forces sont prostrées,
. (1) Traduit par le docteur Bell, dans le journal l'Expérience, lr« année, p. 24 î et 305.
DES FIÈVRES
ils tombent dans l’abattement ; les troubles des organes des sens , tels que les vertiges , les bourdonnements d’oreilles et la surdité, sont très variables, car tantôt ils manquent ou sont à peine marqués, comme dans les faits 'rapportés par HL Shattuck, tandis que d’autres fois, ainsi que HL. Gerhard l’a vu, ils sont même plus intenses que dans la fièvre typhoïde. Tous les malades sont tourmentés par l’insomnie , et présentent quelque trouble de l’intelligence* chez la plupart c’est un délire tranquille, quelques uns sont très agités, d’autres tombent dans un état de somnolence , de coma ; leur figure exprime le plus souvent la stupeur. La face est violacée ; le tremblement général et les soubresauts des tendons sont des symptômes également ordinaires, surtout dans la forme épidémique de la maladie. La langue est presque toujours, dès le début, rouge, sèche, noirâtre, fendillée, et les dents sont encroûtées de fuliginosités; la soif est vive, l’appétit nul; le ventre est généralement souple, sans météorisme ni douleur; les vomissements sont rares ainsi que le gargouillement; la diarrhée, quoique fréquente, ne se montre pas ordinairement dans les premiers temps , à moins qu’on ne la provoque par l’administration des purgatifs. La respiration est parfois accélérée ; quelques malades toussent , mais il est rare d’observer le râle sibilant, qui est si commun dans le cours delà dolhinentéric; cependant, de même que dans cette dernière affection, surtout pendant l’hiver, on voit assez souvent les poumons s’engouer ou se spléniser à leur partie postérieure. Un symptôme qu’on doit regarder comme constant, puisqu’on l’a retrouvé jusqu’à présent chez tous les sujets chez lesquels on l’a recherché avec soin , consiste dans une éruption de taches nombreuses , disposées par groupes irréguliers , à la surface du corps, sur le tronc comme sur les membres; elles sont arrondies, d’une grandeur variant entre celle d’une tête d’épingle et celle d’un petit pois, violettes ou d’un rouge foncé; elles n’offrent aucun relief au-dessus de la peau , ne disparaissent pas ou s’effacent très peu sous la pression du doigt. Cette éruption, qui , comme on le voit, n’a aucune ressemblance avec celle de la fièvre typhoïde , apparaît , d’après M. Gerhard, du sixième au huitième jour , et cesse rarement avant le vingtième; souvent elle se prolonge jusqu’au vingt-cinquième ou trente et unième jour de la maladie. Il existe rarement des sudamina. Le sang tiré des veines n’est point couenneux ; le caillot est mou, foncé, et à une époque avancée de la maladie, il devient diffluent: il est très probable alors que la proportion de fibrine doit avoir beaucoup diminué.
La maladie a une marche continue, offrant le plus souvent des exacerbations nocturnes. Elle se termine communément au bout de trois septénaires, tantôt un peu plus tôt, souvent plus tard, comme trente jours par exemple.
Diagnostic. — On ne comprend vraiment pas comment le typhus