‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interneChapitre 126 sur 140 · SÉCRÉTIONS SÉREUSES^ BE3 MEMBRANES MUQUEUSES · texte numérisé non relu

SÉCRÉTIONS SÉREUSES^ BE3 MEMBRANES MUQUEUSES

Les membranes muqueuses sont très rarement le siège de flux aqueux ou séreux; les seules sécrétions de ce genre qu’on observe quelquefois n’ont guère lieu que dans le tube digestif et dans les organes génitaux 'de la femme. On a bien décrit des flux pareils pouvant se faire par les fosses nasales, ainsi que Morgagni en cite quelques exemples; mais celte affection, que quelques auteurs ont proposé dénommer rhinorrhée , n’est pas encore suffisamment connue. Dans l’étude des flux séreux intestinaux nous croyons devoir admettre deux variétés, qui sont ; le choiera asiatique et Yhydï'ü- enterorrhee.

Le choléra épidémique ou asiatique offre pour symptômes principaux : des vomissements et des selles de matières aqueuses blanchâtres semblables à de l’eau de riz , la suppression de la sécrétion urinaire , l’absence de pouls, le refroidissement presque glacial du corps, une couleur violacée des téguments , qui sont flasques et ridés , un amaigrissement rapide, des crampes très douloureuses dans les membres, une oppression parfois extrême.

Historique. — Je ne discuterai pas si le choléra asiatique est une affection nouvelle ou si c’est d’elle qu’il est parlé dans plusieurs passages des livres sanscrits. Quoi qu’il en soit, c’est une maladie connue depuis longtemps dans les Indes orientales , où elle est endémique. Plusieurs fois on l’a vu , franchissant ses limites naturelles , aller exercer ses ravages au loin. Mais le fait le plus extraordinaire est celui de cette épidémie meurtrière qui , commençant à Jessore , près des bouches du Gange, en 1817, a successivement envahi l’Asie, l’Afrique, l'Europe et l’Amérique , est venue sévir dans notre pays , qu’elle a parcouru de 1832 à 1836, et a franchi en quinze années plus de trois millions de lieues carrées. Celte redoutable maladie a été l’objet, dans notre pays , d’une foule de publications, parmi lesquelles se distinguent l’excellent Traité de MM. Gérardin et Gaimard, les Monographies de MM. Bouillaud et Gendrin, les recherches de MM. Magendie, Rayer et Piorry , l’article remarquable publié par un excellent observateur, M. Dalmas , dans le Dictionnaire de médecine ; enfin, pour terminer, citons le rapport de M. Moreau de Jonnès, de la commission médicale du département de la Seine, et celui des professeurs Du breu il et Rech, travaux qui ont été parfaitement analysés dans le tome II du Compendium de médecine.

Anatomie pathologique. — Les lésions qu’on trouve à l’ouverture des cadavres diffèrent suivant que les malades ont succombé dans la seconde période dite de cyanose , ou bien dans la troisième dite de réaction. Dans le premier cas , les cadavres perdent lentement leur chaleur ; la teinte cyanosée de la face et des membres est conservée; l’œil est flétri; tout le corps est amaigri ; les muscles , peu consistants, sont plus ou moins violacés, et cette coloration se retrouve dans la plupart des os spongieux, et jusqu’à la racine et à la moitié de la couronne des dents. La masse intestinale, rarement distendue par des gaz, offre souvent une coloration violacée , surtout dans les anses qui plongent dans l’excavation pelvienne. Le tube digestif ouvert, on le trouve pâle, décoloré par places; mais dans la plus grande partie de son étendue, il offre diverses nuances de colorations : ainsi il est rouge , lie de vin , noirâtre ou violacé; ses tuniques semblent épaissies; et les vaisseaux delà partie correspondante du

12li t>E3 SÉCRÉTIONS MORBIDES.

mésentère sont gorgés de sang. Ces diverses colorations ne peuvent être rapportées à un travail inflammatoire , mais uniquement à une stase sanguine. Si , en effet, on injecte de l’eau dans les artères mésentériques , on entraîne tout le sang qui engorge les parois intestinales , et on rend à celles-ci leur couleur d’un blanc grisâtre , qui leur est naturelle (Magendie). La membrane muqueuse a généralement sa couleur et sa consistance normales; mais elle présente dans toute l’étendue des voies digestives, depuis l’œsophage jusqu’au rectum, et spécialement à la fin de l’iléon, dans le cæcum et le colon , une éruption de petits corps durs et opaques , résistant à la pression , du volume d’une tête d’épingle ou d’un grain de chènevis ou de mil, impénétrables aux injections (Czermak et Hyrts). On n’est pas d’accord sur la nature de ces corpuscules : les uns les considèrent comme des papilles intestinales tuméfiées , et n’en font point une lésion spéciale au choléra, puisqu’on la retrouve dans une foule d’étals morbides et toutes les fois que l’exhalation intestinale est augmentée. D’autres personnes ont vu dans ces corpuscules une éruption spéciale , et en ont fait à tort le caractère anatomique de la maladie. On sait , par exemple , que MM. Serres et Nonat se sont fondés sur l’existence de cette lésion pour donner au choléra le nom d epsorenlcrie.

Les intestins et l’estomac des cholériques contiennent en plus ou moins grande quantité un liquide d’une odeur fade, blanc, floconneux, qu’on a comparé à du petit-lait mal clarifié ou à une décoction de riz ou de gruau. La membrane muqueuse est en outre tapissée par une matière comme crémeuse , d’un blanc grisâtre. De nombreuses expériences chimiques ont prouvé que le liquide cholérique était identique, par sa composition , avec la sérosité du sang. Indépendamment de ce liquide , les intestins peuvent encore contenir de la bile jaune, verte, ou un liquide rougeâtre , sanguinolent. Les vaisseaux lymphatiques et biliaires sont exempts d’altération ; le foie , d’un volume ordinaire , est gorgé d’un sang noir, diffluent ; il en est de même des reins ; la rate est en général petite , dure et noire ; presque tous les autres tissus parenchymateux sont congestionnés et d’une couleur violacée particulière. Enfin , sur les parois de la vessie , revenue sur elle-même et vide d’urine , on voit parfois des flocons blanchâtres semblables à ceux que nous avons déjà rencontrés dans les voies digestives. Les poumons sont le plus souvent flasques, àffaissés , à peine engoués; d’autres fois l’engouement sanguin est un peu plus considérable : on a trouvé aussi dans les bronches les corpuscules blanchâtres déjà signalés dans les intestins et la vessie. Le cœur est petit , flasque , friable , rempli d’un sang noir , poisseux, et qu’on ajustement comparé à du raisiné mou ou de la gelée de groseilles mal cuite. Tout le système veineux , surtout au voisinage du cœur, est gorgé d’un sang ayant la même apparence et les mêmes qualités. On trouve ce liquide en petite quantité dans le cadavre. Il était, en effet , difficile , dans

l’épidémie de 1832, de pouvoir en recueillir plus de 250 à 312 grammes. Le plus grand nombre des micrographes ont vu que les globules du sang cholérique ne présentent aucune altération appréciable; au contraire les chimistes ont constaté une diminution dans la quantité normale de la fibrine , de l’albumine et des sels , tandis que la matière colorante était cinq fois plus considérable. Toutes les membranes séreuses du corps, et le péritoine surtout, sont privées de sérosité : elles sont luisantes, poisseuses. Nous les avons trouvées parfois complètement sèches, ridées, parcheminées. Le fluide céphalo-rachidien est peu diminué; les vaisseaux cérébraux et rachidiens sont plus ou moins gorgés de sang; la pulpe nerveuse est elle-même plus ou moins congestionnée. Enfin, les nerfs et leurs ganglions peuvent être imbibés de sang ; mais ils sont toujours exempts de toute altération.

Lorsque les cholériques succombent dans la troisième période dite de réaction , les congestions veineuses sont moins nombreuses et moins intenses; on retrouve plutôt alors les caractères propres aux congestions actives et à l’inflammation. Ainsi le cerveau est sablé, les poumons sont parfois enflammés, hépatisés ; le sang contenu dans les vaisseaux est plus rouge et contient d’autant plus de sérum que la mort est survenue à une époque plus éloignée de la réaction. Le liquide cholérique a disparu , les membranes séreuses sont humides; les corpuscules intestinaux sont peu ou point saillants, tandis que les follicules agminés sont parfois un peu boursouflés, mais sans présenter aucune des lésions caractéristiques de la fièvre typhoïde ; enfin la vessie contient de l’urine.

Symptômes , marche. — Le choléra asiatique débute parfois brusquement; le plus souvent il a des prodromes tels que malaise, faiblesse, perte d’appétit, soif, douleurs de ventre, borborvgmes; diarrhée jaune, blanchâtre, muqueuse, fétide; accablement, insomnie, sueurs, défaillances, accélération ou lenteur du pouls ; frissons vagues, irréguliers. C’est à l’ensemble de ces symptômes prodromiques que quelques personnes donnaient, en 1832, le nom de cholérine ou de première période. Ces accidents persistaient d’un à huit jours, et se terminaient parla guérison ou étaient remplacés par les symptômes propres au choléra. M. Magendie dit que quelques malades ont succombé après avoir présenté seulement les symptômes de la cholérine. La mort est arrivée alors par suite de l’anéantissement progressif des forces ; toutefois les faits de ce genre ont été fort rares. Lorsque le choléra se déclare, la soif est vive; le ventre, rétracté, peu sonore, est le siège de coliques que la pression augmente souvent. Bientôt le malade rend par le vomissement les matières blanches, floconneuses et d’une odeur fade dont nous avons parlé précédemment ; des évacuations alvines ont lieu simultanément. Les matières évacuées par l’anus, d’abord jaunâtres et fétides, finissent bientôt par être identiques à celles qui sont rejetées par la bouche. Ces éva-

728 des s£c*Ério\s morbides.

cuations sont généralement répétées à de courts intervalles; bientôt le pouls s’accélère et s’élève rapidement à 120 ou 130 pulsations par minute; sa force diminue en proportion de sa fréquence; la respiration est pénible, anxieuse, accélérée; les malades accusent de la dyspnée, quoiqu’il la percussion et à l’auscultation on ne découvre aucun phénomène morbide. La voix s’affaiblit; il y a des vertiges, de la céphalalgie, des bourdonnements d’oreilles; des crampes très douloureuses se font sentir dans les bras, dans les doigts et surtout dans les mollets, qui sont fermes et durs comme du bois; les forces sont alors prostrées à tel point que beaucoup de malades ne peuvent se tenir debout ; leur figure exprime l’abattement et une souffrance extrême ; les traits sont tirés, amaigris; les yeux sont caves, bordés de noir. Si ces accidents vont encore en s’aggravant, la peau du corps se refroidit, la face prend une teinte bleuâtre; la pulpe des doigts et des orteils devient violacée, surtout au pourtour des ongles , tandis que la peau de ces parties est ridée comme si elle avait longtemps macéré dans de l’eau tiède. Lorsqu’on pince la peau, elle conserve pendant longtemps le pli qu’on lui a donné ; le corps entier est amaigri par suite de l’absorption du fluide séreux qui humecte le tissu cellulaire; la sécrétion urinaire est suspendue; toutes les exhalations naturelles ou accidentelles sont diminuées ou taries.

Dans un degré plus avancé et constituant la seconde période de la maladie , les membres et la face sont complètement cyanosés; la coloration cyanique peut même gagner presque tonte la surface du corps; les yeux sont secs, ternes; la cornée est flétrie par suite de l’absorption d’une portion de l’humeur aqueuse; la peau est froide, sa température est parfois descendue à 14° Réaumur, ainsi que l’ont vu MM. Gérardin et Gaimard ; elle est en même temps recouverte d’une sueur visqueuse et froide, de sorte qu’en la palpant on a la sensation que donne le toucher du nez du chien ou de la peau d’un batracien. La langue est bleuâtre et froide , la soif est vive , les vomissements sont en général plus rares que dans la période précédente; les selles, involontaires, sont souvent formées par un liquide rougeâtre et fétide; la voix est éteinte, l’haleine des malades est froide; l'air expiré contient parfois davantage d’oxygène que chez les sujets sains , comme cela résulte surtout des expériences de Davy; M. Rayer l’a également constaté dans la période du choléra dit q asphyxique. La dyspnée, l’oppression augmentent ; le pouls devient imperceptible; il en est parfois de même des battements du cœur; la circulation semble alors interrompue ; on a pu en effet couper en travers une artère volumineuse sans qu’il s’en écoulâ: du sang. Si on ouvre une veine, ce n’est que par des pressions réitérées qu’on parvient à se procurer quelques cuillerées de sang noir, foncé , visqueux , se coagulant en niasse; il ne s’en sépare pas ou à peine de sérum; il offre une température inférieure de 4 à 5° Réâumur au sang fourni par d’autres ma-

lades. Au milieu de symptômes si graves, auxquels se joint l'affaiblissement, l’obtusion de tous les sens, la perle de la sensibilité tactile, les facultés intellectuelles restent intactes; il y a rarement du délire; enfin la mort survient lentement ou tout-à coup Tels sont les accidents qui caractérisent cette seconde période du choléra grave à laquelle on a donné les noms d 'algide, de bleu, de cyanique ou d 'asphyxique , en raison du refroidissement du corps, de la couleur violacée de la peau et des phénomènes d’asphyxie qui prédominent.

Lorsque le malade ne succombe pas dans la période algide, la maladie change bientôt de physionomie : ainsi le froid disparaît peu à peu ; le pouls devient perceptible , puis reprend sa force et son volume; la cyanose diminue, ainsi que l'amaigrissement ; la face se colore, les yeux s’injectent , la voix prend de la force , la sécrétion urinaire se rétablit ; enfin le sang reprend peu 5 peu ses qualités normales, et il contient d’autant plus de sérum qu’on s’éloigne davantage du début de la réaction. L’ensemble de ces phénomènes caractérise la période dite de réaction du choléra , à laquelle on voit immédiatement succéder la convalescence.

Cependant la réaction n’est pas toujours aussi franche : ainsi il est des malades chez lesquels elle est incomplète, c’est-à-dire qu’après s’être établie en partie elle est remplacée bientôt par de nouveaux symptômes algides qui emportent presque tous les sujets. Chez d’autres, la réaction se complique d’accidents typhoïdes : ainsi chez les un$Ja fièvre s’allume; la langue devient sèche, rude, noire; les dents s’encroûtent de fuliginosités; la soif est vive; les malades sont tourmentés par un hoquet continuel; la face est hébétée, frappée de stupeur; les malades tombent dans le coma ou un étal de subdélirium ; il y a des roideurs , des contractures, des soubresauts de tendons; enfin au bout de cinq, six, huit ou dix jours au plus, la mort survient. Quelques malades pourtant guérissent ; mais leur rétablissement est lent et très difficile. Pendant la réaction, les évacuations intestinales, ainsi que les vomissements, ont cessé. Cependant il arrive parfois que ces derniers persistent, alternent avec le Imquet, et tourmentent beaucoup les malades; ils s’accompagnent alors de douleurs cardiaques, de beaucoup d’anxiété, et finissent souvent par amener la mort. Enfin c’est encore pendant la réaction que surviennent la plupart des complications, tefes que des congestions ou des inflammations, spécialement du côté des méninges, du cerveau et des poumons, ainsi que diverses éruptions cutanées (rougeole , scarlatine, roséole, urticaire). On a observé quelquefois des parotides.

Les symptômes précédents ne se succèdent pourtant pas toujours dans l’ordre que je viens d’indiquer : ainsi on a vu assez souvent, en 1832, la maladie débuter brusquement par les symptômes les plus

graves qui caractérisent l’état algide : on disait alors que le choléra était foudroyant ; chez d’autres , la maladie présentait les symptômes ordinaires, à l’exception des vomissements et desselles qui manquaient, quoique du fluide cholérique eût été exhalé en abondance dans les intestins, comme l’inspection cadavérique le démontrait.

Durée. — Ainsi le choléra a une marche plus ou moins rapide ; il peut tuer en quelques heures ; mais sa durée moyenne est d’environ soixante heures; assez souvent la vie se prolonge pendant un septénaire , mais rarement au-delà du douzième jour. Toutes choses égales d’ailleurs, on a trouvé que la durée de la maladie est en raison directe des forces des malades.

La convalescence est plus ou moins rapide ; en général elle est lente et exige beaucoup de soins, car des rechutes ont quelquefois lieu ; d’autres malades conservent pendant un temps plus ou moins long de la dyspepsie , divers troubles permanents des organes digestifs , ou ne se manifestant qu’à des intervalles plus ou moins rapprochés.

Diagnostic. — En ayant égard à la nature des vomissements et des selles , au refroidissement, à l’anéantissement du pouls , à la coloration bleuâtre ou cyanique, aux crampes, à la suppression d’urine , il est impossible qu’on confonde le choléra épidémique avec aucune autre affection connue.

Pronostic. — Le choléra asiatique est une maladie très grave , et qui a exercé de grands ravages partout où elle a sévi , puisqu’elle a communément fait périr la moitié de ceux qu’elle a atteints. Elle a paru plus fâcheuse aux deux exirêmes de la vie, et a été plus meurtrière chez l’homme que chez la femme. Les accidents ont toujours été plus graves au début de l’épidémie que vers son déclin. Lorsque les malades deviennent froids , cyanosés et sans pouls , le péril est grand. Une réaction qui n’est pas très intense , qui est complète et qui se soutient, doit faire espérer une heureuse terminaison.

Etiologie. — Le choléra dont nous parlons est endémique dans l’Inde ; ce n’est qu’accidentellement qu’on le voit en Europe. Cependant, depuis l’épidémie de 1832, il n’est pas d’année où nous n’en ayons rencontré plusieurs cas, généralement bénins, ce qui nous porterait à penser que le choléra asiatique est désormais une affection définitivement importée dans notre continent.

Pour expliquer la marche et les progrès de cette maladie , on a invoqué toutes les causes occultes par lesquelles on a prétendu expliquer de tout temps l’apparition des maladies épidémiques. Il est inutile de les énumérer. La contagion , par laquelle quelques personnes ont voulu expliquer la marche et la propagation de la maladie, a compté peu de partisans , surtout en France , car la plupart des faits que nous avons recueillis étaient à Paris entièrement opposés à cette doctrine. Il

est inutile de discuter plus longtemps la cause première du choléra ; nous dirons pourtant qu’en considérant que la maladie a sévi dans les pays les plus divers , au milieu des conditions hygiéniques les plus opposées , il est rationnel de supposer l’existence d’une cause spécifique probablement répandue dans l’atmosphère; mais nous ne pouvons avoir à ce sujet aucune démonstration. Quoi qu’il en soit, on a vu l’influence épidémique s’exercer non seulement sur l’homme , mais encore sur plusieurs classes d’animaux , spécialement chez les bêtes à cornes , les volailles et même les poissons. En général le choléra n’a pas envahi brusquement un pays ; mais il y a été le plus souvent précédé de divers états morbides régnant épidémiquement , tels que fièvres intermittentes , dysenteries , diarrhées ou embarras gastriques.

Enfin , pendant le règne de la dernière épidémie , on a noté que certaines causes prédisposaient davantage à la maladie, et que d’autres pouvaient en provoquer le développement. Parmi les premières, on a surtout cité l’encombrement et le non-renouvellement de l’air (Piorry) , l’habitation des lieux humides , l’âge adulte, le sexe féminin , la misère, les privations , les excès , les travaux rudes , les peines morales. Les causes occasionnelles qui ont paru agir le plus souvent sont les refroidissements , les excès , les indigestions , etc.

Traitement. — On a préconisé contre le choléra presque tous les agents dont la thérapeutique dispose. Tout le monde avait voulu d’abord trouver un spécifique ; cependant l’expérience a prouvé qu’on ne pouvait opposer au choléra une méthode uniforme de traitement, et que celui-ci devait varier suivant une foule de circonstances, et surtout d’après l’état symptomatique. Ainsi dans les prodromes, lorsqu’il existe cet ensemble de symptômes auquel on a donné le nom de cholérine , il faut prescrire le repos au lit et la diète, l’usage de lavements mucilagineux, de boissons gommées ou légèrement aromatiques, mais surtout l’emploi de l’opium , que l’on administre par la bouche ou en lavement. Les pédiluves ou les cataplasmes sinapisés sont utiles pour diminuer la céphalalgie. Enfin, lorsque le pouls offre de la résistance, la peau une chaleur fébrile , lorsque le ventre est le siège de coliques, on doit retirer une certaine quantité de sang par la saignée du bras, et mieux encore par l’application d’un certain nombre de sangsues. Si au contraire il y a beaucoup d’affaissement , si le pouls est faible, il faut insister davantage sur les boissons un peu aromatiques , donner aussi quelques antispasmodiques, et spécialement le sirop d’éther. Les moyens précédents conviennent aussi en général dans la seconde période de la maladie , pendant laquelle quelques personnes ont préconisé l’ipécacuanha et les purgatifs salins, dans le but surtout de modérer les évacuations. Le vomitif a généralement produit d’assez bons résultats dans l’épidémie de 1832 ; les purgatifs salins ont été d’un emploi moins fréquent, du moins

en France : aussi leur aciion n’a pas encore été suffisamment appréciée.

Dans cette même période , lorsque les évacuations sont abondantes et les accidents nerveux prédominants, lorsqu’enfin le pouls devient presque imperceptible, et que le sang stagne à la périphérie du corps ainsi que dans les parenchymes, il faut se hâter de donner des boissons stimulantes telles que les infusions chaudes de camomille, d’arnica, de café, de menthe, de thé, les vins alcooliques et même l’eau-de-vie; on excite la circulation et la calorification par les frictions sèches et irritantes, et mieux encore par l’application permanente de sinapismes, et d’une chaleur artificielle à l’aide de boules, de briques chaudes ou de sachets de sable. Les émissions sanguines sont alors presque toujours nuisibles. D’ailleurs, le plus souvent il serait impossible de retirer du sang en raison de la coagulation de ce liquide dans les vaisseaux.

L’énergie de ces moyens doit diminuer au fur et à mesure que la réaction survient. Lorsque celle-ci est complète et modérée , on doit se bornera prescrire au malade des boissons douces acidulées, tempérantes: si la réaction est incomplète, si un peu de cyanose persiste, on insistera sur le traitement stimulant et tonique; lorsqu’au contraire la réaction est trop vive, il faut la modérer par l’emploi des antiphlogistiques, par la saignée générale ou locale; mais il faut n’emplover ces moyens qu’avec la plus grande prudence et avec beaucoup de réserve. Le régime antiphlogistique combiné avec les révulsifs et les vésicants convient encore dans la première période de la réaction typhoïde ; mais lorsque les symptômes adynamiques prédominent, il faut revenir encore à l’emploi des toniques, et surtout du quinquina.

Il n’existe aucun moyen prophylacique contre le choléra ; les lazarets et les quarantaines ont été aussi inutiles que les fumigations de chlore, et que l’emploi du camphre, des aromatiques, des désinfectants , etc.

Nature. — Il est inutile de discuter ici la valeur de toutes les opinions qu’on a émises sur la nature du choléra asiatique. On l’a considéré comme une irritation ou une inflammation gastro-intestinale, opinion que l’ouverture des cadavres ne confirme pas. D’autres y ont vu line asphyxie, un empoisonnement, une fièvre algide, une altération de l’innervation générale ou du système du grand sympathique. Mais ce sont là tout autant d’hypothèses, et dans l’impossibilité où nous sommes de pénétrer la nature intime de la maladie, nous devons, pour la classer convenablement dans le cadre nosologique, avoir surtout égard au symptôme prédominant, c’est-à-dire à l’exhalation intestinale : voilà pourquoi nous avons rangé le choléra asiatique dans la classe des sécrétions morbides.

DE L’hYDRO-ENTÉRORRHÉE.

DE l’hYDRO-ENTÉRORRIIÉE.

Un flux (le liquide transparent complètement aqueux et sans mélange de bile ou de mucosités peut s’effectuer par l’anus. Ainsi chacun sait que Morgagni , voyageant en poste pour aller visiter un cardinal malade , éprouva des déjections formées par un liquide presque limpide. Des faits semblables ont été rapportés par Mar. Donatus, Car. Piso et Poterius. U y a peu d’années, un des médecins les plus recommandables de l’Hôtel-Dieu de Paris, dont je m’honore d’être l’élève, a éprouvé, à la suite d’une commotion violente occasionée par une chute, l’accident que Morgagni avait observé sur lui-même. Dans tous ces cas la maladie eut une durée courte, excepté pourtant chez le médecin de l'Hôtel- Dieu, qui éprouva l’évacuation séreuse à diverses reprises pendant plusieurs mois consécutifs. La quantité du liquide évacué fut plus ou moins considérable : Morgagni en rejeta 8 kilogrammes en douze heures; chez le malade de Polerius la quantité s’éleva à 20 kilogrammes dans l’espace seulement de vingt-quatre heures. Cette excrétion ne s’accompagnait presque d’aucune douleur de ventre; parfois même, comme je l’ai vu chez le médecin de l’Hôtel-Dieu, il n’y eut aucune espèce de souffrance; mais les malades furent tons très affaiblis, et Morgagni rapporte qu’il devint aussi maigre qu’il l’eût été après une longue et grande maladie; chez tous cette faiblesse a persisté, en général , pendant un temps assez long.

11 est impossible de déterminer quel est l’organe qui a sécrété le liquide. Quelques personnes ont cru que c’était le pancréas; mais rien jusqu’h présent ne peut justifier cette opinion, et il n’est aucune raison plausible qui puisse faire attribuer les flux séreux plutôt au pancréas qu’à l’appareil folliculaire du canal intestinal.

On peut rapprocher des cas précédents certains flux séreux des organes digestifs qui ont jugé plusieurs hydropisies. C’est ainsi qu’on a vu des individus débarrassés d’anasarque après avoir éprouvé des vomissements abondants et des déjections d’une sérosité claire, citrine, onctueuse: évidemment il y a eu métastase, et tout porte à penser que le fluide résorbé a été exhalé par la muqueuse gastro-intestinale. Enfin, les auteurs parlent encore de quelques autres flux séreux sur la nature desquels nous ne possédons aucuns renseignements précis, et dont l’existence est tout au moins problématique. Telles sont, par exemple, ces diarrhées que l’on a dit être produites par l’urine, le lait ou une matière graisseuse.

On n’est pas encore fixé sur le mode de traitement qu’il convient d’adopter contre les flux séreux des organes digestifs. Il en est qu’il faut respecter; tels sont ceux qui jugent une maladie grave, telle qu’une

hydropisie. Quant au flux séreux dont Morgagni fut lui-même affecté , nous croyons que lorsqu’il a lieu exclusivement par l’anus, l’ipécacuanha peut le diminuer ou le suspendre ; dans le cas contraire , un purgatif pourrait avoir le même effet. Quand les flux se sont effectués à la fois par haut et par bas, les évacuants sont nuisibles : il paraît que dans ce cas on a retiré de bons effets des cordiaux et des calmants à l’intérieur , en même temps que des révulsifs étaient promenés à la surface du corps.

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