DE L ŒDÈME
L’œdème ne diffère de l’anasarque que parce que l'infiltration , au lieu d’être générale , est limitée à une partie du corps. D’après le siège de l’infiltration séreuse , on doit distinguer un œdème sous-cutané , sous-muqueux , sous-séreux , interstitiel , et parenchymateux.
L’œdème sous-cutané offre les mêmes caractères extérieurs que l’anasarque : il a la même étiologie , c’est-à-dire qu’il est presque toujours symptomatique. Phénomène fréquent dans la convalescence , et dans la dernière période des maladies chroniques, il occupe le plus souvent les membres inférieurs, surtout au niveau des malléoles, et se lie alors communément à la faiblesse des sujets. Il présente tous les caractères d’un œdème passif, c’est-à-dire que la peau est d’un blanc mat, que la tuméfaction est complètement indolente , et qü’elle conserve longtemps l’impression du doigt. Cependant il n’es^pas rare de voir' l’œdème qui survient pendant la convalescence des maladies fébriles présenter la plupart des caractères de l’œdème actif , c’est-à-dire que la peau est moins décolorée, la pression y est douloureuse, la tuméfaction résiste davantage que précédemment , et conserve moins longtemps l’impression du doigt. Cet œdème, presque toujours borné à une partie de la jambe, offre , comme on le verra , quelque ressemblance avec l’œdème douloureux des femmes en couches. Il est difficile d’en expliquer le développement : rien ne prouve qu’il se rattache à quelque obstacle à la circulation veineuse ou à une altération du sang. Hors ces circonstances, l’œdème qui occupe les deux membres inférieurs à la fois est le premier degré d’une hydropisie qui tôt ou tard deviendra générale , et qui le plus souvent est symptomatique d’üiie affection organique du cœur. INoüs avons vu aussi qu’un obstacle au cours du sang dans la veine cave inférieure pouvait produire lé même phénomène. Enfin l’œdème qui affecte si souvent les membres inférieurs chez les femmes atteintes de cancer utérin , se lie presque toujours à la présence de caillots fibrineux adhérents, mêlés à des détritus cancéreux, qui obstruent les veines iliaques, crurales et hypogastriques. C’est un lait que j’ai eu occasion de Vérifier fréquemment à l’hospice de ia Salpêtrière il y a déjà plus de douze ans. L’œdème, borné à l’un des membres, indique presque toujours l’obstruction ou l’oblitération d’un des vaisseaux qui rapportent vers le tronc le sang de ce membre. Ainsi l’œdème permanent de la jambe et du pied est souvent produit par la compression qu’un anévrysme poplité oü inguinal , qu’une hernie crurale ou qu’un bandage destine à la maintenir exercent sur la veine principale du membre. D’autres fois , c’est dans la fosse iliaque elle-même que ïéside la cause de l’œdème : tels sont en particulier les tumeurs phlegmoneuses et les ané-
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Vrysmes des artères iliaques qui compriment la Veine dü même nom. L’Oedème d’un des membres supérieurs doit aussi porter le médecin à explorer attentivement le creux axillaire et la cavité thoraciqüé , car cétte infiltration dépend souvent de ia compression qu’exercent sur les veines des membres diverses tumeurs solides , et particulièrement des tumeurs anévrysmales. L’œdème occupe-t-il la moitié de la face et du cou, on devra diagnostiquer un obstacle à lâ terminaison de la veine jugulaire. Enfin , l’hydropisie envahit-elle à la fois toute la moitié supé rieüre du tronc, comme dans un fait observé il y aj>eu d’années à la clinique de VI. Chomel , on devra diagnostiquer qu’un obstacle considérable ( tumeur cancéreuse des médiastins, anévrysme de l’aorte ) s’oppose au retour du sang dans le tronc de la Veine caVe supérieure. Ün œdème circonscrit, survenant dans un point qui a été le siège d’une tumeur phlegmoneuse , est souvent le seul signe qui indique l’existence d’un abcès plus ou moins profond. C’est ce qu’on observe, par exemple, fréquemment pour les abcès sous-aponévrotiqUes des mëUibres, pour ceux des fosses iliaques; enfin l’infiltration séreuse d’üne nioilié de la face est un phénomène qui seul , dans quelques cas , a conduit VI. Chomel à chercher et à reconnaître un abcès formé sur le bord alvéolaire d’une des mâchoires , et dû presque toujours à l’altération d’une dent. Ici l’œdème dépend encore de la gêne de la circulation produite pat la tuméfaction des parties. L’infiltration séreuse qu’on observe aussi fréquemment au pourtour des parties enflammées reconnaît la même cause. Enfin quelques cas de gangrène spontanée des membres sont précédés, ou du moins accompagnés, d’un œdème considérable , circonstance qui doit faire soupçonner qu’un des principaux Obstacles au cours du sang réside dans les troncs veineux.
Les faits qui précèdent, et que j’aurais pu encore beaucoup multiplier, démontrent combien est grande la valeur séméiotique de l’œdème. Celui-ci se reconnaît ordinairement à la pâleur de la peau et à la dépression qu’on produit sur cette membrane en y appuyant le doigt : cependant ce dernier caractère paraît manquer quelquefois. Ainsi la dépression peut ne pas être sensible à la vue; mais si on passe légèrement et à plusieurs reprises la pulpe du doigt sur le lieu qui a été comprimé * on distingué un léger enfoncement qui ne tarde pas à disparaître. Lorsque l’tiëdèilieestehcore peu considérable et qu’il n’occupe que la couche là plus Superficielle du tissu cellulaire , on parvient encore à le constater facilement en pinçant la peau entre les doigts, ce qui a pour effet dé produire urte dépression tout-à-fait caractéristique. C’est là souvent le seul moyen de reconnaître l’œdématie commençante de la partie supérieure et interne des cuisses.
On opposé à l’œdème le même traitement qué pour l’anasarque. J'ajouterai pourtaut que dans un grand nombre de cas, ufie position conve-
nable favorisant la circulation veineuse sulïit pour faire disparaître la maladie. Enfin la compression , à l’aide d’un bandage roulé, est un des moyens les plus efficaces pour guérir l’œdème ou pour l’empêcher d’augmenter aussi rapidement lorsqu’il se rattache à une lésion permanente. Dans l’œdème douloureux de la convalescence, on devra envelopper les parties de fomentations narcotiques; le docteur Graves, qui a publié quelques recherches à ce sujet , pense que le meilleur moyen à opposer à cette sorte d’œdème consiste à promener sur la tuméfaction des membres des vésicatoires volants; mais ce traitement nous paraît pire que le mal. *
L’œdème sous-cutané offre deux variétés importantes à étudier, qui sont L'œdème des nouveau x-nés el la phlegmatia albit dolens.