‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interneChapitre 106 sur 140 · DE L’ECZÉMA · texte numérisé non relu

DE L’ECZÉMA

Traitement. — Lorsque l’eczéma est simple, on se bornera à employer à l’intérieur des boissons rafraîchissantes acidulés, à l’extérieur des lotions mucilagineuses et narcotiques, des cataplasmes de fécule (la graine de lin ne convient pas) , des bains tièdes. Ceux-ci pourtant augmentent quelquefois Je prurit, et on est obligé de les suspendre : on pourrait alors les rendre alcalins. L’eczéma rubrum et impetiginodes exigent le même traitement; cependant lorsque la maladie occupe une grande surface , lorsque la peau étant très enflammée il y a un appareil fébrile, une saignée générale peut être utile , et si la plilegmasie locale dépasse certaines limites, on pourra appliquer dans son voisinage des sangsues ou des ventouses scarifiées. Dans cette période aiguë, les bains tièdes, mucilagineux , les cataplasmes émollients, sont les seuls moyens qui puissent procurer du soulagement. Il faut éviter d’employer les préparations sulfureuses et les pommades mercurielles , dont on abuse trop souvent, et qui ne conviennent pas à cette période.

Lorsque l’eczéma est chronique, on insistera, comme précédemment, sur les bains tièdes, alcalins et gélatineux; on donnera les limonades minérales , et des boissons rendues alcalines en y ajoutant 2 à !\ grammes de sous-carbonate de potasse par pinte ; enfin on insistera sur les laxatifs, si le tube digestif est intact. Cependant, lorsque ces moyens échouent, il faut recourir à l’emploi des eaux sulfureuses naturelles d’Enghien , de Baréges, de Cauterets, de élagnères de Luchon , etc. , données à l’intérieur à la dose de un , deux ou trois verres par jour, ou administrées en bain et en douches; les bains sulfureux pourront être préparées directement, en ajoutant à l’eau d’une baignoire de 64 à 96 grammes de sulfure de potasse. Ces bains produisent quelquefois une excitation vive : aussi convient-il, surtout dans les commencements, de les faire alterner avec des bains simples, gélatineux ou amidonnés. D’autres fois on remplace les bains sulfureux par des douches de vapeur aqueuse ou sulfureuse. On a encore conseillé l’emploi d’un grand nombre de topiques : les principaux sont des pommades avec l’alun , l’acétate de plomb, le camphre, la belladone, l’opium , le goudron (16 «à 96 grammes par 32 grammes d’axonge , avec ou sans camphre 1 décigramme à 1 gramme) , la suie, les proto et deuto-iodure de mercure (50 à 60 centigr. par 32 grammes d’axonge) , le calomel (U grammes pour 32 d’axonge) : celte dernière nous a paru très utile dans un grand nombre de cas; on peut y ajouter un peu de camphre pour calmer le prurit. On a encore essayé de changer la vitalité de la surface malade eu la recouvrant d’un vésicatoire ou en la cautérisant avec le nitrate d’argent, l’acide chlorhydrique; mais ces moyens ont été le plus souvent nuisibles. Enfin il est des eczéma qui résistent à toutes ces médications. C’est dans les cas qui se sont montrés si rebelles à la thérapeutique qu’on a prescrit à l’intérieur des moyens empiriques, tels que la teinture de i. « 36

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cantharides et les préparations arsenicales. Ainsi Biett a administré la solution de Fowler , qu’on peut donner à la dose de deux ou trois gouttes par jour, et qu’on augmente ensuite progressivement, mais sans dépasser 15 gouttes; la solution de Pearson et celle d’arséiliate d’ammoniaque, qui convient mieux aux sujets délicats , et qu’on prescrira à la dose de 1 à 4 grammes. Cependant l’efficacité de ces moyens n’est pas encore suffisamment constatée. Lorsqu’on se décide à recourir à l’emploi des préparations arsenicales , il faut surveiller avec soin les malades. Dans quelques cas, un changement de régime, d’habitude, de climats , a suffi pour guérir des eczéma qui avaient résisté à tous les moyens thérapeutiques. Enfin il est des précautions spéciales à prendre suivant la région occupée par la maladie : ainsi lorsque celle-ci occupe l’oreille, et s’accompagne de gonflement de la conque et du conduit auditif, on devra prévenir l’occlusion de cette ouverture par l’introduction de mèches de linges ou de morceaux d’éponge préparée.

Lorsque l’eczéma est ancien, il y aurait peut-être danger à le supprimer trop brusquement. On devra donc établir un exutoire , sinon permanent, du moins temporairement. Enfin si c’est un vieillard et si la maladie remonte à plusieurs années, et si d’ailleurs elle est peu incommode , il ne faudra prescrire que des moyens palliatifs.

INFLAMMATIONS BULLEUSES.

Les inflammations bulleuses de la peau sont caractérisées par des tumeurs ordinairement transparentes , remplies par un liquide séreux ou séro-purulent épanché sous l’épiderme, et dont le volume varie entre celui d’un pois et celui d’un œuf d’oie. Ces tumeurs, auxquelles on donne les noms de bulles, cY ampoules, de phlyctènes, sont constituées comme les vésicules, dont elles ne diffèrent que par un volume plus considérable. Nous avons déjà vu des bulles se former à la surface de quelques érysipèles ou dans certains cas d’herpès (le zona) et d’eczéma. La brûlure au deuxième degré et l’application des vésicatoires produisent le même effet. Mais nous n’avons à nous occuper ici que des inflammations bulleuses proprement dites et qui sont au nombre de deux seulement , le pemphygus et le rupia.

DU PEMPHYGUS OU POMPHOLIX.

Le pemphygus (irepyîÇ, bulle) est une maladie delà peau caractérisée par la formation d’une ou plusieurs bulles qui se déchirent facilement , se terminent par l’effusion du liquide qu’elles renferment et par la

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formation d’excoriations superficielles ou de croûtes minces laissant après elles fles taches qui persistent pendant un temps plus ou moins

long.

Divisions. — C’est à tort que Willan et Batmann ont considéré le pemphvgus comme une affection toujours chronique. Les recherches complètes dcGilibert et celles plus récentes de Biett , de MM. Rayer, Cazenave, Schedel et Baumes doivent faire admettre deux espèces principales de pemphvgus, l’une aiguë , l’autre chronique.

1° Pemphygus aigu. — Le pemphvgus peut être précédé , pendant un, deux ou trois jours, de malaise , d’inappétence, de fièvre et de prurit. Bientôt on voit apparaître à la surface du corps un nombre pinson moins considérable de taches ayant l’étendue de nos diverses pièces de monnaie, érythémateuses et arrondies, et au centre desquelles on ne tarde pas à voir l’épiderme se soulever et former une bulle qui peut occuper toute la tache. Le plus souvent pourtant le limbe de celle-ci est respecté et forme autour de la fumeur une auréole rouge qui est le siège d’une chaleur et d’une cuisson prurigineuses. Ces taches existent constamment; c’est à tort qu’on a prétendu le contraire; mais celte dissidence s’explique par la marche de la maladie. Quelquefois, en effet, les rougeurs et les bulles sont presque simultanées, du moins elles sont à peine séparées par un intervalle d’une ou de deux heures; aussi il n’y a riend’étonnantque, dans ces cas, la rougeur passe inaperçue. Toutes les taches ne se recouvrent pas de bulles, cependant il n’arrive peut-être jamais que l’épiderme ne soit pas plus ou moins soulevé; c’est ce dont on peut se convaincre en passant le doigt sur ces plaques, car on sent alors une saillie, et en frottant légèrement on entraîne l’épiderme et on humecte la pulpe du doigt. La bulle qui caractérise le pemphygus a le volume d’un pois ou d’une grosse aveline. Si plusieurs bulles se réunissent, elles forment alors une vaste ampoule qui a le volume et la forme d’un œuf d’oie; souvent une bulle simple acquiert le même volume. La bulle du pemphygus est arrondie , globuleuse, transparente et ressemble au soulèvement de l’épiderme occasionné par le deuxième degré de la brûlure ou par lesvésicanls. Le liquide qu’elle renferme est alcalin, de couleur citrine, puis rougeâtre, albumineux, inodore, fétide dans quelques cas. Au bout de deux ou trois jours, plus ou moins, les bulles se rident, se flétrissent , se déchirent; le liquide uni à l’épiderme forme bientôt des croûtes minces et noirâtres, d’autres fois l’épiderme seul se détache par lamelles minces, la chaleur et le prurit diminuent et cessent , la rougeur s’éteint ; enfin , un nouvel épiderme se reproduit, mais à la place occupée par la bulle il reste une tache lie de vin ou d’un rouge sombre, irrégulière, s’exfoliant de temps en temps et qui peut persister longtemps. Le nombre des bulles varie beaucoup ; il en existe en général sur une grande surface ; presque tout le corps peut même être envahi par elles, mais ce fait est

DES INFLAMMATIONS

excessivement rare; il est même des cas où on ne trqjLive qu’une seule bulle ( pompholiœ solilarius de Willan). Souvent alors on voit deux ou trois jours après une nouvelle bulle naître près de la première et suivre la même marche qu’elle ; des éruptions successives peuvent ainsi avoir lieu pendant huit ou dix jours. Aucune partie du corps n’est à l’abri de l’éruption ; rare à la face, aux pieds, aux mains et aux parties génitales, on l’observe surtout au tronc et sur les membres supérieurs et inférieurs.

En général, le pemphygus aigu ne s’accompagne d’aucuns symptômes . généraux , ou du moins ceux-ci sont très bénins. Sa durée varie entre un et trois septénaires en raison des éruptions successives qui ont lieu , mais la durée moyenne de chaque phlyctène est de sept jours.

Pemphygus chronique [pompholix diutimis de Willun). — Le pemphygus chronique est beaucoup plus fréquent que la forme précédente, j Après quelques jours de malaise, d’inappétence , de fièvre et de prurit , quelquefois sans aucun prodrome , on voit se développer comme précédemment de petites taches rouges sur lesquelles une bulle s’élève. Celle- \ ci , grosse comme un pois au cinquième jour, acquiert bientôt le volume j d’une aveline, d’une noix ou d’un œuf; le liquide contenu, d’abord transparent, devient bientôt rougeâtre. Vers le deuxième, troisième ou j quatrième jour , les bulles se déchirent, l’épiderme se roule autour, et on aperçoit une surface rouge et douloureuse ; les bulles, qui sont encore j intactes à cette époque sont affaissées et ridées; l’épiderme est opaque, J macéré , ramolli. Dans ces deux cas, il se forme des croûtes brunes, , jaunes ou grisâtres, aplaties ou bombées au centre; et lorsqu’elles tombent, on trouve encore la peau excoriée, ou seulement une tache lie de vin qui persiste longtemps. Cependant, à côté des bulles qui se terminent, ; d’autres naissent et suivent la même marche que les premières ; un j grand nombre d’éruptions successives peuvent ainsi se faire pendant des ' mois et même des années, tantôt irrégulièrement sur toute la surface du corps , d’autres fois exclusivement sur une partie comme le tronc ou un membre. Dans toutes les éruptions successives, les mêmes phéno- I mènes locaux se reproduisent; cependant il arrive quelquefois que, dans celles-ci , on voit manquer les taches érythémateuses. Ces diverses érup- ] tions peuvent se faire sans accidents généraux, mais quelquefois chacune d’elles est précédée et accompagnée de symptômes plus ou moins aigus tels que céphalalgie, fièvre, inappétence. Lorsque le pemphygus est borné h une partie , les malades peuvent se lever et vaquer h leurs affaires, mais quand l’éruption est générale ou du moins très étendue, tout travail est impossible à cause du malaise et des démangeaisons qui existent; quoique sans fièvre, la plupart des malades gardent le lit. Cependant, lorsque l’affection se prolonge, on voit ces individus maigrir, dépérir, les membres s’infiltrent, un dévoiement colliquatif s’établit et

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