‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interneChapitre 99 sur 140 · INFLAMMATION BU TISSU MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

INFLAMMATION BU TISSU MUSCULAIRE

L’inflammation du tissu musculaire a reçu les noms de myosite ou myositis. C’est une affection extrêmement rare , et dont beaucoup de médecins contestent même l’existence. Il semble, en effet, que le tissu musculaire est un de ceux qui sont le moins susceptibles d’inflammation ; c’est ce dont on peut s’assurer tous les jours en étudiant les phénomènes qui se passent dans toutes les plaies musculaires, et spécialement à la suite de l’amputation des membres. On reconnaît, en effet, dans ces cas , que la fibre musculaire ne subit aucun changement de vitalité , tandis que les gaines celluleuses sont le siège exclusif des altérations qui survienneent , soit que l’inflammation soit adhésive, soit qu’elle devienne suppurative. Le pus qu’on trouve quelquefois infiltré ou épanché dans les muscles est bien moins l’effet d’un travail phlegmasique local que de cet état grave de l’économie qu’on observe dans la morve et les résorptions purulentes. D’ailleurs, lorsque la suppuration est produite par une inflammation locale franche, celle-ci n’atteint peut-être jamais primitivement la fibre musculaire ; mais elle siège d’abord dans le tissu cellulaire interflbrilaire , et ce n’est que consécutivement que la fibre charnue est elle-même envahie. En examinant l’état des parties à différentes périodes de l’inflammation , on reconnaît que dans un premier degré de la maladie le tissu cellulaire interstitiel s’injecte, rougit, s’épaissit, de manière que chaque fibre est emprisonnée dans une sorte de coque solide. Dans cet état, le tissu charnu comprimé se décolore; d’autres fois, au contraire, il devient d’un rouge violet. Dans l’un et l’autre

DES INFLAMMATIONS

cas, le muscle est plus volumineux, et il est devenu plus friable. Si plus tard la suppuration s’établit, les fibres charnues prennent une teinte jaunâtre; elles sont plus friables, mais la suppuration n’existe que dans leurs interstices. Quelquefois elles ont subi de distance en distance des solutions de continuité; dans ce point existe alors une petite excavation remplie d’un pus blanc ou rougeâtre ; enfin , ailleurs , la texture musculaire n’existe plus; l’organe est transformé en une masse homogène, qu’on dirait être exclusivement formée par du tissu cellulaire enflammé. Lorsque la guérison survient après de pareilles altérations , le muscle a diminué de volume, il est souvent même atrophié; cet état est toujours incurable.

Tous les muscles du corps peuvent être atteints d’inflammation , mais les auteurs ont surtout étudié celte altération dans le cœur , le diaphragme et les psoas. Nous avons parlé, à l’article Cardite , de l’inflammation du tissu cellulo-musculaire du cœur. Nous ne dirons rien de l’inflammation du diaphragme, car nous ne possédons encore sur elle aucune observation précise. Il est surtout impossible de mettre à profit la description des auteurs qui , sous les titres de paraphréncsic , phrénite , diaphragmatüe , diaphragmite , mots synonymes, et qui signifient tous inflammation du diaphragme , ont confondu des affections très différentes, et notamment les pleurésies ou les péritonites diaphragmatiques, l’inflammation du tissu cellulaire et des organes voisins, et même certaines affections aiguës des centres nerveux.

DU PSOITIS.

Les psoas sont, de tous les muscles du corps, ceux qu’on trouve le plus souvent supputés, par suite d’un travail phlegmasique local. Cependant il n*existe peut-être pas encore dans la science d’observation 1 qui démontre d’une manière certaine que le travail inflammatoire a primitivement affecté la fibre musculaire. Tout porte à croire, au contraire, que dans tous les cas de psoïtis publiés jusqu’à ce jour, et quelle qu’ait été la cause de la maladie, le pus s’est formé tantôt aux dépens du tissu cellulaire enflammé ; d’autres fois ce fluide , fourni par une carie vertébrale, a fusé dans la gaine du muscle où il s’est arrêté.

Dans l’un et l’autre cas pourtant , les fibres musculaires peuvent disparaître, tantôt par atrophie, tantôt par suite d’une véritable destruction ; on les retrouve alors dans le foyer , sous forme d’un détritus rouge ou noirâtre , ou bien elles sont encore reconnaissables , mais décolorées ou d’un rouge foncé, noirâtre , verdâtre, et ramollies. Il est rare que la suppuration n’envahisse que le psoas; presque toujours, en effet, le foyer occupe en même temps le muscle iliaque, le tissu cellulaire sous-péritonéal , où a été ordinairement son point d’origine.

DU PSOÏTIS. 529

Quel que soit le mode de formation des abcès du psoas , les auteurs ont cru qu’on pouvait les reconnaître aisément à une douleur siégeant dans la région lombaire , et qui s’irradie dans la fosse iliaque , dans l’aine, la fesse et la cuisse correspondantes; le membre inférieur de ce côté est plus ou moins rétracté, et il est impossible de le ramener à l’extension complète; le pied est dans la rotation en dedans ; enfin, une tumeur fluctuante se dessine successivement dans la région lombaire , dans la fosse iliaque et le pli de l’aine. Cependant, quoiqu’on prétende le contraire, nous affirmons, d’après plusieurs faits observés par nous, que la rétraction du membre et l’impossibilité de l’étendre , que les douleurs, les tiraillements dans les lombes, ne sont pas un symptôme constant de la suppuration du psoas, puisque nous les avons vus manquer plusieurs fois dans des cas où le muscle était complètement détruit. En outre , nous avons retrouvé les mêmes accidents dans les phlegmons des fosses iliaques , lorsque les muscles de ce nom étaient affectés et quoique l’altération ne se fût point propagée au corps même du muscle psoas. Nous croyons donc que la rétraction du membre inférieur et l’impossibilité de l’étendre se rapportent aussi bien à une lésion du psoas que du muscle iliaque , et que pour déterminer si l’abcès siège dans le premier plutôt que dans le second , on aura égard plutôt au siège de la douleur et de la tumeur. Dans le psoïtis , la douleur occupe un des côtés des lombes , et la tumeur mal circonscrite, de forme allongée, est située au côté le plus intente de la fosse iliaque, tandis que dans le phlegmon iliaque la tumeur bien circonscrite occupe la fosse iliaque interne; c’est là aussi qu’est le siège de la douleur. Enfin , il y a encore, entre les deux espèces d’abcès que je compare , celle différence , savoir, que ceux du psoas, contrairement à ceux qui se développent dans la fosse iliaque, n’ont aucune tendance à devenir superficiels ; mais , dans la grande majorité des cas , le diagnostic différentiel ne peut être établi, parce que la suppuration envahit à la fois les deux muscles.

Les abcès du psoas qui ne dépendent pas d’une carie vertébrale ne se rencontrent guère que chez les femmes à une époque encore rapprochée des couches.

Le psoïtis réclame le même traitement que les phlegmons et abcès iliaques; mais en raison du peu de tendance qu’ont les abcès du psoas à devenir superficiels, il faut examiner avec soin la région lombaire, car quelquefois on y sent de la fluctuation ; et il faudrait alors se hâter de pratiquer une incision dans ce point, ce qui permettrait au pus de s’écouler plus aisément que par une ouverture faite antérieurement.

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