DES INFLAMMATIONS DE LA PEAU
La peau est fréquemment affectée d’inflammations aiguës ou chroniques, et celles-ci s’y montrent avec des caractères extérieurs fort différents. Tantôt , en effet , il n’existe qu’une rougeur plus ou moins vive; d’autres fois ce sont des tumeurs contenant divers liquides qui se concrètent. Ces différentes formes de l'inflammation ne sont pas seulement des variétés ou des degrés d’un même état morbide, mais elles constituent le plus souvent des affections distinctes. Nous allons donc diviser et étudier les affections inflammatoires de la peau en quatre genres distincts, qui sont les exanthèmes , les vésicules, les bulles , les pustules.
DES EXANTHÈMES.
Le mot exanthème (de cÇavGew , cffloresco, crumpo ) servait à désigner chez les Grecs à peu près toutes les éruptions cutanées ; d’autres l’ont restreint à quelques groupes de maladies fort différentes entre elles. Mais depuis AVillan , le mot exanthème a une signification précise, et on ne s’en sert plus aujourd’hui que pour dénommer un certain nombre d’affections cutanées ayant pour caractères communs une rougeur plus ou moins vive , circonscrite ou diffuse , et qui diminue ou disparaît momentanément sous la pression du doigt.
D’après cette définition , il faut comprendre dans l’ordre des exanthèmes l’érythème, la roséole , l’érysipèle et peut-être l’urticaire : nous ne parlerons pas de la rougeole ni de la scarlatine; car bien que , par leurs caractères extérieurs , ces éruptions soient de nature exanthémaleuse, cependant, comme la fièvre, l’infection générale de l’économie, ' l’état du sang et la spécificité constituent les éléments principaux de la maladie , nous avons dû les ranger dans une autre classe ( voir plus haut , p. 105 et 111 ).
de l’érythème.
L’érythème est un exanthème non contagieux, ne s’accompagnant ordinairement d’aucuns symptômes généraux , et caractérisé par des taches rouges, superficielles, variables quant à leur nombre, à leur forme et à leur étendue, et se terminant par délitescence , par résolution ou par desquamation après une durée d’un à deux septénaires.
Symptômes. — L’érythème débute, en général, sans prodromes.
On voit des taches, d’une rougeur variant depuis le rose tendre jusqu’au rouge vif ou même violet, et disparaissant momentanément par la pression des doigts, se développer sur quelque partie du corps, et généra-
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lement à la face, à la poitrine et sur les membres. Parmi ces taches, les unes n’ont que quelques millimètres d’étendue, d’autres ont 5 ou C centimètres; dans quelques cas rares elles occupent toute l’étendue d’un membre et même une grande partie de la surface du corps. Cette rougeur est superficielle, et la peau ne présente aucune dureté à son niveau; dans l’intervalle des taches, cette membrane est intacte. L’éruption érythémateuse s’accompagne souvent d’une légère douleur, d’un prurit plus ou moins incommode, et d’une augmentation dans la température. Lorsque la maladie est produite par le contact de matières âcres, ou bien lorsqu’elle se développe par le frottement continuel de deux surfaces contiguës , comme on l’observe fréquemment chez les personnes grasses , sous les mamelles , aux aines , aux aisselles et au nombril, aux cuisses et aux fesses chez les enfants à la mamelle (mtertrigo ), le prurit est plus vif, l’épiderme se détruit, et l’on voit se former alors de petites excoriations ou des crevasses qui fournissent un liquide séreux-ou séro-purulent d’une odeur nauséabonde.
Marche , durée , terminaisons. —Après avoir persisté quelques jours avec ces caractères, les taches pâlissent peu à peu, puis s’éteignent tou t-à-fait , et ne laissent aucun vestige, ou bien elles sont suivies d’une desquamation plus ou moins prononcée. Dans quelques cas l’érythème se termine par délitescence après une durée éphémère (ergth. fugace). Tels sont les caractères et la marche de l’érythème qu’on nomme simple ou léger.
Variétés . — L’éruption se présente quelquefois avec d’autres apparences, qui ont fait admettre plusieurs variétés d’érythème. Les seules qu’il importe de connaître sont les érythèmes populeux et noueux.
Dans l’érythème papuleux ( ergth. papulation de Willan), les plaques, irrégulièrement arrondies, ont un volume qui varie entre celui d’une lentille et celui d’un centime; d’un rouge vif, puis violacé, surtout au centre, elles forment un léger relief, sont dures et connue papuleuses. Si la saillie est plus considérable et la dureté plus grande , l’érythème est nommé tuberculeux ( tuberculalum ) par Willan, et dans les cas où les plaques , très proéminentes , semblent se détacher de la peau parleur circonférence, l’érythème a été appelé marginal (i marginatum); mais ces deux “dernières distinctions offrent peu d’intérêt.
Quoi qu’il en soit , l’érythème papuleux se remarque surtout chez les jeunes gens et les femmes. 11 occupe presque toujours le cou , la poitrine, les bras, la face dorsale des mains ou des avant-bras. Il est sou- >ent précédé d’un état de malaise , et s’accompagne parfois de fièvre.
2° L’ érythème noueux ( ergth. nodosum ) est une forme fréquente , qu’on rencontre surtout chez les femmes et les sujets jeunes. L’éruption occupe particulièrement les membres , et surtout la face antérieure des jambes. Elle se présente sous forme de taches rouges, ovales, ayant de
DES lNFIAMMATiOiNS.
5 à 25 millimètres de diamètre, et très douloureuses. Eu promenant la main à leur stîrfacc , on sent qu’elles sont saillantes et qu’elles forment de véritables nodosités. Au bout de quelques jours, les plaques sont moins dures; parfois elles sont molles, et donnent, quand on les presse, la sensation d’une fluctuation douteuse. Cependant aucun liquide n’est jamais épanché dans les mailles des tissus. Cette éruption, qui est souvent précédée et accompagnée de malaise , de perte d’appétit et de fièvre , disparaît progressivement après une durée de douze ou quinze jours , laissant après elle une couleur noire ou jaunâtre de la peau , comme si cette membrane avait été meurtrie, ecchymosée.
Érythème épidémique de Paris. — Je ne parlerai ici que pour mémoire d’un érythème épidémique observé à Paris en 1828 : cette maladie a reçu le nom d 'acrodynie, mais on n’a plus occasion de l’observer aujourd’hui. On en trouvera la description dans les recueils scientifiques de l’époque, et dans le 1er volume du Compendium et du Dictionnaire \ de médecine. D’ailleurs l’érythème n’était peut-être ici qu’un épiphénomène.
Diagnostic. — Le diagnostic différentiel de l’érythème sera discuté à l’occasion de chacune des maladies avec lesquelles on pourrait le confondre.
Pronostic. — Le pronostic n’offre jamais de gravité.
Etiologie. — L’érythème affecte surtout les enfants, les jeunes gens et les femmes. Chez les enfants à la mamelle , il est le plus souvent produit par le contact prolongé des urines et des matières fécales; il siège alors aux cuisses , aux fesses , au scrotum. Un peu plus tard , et à l’époque de la dentition , des plaques d’érythème se montrent sur diverses parties du corps et surtout sur les joues. Chez les femmes, la suppression des règles est souvent la seule cause qui explique le développement d’un érythème noueux. Enfin , à tous les âges de la vie , la maladie peut être symptomatique d’une phlegmasie des voies digestives , ou bien elle est produite par la distension de la peau , comme dans l’anasarque ; elle se lie quelquefois à des accès de fièvre intermittente , ou à des accidents névralgiques. Enfin , certaines substances , et spécialement le baume de copahu, données à l’intérieur, peuvent produire un érythème qui occupe généralement une grande partie du corps.
Traitement. — La plupart des érythèmes cèdent à l’expectation. Il est pourtant généralement avantageux de donner aux malades des bains lièdes , des boissons acidulés et quelques minoratifs. Dans l’érythème noueux , si les douleurs sont vives, on couvrira la partie d’un cataplasme de fécule arrosé d’une décoction de têtes de pavot, à laquelle on ajoutera une petite quantité de sous-acétate de plomb. Il est excessivement rare qu’on soit forcé de recourir aux émissions sanguines. Lorsque l’érythème, se développant entre les plis de la peau, s’accompagne de gerçures et
DE LA ROSÉOLE.
d'excoriations , on fera des lotions avec l’eau blanche , on saupoudrera les points avec de l’amidon ou de la poudre de lycopode, et on séparera les parties contiguës de la peau avec de la charpie sèche et râpée, ou avec un linge très fin.
DE LA ROSÉOLE.
La roséole ( rubeola ) est un exanthème non contagieux, caractérisé par des taches rosées , non proéminentes , diversement figurées , n’ayant qu’une durée éphémère , et généralement précédée et accompagnée de fièvre.
Symptômes. — L’éruption de la roséole est souvent précédée de malaise et de fièvre; d’autres fois elle a lieu sans prodromes; elle est constituée par des taches irrégulièrement arrondies, et généralement plus larges et moins nombreuses que celles de la rougeole. Parfois ces taches se montrent sous forme d’anneaux roses, avec des aires centrales qui conservent la couleur delà peau ( ros . annulata de AVillan). D’un rose plus ou moins foncé, ces taches occupent une partie ou la totalité du corps ; elles s’accompagnent généralement de prurit et de picotements à la peau. Beaucoup de malades éprouvent aussi un peu de chaleur à la gorge et de douleur pendant la déglutition, accidents qui s’expliquent par des taches analogues qui existent au pharnyx. L’éruption , après être restée stationnaire pendant vingt-quatre heures, commence bientôt à pâlir, et vers le cinquième jour , il n’en existe plus de trace. Quelquefois cependant on remarque un peu de desquamation. En général , la roséole qui règne dans les saisons chaudes est celle qui produit le plus de malaise et de fièvre; l’éruption offre enfin une teinte plus foncée; le prurit est plus marqué (ros. œstiva de Willan).
Diagnostic. — D’après ce que je viens de dire, il est impossible de confondre la roséole avec la rougeole vulgaire ou régulière, par l’absence dans la première des symptômes de catarrhe , parce que les taches sont plus régulières, plus circonscrites, plus grosses que dans la rougeole. Cependant il faut convenir que > dans quelques cas , les caractères de l’éruption sont à peu près les mômes dans les deux maladies; si surtout il n’èxisle point de symptômes de catarrhe, il serait le plus souvent impossible de déterminer si on a affaire h une roséole ou à une rougeole sans catarrhe. Cette dernière sera probable si l’éruption survient dans une famille où règne la rougeole; mais la distinction est impossible lorsque la maladie est sporadique.
Pronostic. — Le pronostic n’est jamais grave.
Etiologie. — La roséole affecte spécialement les femmes et les enfants, surtout à l’époque de la dentition ; elle règne plus souvent dans l’été et l’automne. L’impression du froid, un exercice forcé, des émo-
DES INFLAMMATIONS
tious morales, une phlegmasie viscérale, une inflammation gastro-intestinale surtout, peuvent la provoquer.
Traitement . — Le repos, une température douce, quelques boissons délayantes, sont les seuls moyens qu’il convient d’employer contre cette maladie, qui, même lorsqu’elle est légère, n’exige aucune espèce de traitement.
de l’érysipèle.
Synonymie. — Erysipelas ; fièvre érysipcïaleusc (de Êpvw, j’ attire, cl iréÀaç, auprès, ou hicn de ipvQpoç, rouge).
L’érvsipèle est une inflammation exanthématique , extensive et non contagieuse, caractérisée par une rougeur vive de la peau avec dureté et léger gonflement de cette membrane , et se terminant généralement par résolution et desquamation, quelquefois par suppuration, et plus rarement encore par gangrène.
Anatomie pathologique. — Il n’est pas vrai de dire avec beaucoup de personnes que l’érysipèle ne laisse aucune trace sur le cadavre ; car si, après la mort , la peau qui en a été le siège cesse d’être rouge , elle conserve du moins une teinte brunâtre ou violacée ; l’épiderme est froncé et se détache avec facilité ; le derme est quelquefois injecté , violacé, comme ecchymosé, plus humide, épaissi et un peu friable; le tissu cellulaire sous-cutané est souvent œdémateux , quelquefois on y trouve du pus infiltré ou réuni en foyer; enfin la peau et le tissu cellulaire peuvent être mortifiés dans une étendue plus ou moins considérable.
Ces lésions sont à peu près les seules qu’on puisse constater ; on dit pourtant avoir trouvé les lymphatiques, les artères et surtout les veines J de la peau enflammées et remplies de pus (Ribes, Copland, Cruveilhier, Blandin ) ; mais ces vaisseaux sont tellement déliés dans l’épaisseur du derme, qu’il nous paraît impossible de constater quel est leur mode d’altération. Nous ne nions pas pourtant qu’on n’ait quelquefois rencontré du pus dans les veines et les lymphatiques sous-cutanés ; mais ces lésions ne sont probablement que consécutives; d’ailleurs elles nous paraissent indépendantes de l’érysipèle lui-même , et se rattachent bien plutôt à la suppuration du tissu cellulaire, c’est-à-dire à l’existence d’un érysipèle phlegmoncux. M. Rayer professe à peu près la même opinion.
Symptômes , marche. — L'érysipèle est presque toujours précédé de quelques phénomènes précurseurs , tels que malaise , lassitude , fièvre , céphalalgie , anorexie , bouche amère , vomissement , etc. Mais un des symptômes les plus remarquables et les pluscommuns, puisqu’on l’observe dans les deux tiers des cas , est l’engorgement douloureux des ganglions Lymphatiques qui reçoivent les vaisseaux provenant de la partie qui doit
DE L’ÉRYSIPÈLE
être atteinte d’érysipèle , quoique la peau ne présente encore aucune mol dification appréciable dans sa couleur , dans son épaisseur, dans sa température et sa sensibilité. Cet engorgement des ganglions, sur lequel M. Chomel a surtout appelé l’attention, précède d’un, deux ou trois jours Je développement de l’érysipèle. Nous avons même vu plusieurs fois ce symptôme devancer la rougeur de sept, huit et même neuf jours. Le nombre des ganglions affectés , leur tuméfaction , leur sensibilité , sont généralement proportionnés à la gravité et à l’étendue que l’érysipèle aura. Cependant il existe à ce sujet de nombreuses exceptions.
L’érysipèle est caractérisé à son début par une rougeur plus ou moins circonscrite, dont la teinte varie depuis le rose tendre jusqu’au rouge écarlate ou violacé. Elle disparaît ou diminue, du moins momentanément, par la pression du doigt. A son niveau, la peau est tendue, luisante, manifestement épaissie et gonflée: ce qu’on apprécie très bien par le toucher. Si, en effet, on promène le doigt sur les limites de la rougeur, on sent en ce point un petit bourrelet; d’ailleurs le gonflement peut devenir très considérable, si l’érysipèle envahit une partie dont le tissu cellulaire est lâche, comme les paupières ou les lèvres de la vulve, ou bien encore lorsque , quelle que soit la partie du corps , l’inflammation se propage au tissu cellulaire subjacent ( érysipèle phlegmoneux). La peau affectée est le siège d’une douleur vive, tensivc ou prurigineuse, que la pression exaspère. Sa température est augmentée; elle paraît d’ailleurs plus considérable qu’elle n’est réellement, puisqu’elle ne dépasserait guère que de 3 ou U degrés la température normale, dit-on. Les mouvements sont difficiles ou rendus même impossibles. Enfin , si l’érvsipèle a une certaine étendue, il s’accompagne de symptômes généraux : ainsi, il y a une fièvre souvent intense, de la céphalalgie , de l’agitation et du délire , des frissons irréguliers , de la soif, de l’inappétence , des nausées , des vomissements, de la constipation ou de la diarrhée. Cependant l’érysipèle ne reste presque jamais borné dans les points qu’il a primitivement occupés ( érysipèle fixe ); mais l’un des caractères les plus remarquables de cette affection est de tendre sans cesse à envahir de nouvelles surfaces. Dans la plupart des cas, l’inflammation s’étend de proche en proche : on dit alors que l’érysipèle est serpigineux ; il peut ainsi envahir successivement toute la surface du corps. Ou bien il se porte dans un point plus ou moins éloigné, en respectant les parties intermédiaires : on le nomme alors ambulant ; ce mode d’extension est le plus rare. Enfin il arrive assez souvent qu’en examinant au-delà des points où l’érysipèle semble limité , on aperçoit, disséminées çà et là, des taches rosées, irrégulières, qui bientôt se réunissent en une seule plaque franchement érysipélateuse. Il ne paraît pas qu’on ait jamais vu d’érysipèle universel , c’est-à-dire recouvrant toute la peau dans un seul et même instant. Les faits , soit anciens , soit modernes , qu’on cite comme des
DES INFLAMMATIONS
exemples d’érysipèle universel , 11e sont pas concluants , car il est facile de prouver que la plupart d’entre eux ne sont que des scarlatines méconnues , ou bien des érysipèles erratiques et ambulants. Après avoir persisté à un certain degré pendant quatre ou cinq jours, la tension diminue d’intensité ; la surface pâlit , prend une teinte jaunâtre ou violacée, l’épiderme se ride ; la douleur et la chaleur s’éteignent. La meme série de phénomènes se reproduit dans les points qui ont été successivement envahis , et s’il y a eu entre chaque éruption un intervalle de trois , quatre ou cinq jours , on pourra , sur le même sujet, étudier la maladie dans ses différentes phases.
Terminaisons. — La plupart dés érysipèles se terminent par résolution, avec desquamation de l’épiderme dans la partie affectée. La peau conserve ensuite pendant une ou plusieurs semaines une couleur violacée ; le derme est épaissi , œdémateux. Dans les cas où l’érvsipèle a occupé plusieurs fois le même point , la peau peut conserver pour toujours une teinte bleuâtre ; la partie reste empâtée , œdémateuse : c’est ce qu’on observe surtout chez les vieillards dont les extrémités inférieures ont été plusieurs fois atteintes d’érysipèle.
On a dit que l’érysipèle pouvait se terminer par délitescence ; mais ces faits , qui sont d’ailleurs très rares , se rapportent peut-être plutôt à l’érythème qu’à l’érysipèle. Dans ces cas , l’érvsipèle disparaîtrait brusquement , et pour toujours , sans laisser de traces de son existence; ou bien il se reproduirait sur un point plus ou moins éloigné ( érysipèle erratique ou métastatique). On a dit encore que la métastase, se faisant sur un organe intérieur, pouvait être suivie des plus graves accidents; mais l’observation n’a pas encore justifié ces craintes; car la délitescence, loin d’être la cause de quelque accident, paraîtrait être au contraire presque toujours consécutive à une pldegmasie d’un organe im- ■ portant. Enfin l’érysipèle peut se terminer par suppuration ; il peut aussi produire l’ulcération de la peau , avec gangrène de cette membrane et des tissus subjacents ; mais ce sont là des terminaisons qu’on peut appeler accidentelles, et dont nous parlerons plus bas avec quelques détails.
D’après ce qui précède , on a pu voir que l’érysipèle avait une marche toujours aiguë et continue ou exacerbante; mais après avoir cessé, la maladie peut se reproduire dans les mêmes points , soit spontanément , soit par quelque imprudence des malades, comme lorsqu’ils s’exposent à l’air froid ou qu’ils commettent des écarts de régime. Toutefois ces rechutes sont peu graves ; la fièvre est peu intense , et la maladie a une durée beaucoup moins longue que dans la première attaque. Il est des individus chez lesquels les érysipèles se reproduisent au bout d’un temps plus ou moins long, quelquefois une ou plusieurs fois palan , et toujours aux mêmes époques ( Lorry , Frank ). On dit aussi avoir
DE L’ÉRYSIPÈLE
vu quelquefois la maladie se reproduire périodiquement à de courts intervalles, et suivant un des types propres aux fièvres intermittentes. L’érysipèle présente, en général, d’autant moins d’intensité qu’il s’est déjà reproduit un plus grand nombre de fois chez le même individu.
Durée. — Tels sont les symptômes et la marche ordinaires de l’érysipèle, dont la durée moyenne est de douze à quinze jours pour une première attaque , et de cinq à huit pour les attaques subséquentes.
Cependant l’érysipèle ne se présente pas toujours avec les caractères que nous venons de lui assigner. La maladie présente, au contraire, des variétés nombreuses relatives , 1° aux phénomènes locaux , 2° aux symptômes généraux et sympathiques , 3° à son siège , U° à ses modes de terminaison.
1° Variétés de l'érysipèle relatives aux phénomènes locaux. Lorsque l’érysipèle est très intense, de la sérosité est exhalée sous l’épiderme, qu’elle soulève. On voit alors se dessiner sur la surface enflammée, tantôt de petites vésicules semblables à celles de l’eczéma, (érys. eczémateux ou miliaire)'; d’autres fois ce sont des vessies, des ampoules (érys. phlyctênoïde , pemphygoïde ou huileux). Le liquide qui soulève l’épiderme , au lieu d’être séreux , peut devenir lactescent , et même tout-à-fait purulent (érys. pustuleux). Enfin quelquefois l’ampoule est remplie par un sang noirâtre, qui finit par se dessécher , qui d’autres fois infiltre le tissu du derme, et produit alors dans les deux cas, à la surface de la peau, des plaques noirâtres, qui effraient souvent les personnes inexpérimentées , et leur font croire à l’existence d'une gangrène. Quoi qu’il en soit , les vésicules distendues se déchirent , ou bien le liquide qu’elles contiennent se résorbe en partie , le reste se concrète, l’épiderme se fronce et se durcit, et il se forme une croûte blanche, grise ou noirâtre, qui tombe au bout de quelques jours. Fréquemment aussi l’érysipèle produit une infiltration séreuse du tissu cellulaire subjacent ; on dit alors qu’il est œdémateux. Dans ce cas , la peau est lisse, unie, brillante; si on la comprime avec le doigt, on produit une dépression , comme dans toute partie œdémateuse. Cette forme de l’érysipèle se remarque surtout là où le tissu cellulaire est naturellement lâche, ou bien chez les sujets lymphatiques, débiles, affaiblis. Enfin, dans un grand nombre de cas , la phlegmasic de la peau se propage au tissu cellulaire subjacent; on dit alors que l’érysipèle est phlegmoneux. Dans cette forme de la maladie , la peau est plus dure , plus tendue , la rougeur ne disparaît plus par la pression , la tuméfaction des parties est considérable, les symptômes généraux et sympathiques sont plus graves; et c’est surtout alors qu’on voit la maladie se terminer par suppuration et par gangrène.
2° Variétés des érysipèles relativement aux symptômes généraux et
DES INFLAMMATIONS
sympathiques. — Il est rare que l’érysipèle soit tout-à-fait apyrétique. L’absence de fièvre ne se remarque que dans les cas où la maladie est très bénigne , et bornée à un petit espace. Presque toujours il existe un appareil fébrile proportionné à l’intensité et à l’étendue de la phlegmasie cutanée. Le plus souvent la réaction est franche , et on observe la série de symptômes de l’état inflammatoire. Ailleurs on voit l’appareil symptomatique qui caractérise les formes adynamique et ataxique des fièvres graves. Cette variété se remarque spécialement sous l’influence de certaines constitutions médicales, ou lorsque l’érysipèle survient chez des individus affaiblis par l’âge et les privations , ou bien encore lorsque la maladie s’est terminée, sur une grande étendue, par suppuration et surtout par gangrène. Enfin , une des variétés les plus remarquables et les plus fréquentes de l’érysipèle est celle qu’on nomme bilieuse , parce qu’elle se complique d’embarras gastrique ; la bouche est amère , la soif vive , la langue, la peau , l’urine sont jaunâtres ; il y a des nausées , des vomissements et des déjections de nature bilieuse. Cette forme règne souvent d’une manière épidémique , surtout dans les hôpitaux et pendant les saisons chaudes et humides.
3° Variétés des érysipèles quant à leur siéye. — Je ne parlerai que de l’érysipèle qui affecte si communément la face et le cuir chevelu. L’érvsipèle de la tête débute presque toujours par la face et spécialement par le nez, le front ou la joue droite, et s’étend ensuite plus ou moins rapidement au reste de la figure et au cuir chevelu. C’est surtout dans les prodromes de cet érysipèle qu’on observe l’engorgement douloureux des ganglions sous-maxillaires et des parties latérales du cou. Lorsque toute la face est envahie , les individus sont devenus méconnaissables; les paupières, distendues, recouvrent les globes oculaires; les lèvres sont contournées, la bouche est entr’ouverte, l’articulation des sons 1 est difficile ou impossible , le nez a acquis un volume énorme, les narines sont sèches et obstruées par du sang et du mucus. Si la phlegmasic a envahi les oreilles et le conduit auditif externe , les malades éprouvent des bourdonnements et de la surdité. L’érysipèle de cuir chevelu est très rarement primitif; sauf le cas où il reconnaît une cause traumatique, il survient presque toujours consécutivement à un érysipèle de la face.
M. Chomel a parfaitement indiqué les phénomènes qui le distinguent de l’érysipèle de toutes 1 s autres parties du corps. En effet, dans l’érysipèle du cuir chevelu , la rougeur manque , ou du moins elle est équivoque, ou plutôt on découvre une légère teinte rosée ou bleuâtre qui tranche un peu sur la couleur grisâtre naturelle au cuir chevelu. Mais les sigues caractéristiques de la maladie sont une douleur tensive plus ou moins vive que la pression exaspère; enfin, en comprimant celte partie avec la pulpe du doigt , on produit une dépression en raison de l’infiltration œdémateuse du tissu cellulaire qui paraît être un phénomène à peu
Dli L’ÉRYSIPÈLE.
près constant. Il est inutile de dire que chez les chauves l’érysipèle du cuir chevelu s’accompagne d’une rougeur franche comme dans les autres parties. Les érysipèles de la face et du cuir chevelu sont les plus graves, car ils se compliquent souvent de délire, lequel toutefois est bien plus souvent sympathique que l’effet d’une phlegmasie des méninges ou du cerveau, ce qui est une complication assez rare.
U° Variétés relatives aux modes de terminaison. — Nous avons vu que la résolution n’était pas le seul mode de terminaison de l’érysipèle ; que celui-ci pouvait être suivi de suppuration de gangrène et d’ulcération. La suppuration peut avoir lieu à la surface de la peau; dans ce cas, l’épiderme est soulevé par du pus au lieu de l’être par de la sérosité; mais c’est là un fait peu important; il n’en est plus de même lorsque le pus se forme dans le tissu cellulaire sous-cutané, où le liquide est infiltré ou épanché. Ce mode de terminaison a rarement lieu dans toute l’étendue de la partie érysipélateuse, il est le plus souvent partiel ; ainsi , à la face , on l’observe presque exclusivement aux paupières. La suppuration est aussi un des accidents les plus graves de l’érysipèle du cuir chevelu ; on a quelquefois vu alors le pus décoller le péricrâne sur une grande surface , les os se carier, se nécroser et le tissu cellulaire être entraîné par lambeaux. Au milieu de ce désordre, la peau reste le plus souvent intacte et ne se mortifie pas comme le ferait la peau des membres si elle était largement dénudée. Dupuytren a explique ce fait remarquable par la disposition des artères , qui , au crâne , rampant entre l’aponévrose et la peau , adhèrent intimement à cette dernière, de sorte qu’elles continuent à alimenter celte membrane, même lorsque le tissu cellulaire sous-jacent a été détruit. Partout ailleurs, au contraire , lorsque la suppuration a désorganisé le tissu cellulaire souscutané, les vaisseaux qui le traversent sont eux-mêmes déchirés, oblitérés, détruits, et la peau, cessant d’être alimentée, est frappée de gangrène. Nous n’avons jamais vu les ganglions suppurer, même lorsqu’ils avaient été très tuméfiés et très douloureux.
La gangrène n’est pas toujours produite par l’intensité de la phlegmasie ; mais elle résulte souvent de l’état général cachectique des individus: c’est ainsi qu’elle est fréquente chez les vieillards , les enfans nouveaunés et les sujets débilités. La mortification peut frapper primitivement le tissu cellulaire ou la peau ; dans ce dernier cas c’est communément au centre d’une phlyctène que la gangrène se déclare. Celle-ci est un accident fréquent lorsque la peau que l’érysipèle envahit est mince , fine, et lorsqu’elle est doublée par un tissu cellulaire lâche; c’est ce qu’on voit, par exemple, dans l’érysipèle des paupières, du scrotum de la verge , et de grandes lèvres surtout chez les jeunes filles.
Si la suppuration et la gangrène sont limitées , il n’en résulte aucun accident grave; mais si elles occupent une grande étendue, on voit
DLS INFLAMMATIONS.
alors apparaître l’appareil symptomatique qui caractérise les états adynamique et ataxique.
Enfin l’ulcération est le mode de terminaison le plus rare de l’érysipèle ; on ne l’observe guère que dans certaines conditions graves de l’économie ; l’ulcération succède tantôt à une phlvctène , à une pustule ou à la chute d’une escarre. On peut , chez le même individu , observer à la fois plusieurs des modes de terminaison que nous venons d’indiquer; c’est ce qu’on voit surtout pour l’érysipèle de la face, qui se termine souvent par suppuration dans les paupières, par gangrène, sur les oreilles et par résolution partout ailleurs.
Diagnostic. — On peut souvent prédire le développement prochain d’un érysipèle , lorsqu’un individu présentera pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures un malaise, de la fièvre et un engorgement douloureux des ganglions lymphatiques sous-maxillaires et cervicaux ; car , s’il n’existe dans la bouche ni à la gorge aucune lésion qui puisse expliquer ces phénomènes, on peut annoncer presque à coup sûr qu’un érysipèle apparaîtra bientôt sur un point quelconque de la face ou du cuir chevelu. L’érvsipèle, une fois déclaré , sera facilement reconnu , et il sera impossible de le confondre avec la rougeole ou la scarlatine, avec la roséole, l’eczéma; ni avec l’érythème , ni même avec une simple rougeur produite par l’insolation ou par un sinapisme , etc. ; car cette dernière reste bornée sur la peau où elle s’est développée, sans gagner les parties voisines comme le fait l’érysipèle. En outre , la rougeur est superficielle , et la peau n’est ni indurée ni épaissie. Ces différences s’appliquent aussi à l’érythème simple , qui , d’ailleurs , est souvent disposé par taches ou par plaques, tandis que l’érysipèle occupe communément une large surface. L’érythème noueux ne pourrait en imposer non plus pour un érysipèle phlegmoneux, en raison de la circonscription de l’aspect et de la forme bosselée de la tuméfaction, etc.
Pronostic . — Lorsque l’érysipèle se développe chez des sujets bien portants, il est rare qu’il se termine d’une manière funeste, même lorsqu’il envahit successivement toute la surface du corps. Toutes choses égales d’ailleurs, celui qui occupe à la fois la face et le cuir chevelu est le plus fâcheux. L’extension de la phlegmasie au tissu cellulaire, la suppuration diffuse, la gangrène , les symptômes adynamiques et ataxiques, sont tout autant de circonstances qui doivent aggraver le pronostic. Enfin , l’érysipèle qui survient dans le cours d’une autre maladie, même lorsqu’il est peu intense, est toujours une circonstance fâcheuse; car s’il n’est pas assez grave pour entraîner la mort, il affaiblit du moins tellement les malades qu’il accélère le terme fatal; c’est ce qu’on voit spécialement dans la fièvre typhoïde et dans la plupart des maladies chroniques. L’érysipèle est une maladie également fort grave chez les nouveaux-nés , en raison de la faiblesse des sujets , des complications
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viscérales et de la fréquence de la gangrène; c’est ainsique sur quarantecinq cas d’érysipèles observés par Billard , Bang et OEsterleben , trente et un ont eu une issue funeste. L’crysipèle peut pourtant être utile quelquefois, en modifiant la marche de quelques affections chroniques et rebelles de la peau ; cependant il n’est pas très rare de voir le contraire.
Il importe souvent au pronostic, et pour l’appréciation rigoureuse des moyens thérapeutiques , de déterminer si l’érysipèle a de la tendance à s’étendre sur d’autres parties , ou s’il va rester stationnaire pour décroître ensuite. La considération de l’état général, et surtout la diminution de la fièvre , peuvent fournir quelque présomption favorable; cependant on devra surtout se fonder sur l’aspect même de l’exanthème. Si l’érysipèle offre une rougeur vive, et si aux limites de celle rougeur la peau gonflée forme un relief sensible , on peut prédire que l’érysipèle n’est pas encore usé, et que sous peu il envahira, quoi qu’on fasse, les parties voisines. Lorsqu’au contraire l’intensité de la rougeur va en diminuant , et que vers la circonférence il n’existe plus que quelques taches rosées irrégulières, on devra croire que la maladie est bornée.
Etiologie. — Tous les points de la peau peuvent être affectés d’érysipèle; mais nulle partie n’y est plus sujette que la face; on peut même dire que celle-ci est à elle seule plus souvent affectée d’érysipèle que toutes les autres régions du corps réunies. Cependant cette prédisposition de telle ou telle partie à être plus spécialement affectée d’érysipèle varie aux différents âges de la vie : ainsi , chez les jeunes enfants, l’érysipèle du tronc est le plus commun (Billard) , tandis que chez les vieillards, on observe plus souvent l’érysipèle des membres inférieurs; dans la jeunesse et l’âge adulte , c’est l’érysipèle de la face qui prédomine. Celui-ci est presque toujours primitif; il est très rare qu’il 11e se développe que par suite de l’extension d’un érysipèle né dans un point plus ou moins éloigné ; c’est le contraire pour l’inflammation du cuir chevelu. On observe l’érysipèle à tous les âges de la vie ; mais d’après les calculs de Neuman , la maladie aurait son maximum de fréquence entre vingt et quarante-cinq ans. Les statistiques de J. Frank, de MM. Chomel, Louis, et nos observations, s’accordent pour prouver que l’érysipèle de la face est plus fréquent chez la femme que chez l’homme. Si les constitutions et les tempéraments ont quelque part dans la production des érysipèles , cette influence est inconnue , tandis que ces circonstances influent certainement sur la forme de la maladie , qui est franchement inflammatoire chez les sujets sanguins, et œdémateuse chez quelques individus débiles. On 11e sait rien de précis sur les circonstanccsJiygiéniques qui prédisposent aux érysipèles; tout ce qu’on a dit des effets produits par des aliments épicés, des boissons fermentées, etc., ne doit être accepté que comme de simples assertions. O11 ignore également l’influence des climats et même des saisons; car si J. Frank regarde les érysipèles
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comme plus communs en hiver, MM. Chomel et Blanche les croient , au contraire , plus fréquents au printemps et surtout pendant l’automne. De temps en temps on voit les érysipèles régner en plus grand nombre, et devenir épidémiques sous l’influence de constitutions atmosphériques fort diverses. Il est des lieux où l’érysipèle règne, sinon habituellement, du moins fort souvent , de manière à pouvoir être regardé connue y étant endémique. On a signalé surtout certaines salles d’hôpitaux; c’est ainsi que la salle Saint-Côme de l'IIotel-Dieu de Paris, avant d’être restaurée, était célèbre par les érysipèles qu’on y observait presque endémiquement.
Il est incontestable que , dans la grande majorité des cas, l’érvsipèlc survient sans le concours manifeste d’aucune cause déterminante. D’autres fois, au contraire, la maladie est consécutive à l’actioiul’une cause matérielle, telle que l’insolation , une solution de continuité , cfes frottements, l’irritation trop vive d’un exutoire, etc. Cependant, sans nier l’influence que ces causes exercent, on ne peut contester, je pense, qu’elles ne peuvent agir qu’eii raison d’une prédisposition antécédente de la constitution , puisque ces mêmes causes ont souvent existé plusieurs fois chez le même sujet sans produire les mêmes résultats. Il faut donc reconnaître que , dans le cas spécial où elles ont été suivies d’un érysipèle, il a existé une cause inconnue quelconque, qui n’est autre que la prédisposition. Les causes occasionnelles peuvent hâter le développement de la maladie , la fixer sur tel point de la peau plutôt que sur un autre ; mais là seulement se bornent leurs effets. Ces principes sont exactement ceux que professe 31. Chomel ; nous les adoptons complètement , et nous croyons , avec lui , que l’érysipèle n’est jamais le résultat d’une cause externe , ou du moins, si une cause pareille concourt à sa production, elle n’a qu’une part secondaire à son développement; elle suppose le concours d’une cause interne , d’une disposition particulière que nous ne connaissons pas.
Traitement. — On a préconisé contre l’érysipèle une foule de médicaments et de méthodes de traitement , depuis l’expectation jusqu’aux médications les plus actives ; mais la thérapeutique de cette maladie devra varier suivant les formes que celle-ci présente. Lorsque l’érysipèle est bénin , lorsqu’il s’accompagne de peu de fièvre , lorsqu’il se reproduit chez un sujet qui en a déjà eu plusieurs atteintes, on pourra alors ne faire qu’une médecine presque expectante. Les malades seront placés dans une température douce , la partie phlogosée sera mise dans la position la plus favorable pour favoriser la circulation veineuse; on donnera des boissons douces , acidulés ; cependant il sera utile de joindre à ces moyens l’emploi de quelques révulsifs sur la peau (sinapismes, pédiluves) et sur le tube digestif (laxatifs). C’est dans les cas dont je parle qu’il est permis d’employer une médecine peu active ou même expec-
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tante. Mais nous ne saurions approuver ici ceux qui ont voulu appliquer indistinctement la méthode de l’expectation au traitement de tous les érysipèles. L’observation journalière prouve, en effet, que lorsque la maladie affecte un individu dans la force de l’âge, et qu’elle s’accompagne d’une vive réaction fébrile, lorsqu’enfm le pouls est large, dur, développé, il est utile ou plutôt urgent de pratiquer une ou même plusieurs saignées. Ces émissions sanguines modéreront la fièvre , borneront peutêtre l’érysipèle, mais il ne faut pas espérer qu’on l’arrêtera brusquement, ni même qu’on abrégera beaucoup sa durée ; c’est ce qui résulte, en effet, des recherches de M. Louis, dont nous avons nous-même vérifié toute l’exactitude.
Nous ne dirons rien de M. Bouillaud , quoiqu’il prétende guérir les érysipèles avec une facilité et une rapidité étonnantes ( textuel), en leur appliquant la formule des saignées coup sur coup; car , en consultant les trois exemples d’érysipèle intense publiés par l’auteur dans sa Clinique , et qu’il a traités d’après sa méthode, on voit que, dans un cas, l’érysipèle a parcouru une partie du corps , et a duré vingt et un jours (obs. 3e) ; que , dans un autre { obs. 4e) , on n’a pu empêcher la formation d’abcès multiples : l’affection a persisté pendant trente-cinq ou quarante jours , et huit mois après la malade n’avait pas encore quitté l’hôpital; enfin, dans le cas le plus favorable, la durée de l’érysipèle fut de treize à quinze jours. Pour couronner ces résultats, disons que les trois malades de M. Bouillaud , épuisées par les saignées et par la maladie , devinrent tout-à-fait anémiques. L’expérience des siècles s’est depuis longtemps prononcée contre l’emploi des saignées abondantes dans le traitement des érysipèles; car les pertes de sang ont pour résultat de favoriser le développement des accidents ataxiques, de prostrer les forces, qu’il faut ménager, surtout lorsque l’érysipèle a de la tendance à s’étendre, à devenir vague, car alors sa durée est indéterminée.
Lorsque les émissions sanguines sont indiquées, il faut préférer la saignée générale aux sangsues, qui offrent plusieurs inconvénients; ainsi, appliquées sur l’érysipèle , elles le font souvent passer à l’état phlegmoneux , et si on les met dans le voisinage , les piqûres sont souvent le foyer, le point de départ d’un nouvel érysipèle, si le sujet y est très prédisposé ou si on observe en temps d’épidémie.
Nous croyons qu’en règle générale on doit s’abstenir de tous les topiques qu’on a conseillés, soit pour modérer l’inflammation de la peau , soit pour la limiter dans le point qu’elle occupe. Cependant, lorsqu’il y a beaucoup de tension , lorsque la phlegmasie gagne le tissu cellulaire , nous pensons qu’il est utile de plonger la partie malade dans un bain prolongé, et de l’entourer de cataplasmes de fécule de pommes de terre modérément chauds. Ces deux moyens sont impraticables ou incom-
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