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QUATRIÈME CLASSE DE MALADIES

Sous le litre de sécrétions morbides , d’ hypercrinies ou A' hyperdiacrises , on comprend un grand nombre d’affections caractérisées par l’augmentation d’un fluide naturel, ou bien par la sécrétion accidentelle d’un fluide inaccoutumé, sans qu’on puisse constater ordinairement aucune lésion appréciable dans le tissu des parties. Le produit ainsi sécrété s’écoule au-dehors, ou bien il est retenu dans les parties mêmes cù il a été exhalé : dans le premier cas, il y a flux; dans le second , on dit qu’il y a collection ou épanchement. On peut d’ailleurs, dans le même organe , voir alternativement les liquides exhalés s’écouler au-dehors ou être retenus : c’est ce qu’on observe particulièrement pour l’utérus.

C’est avec raison que les anciens nosographes ont admis sous le nom de flux et de collections une grande classe de maladies que quelques modernes avaient vainement essayé de faire disparaître, en voulant toujours rattacher la sécrétion morbide à une altération matérielle de l’organe exhalant. Mais les recherches d’anatomie pathologique ont démontré combien ces prétentions étaient peu fondées, puisqu’elles ont prouvé que des flux et des collections liquides considérables pouvaient exister pendant longtemps sans aucune lésion appréciable dans les parties, ou bien que les lésions qu’on découvrait quelquefois n’étaient nullement en rapport avec la gravité des accidents , et ne sauraient par conséquent les expliquer. Dans ces cas, il est impossible de caractériser anatomiquement la maladie. Prétendre que celle-ci consiste dans une irritation sécrétoire, ce n’est point résoudre le problème, mais c’est dissimuler notre ignorance par un mot vague qui ne démontre rien. Aussi, dans l’impuissance où nous sommes de pénétrer la nature de la maladie , nous ne pouvons mieux faire que de la caractériser par le phénomène prédominant, c’est-à-dire par l’exhalation et l’excrétion du liquide. Ce symptôme, d’ailleurs, peut, abstraction faite de la cause, le plus souvent inconnue, qui le produit, expliquer la plupart des accidents qu’on observe, et il devient en outre la source des principales indications à remplir.

Il est peu de parties du corps qui soient à l’abri des affections dont je parle; cependant il en est qui y sont plus exposées que d’autres. Ainsi les organes glanduleux, les membranes muqueuses et la peau sont surtout sujets aux flux, tandis que les membranes séreuses, le tissu cellulaire et adipeux, et le parenchyme des viscères, sont le siège ordinaire des collections. La nature du liquide exhalé varie aussi : c’est

tantôt du sang, ou de la sérosité, ou des gaz, ou bien c’est le fluide qui, fourni normalement par un organe sécréteur, est tout-à-coup exhalé en plus grande quantité; tels sont les flux muqueux, bilieux, urinaire, spermatique , etc.

Les sécrétions morbides ont souvent lieu sans prodromes ; d’autres fois elles sont précédées de symptômes précurseurs très variables , et qui peuvent être généraux ou bornés à l’organe menacé. Le symptôme principal dans les flux consiste dans l’excrétion d’un liquide. L’écoulement peut être continu , ou avoir lieu à certains intervalles; il se fait sans douleurs, ou avec des souffrances parfois atroces ; cependant, dans la plupart des cas, on n’observe que des troubles fort légers. Lorsque , au contraire, le liquide exhalé est retenu dans l’organe, il en résulte des accidents plus ou moins graves, dépendant surtout de la compression que le fluide exerce, compression qui est d’autant plus fâcheuse que les parties se prêtent moins à la distension. Les symptômes généraux sont nuis, légers ou graves, suivant la nature du flux, et sa marche plus ou moins rapide. En général, lorsque la sécrétion morbide s’établit brusquement, les symptômes généraux sont graves : tels sont, pour les flux, le choléra et la diarrhée séreuse; pour les collections, les épanchements de la tête et de la poitrine. Enfin, lorsque les flux se prolongent , ils allèrent la constitution , et finissent par produire le dépérissement. D’ailleurs, lorsqu’une sécrétion morbide existe ainsi d’une manière continue , la plupart des sécrétions naturelles diminuent , et peuvent même presque se supprimer. Enfin la fièvre hectique survient , et les malades succombent dans le marasme.

Les maladies dont je parle ont une marche continue , ou bien irrégulière, intermittente , et parfois exactement périodique. Après une durée variable, elles se terminent par la santé, parla mort, ou par d’autres affections. La maladie, sans changer de nature, peut affecter un autre siège : ainsi un flux sanguin des vaisseaux hémorrhoïdaux peut être remplacé par un flux de même nature delà pituitaire ou de toute autre muqueuse; d’autres fois, un flux sanguin est remplacé par un flux séreux, muqueux, et réciproquement. Quoi qu’il en soit , les maladies dont je parle récidivent très souvent, et l’on peut même établir que les rechutes, comme les récidives, sont peut-être plus communes dans cette classe d’affections que dans aucune autre.

Après avoir constaté l’existence, soit d’un flux, soit d’un épanchement, il faut déterminer, d’après les commémoratifs, l’état actuel du malade et la marche de l’affection , si la sécrétion morbide est un phénomène primitif, essentiel, ou s’il est symptomatique d’une lésion matérielle locale , ou de l’état constitutionnel du sujet.

La gravité du pronostic est proportionnée à l’importance et à la quantité du liquide excrété, à la promptitude avec laquelle il s’écoule; et dans

les cas d’épanchement, à l’importance des organes comprimés; enfin, à la nature de la cause , suivant qu’elle est susceptible ou non d’êirc éloignée.

Les causes des sécrétions morbides sont le plus souvent obscures. Toutefois, nous verrons plus tard que l’âge , le sexe, le régime , les conditions atmosphériques , certaines maladies antérieures, l’hérédité, certaines professions , etc., constituent tout autant de prédispositions pour quelques unes de ces affections en particulier. Quant à la cause prochaine , il est ordinairement impossible de la préciser. Quelquefois la maladie est consécutive à un trouble de l’innervation, à une modification survenue dans la circulation capillaire. Enfin , dans quelques cas , il semble que la maladie résulte d’une augmentation dans l’action des solides [flux actifs), tandis que d’autres fois il paraît, au contraire, que ceux -ci sont frappés d’atonie , ou que les liquides , ayant moins de densité, sont moins facilement retenus par les vaisseaux (flux passifs).

Le traitement des nombreuses affections qui appartiennent à cette classe varie beaucoup. Ainsi il y a des moyens directs : tels sont l’évacuation artificielle pour les collections; le tamponnement, la compression pour les flux ; la médication topique pour les deux. Les moyens indirects les plus puissants dans les flux actifs sont les médications antiphlogistiques et sédatives ; dans les flux passifs, ce sont les toniques et les astringents. Dans les deux cas , on emploie aussi très souvent une médication perturbatrice : ainsi on produit des révulsions sur diverses parties du corps , et on excite les principales sécrétions naturelles. Enfin , la marche continue ou intermittente, la nature essentielle ou symptomatique de la maladie, seront encore la source de quelques indications sur lesquelles il est inutile d’insister ici.

Comme M. Chomel le faisait autrefois dans ses cours de pathologie , nous diviserons les sécrétions morbides d’après la nature du fluide exhalé; nous allons donc étudier séparément : 1° les hémorrhagies; 2° les sécrétions séreuses; 3° les sécrétions muqueuses; 4° les sécrétions de liquides propres à quelques organes, comme l’urine , le sperme, le lait , la graisse, etc. ; 5° enfin, les pneumatoses ou la sécrétion des fluides élastiques.

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