DES PNEUMATOSES OU SÉCRÉTIONS GAZEUSES
Sous l’influence de certains états morbides, des gaz peuvent être exhalés dans les parties qui normalement ne doivent point en contenir. Ou bien certains organes qui , comme les intestins, en renferment normalement, peuvent en produire une quantité plus considérable qu’à l’état physiologique, d’où résultent divers accidents ou troubles fonctionnels. C’est à cette accumulation insolite de fluides élastiques qu’on donne le nom d apneumatose. Les gaz qu’on trouve ainsi infiltrés ou accumulés dans nos organes ou nos tissus n’ont pourtant pas toujours été exhalés par eux. Ainsi ils peuvent être formés par l’air atmosphérique qui s’est introduit par quelque ouverture naturelle ou accidentelle ; d’autres fois ils résultent de la décomposition de certaines substances solides ou liquides ; ailleurs enfin , c’est un des organes qui renferment naturellement de l’air ou des gaz qui se rompt ou se perfore, et permet aux fluides élastiques de s’épancher ou de s’infiltrer dans les parties voisines.
D’après le titre de ce chapitre il ne devrait point être question ici de cette dernière sorte de pneumatose; néanmoins, comme les symptômes et les troubles fonctionnels diffèrent peu , quelle que soit la manière dont l’accumulation gazeuse se produit , nous croyons convenable, pour éviter des répétitions inutiles , de rapprocher des pneumatoses par exhalation celles qui sont traumatiques.
de l’emphysème.
On donne le nom d 'emphysème à l’infiltration d’un gaz dans le tissu cellulaire. Cette maladie est caractérisée par une tuméfaction plus ou moins considérable, élastique, sans changement de couleur des parties qui , comprimées , font entendre une crépitation particulière , caractéristique, semblable au bruit qu’on obtient en froissant du parchemin ou une vessie sèche. L’emphysème occupé le plus souvent le tissu cellulaire sous-cutané et parfois aussi le tissu cellulaire sous-muqueux tel que celui qui double la conjonctive ou bien encore celui qui sépare les tuniques intestinales, plus rarement le tissu cellulaire sousséreux et surtout celui des épiploons ; il est probable que dans ces derniers cas l’emphysème constitue une lésion purement cadavérique.
On a divisé l’emphysème en traumatique et en spontané. Le premier, qui est le plus ordinaire, succède aux plaies contuses et surtout à toutes les solutions de continuité qui intéressent les fosses nasales , le larynx, la trachée, les poumons et le tube digestif. Dans les cas beau-
coup plus rares où le gaz est exhalé par le tissu cellulaire lui-même, on dit que l’emphysème est spontané. On a vu celui-ci survenir quelquefois après l’impression du froid, à la suite d’une émotion morale, d’une attaque d’hystérie, dans le cours d’une fièvre continue, éruptive, à la suite d’une excitation de la peau , comme après des frictions irritantes ou d’une contusion de cette membrane ; enfin , plus souvent encore l’emphysème spontané se déclare dans une partie mortifiée ou à son voisinage; la gangrène est, en effet, la cause la plus ordinaire de l’emphysème spontané et circonscrit.
L’infiltration des gaz dans le tissu cellulaire est ordinairement borné à un espace plus ou moins circonscrit ; cependant, dans beaucoup de cas, l’emphysème peut être presque général , c’est-à-dire qu’il envahit successivement toute ou presque toute la périphérie du corps. C’est alors seulement qu’il s’accompagne d’accidents plus ou moins graves; il y a, en effet, de l’anxiété, de l’oppression et des accidents d’asphyxie, dépendant , dit-on , de ce que l’emphysème se propage aux poumons euxmêmes. Mais une pareille issue est rare, et dans la plupart des cas la maladie a une heureuse terminaison , soit qu’on pratique une issue artificielle au gaz, soit que le fluide soit résorbé; on a \u l’emphysème se montrer ainsi et disparaître alternativement plusieurs fois. D’après les caractères que nous venons d’énumérer, il sera facile de distinguer l’emphysème de l’œdème, qui est la seule affection avec laquelle on pourrait le confondre. Celui-ci néanmoins diffère du premier par l’absence de crépitation , et parce que la partie conserve l’impression du doigt. L’emphysème ne présente , en général , aucune gravité par lui- même : son pronostic n’est fâcheux que lorsqu’il est devenu général , ou lorsqu’il est ' symptomatique de la gangrène.
Le traitement de l’emphysème simple consiste dans la compression et l'application de quelques topiques résolutifs; si ces moyens sont inutiles, si la distension des tissus est trop considérable , et si l’emphysème continue à envahir de nouvelles parties, on donnera issue aux gaz infiltrés en pratiquant sur la peau des incisions ou des mouchetures.
L’emphysème qui se développe après la mort est un phénomène annonçant la décomposition putride; il commence à une époque plus ou moins éloignée ; dans certains cas, à peine quelques heures se sont-elles écoulées depuis le moment de la mort, que déjà la peau est partout soulevée par un fluide élastique. Cette production rapide de l’emphysème se remarque surtout à la suite des asphyxies par le gaz des fosses d’aisances, ou bien après les maladies charbonneuses pestilentielles, et quelquefois aussi sur les cadavres des individus emportés par la fièvre typhoïde.
DE l’emphysème interlobulaire des poumons.
DE l’emphysème interlobulaire des poumons.
Nous n’avons pas à nous occuper ici de la maladie improprement nommée emphysème vésiculaire des poumons; car cette affection , anatomiquement caractérisée par la dilatation des vésicules , doit être rapprochée de quelques lésions analogues affectant d’autres organes; nous en renvoyons donc l’histoire ailleurs. Mais nous dirons ici quelques mots d’une affection qui seule mériterait de conserver le nom d’emphysème, et qui consiste, en effet, en une infiltration d’air dans le tissu cellulaire qui sépare les lobules pulmonaires ; de là le nom d 'emphysème interlobulaire sous lequel il est généralement connu depuis Laënnec, qui eu a tracé la première description.
Anatomie pathologique. — Quand de l’air est infiltré dans le tissu cellulaire intervésiculaire et sous-pleural, on voit à la surface des poumons des saillies irrégulières , dont le volume varie depuis celui d’un grain de chènevis jusqu’à celui d’une noix, d’un œuf, et plus : ainsi M. Bouillaud a vu l’air former une poche tellement grosse , qu’elle ressemblait à un estomac. Quand on presse ces saillies avec les doigts , on les déplace, et on fait aisément cheminer sous la plèvre l’air qu’eiies contiennent. Cependant, comme Laënnec l’observe, l’air, quoique réellement hors des vésicules, ne peut souvent être déplacé par la pression, lorsque , s’étant extravasé au point de réunion des cloisons , il se creuse dans ce point une petite cavité, qui se dessine à la surface du poumou sous forme de lozange ou de triangle sans saillie notable. Quand l’emphysème est très étendu , les poumons 11e s’affaissent pas ; ils semblent à l’étroit dans la poitrine, et crépitent d’une manière toute particulière quand on les presse avec les doigts. L’infiltration gazeuse des poumons peut gagner l’un et l’autre médiastin , et se propager même à une partie du corps.
Symptômes. — O11 ignore encore complètement les signes auxquels on peut reconnaître un emphysème interlobulaire. Laënnec avait assigné à cette affection, comme phénomènes pathognomoniques , un raie crépitant à grosses bulles , qu’il comparait à la crépitation que donne l’emphysème cutané quand 011 le comprime , et le bruit de frottement. Mais ces deux signes d’auscultation appartiennent bien moins à l’emphysème qu’à des complications : ainsi le râle dont Laënnec parle 11’est autre, suivant nous, comme d’après MM. Louis et Stokes, que le râle sous-crépitani ordinaire, se liant à l’existence d’une bronchite concomitante ; de même aussi le bruit de frottement dépend de la formation récente de fausses membranes pleurétiques. Il 11e paraît pas que cet emphysème détermine les accès de dyspnée qu’on observe dans les cas de dilatation des vésicules. On ignore complètement les résultats fournis
par la percussion et par l’inspection. Enfin on a regardé comme un signe de rupture des vésicules pulmonaires la manifestation subite d’un emphysème sous-cutané, survenant à la suite d’efforts de toux, ou dans un accès de dyspnée, et qui, commençant à la partie antérieure et inférieure du cou, envahirait ensuite toute ou presque toute la périphérie du corps. Mais rien ne prouve d’une manière certaine qu’il y ait alors emphysème des poumons, atten lu que l’accident dont nous parlons peut tout aussi bien résulter d’une éraillure de la trachée et des bronches. L’emphysème intervésiculaire survenant brusquement à l’occasion d’un effort ou d’une vive émotion morale, et envahissant une grande étendue des poumons, a plusieurs fois produit une mort subite. Des cas de ce genre ont été publiés par les docteurs Hunt, Ollivier (d’Angers) , Pillore, Prus. D’ailleurs ces faits pathologiques s’accordent avec les expériences faites jadis par M. Leroy d’Etiolles, qui, insufflant de l’air dans les bronches des lapins avec assez de force pour déchirer un certain nombre de vésicules pulmonaires, faisait périr ces animaux avec autant de promptitude que s’il leur avait coupé la moelle allongée. L’emphysème interlobulaire est une lésion traumatique; il est produit par la rupture des vésicules dilatées ou des vésicules saines, à l’occasion d’un accès de toux, d’un effort ou d’une émotion de l’ânie. Rien ne prouve, ainsi que Laënnec l’a supposé , que dez gaz puissent être exhalés spontanément dans le tissu cellulaire des poumons.
L’emphysème interlobulaire ne pouvant être diagnostiqué, il est inutile de rechercher quel doit être le traitement à lui opposer.
PNEUMÀTOSE DU TUBE DIGESTIF
Le tube digestif contient naturellement une certaine quantité de gaz qui semblent destinés à favoriser le cours des matières alimentaires, et qui sont expulsés par la bouche et surtout par l’anus à des intervalles plus ou moins éloignés. Mais lorsque les gaz sont produits en plus grande abondance, ils sont cause de divers accidents, ou tout au moins de certaines incommodités que l’homme de l’art doit savoir prévenir et combattre.
Source des gaz ; causes qui les produisent . — Les gaz contenus dans le tube digestif proviennent de plusieurs sources. Ainsi l’air s’introduit dans l’estomac pendant la respiration, et surtout pendant la déglutition delà salive et des aliments; en outre des fluides élastiques sont produits pendant l’acte même de la digestion , soit qu’ils proviennent d’une certaine altération que les aliments subissent, soit plutôt qu’ils dépendent d’une exhalation de la membrane muqueuse (1). C’est ce qu’on
(1) T/exhalation des gaz par la muqueuse digestive est prouvée par l'expérience
PNEUMATOSE DU TUBE DIGESTIF
voit, par exemple, dans beaucoup d’indigestions et chez un grand nombre de ceux qui ont seulement les digestions difficiles , qui se nourrissent de farineux ou qui abusent d’aliments peu stimulants comme les subtances mucilagineuses, la gélatine et les viandes de jeunes animaux. Chez d’autres, la pneumatose intestinale est l’effet d’une disposition héréditaire. Mais les gaz sont surtout exhalés en très grande abondance dans la plupart des affections nerveuses des organes digestifs, ou bien dans le cours d’autres névroses , dans l’hypochondrie , et spécialement pendant les accès d’hystérie ; ou bien enfin à la suite de perturbations nerveuses , telles que celles que produisent des émotions morales vives. Dans tous les cas la production des gaz se fait indépendamment de tout état inflammatoire ou congestif de la membrane muqueuse. Les pneumatoses intestinales accompagnent même fort rarement les gastro-entérites; on les observe pourtant quelquefois dans la dysenterie (Pringle). Nous avons vu aussi que c’était un phénomène ordinaire dans la fièvre typhoïde; mais il résulte des recherches de M. Louis que la pneumatose dans ces conditions est indépendante de l’état de la muqueuse du colon , et qu’elle ne provient pas non plus de la putridité des matières fécales. L’exhalation plus abondante des gaz intestinaux se lie, au contraire, très souvent à l’inflammation du péritoine. C’est ainsi que dans la péritonite et surtout dans celle qui est puerpérale, nous avons noté la grande abondance des gaz intestinaux. Enfin ceux-ci existent encore en quantité parfois considérable dans toutes les lésions qui rétrécissent le calibre des intestins , soit que dans ces cas l’accumulation dépende de ce que les gaz ne sont plus expulsés , soit qu’elle résulte surtout d’une plus grande activité dans la sécrétion : il est probable que ces deux causes agissent simultanément.
Nous ne. savons suivant quel mécanisme les gaz sont exhalés: sont-ils produits de toute pièce, ou bien est-il vrai que le sang en contienne, et alors sont-ils seulement exhalés par la muqueuse? ce sont là des questions insolubles. Cependant une expérience de Bichat semble prouver que des gaz absorbés par la peau peuvent ensuite être exhalés à la surface des organes digestifs.
Siège el composition des gaz. — Lorsque les gaz sont en grande quantité, ils occupent presque également tout le canal digestif; cependant, dans la plupart des cas, on les trouve spécialement, et parfois même exclusivement , accumulés dans le cæcum , dans les colons ascendant et transverse , et dans l’S iliaque. La composition de ces gaz varie
suivante faile par MM. Magendie el Gérardin. Si, chez un animal vivant, on tire par une plaie du ventre une anse intestinale, et si, après l’avoir exactement vidée el l’avoir comprimée entre deux ligatures, on la replace dans l’abdomen, au bout de peu de temps on la trouvera de nouveau plus ou moins distendue par des gaz.
suivant les points des organes digestifs où on les recueille , et suivaut l’état général des sujets : ainsi , dans l’estomac , c’est de l’air atmosphérique, contenant seulement une plus forte proportion d’acide carbonique; dans l’intestin grêle, c’est un mélange d’azote, d’hydrogène et d’acide carbonique; dans le gros intestin, indépendamment des gaz que je viens de nommer, on trouve encore de l’hydrogène carboné ou sulfuré ; il n’v a jamais d’oxigène. La proportion de l’acide carbonique augmente à mesure qu’on se rapproche davantage du rectum. Enfin , dans l’état de maladie, l’azote et l’hydrogène sont les deux gaz qui sont le plus souvent exhalés (Chevillot) , et la proportion d’hydrogène sulfuré augmente également beaucoup.
Incommodités et accidents produits par les gaz intestinauæ. — En général , l’accumulation insolite de gaz dans le tube digestif produit un état de malaise dans le ventre plutôt qu’une douleur véritable ; les malades ont des borborygmes ; le ventre est plus ou moins tendu ; il résonne davantage à la percussion , présente souvent des irrégularités passagères dans sa forme , dues aux contractions péristaltiques des intestins distendus. Enfin , les gaz sont rendus par la bouche ou l’anus, et cette expulsion est généralement suivie de soulagement. Lorsque les gaz sortent par la bouche , ils forment ce qu’on nomme des éructations. Ils sont en général inodores ; ils ont le goût d’œufs pourris dans les indigestions; parfois ils sont en si grande abondance qu’ils sortent sans interruption pendant plusieurs minutes, et il n’est pas rare alors qu’ils entraînent avec eux une portion des aliments , qui arrivent dans la bouche par régurgitation. Les gaz qui sortent par l’anus sont en général plus ou moins fétides; leur excrétion est le plus souvent spontanée; d’autres fois elle est provoquée par les efforts, par les cris, par les émotions morales , par certains mouvements.
Lorsque les gaz, au lieu d’être expulsés, sont retenus dans le canal digestif, ils produisent des accidents qui varient suivant les points où ils sont accumulés, et suivant le degré de distension des parties. Rien ne prouve que des gaz puissent, comme on l’a dit, dilater, distendre une portion de l’œsophage, qui serait alors spasmodiquement contracté au-dessus et au-dessous. Mais fréquemment les gaz distendent l’estomac ; ils produisent alors de l’anxiété , ils gênent la respiration ; il y a des bâillements; l’épigastre est tendu, très sonore; il est le siège de crampes, d’une douleur plus ou moins vive, et les liquides ingérés semblent franchir difficilement le cardia. Enfin, il y a parfois des lipothymies et des palpitations.
Lorsque les gaz sont accumulés dans les intestins , le ventre acquiert un volume considérable; il est tendu. Si on le percute, il résonne comme un tambour; de là sans doute le nom de tympanite inteslinalet sous lequel on désigne celte affection. Eu palpant le ventre avec soin ,
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on distingue souvent le relief que forment les anses intestinales distendues, des bruils plus ou moins intenses se font entendre; il existe des douleurs abdominales désignées sous les noms de coliques venteuses; les lavements ne peuvent parfois pénétrer; enfin, on remarque encore d’autres accidents dépendants de la compression de quelques organes. Ainsi, lorsque les gaz distendent beaucoup le colon transverse, l’estomac est comprimé , et des vomissements ont lieu ; le diaphragme est refoulé vers le péritoine, ce qui produit une grande anxiété, beaucoup de dyspnée, et même la mort par asphyxie, comme M. Piorry l’a démontré par ses expériences sur les animaux. La compression de la vessie produit la dysurie ou rend les excrétions de l’urine plus fréquente On a vu une fois le vagin et l’utérus être refoulés au-dehors, et Yan-Swiéten a observé un œdème de la jambe gauche produit par la compression de la veine iliaque correspondante. Les gaz n’occupent parfois qu’un point très circonscrit de l’intestin , comme le cæcum , ou bien une ou deux anses intestinales ; l’on voit alors se dessiner à travers les parois du ventre une tumeur arrondie, sonore, élastique, douloureuse, le plus souvent mobile, et devenant de temps en temps le siège de borborygmes.
Après être restés accumulés pendant un temps plus ou moins long, les gaz finissent par être expulsés, tantôt peu à peu , tantôt abondamment par la bouche et l’anus à la fois; c’est ce que quelques auteurs, et Sydenham en particulier, ont désigné assez improprement sous le nom de choléra sec; souvent des matières liquides sont entraînées avec les gaz. Il est certain que, dans un grand nombre de cas, la pneumatose intestinale cesse par suite de l’absorption des gaz. C’est ainsi qu’on voit souvent des météorismes considérables disparaître peu à peu sans qu’aucun fluide élastique ait été expulsé par la bouche et par l’anus. Les anciens avaient attribué de graves accidents et même la mort à cette absorption; mais rien ne justifie leurs craintes. Les faits qu’ils ont rapportés en leur faveur sont insuffisants , et l’on est étonné qu’un homme aussi éclairé que Al. Baumèsles ait encore invoqués aujourd’hui pour soutenir la même opinion.
L’estomac et les intestins distendus outre mesure et d’une manière permanente peuvent finir par se rompre ; mais cette rupture n’a guère été observée que lorsque les parois étaient déjà ulcérées, ramollies ou gangrenées; c’est alors au niveau de l’altération que la rupture s’effectue. On a dit aussi que quelquefois les deux tuniques internes seulement se rompent ou s’éraillent; les gaz s’infiltrent alors dans le tissu cellulaire sous-séreux; mais, dans ces cas, la tunique péritonéale ne tarde pas elle-même à se rompre.
Quelle que soit la cause qui ait produit la pneumatose intestinale , on voit cette affection récidiver avec la plus grande facilité.
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Diagnostic, valeur séméiotique. — La sonorité exagérée du ventre à la percussion fera reconnaître que le volume de cette cavité ne dépend pas d’une accumulation de sérosité dans le péritoine. C’est encore spécialement par la percussion et par l’inspection du ventre qu’on déterminera quels sont les points des organes digestifs où les gaz se sont spécialement ou exclusivement accumulés.
Le dégagement insolite de gaz qui revient à des intervalles plus ou moins rapprochés indique le plus souvent un état d’atonie des organes digestifs. Si ce dégagement se fait dans les jours qui suivent un accouchement, la sollicitude de médecin devra être éveillée; carie météorisme est souvent le premier et quelquefois même le seul symptôme local d’une péritonite. En dehors de l’état puerpéral , le météorisme est extrêmement rare dans le cours des maladies aiguës , à l’exception de la fièvre typhoïde , dont il constitue un des symptômes les plus fréquents : aussi une accumulation assez considérable de gaz dans le tube digestif survenant dans le cours d’une affection fébrile devra toujours porter le médecin à rechercher s’il n’existe pas une lésion des glandes de Peyer. Le météorisme existe-t-il d’une manière permanente , quoique à différents degrés, chez un sujet bien portant, il indique d’une manière presque certaine qu’il existe dans un point du tube digestif un obstacle quelconque qui gêne le cours des matières. Si tout le ventre est ballonné à un haut degré, on soupçonnera que l’obstacle siège à la partie inférieure des organes digestifs, et on ne devra jamais manquer alors de porter le doigt dans Je rectum.
Pronostic. — La pneumatose intestinale, dégagée de toute complication, ne constitue qu’une incommodité; mais il n’en est plus de même lorsqu’elle est portée à un très haut degré. Cet accident aggrave toujours le pronostic de toutes les affections intestinales dans lesquelles on l’observe, et particulièrement de l’iléus, delà péritonite et de la fièvre typhoïde.
Traitement. — Les personnes qui sont sujettes à la pneumatose intestinale devont s’abstenir de manger des aliments indigestes, des farineux; ils mâcheront bien , ils boiront de préférence les vins de Bordeaux et de Bourgogne, s’abstiendront des vins blancs et surtout des vins mousseux, et généralement de tous les vins nouveaux ; ils éviteront après les repas la fatigue, les contentions d’esprit, et généralement tout ce qui peut troubler la digestion; ils entretiendront la liberté du ventre , et feront un exercice modéré, moyen dont Fodéré a démontré l’utilité. Chez beaucoup de malades dont les digestions sont lentes, on conseille l’usage, après le dîner, de quelque boisson aromatique, comme la camomille , le thé, le café; mais les liqueurs sont généralement nuisibles. Enfin, dans les mêmes conditions, on retire souvent de bons effets de l’usage de la flanelle, des frictions sèches, surtout sur la peau du ventre,
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des bains aromatiques et des bains de mer. C’est lorsque la pneumatose paraît ainsi s’être développée par suite d’une atonie des organes digestifs qu’on emploiera pour la prévenir , comme pour la combattre , lorsqu’elle existe, les substances dites carminatives , dont les principales sont l’angélique, l’anis, l’absinthe, la menthe, la mélisse, la camomille, la cannelle, la cascarille, les écorces d’orange et de citron, etc. On donne ces substances en infusion, ou bien on prend fréquemment aussi leur eau distillée ou leur huile essentielle. On les prescrit à l’intérieur, ou bien on les met en fomentation sur le ventre. Leur emploi est contreindiqué par l’existence d’une phlegmasie des organes digestifs; dans ce cas, les antiphlogistiques seuls conviennent. Lorsque la pneumatose est consécutive à une névrose douloureuse , ces mêmes moyens peuvent être utiles; mais il convient de les faire précéder par l’emploi des préparations opiacées. Dans quelques cas , la concentration d’une forte chaleur sur le ventre détermine l’expulsion des gaz; d’autres fois on obtient le même effet par des applications froides ou même glacées. Quelques médecins ont abusé des purgatifs; nous croyons que ces médicaments ne conviennent que dans les cas de constipation. Ils diminuent aussi très souvent le météorisme qui survient dans la fièvre typhoïde et la péi itonite puerpérale. Quant aux médicaments dits absorbants , tels que les matières calcaires, la craie, la poudre de coquilles, celles de nacre, les écailles d’huître , les yeux d’écrevisses , l’os de sèche, la magnésie, etc., ils paraissent tout-à-fait inertes; cependant la magnésie pourrait être utile dans les cas où la distension de l’intestin serait surtout produite par l’acide carbonique ; mais peut-être alors retirerait-on plus d’avantage de l’ammoniaque donnée en potion et en lavement. La médecine vétérinaire a appris, en effet, combien cette substance était utile pour combattre la distension gazeuse de la panse chez les ruminants.
Lorsque le ballonnement du ventre est extrême et lorsque les gaz sont surtout accumulés dans le gros intestin , il conviendra de porter dans le rectum, et jusque dans le colon , une sonde œsophagienne ; on injectera ensuite quelques grammes de liquide pour déboucher les yeux de l’instrument. Si les gaz ne s’échappent pas alors spontanément, on adaptera à la sonde un corps de seringue ; retirant ensuite le piston , on produit un mouvement d’aspiration qui provoque souvent l’expulsion immédiate d’une grande quantité de gaz. Mais on a rarement besoin de recourir à ces derniers moyens dans les cas de pneumatoses idiopathiques, tandis qu’on les applique presque exclusivement aux pneumatoses symptomatiques d’un obstacle au cours des matières. Trop souvent pourtant il arrive que ces moyens restent sans effet ; la distension devient alors extrême : dans ces cas désespérés, quelques personnes ont proposé la ponction des parois intestinales par un petit trois-quarts. Celte opération a été faite une fois par M. Maisonneuve et une autre fois par M. Baumès
sans qu’il en soit résulté aucun épanchement dans l’abdomen. Cependant l’expérience n’a pas encore prononcé sur elle : nous croyons qu’on ne peut être autorisé à la pratiquer que dans les cas où tous les moyens rationnels ayant échoué , la distension des intestins est devenue telle , qu’une péritonite est imminente, et que les parois intestinales sont sur le point de se déchirer ; M. Baumès partage la même opinion.
DU DÉVELOPPEMENT SPONTANÉ DES GAZ DANS LES ORGANES DE LA CIRCULATION SANGUINE.
Quelques médecins , tels que Pechlin , Groets , Ruisch , Morgagni dans sa 5e Lettre, et tout récemment M. Ollivier (d’Angers), ont avancé que quelques morts subites étaient produites par le dégagement d’un fluide élastique dans les organes de la circulation sanguine, et surtout dans le cœur. Les faits rapportés par les médecins que je viens de citer ne sont pas tous également concluants; cependant ceux observés par Groets, par Ruisch et par M. Ollivier ne permettent pas de révoquer en doute qu’il n’y ait des morts subites produites par la cause dont je parle. Dans ce cas la mort est instantanée; quelquefois elle est précédée d’une douleur déchirante vers le cœur, d’un état passager de syncope et d’un tremblement convulsif des membres et du tronc qui ne dure que quelques secondes. On ne trouve à l’ouverture des cadavres aucune lésion organique appréciable , mais seulement une accumulation d’un fluide élastique dans les cavités droites du cœur : aussi , en les percutant, on produit une résonnance comparable à celle que donne l’estomac ou tout autre organe creux distendu par de l’air. Enfin, le sang contenu est rouge , écumeux et combiné avec des bulles de gaz. Les accidents observés pendant la vie , comme les lésions trouvées après la mort , sont à peu près identiques à ceux qu’on observe sur les animaux chez lesquels on a injecté de l’air dans les veines , ou bien encore à ceux qui se produisent chez l’homme lorsque l’air atmosphérique pénètre brusquement dans une veine ouverte pendant une opération.
Dans la plupart des faits rapportés par les auteurs, et spécialement dans ceux oue M. Ollivier a observés, on ne peut considérer la présence d’un fluide élastique dans le cœur comme un phénomène cadavérique, puisqu’il n’existait aucun signe extérieur de décomposition putride, et que le sang, lui-même, n’offrait aucun indice d’altération septique : tout concourt à prouver que les gaz ont alors été formés pendant la vie. Mais suivant quel mécanisme sont-ils produits? Dirons-nous, avec Mery, que l’air atmosphérique peut passer en nature des ramifications bronchiques dans les veines pulmonaires? La chose est peu probable. Il nous semble plus rationnel de supposer que l’air, et particulièrement l’acide carbonique, qui, d’après les recherches de Magnus, existe tout formé
PNEUMATOSES DES VOIES URINAIRES ET GÉNITALES. 791 dans le sang veineux et en proportion considérable (1), se sépare dans certains états pathologiques encore indéterminés. Toutefois, il paraît que l’état de faiblesse des sujets y prédispose ; peut-être même la formation d’un gaz dans le système circulatoire est-elle une des causes de la mort chez les sujets qui ont éprouvé d’abondantes hémorrhagies. On sait, en effet, que quelques personnes, et le docteur Rerolles en particulier, paraissent avoir trouvé, comme Mery et Littré, une certaine quantité de fluide élastique chez les hommes et les animaux qui avaient succombé après une perte de sang considérable (2). Cependant ce fait n’est pas encore incontestable. Enfin , nous terminerons en disant , avec M. Olli— vier, que , quelle que soit la cause qui donne lieu au dégagement d’un fluide élastique dans le sang pendant la vie et quelle que soit la nature de ce gaz, il n’est pas douteux , d’après la rapidité de la mort , qu’il tue de la même manière que l’air qui pénètre accidentellement par l’ouverture d’un tronc veineux voisin du cœur ; c’est-à-dire que la vie s’éteint alors par la brusque interruption de la circulation pulmonaire, et par l’impossibilité du retour du sang dans les cavités droites, qui sont distendues par un air plus ou moins raréfié.