DE L’ECZÉMA
les plus grosses n’ont que le volume d’une petite tête d’épingle; elles perdent leur transparence au bout de deux ou trois jours. Dans les cas les plus simples, le fluide, devenu lactescent , se résorbe, l’épiderme s’exfolie, et la surface de la peau conserve pendant quelques jours une teinte rougeâtre qui s’éteint peu à peu. Cependant le plus souvent les vésicules se déchirent ; des excoriations ont lieu sur la surface enflammée qui exhale un fluide séro-purulent , lequel se concrète et forme des lamelles minces et molles, qui tombent et se reproduisent tout aussitôt. En général aussi de nouvelles éruptions vésiculeuses se font tantôt dans les points primitivement affectés , tantôt dans les points voisins; la maladie se termine alors après deux ou trois septénaires ou bien elle passe h l’état chronique.
3° Eczéma impétiginodes. — Dans cette variété, l’inflammation est plus vive; la peau, très rouge, est tuméfiée; les vésicules confluentes contiennent un liquide séro-purulent qui se concrète promptement et forme , non des lamelles comme dans l’eczéma rubrum , mais des squames ou des croûtes jaunes, humides, molles, qui s’imbriquent, et qui en tombant laissent à nu une surface excoriée qui sécrète une sérosité rousseâtre. Les squames se renouvellent facilement; en général , il y a plusieurs éruptions successives. A mesure que la maladie s’améliore on voit les squames diminuer d’épaisseur et devenir plus minces. L’eczéma impétiginodes cesse après vingt-cinq ou trente jours, ou passe à l’état chronique. En somme , on voit que l’eczéma impétiginodes est un degré plus avancé de l’eczéma rubrum. Dans celui-ci les vésicules sont transparentes, et l’inflammation de la peau est médiocre; dans l’autre, cette inflammation est plus vive, et les vésicules , plus grosses, contiennent du pus. Ces deux formes de la maladie coexistent souvent chez le même individu : d’accord avec MM. Biett, Cazenave et Schedel, nous ne croyons pas qu’à l’exemple de MM. Rayer et Copland, on doive considérer l’eczéma impétiginodes comme un eczéma rubrum compliqué de pustules d’impétigo.
L’eczéma rubrum, et surtout l’eczéma impétiginodes, lorsqu’ils sont étendus , s’accompagnent de malaise , de fièvre modérée , avec perte d’appétit , soif et dévoiement. La peau qui a été le siège de la maladie conserve en général, pendant un temps plus ou moins long, une couleur brunâtre qui persiste même toute la vie chez les vieillards et les sujets dont la peau est naturellement brune et sèche.
Eczéma chronique. — Il peut succéder aux trois formes que nous venons d’étudier , mais surtout aux deux dernières. La peau est alors tendue, luisante, d’un rouge vif; elle ressemble parfois à la surface d’un vésicatoire. Il y a aussi des points plus rouges , où elle est excoriée , fendillée , gercée , comme égratignée ; une humeur séro-purulente ou séro-sanguinolente la baigne sans cesse, et imprègne les linges, qu’elle
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durcit souvent, comme le ferait de l’empois. Cette sécrétion serait , d’après les uns, exclusivement fournie par le derme altéré ; d’après Biett , au contraire , elle proviendrait de la rupture des vésicules qui continueraient à se former sur la surface malade. Toutefois, Biett convient lui-même que ces vésicules sont souvent difficiles à reconnaître , car l’épiderme qui en forme l’enveloppe est excessivement mince : c’est ce qui explique leur marche rapide, leur rupture prématurée et la difficulté qu’il y a à les distinguer. Quoi qu’il en soit, le liquide, en se concrétant, forme des squames humides, jaunâtres, épaisses, qui tombent et se reproduisent. Tous les malades accusent, dans la partie où siège l’eczéma, une chaleur vive, un prurit qui augmente généralement par la chaleur artificielle, par le séjour au lit, après les repas, et surtout par l’ingestion des liqueurs alcooliques et des autres excitants diffusibles. Le prurit peut devenir tellement intolérable, que la volonté la plus énergique cède à l’impérieux besoin de se gratter. Les individus s’écorchent alors avec leurs ongles; les surfaces malades saignent abondamment; il en résulte souvent un soulagement passager. Le prurit est un symptôme qui manque rarement dans l’eczéma , surtout dans sa forme chronique.
Cependant, lorsque la maladie persiste pendant longtemps, le derme s’épaissit, et les ganglions lymphatiques voisins s’engorgent. Il est rare que , même dans les cas où l’eczéma est étendu , on observe des symptômes généraux graves. Les principaux troubbles qu’on remarque sont : un peu d’amaigrissement, rarement de la fièvre, de l’insomnie, du dévoiement, et quelquefois une inflammation aphtheuse de la bouche.
Il est excessivement rare que l’eczéma ait une terminaison funeste. Celle-ci n’a guère lieu que chez les vieillards affaiblis , et par suite de quelque complication. Dans d’autres cas également rares, l’éruption eczémateuse a jugé favorablement des maladies anciennes et plus ou moins graves. Biett paraît avoir observé plusieurs faits de ce genre.
La durée de la maladie est indéterminée ; elle peut persister plusieurs mois ou des années entières. Lorsque la guérison a lieu , on voit la surface malade se rétrécir peu à peu de la circonférence au centre ; les squames deviennent petites, minces et moins humides; l’exhalation séreuse tarit. Enfin la peau , après être restée plus ou moins longtemps encore lisse et rougeâtre , finit par reprendre toutes ses propriétés, excepté pourtant qu’elle conserve pour la vie une coloration anormale. L’eczéma estune des maladies qui récidivent le plus souvent, soitdans le point primitivement affecté , soit dans toute autre partie des téguments.
Pour compléter le tableau que nous venons de tracer de l’eczéma, il nous reste à indiquer les modifications particulières que la maladie présente , suivant les points du corps qu’elle envahit.
1° Eczéma du cuir chevelu. — Lorsque l’eczéma occupe le cuir chc-
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velu, il l’envahit généralement dans sa totalité, et se propage souvent à la face. La démangeaison est vive; la sécrétion séro-purulente abondante. Celle-ci exhale une odeur nauséabonde; en se concrétant, elle forme des squames qui adhèrent aux cheveux, et qui, humides d’abord, se dessèchent ensuite et tombent en lames furfuracées; d’autres ont une blancheur éclatante et semblable à celle de l’amiante ; aussi l’eczéma du cuir chevelu est-il une des deux affections produisant la variété de la teigne qu’on a nommée amiantucée , mot impropre et tout-à’-fait inusité aujourd’hui. Lorsque l’eczéma du cuir chevelu est chronique , les ganglions cervicaux et maxillaires s’engorgent, les cheveux tombent, mais les bulbes n’étant pas altérés , cette alopécie n’est ordinairement que momentanée. Comme Bictt l’a observé, l’inflammation chronique du cuir chevelu finit par produire une tension de la peau du visage , telle que les traits sont tirés en haut et en arrière.
2° Eczéma de la face. — Il n’est peut être aucune partie du corps qui soit aussi souvent affectée d’eczéma que les oreilles; c’est ce qu’on voit surtout chez la femme. La tuméfaction peut être assez considérable pour obstruer le conduit auditif, et rendre l’audition difficile ou impossible. L’inflammation gagne parfois le conduit auditif interne, la trompe d’Eustacheet le pharynx. L’eczéma peut encore se montrer partiellement sur les paupières , sur les lèvres et aux ailes du nez. Dans tous ces cas , l’éruption se reproduit souvent sur la membrane muqueuse voisine. L’eczéma des paupières a quelquefois produit un ectropion.
3° Eczéma des organes génitaux. — Chez l’homme, l’éruption eczémateuse occupe le pénis, le scrotum et la partie supérieure interne des cuisses; elle peut être cause de priapisme. Chez la femme, on l’observe sur le mont de Vénus, aux grandes et aux petites lèvres; elle peut gagner l’entrée du vagin , le clitoris et le méat urinaire ; la cuisson et la démangeaison sont souvent intolérables. L’excitation permanente des organes génitaux produit quelquefois la nymphomanie ; elle a inspiré h beaucoup de jeunes filles innocentes l’idée de la masturbation. Enfin, chez la femme, on voit encore l’eczéma se développer sur les mamelles , où il occupe de préférence le mamelon et son aréole. La maladie est généralement alors très rebelle. Enfin, dans les deux sexes, le pourtour de l’anus peut être le siège d’un eczéma très incommode.
L’eczéma des membres n’offre aucune- particularité digne d’être mentionnée.
Diagnostic. — L’eczéma pourrait être confondu avec un grand nombre de maladies de la peau , et spécialement avec la gale , l’impétigo, le pompholix diutinus, le lichen agrius et le psoriasis; mais nous établirons leur diagnostic différentiel à l’article consacré à chacune de ces affections. L’eczéma pourrait encore être confondu avec l’herpès phlycténodes; mais dans celui-ci les vésicules sont arrangées par groupes
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et disséminées. Cette disposition existe, il est vrai, quelquefois dans l’eczéma; mais dans ce dernier cas les vésicules sont beaucoup plus petites ; elles font à peine saillie et sont suivies de desquamation , tandis que dans l’herpès les vésicules sont plus grandes, globuleuses, perlées ; enfin la desquamation est peu marquée.
Pronostic. — L’eczéma, surtout à l’état aigu , est une maladie légère. S’il est chronique , il constitue une affection très incommode et d’une durée indéterminée. Les eczéma rubrum et impétiginodes sont plus fâcheux que la forme simple ; le pronostic serait grave si l’eczéma envahissait presque toute la surface du corps, et s’il se compliquait de quelque lésion viscérale.
Etiologie. — L’eczéma est souvent produit par des causes directes , telles que des frictions sèches ou avec des substances plus ou moins irritantes, comme les pommades mercurielles. On l’observe fréquemment sur les mains et les avant -bras d’individus exerçant certaines professions qui exposent ces parties à l’action de substances irritantes. La maladie peut encore être produite par la malpropreté, par l’irritation que produisent sur la peau des écoulements chroniques. Enfin une exposition prolongée aux rayons solaires détermine souvent sur les parties habituellement découvertes une éruption eczémateuse qui participe à la fois des caractères de l’eczéma simplex et de l’eczéma rubrum , et à laquelle AVillan a donné le noin d 'eczéma solare , en raison de la cause qui le produit. D’autres fois l’eczéma est spontané ; on l’observe alors plus souvent chez la femme que chez l’homme, pendant le printemps et l’été que dans les autres saisons. Les vicissitudes atmosphériques provoquent souvent la première apparition de la maladie , ou l’aggravent lorsqu’elle existe déjà , ou tout au moins augmentent les démangeaisons. La maladie est quelquefois survenue subitement à la suite d’une impression morale vive. L’eczéma n’est jamais contagieux : Bictt et M. Baumès disent pourtant avoir vu plusieurs fois la maladie se transmettre par le coït d’un individu à un autre; mais ceci peut s’expliquer par la nature âcre de l’écoulement, sans qu’il soit besoin d’invoquer un principe contagieux.
Siège. — Nous avons vu précédemment que l'eczéma pouvait se montrer sur tous les points de la peau ; cependant on l’observe plus communément sur les parties garnies de poils , et la où les follicules sébacés sont plus abondants; tels sont le pubis, les aines, les aisselles, le scrotum , la vulve , le cuir chevelu , etc. On a beaucoup discuté sur le siège anatomique de la maladie , que quelques personnes ont localisée dans les follicules sébacés ; mais c’est avec raison que Biett a considéré l’eczéma comme étant une inflammation de la couche superficielle du derme , appelée membrane vasculaire de Eichorn , et qui semble être destinée à sécréter l’épiderme.