DES SÉCRÉTIONS PROPRES A QUELQUES ORGANES
Les fluides particuliers sécrétés par plusieurs de nos organes peuvent être produits en quantité beaucoup plus considérable que de coutume. Cette supersécrétion , quand elle est très abondante , devient la cause de nombreux accidents, variables suivant la nature du fluide et suivant que celui-ci est sécrété en plus ou moins grande quantité.
Nous allons étudier successivement la supersécrétion de la sueur, de la graisse, de la salive, de la bile, de l’urine, du lait et du sperme. Nous ne dirons rien des flux de larmes, car la sécrétion exagérée de ce liquide ne se remarque guère que dans les maladies du globe oculaire et des paupières, ou bien sous l’influence d’un état nerveux particulier, comme dans les émotions tristes, et quelquefois dans la joie excessive. D’ailleurs les flux de larmes ne sont jamais portés au point d’affaiblir
la constitution. Toutefois il importe de dire ici que l’écoulement abondant des larmes sur les joues n’indique pas nécessairement une supersécrétion de ce fluide, mais il se rattache souvent à un obstacle apporté à son excrétion par suite d’un renversement des paupières ou d’une obstruction des voies lacrymales. A l’occasion des flux d’urine, nous ne devrons parler ici que de la polyurie, renvoyant l’histoire du diabète , à la fin du tome II , dans les maladies spéciales aux reins, attendu que le diabète est bien moins caractérisé par un flux d’urine que par la présence du sucre dans ce liquide. Ceite dernière altération est constante, tandis que la première manque quelquefois.
DE L’ÉrHIDROSE.
SYNONYMIE. — Hyper hydrosis j dysodie cutanée.
Je n’ai point à m’occuper ici des sueurs plus ou moins abondantes qui sont un symptôme de plusieurs maladies (fièvre pernicieuse diaphonique, suette , phthisie pulmonaire , résorpions purulentes, etc,); mais je veux seulement fixer l’attention sur certaines sueurs morbides paraissant être indépendantes de toute lésion, et qui constituent réellement une affection spéciale toujours incommode, qui peut être aussi la source d’accidents plus ou moins graves.
Les sueurs constituent un état morbide lorsqu’elles sont trop abondantes ou lorsqu’elles sont altérées dans leurs qualités.
Les sueurs qu’on nomme morbides , en raison de leur abondance , sont presque toujours générales ; on les a vues pourtant quelquefois n’occuper qu’une moitié du corps. Enfin il existe des cas beaucoup moins rares de sueurs bornées à des points circonscrits comme les joues, la tête, les aisselles, les mains, les parties génitales et surtout les pieds.
L’éphidrose est donc caractérisée par une exhalation considérable de sueurs ayant lieu d’une manière continue ou à des intervalles plus ou moins éloignés , et quelquefois périodiques. Cette supersécrétion , lorsqu’elle est générale, ne se remarque guère que chez les convalescents et les individus faibles ; elle se fait tantôt spontanément ; mais le plus souvent elle n’a lieu que lorsque le corps est échauffé par la marche , par l’application de vêtements trop épais, ou par une chaleur artificielle, ou bien elle se produit après les repas, ou à la suite d’une vive émotion de l’âme, en un mot, à l’occasion de toutes les causes qui normalement augmentent la quantité de la sueur : seulement, dans les cas dont nous parlons , les effets sont beaucoup plus considérables. On ignore si les propriétés physiques et chimiques de la sueur sont toujours modifiécse.i même temps que le liquide est sécrété en plus grande abondance. Cependant il est des cas où la sueur a acquis une odeur acide, urineuse, cadavé-
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reuse ou bien une fétidité pénétrante, comme on l’observe fréquemment pour celle des pieds et des aisselles. Quant à sa saveur , on l’a trouvée absolument insipide, ou bien amère, douceâtre, salée; elle peut être aussi altérée dans sa couleur; c’est ainsi qu’on l’a vue jaune, verte, noire, bleue, etc. Enfin sa température est plus ou moins élevée; sa consistance peut être nulle, ou bien plus ou moins poisseuse et visqueuse; enfin la sueur paraît quelquefois contenir certains produits de sécrétions normales, comme la bile, l’urée; on a même dit que certaines boissons ingérées dans l’estomac pouvaient s’échapper par la transpiration , sans avoir subi la moindre modification ; mais ces faits extraordinaires ne doivent être acceptés qu’avec la plus grande réserve.
Si les sueurs morbides étaient générales et très abondantes , elles pourraient finir par produire la chute des forces , l’amaigrissement , et tous les accidents que des évacuations excessives entraînent; mais ces cas sont infiniment rares. Lorsque les sueurs sont partielles, la portion de peau par laquelle l’exhalation se fait est plus ou moins modifiée dans sa sensibilité; l’épiderme est souvent gonflé, blanchi et ridé, comme s’il avait macéré longtemps dans de l’eau chaude.
Les sueurs abondantes se prolongent en général beaucoup. Au bout d’ufi temps variable et tou t-à -fait indéterminé, la sécrétion finit par diminuer, et revient à peu près à son état normal. Assez souvent l’exagération de la sécrétion produit un peu d’amaigrissement, mais il est très rarement arrivé qu’elle ait jamais déterminé les accidents de la fièvre hectique. Sa suppression brusque a, au contraire, souvent été la cause déterminante d’un grand nombre de maladies ou d’incommodités, telles que pleurésies, rhumatismes, névralgies, etc.
Traitement. — Pour combattre les sueurs générales, il faut éloigner les causes manifestes qui provoquent la sécrétion. Les malades seront donc placés dans un air frais; ils seront modérément couverts , ils coucheront sur la paille ou le crin , ils prendront des bains froids d’eau de mer ou de Barèges , on provoquera d’autres évacuations, et si l’état delà constitution l’exige, on usera d’un régime fortifiant et de médicaments toniques. On pourrait peut-être aussi retirer quelque avantage de la limonade minérale, de l’acétate de plomb et de l’agaric blanc.
La sueur des aisselles et surtout celle des pieds est une incommodité pour laquelle beaucoup d’individus demandent des conseils. On devra les engager à porter, dans les cas de sueurs fétides des pieds, des chaussettes en fil et des chaussures légères; ils prendront tous les jours un ou deux bains de pieds avec de l’eau de Barèges froide. Dans les cas où la suppression de la sueur produirait des accidents, ainsi que [AI. Mondière en a cité des exemples , on se hâterait de la rappeler en enveloppant le pied de chaussettes de laine recouvertes d’un taffetas gommé.
DE LA POLYSARCIE OU OBESITE.
L’accumulation de la graisse, devenue assez considérable pour gêner quelques unes des fonctions de l’économie, constitue l’état morbide connu sous les noms de polysarcie , d 'obésité ou de polypionie.
La polysarcie est locale ou générale. La première est plutôt une difformité qu’une maladie; on l’observe surtout dans les parois abdominales et l’épiploon , chez les hommes après trente -cinq ans , et chez les femmes qui ont eu beaucoup d’enfants. Cette accumulation partielle de graisse occasionne rarement de la gêne dans les digestions ; mais le plus souvent elle rend difficile ou même impossible la flexion du tronc en avant.
Lorsque la polysarcie est générale , le corps a acquis un volume énorme; il peut peser 150, 300 et jusqu’à U00 kilogrammes. La graisse, qui , chez un adulte d’embonpoint ordinaire , n’entre guère que pour un vingtième dans le poids total du corps , peut en former la moitié , les deux tiers, et jusqu’aux quatre cinquièmes. Le corps présente alors un volume énorme ; ses diverses parties sont déformées. Ces individus se meuvent avec peine; ils ont une démarche roide toute particulière, en raison de la difficulté qu’ils éprouvent à étendre et surtout à fléchir les articulations. La plupart ne peuvent faire le moindre exercice sans être essoufflés, baignés de sueurs, et sans éprouver des palpitations. Les uns mangent à peine; mais la plupart sont assez voraces; chez beaucoup la tête se congestionne après chaque repas , et ils ont une grande tendance à dormir. Ces individus sont; dit-on, peu portés pour l’acte vénérien. Les femmes obèses sont souvent stériles , et chez beaucoup la menstruation est irrégulière. Mais c’est à tort qu’on a accusé les sujets obèses d’être incapables de se livrer à aucun travail intellectuel ; car l’histoire et l’observation contemporaine nous apprennent qu’une foule d’hommes éminents dans toutes les carrières ont été atteints de l’inflrmité dont nous parlons. Un grand nombre de ces individus sont emportés par des congestions ou des apoplexies viscérales ; la plupart meurent de maladies du cœur ou d’hémorrhagie cérébrale : on dit aussi que chez eux les maladies aiguës se terminent plus souvent par la mort.
Diagnostic. — Le diagnostic de la polysarcie est facile : la fermeté des chairs , l’absence de l’impression du doigt quand on les presse , empêchera de la confondre avec l’anasarque.
Pronostic. — Cette affection est grave , en raison des incommodités qui raccompagnent et de la difficulté de la traiter. Quand elle affecte des jeunes gens , elle ôte tout espoir de longévité. Il n’en est pas absolument de même des individus qui deviennent obèses dès les premières années de la vie , car il arrive souvent alors que l’excès d’embonpoint
DU PTYALISME.
disparaît spontanément. M. Raige-Delorme a cité à ce sujet le fait très curieux d’un enfant qui , à l’âge de douze à quinze mois , avait une obésité énorme, ce qui occasionnait chez lui une respiration tellement courte et précipitée , qu’il semblait continuellement menacé de suffocation. Néanmoins il parvint à l’âge de deux ans et demi sans éprouver d’accidents. Débarrassé depuis lors de son infirmité, il ne se montra en rien différent des autres enfants de son âge , sinon qu’il était remarquable par une taille svelte et élancée.
Causes. — La polysarcie est une affection souvent héréditaire; il n’est pas rare qu’elle débute dès la plus tendre enfance; nous l’avons même vue portée au plus haut degré chez un enfant de trois ou quatre ans. En général elle commence vers la trentième année, et augmente surtout après quarante. Cette affection survient surtout chez les sujets qui mènent une vie oisive, sédentaire et qui usent d’une nourriture succulente : aussi l’observe-t-on spécialement dans la classe riche ; elle est au contraire très rare chez les paysans , excepté chez ceux qui , comme les fermiers, vivent dans l'aisance. L’obésité est une infirmité très fréquente chez les gens de bureau et de cabinet , chez les ecclésiastiques , les bouchers, les charcutiers et les prisonniers. Chez ces derniers, la maladie dépend surtout du défaut d’exercice. C’est cette cause qui explique pourquoi l’obésité n’est pas rare chez les officiers de cavalerie , et même chez les simples soldats de cette arme ; tandis qu’elle est beaucoup moins commune chez les fantassins, surtout parmi les individus non gradés. Les climats humides, froids, y prédisposent; on dit qu’elle est plus fréquente en Hollande , en Angleterre, eu Égypte et en Italie que partout ailleurs. Enfin la castration , la perle d’un membre , etc. , sont encore des circonstances qui favorisent le développement de la polysarcie.
Traitement. — Dès que l’individu manifeste une disposition à l’obésité , il faut diminuer la quantité des aliments , choisir ceux qui contiennent le moins de principes nutritifs ; on donne la préférence aux légumes herbacés. On fera faire le plus possible d’exercice à pied; le sommeil sera court ; on excitera tou tes les évacuations, et spécialement les sueurs, les selles, les urines et Je sperme. Ces moyens seront continués avec persévérance. Le vinaigre, qu’on a préconisé, et que le vulgaire emploie encore, n’a aucune efficacité, et sou usage immodéré n’est pas sans danger. Dans la polysarcie locale, on aura surtout recours à la compression.
Flux de salive, ptyalisme ou salivation.
L’augmentation morbide de la sécrétion salivaire a reçu les noms de loyalisme ou de salivation.
Le ptyalisme est un accident qui accompagne fréquemment plusieurs des maladies qui siègent dans la bouche , spécialement les diverses
formes de la stomatite et particulièrement la stomatite mercurielle, l’inflammation de la langue, des gencives, les douleurs de la dentition et même la carie des dents et des os maxillaires. Enfin , dans certains cas de trismus et de névralgies du nerf delà cinquième paire, on observe encore une salivation parfois considérable , ce dont on se rend compte dans la névralgie par l’état d’excitation des nerfs qui entourent ou pénètrent les glandes salivaires , et dans les cas de trismus , par la pression mécanique des glandes et des conduits salivaires. Je me contente de mentionner ces faits , renvoyant pour plus de détails à chacune des maladies dont le ptyalisme est un des symptômes ou un des accidents. Je ne dois m’occuper en ce moment que des cas où la salivation ne se lie à aucune lésion matérielle appréciable. Cependant, si alors le ptyalisme ne s’accompagne d’aucune altération manifeste dans les glandes salivaires , dans les parois de la bouche et les organes contenus dans cette cavité, il est rare néanmoins que l’augmentation de la sécrétion salivaire soit un état morbide tout-à-fait isolé. Presque toujours on reconnaît que la salivation se lie sympathiquement à la souffrance d’un organe plus ou moins éloigné : c’est ainsi qu’on l’a fréquemment observée dans le cours de certaines fièvres continues ou intermittentes, dans quelques névroses, comme l’hystérie , dans les cas de suppression ou de troubles quelconques survenus dans la menstruation ; chacun sait en outre que la salivation est , après les vomissements, l’accident sympathique qu’on observe le plus communément dans les premiers mois de la grossesse. Enfin il est constant que les maladies du pancréas , et surtout que les lésions organiques de ce viscère , s’accompagnent souvent d’une salivation abondante. On rencontre pourtant des cas où le ptyalisme survenant chez un sujet bien portant ne se lie à aucun état morbide bien caractérisé ; mais ces faits sont excessivement rares.
Symptômes , marche. — Le ptyalisme est caractérisé par l’afflux continuel dans la bouche d’un liquide incolore et aqueux, parfois mêlé à des mucosités. Ce liquide est en général insipide , înodore ; mais dans quelques cas, il a une saveur désagréable plus ou moins styptique, et exhale une odeur fade ou forte , et plus ou moins fétide. La salive , ainsi sécrétée en plus grande abondance , est en partie avalée , en partie rejetée par un crachement presque continuel ; enfin souvent aussi le liquide afflue en si grande quantité qu’il s’échappe involontairement et d’une manière continue par la bouche, et se répand sur les lèvres et le menton ; c’est ce qu’on observe surtout pendant le sommeil. Chez ceux qui dorment la bouche exactement fermée , toute la salive pénètre dans l’estomac ; mais lorsque la quantité du liquide est trop considérable, elle peut, en obstruant momentanément la gorge, et parfois aussi en pénétrant dans le larynx , déterminer un état de suffocation qui réveille les malades , et produit pendant quelque temps un grand état