DE LA PELLAGRE
La pellagre est une maladie presque inconnue dans ce pays ; elle est, au contraire, endémique dans les plaines de la Lombardie, et paraît consister en une inflammation particulière de la peau se compliquant d’altérations graves du côté des organes digestifs et cérébraux. La pellagre , bien étudiée en Italie par G. Strambio , a été mieux connue en France depuis un travail intéressant de M. Brièrede Boismont,
Symptômes. — Cette maladie est ordinairement précédée d’accablement , de malaise et de diarrhée ; bientôt apparaissent sur les membres ou 'a la face des plaques érysipélateuses, prurigineuses, avec gonflement et tension de la peau; elles 11e tardent pas à se couvrir d’écailles semblables à celles du psoriasis; ces plaques s’agrandissent et finissent par se réunir. Alors la peau s’épaissit, se fendille, et les croûtes en se
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détachant laissent une surface rouge et luisante. Dans cette première période delà maladie, on observe de la diarrhée et de la fièvre; cependant, au bout de quelques mois, les accidents se calment, et la peau reprend son état habituel. Mais l’année suivante, au retour du printemps, la maladie reparaît avec plus d’intensité, les croûtes occupent une plus large surface; les malades ne peuvent plus travailler; ils ont des crampes et des mouvements spasmodiques dans les membres. Vers l’automne, ces symptômes peuvent encore cesser; toutefois leur rémission est rarement complète. Enfin, dans la troième année, la maladie reparaît avec une nouvelle intensité , la fièvre est plus forte , il y a souvent un dévoiement colliquatif, de l’anasarque, divers accidents nerveux comme des crampes, des contractures, des accès épileptiques; beaucoup de malades deviennent maniaques ou tombent en démence; enfin , la mort survient dans le marasme. La durée de la maladie est rarement moindre de trois ans; elle se prolonge souvent pendant six, hpit, douze années et même davantage.
On dit qu’on trouve toujours , à l’autopsie de ceux qui succombent, quelque grave altération dans les organes digestifs et souvent aussi dans les centres nerveux ; toutefois nous n’avons pas encore à ce sujet des données bien positives, et il est surtout impossible de déterminer si les lésions viscérales constituent la maladie tandis que l’affection cutanée ne serait qu’une épiphénomène, un état symptomatique, ou si, au contraire, celle-ci formerait le caractère distinctif de la pellagre.
Causes. — Elle affecte plus de femmes que d’hommes ; elle est héréditaire. Elle est à peu près exclusive aux individus de la classe la plus infime de la population. Il est probable que l’humidité, que l’usage d’eaux malsaines et d’une nourriture insuffisante y prédisposent ou même la déterminent. Toutefois, les nombreuses recherches entreprises jusqu’à présent n’ont conduit à aucun résultat satisfaisant pour connaître les causes et la nature de la pellagre.
Traitement. — Le traitement consiste surtout à éloigner les malades des lieux où l’affection règne endémiquement , puis on combat les symptômes viscéraux par les moyens appropriés. Des bains simples ou alcalins peuvent modifier avantageusement l’étàtde la peau.
DE LURTICAIRE.
Synonymie. — Fièvre ortie'e, porcelaine; uredo, purpura urtienta, epinyctis pruriginusu, essern.
On donne le nom (T urticaire à un exanthème non contagieux, formé par des plaques saillantes irrégulières , plus blanches ou plus rouges que la peau environnante, très fugaces, et s’accompagnant toujours d’un prurit incommode. L’urticaire est ainsi nommée parce que l’éruption
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ressemble beaucoup à celle que produit sur la peau le contact de l’ortie ( urtica urens). Cette maladie est très anciennement connue; elle a été, en effet, bien décrite par Celse, et plus tard par les Arabes.
Symptômes , marche. — L’urticaire présente quelquefois des prodromes, tels que malaise, lassitudes, courbatures, fièvre, perte d’appétit, embarras gastrique, vomissements, diarrhée. D’autres fois, l’éruption a lieu sans être accompagnée d’aucun dérangement dans la santé. Les malades accusent alors sur diverses parties de la peau un prurit intense qui les excite à se gratter. Sur ces mêmes points , on voit naître des plaques dures et saillantes, arrondies ou ovalaires, ayant de 5 millimètres à A ou 5 centimètres d’étendue; les unes sont légèrement rosées; les autres, au contraire, sont plus blanches que les parties voisines. Leur nombre varie : tantôt on n’en compte que deux ou trois; d’autres fois elles sont très abondantes , et deviennent confluentes dans plusieurs points. Cette éruption s’accompagne d’un sentiment de cuisson et d’un prurit très incommode-, qui augmente après les repas, par la chaleur du lit , par le voisinage d’un foyer, ce qui ne laisse aucun repos aux malades. Ces plaques disparaissent en général promptement; souvent elles n’ont qu’une durée de trois ou quatres minutes; d’autres persistent pendant une, deux ou trois heures, mais elles se reproduisent ailleurs. Quelquefois elles sont suivies d’une légère exfoliation de l’épiderme ; cependant , dans quelques cas , la même plaque peut rester sans changement pendant un , deux ou trois septénaires ( urticaria perstans de Willan).
Variétés. — Willan a admis six variétés d’urticaire, qu’on peut réduire à trois; ce sont : 1° l’urticaire fébrile, ou fièvre ortiée proprement dite ( urticaria febrilis) , qui est généralement précédée et toujours accompagnée d’un mouvement fébrile, et se lie fréquemment à un dérangement des fonctions digestives. Sa durée moyenne est d’un septénaire. Celte variété se présente quelquefois avec les symptômes d’une fièvre intermittente. MM. Cazenave et Schedel l’ont vue alors revenir régulièrement pendant l’accès, et cesser entièrement durant l’apyrexie, sans qu’il soit possible de déterminer si dans ces cas l’urticaire n’était qu’un épiphénomène, ou bien si elle constituait la maladie principale ; 2° l’urticaire fugace (i urticaria evanida), qui ne s’accompagne ni de fièvre ni le plus souvent d’aucun malaise, qui paraît et disparaît au bout de quelques heures et se reproduit ainsi à des intervalles plus ou moins rapprochés , pendant des mois ou même plusieurs années. Biett l’a vue durer sept années consécutives. 3° Une variété assez rare est celle qu’on a nommée urticaria tuberosa , parce qu’elle est formée par de véritables tubérosités dures, profondes, saillantes, très douloureuses, qui gênent les mouvements des membres sur lesquels elles siègent , qui apparaissent le soir ou la nuit, et disparaissent le lendemain , en laissant les malades
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plus ou moins faibles et abattus ( epinyctis ). Cette forme d’urticaire est rare, et sa durée, qui n’est jamais moindre de deux ou trois mois, a été quelquefois de trois ou quatre ans.
Diagnostic. — La forme, la couleur, l’élévation des plaques, le prurit dont elles sont le siège , la durée éphémère caractérisent suffisamment l’urticaire , et empêcheront de la confondre avec l’érythème ou avec une autre maladie et notamment avec le lichen ur tic ans.
Pronostic. — Si l’urticaire ne met pas la vie des malades en péril , elle n’en constitue pas moins une affection pénible, incommode, en raison des démangeaisons qu’elle détermine, et souvent h cause de sa durée.
Causes. — L’urticaire est plus commune chez les enfants , chez les femmes, les sujets irritables, nerveux; dans les saisons et les pays chauds. Cette maladie survient souvent sans cause appréciable ; mais fréquemment elle est consécutive à une émotion morale vive, ou à l’ingestion de certaines substances dans Festomac, telles que le baume de copahu , certains poissons de mer, et de plusieurs coquillages, comme les moules etc. Chez d’autres individus , ayant une idiosyncrasie particulière, la chair de porc, les viandes fumées, certains fruits, produisent les mêmes effets. Enfin , l’urticaire peut être produite directement par le contact des feuilles d’orties, de certaines chenilles, et, chez les individus prédisposés , par le simple frottement.
Traitement. — L’urticaire qui est produite par des causes directes ou locales se dissipe le plus souvent toute seule; cependant si les démangeaisons sont très vives , on pourra conseiller des bains alcalins contenant à 96 grammesjïde sous-carbonate de potasse, ou bien on fera des lotions avec de l’eau blanche. Lorsque l’urticaire s’accompagne de fièvre, il faut prescrire des boissons acidulés tempérantes, des bains tièdes, des laxatifs et la diète. Il est rare qu’il soit nécessaire de recourir aux émissions sanguines : on le fera pourtant si le sujet est pléthorique. Si la maladie survient après l’ingestion de certains aliments, on se hâtera de donner un vomitif ou un purgatif, suivant que ces substances sont dans l’estomac ou dans les intestins ; on prescrira ensuite quelque boisson fortement acidulée. Si ces aliments ont produit une indigestion , on donnera quelque infusion théiforme aromatique.
L’urticaire chronique est souvent difficile à combattre; sa persistance dépend parfois du genre de régime des individus : aussi W illan conseille-t-il de retrancher successivement les différents mets et les différentes boissons dont usent habituellement les malades , et souvent alors on finit par découvrir la substance qui est devenue incompatible avec l’idiosyncrasie du sujet. Dans ces urticaires chroniques, on donnera utilement des purgatifs répétés, des boissons acidulés, des substances amères. Les bains surtout sont avantageux; on les donne tièdes ou
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froids, simples, alcalins ou acides (30 à 120 grammes acide sulfurique). Chez les sujets débilités, on retirera des avantages de l’emploi des bains de mer. Entin Biett a guéri une urticaire rebelle par l’emploi de la solution de Eovvler, d’autres par les douches et les bains de vapeur. Que la maladie soit aiguë ou chronique, lorsque le prurit est très incommode , on essaiera de le calmer pqr des lotions acidulées, et si le sommeil est empêché, ou prescrira l’opium. L’urticaire qui est liée à l’existence d’une fièvre intermittente sera traitée par le sulfate de quinine.
INFLAMMATIONS VÉSICULEUSES.
Les maladies de ce groupe sont caractérisées par la formation de vésicules. On donne ce nom à de petites tumeurs formées par le soulèvement de l’épiderme , et remplies par un liquide séreux et transparent. La sérosité peut être résorbée; d’autres fois elle s’épanche à la surface de la peau par suite de la rupture de la tumeur , et elle forme en se desséchant des lamelles ou des croûtes minces et jaunâtres ; ailleurs la peau peut être excoriée ou ulcérée. On doit distinguer deux espèces de vésicules : les unes sont précédées çle rougeur plus ou moins vive, et leur base est plus ou moins enflammée; les autres, au contraire, se développent primitivement sans lésion antécédente de la peau. Dans le premier groupe, on trouve la varicelle, quelques espèces d’herpès, l’hydrargyrie, la suette et la gale; dans la seconde sont les sudamina et l’eczéma. Nous avons déjà parlé de la varicelle , de la suette et des miliaires ; nous renvoyons l’histoire de la gale aux maladies produites par les animaux parasites, celle de l’hydrargyrie aux maladies mercurielles. Nous ne devons donc nous occuper ici que de l’herpès et de l’eczéma.
de l’herpès.
Le mot herpès, employé pendant longtemps comme synonyme de dartre , a été consacré depuis Willan et Batmann pour désigner un groupe de maladies cutanées caractérisées par le développement d’un nombre plus ou moins considérable de vésicules rassemblées en groupes sur une base enflammée, et séparées par des portions de peau tout àfait intactes. Cette maladie , dont la marche est aiguë et la durée assez courte, n’a jamais de gravité. On en a distingué plusieurs espèces. Leurs différences tiennent, l°au siège herpès labialis et prœputialis ) ; 2° à l’arrangement des groupes vésiculeux (herpès phlyclenode s, zoster, aircinatus); ou bien à la coloration du limbe qui les entoure ( herpès iris). Les affections herpétiques ont toutes une marche aiguë, une durée assez courte , une terminaison toujours ou presque toujours heureuse.