‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interneChapitre 9 sur 140 · DU TYPHUS D’EUROPE · texte numérisé non relu

DU TYPHUS D’EUROPE

son développement. Quant aux variétés , M. Gaultier de Claubrv a encore prouvé que le typhus affecte les mêmes formes que la fièvre typhoïde; qu’il n’atteint guère que les jeunes sujets et que si on dit l’avoir vu rarement chez des individus ayant plus de cinquante-cinq ans, il n’est pas bien sûr qu’il n’y ait pas eu dans ces cas erreur de diagnostic. Le typhus, comme la fièvre typhoïde, ne récidive peut-être jamais. Enfin , l’un et l’autre sont contagieux. Si quelques incrédules peuvent encore nier la contagion de la fièvre typhoïde , il n’est aucun homme sensé qui doute de la contagion du typhus, pouvant s’effectuer par le contact, par l’air, par les effets cl par les meubles.

Le travail de M. Gaultier de Claubry est surtout remarquable en ce qu’après avoir prouvé qu’il y avait analogie dans les symptômes des deux maladies , il a aussi démontré leur identité sous le rapport anatomique. En effet, sur seize auteurs qui nous ont laissé des descriptions sur les lésions cadavériques observées chez les sujets emportés par le typhus, il y en a quinze qui signalent une coloration rouge, livide, violette, des escarres et des ulcérations profondes, intéressant au moins deux des tuniques intestinales, et siégeant surtout au voisinage de la valvule iléo-cœcale. Deux auteurs au moins signalent aussi le gonflement et le ramollissement des ganglions mésentériques correspondants, ainsi que l’augmentation de volume et le ramollissement de la rate.

Les faits observés par M. Landouzy dans l’épidémie de Reims ont également démontré l’identité de la fièvre typhoïde et du typhus sous le rapport anatomo-pathologique. Ainsi , dans les six nécropsics qu’il a faites, M. Landouzy a trouvé du côté des follicules intestinaux et des ganglions mésentériques toutes les lésions qu’on rencontre dans la fièvre typhoïde , depuis le développement des plaques jusqu’à leur ulcération ; la rate seule était peu ou point altérée; car si quatre fois sur six elle a paru un peu ramollie, son volume du moins n’était point augmenté. Enfin l’encéphale, le foie, les appareils respiratoire et circulatoire, offraient l’aspect et les altérations qu’on rencontre le plus communément dans la fièvre typhoïde. Ces faits sont précieux, et me semblent devoir résoudre la question d’identité des deux affections que nous comparons , identité qu’on pourrait contester en s’appuyant de la relation des typhus qui , il y a plusieurs années, ont régné dans les bagnes de Toulon et de Rochefort. Toutefois il n’est pas certain que dans ces épidémies les autopsies aient été faites convenablement. D’ailleurs, à supposer que les choses se soient passées comme on l’a dit , il n’en faudrait rien conclure contre l’identité du typhus et de la fièvre typhoïde ; mais il faudrait admettre comme probable que sous te nom de typhus on a confondu deux maladies graves, avant de la ressemblance par les symptômes, mais différant par les lésions cadavériques, de même que nous avons

DES -FIEVRES

vu précédemment la plupart des médecins anglais réunir sous la dénomination de typhus fever deux maladies très distinctes.

En résumé, sous le rapport des lésions auatotliiques, des symptômes, de la marche, des formes de la maladie, de la propriété contagieuse; de l’immunité des sujets après une première attaque, il y a identité complète entre le typhus et la fièvre typhoïde. Je répète qu’il n’y a entre les deux affections aucune différence capitale, mais seulement deS nuances qui tiennent sans doute aux conditions fâcheuses dans lesquelles le typhus se développe. AI. Landouzv a eu tort, suivant nous, et en présence des faits qu’il a si bien observés , de nier Y identité des deux maladies, de les croire Seulement analogues. Une pareille opinion n’est point admissible ; elle est d’ailleurs amplement réfutée par les observations mômes de l’habile médecin champenois : les légères différences qu’il a signalées tiennent sans doute seulement au génie épidémique.

Si précédemment nous n’avons pu déterminer l’action d’aucune cause efficiente dans la production de la fièvre typhoïde, il n’en est plus de môme pour le typhus , qui se développe partout où un grand nombre d’individus sains ou malades se trouvent entassés dans un lieu étroit, malsain, privé d’air, comme l’intérieur d’un navire (Rouppe), d’une caserne (Lœw, Pringle), d’une prison (Car. Smith, Odier), d’où la maladie peut ensuite se propager au-dehors. La contagion est d’ailleurs d’autant plus active que les individus sont dans des conditions hygiéniques plus fâcheuses : c’est ainsi que la misère , les privations , le découragement qui suit les défaites, la nostalgie, sont des causes prédisposantes très puissantes.

Tout ce que j’ai dit du traitement de la lièvre typhoïde devra également se rapporter au typhus. Il importe beaucoup de renouveler l’air fréquemment, de disséminer les malades Je plus possible, de les isoler, pour prévenir la contagion. Enfin, d’après l’énumération que j’ai faite des causes qui engendrent le typhus, on comprend tout ce que le médecin doit faire pour en prévenir le développement.

UE LÀ FIÈVRE CONTlMlE d’ ANGLETERRE , OU DU TYPHUS FEVER.

Il règne endémiquement en Angleterre, et surtout en Irlande, une fièvre continue grave , rare dans l’enfance, mais pouvant affecter tous les autres âges de la vie, et qui est caractérisée par la céphalalgie au début, la prostration des forces, par divers troubles cérébraux , tels que le délire, l’insomnie ou la somnolence, par une éruption particulière à la surface de la peau, maladie qui, à l’ouverture des cadavres, ne sc révèle par aucune lésion constante et caractéristique.

Cette affection , qu’on rencontre aussi quelquefois aux États-Unis, mais peut-être seulement à l’étal épidémique, a été confondue, ju que

Page 1