‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interneChapitre 101 sur 140 · O TT · texte numérisé non relu

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modes dans l’érysipcle de la face. On a beaucoup vanté l’emploi des fomentations froides, astringentes; le camphre en poudre avec ou sans ' mouchetures , l’alcool camphré étendu d’eau , un mélange de basilicum et d’huile essentielle de térébenthine (Uniment de Kentisch), une solution de nitrate d’argent, le protosulfate de fer en lotion (30 grammes par litre d’eau) ou en pommade (8 grammes pour 32 d’axonge) ; enfin on a même conseillé l’emploi du cautère actuel et du moxa : mais aucun de ces moyens n’a l’efficacité qu’on lui attribue, et la plupart sont dangereux. Pendant plusieurs années, le vésicatoire , appliqué au centre même de l’érysipèle , a joui d’une grande faveur en France. On sait j que celte méthode, ancienne déjà de deux siècles, préconisée par Petit de Lyon, fut adoptée par Dupuytren, qui la regardait comme très effi- | cace. Cependant, en consultant les faits que j’ai recueillis à la clinique même de ce grand maître, je me suis convaincu que le vésicatoire n’avait le pouvoir ni de borner l’érysipèle ni d’en abréger la durée. Mais il est certain que je n’ai jamais vu aucun accident résulter de l’application d’un ou plusieurs vésicatoires mis sur les parties de la peau qui étaient le plus enflammées et qu’ils n’ont laissé aucune trace après eux.

Dans ces derniers temps , on a encore préconisé contre les érysipèles les onctions avec l’onguent mercuriel; mais il est reconnu aujourd’hui que la plupart des guérisons attribuées à ce médicament doivent être uniquement rapportées à la marche naturelle de la maladie. D’ailleurs nous regardons cette médication comme dangereuse, et nous voulons qu’on la proscrive tout à-fait, car elle produit souvent des salivations incommodes , interminables , et deux fois j’ai vu la vie des malades en péril par suite d’un gonflement énorme de la langue , qui empêchait la déglutition et gênait l’entrée de l’air. Quelques personnes ont encore conseillé les onctions avec l’axonge fraîchement préparée. Ce moyeu , que • nous avons vu employer par M. Martin Solon, nous a paru , en effet , diminuer la sensation de brûlure et de tension des parties affectées ; mais ces soulagements sont en général de très courte durée. Enfin, pour terminer, nous mentionnerons la compression comme un moyen efficace et qu’on a conseillé dans l’érysipèle. Cependant il serait dangereux de l’employer lorsque la phlegmasie est encore intense; mais ce n’est guère que lorsque la maladie est à son déclin , lorsque le derme reste épaissi et le tissu cellulaire œdémateux , que la compression est réellement utile.

Parmi les moyens qu’on a préconisés pour borner les érysipèles, on distingue surtout la cautérisation avec le nitrate d’argent, et les vésicatoires. On a dit, en effet, qu’en cautérisant légèrement le peau avec un crayon de nitrate d’argent au pourtour de l’érysipèle , ou bien en appliquant sur les limites de l’exanthème un vésicatoire de quelques centi-

DE L’ÉRYSIPÈLE

mètres de large, on bornait la maladie et on l’empêchait d’envahir de nouvelles parties. Mais nous regardons ces moyens comme n’ayant pas l’efficacité qu’on leur attribue. Si quelques médecins ont cru à la puissance des vésicants et des escarrotiques pour borner la maladie , c’est qu’ils ont attribué à ces agents thérapeutiques ce qui n’était qu’un efict de la marche naturelle de la maladie. Ainsi , lorsqu’on a cautérisé ou qu’on met un vésicatoire autour d’une surface érysipélateuse dont le pourtour offre une rougeur peu vive , mal circonscrite , parfois disséminée par plaques, et sans relief du derme , il n’y a rien d’étonnant que la maladie ne franchisse pas les limites qu’on lui a tracées ; car, aux caractères que je viens d’indiquer, on doit soupçonner que l’érysipèle a déjà de la tendance à s’arrêter spontanément. Mais pour apprécier le degré d’efficacité des moyens dont je parle, il faut les employer exclusivement , comme nous l’avons d’ailleurs fait nous-même avec M. CI10mel, au pourtour d’érysipèles qui , bien circonscrits, rouges, durs et formant relief à leur circonférence , présentent tous les caractères extérieurs qui indiquent que la maladie n’est pas usée, et qu’elle a de la tendance à envahir de nouvelles surfaces. Or nous affirmons que le vésicatoire ou la cautérisation employés dans ces circonstances sont sans effet, et n’empêchent pas l’érysipèle de s’étendre au-delà. Cette opinion est aussi celle de M. Requin, du moins pour ce qui concerne l’azotate d’argent.

L’érysipèle peut présenter encore quelques indications spéciales à remplir, résultant de ses complications. Ainsi, les signes d’embarras gastrique seront combattus par les évacuants. Dans certaines constitutions épidémiques, il suffit d’obéir à cette indication pour modifier rapidement la marche de la maladie. Si la prostration est grande , le pouls petit , dépressible, il faudra soutenir les forces par l’emploi des toniques, des cordiaux ; enfin , si le délire survient , on en recherchera la cause. Dépend-il de l’intensité de l’érysipèle ou d’une phlegmasie des méninges,

I on insistera sur les antiphlogistiques ; coïncide-t-il avec l’adynamie, on ! donnera les toniques. Enfin , le délire est-il l’effet d’une simple perversion nerveuse, on tentera l’emploi de quelques antispasmodiques, et surtout du musc ou du camphe uni au nilre et à l’opium. Il est encore des indications spéciales suivant le mode de terminaison de la maladie. Ainsi ! une collection purulente s’est-elle formée , il faut lui donner issue. L’érysipèle s’est-il terminé par gangrène, on favorise la chute des escarres; par des cataplasmes émollients, si 1# mortification est l’effet de l’intensité de l’inflammation ; par des topiques excitants tels que le styrax , le kina , le chlore , si la gangrène est l’effet de la débilité ou d’un état cachectique. Enfin , dans l’érysipèle ulcéreux , on observe les soins de propreté, on panse les solutions de continuité avec du cérat, et si l’ulcération faisait trop de progrès , il pourrait être nécessaire d’essayer à la borner par la cautérisation.

DES INFLAMMATIONS

Enfin , il est quelques précautions à prendre quand l’érysipèle affecte certaines parties du corps. Ainsi la maladie occupe-t-elle la face, on se hâtera d’enlever les boucles d’oreilles, car la constriction produite par elles pourrait amener la gangrène du lobule si l’érysipèle s’étendait jusqu’à lui. Dans l’érysipèle de la vulve, il faudra interposer entre les grandes et les petites lèvres un plumasseau de charpie ou un linge fin, afin de prévenir les adhérences qui se sont quelquefois établies entre ces parties à la suite de leur érosion ou de leur ulcération.

Il est des individus très prédisposés aux érysipèles, et qui contractent cette maladie à certaines époques plus ou moins déterminées; il n’y a aucun moyen pour la prévenir. Les bains , les boissons acidulés , tempérantes , les apéritifs , les amers , les purgatifs qu’on conseille dans ces cas, ont rarement les effets que quelques personnes en espèrent.

Nature. — On a beaucoup discuté ou plutôt divagué sur la nature de l’érysipèle , qu’on a regardé pendant longtemps comme produit par la stagnation ou l’altération de la bile. Il est incontestable que l’érysipèle est une phlegmasie cutanée; mais est-ce une inflammation simple; ou bien l’altération de la peau 11e serait-elle qu’un des symptômes d’un état général ? Dans l’état actuel de la science , il est impossible de répondre à cette question ; cependant nous dirons , avec MM. Chomel et Blache, que si on considère la mobilité de l’érysipèle , le trouble des fonctions digestives , la disproportion qu’il y a souvent entre les symptômes généraux et le peu d’étendue de la phlogose cutanée, enfin l’insuffisance des moyens antiphlogistiques et le développement presque toujours spontané de la maladie , on sera autorisé à penser que les phénomènes inflammatoires dont les téguments sont le siège ne constituent pas toute la maladie. Cependant nous ne croyons pas avec Rust qu’on puisse considérer l’érysipèle comme une fièvre exanthématique.

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