PNEUMATOSES DES VOIES URINAIRES ET GÉNITALES
1° Voies urinaires. — Je ne crois pas qu’il existe dans la science une seule observation authentique qui prouve que la membrane muqueuse des voies urinaires ait jamais exhalé des gaz; mais les fluides élastiques qu’on y trouve quelquefois y ont été accidentellement introduits. L’air extérieur pénètre rarement dans les organes génito-urinaires de l’homme, en raison de la longueur, de l’obliquité et de l’étroitesse du canal de l’urètre. Cependant il arrive parfois qu’après l’opération du cathétérisme et lorsque toute l’urine contenue dans la vessie a été évacuée , qu’une certaine quantité d’air s’introduit par la sonde et est ensuite expulsée lors de la première émission d’urine. Hors ce cas, la sortie des gaz par le canal de l’urètre chez l’un et l’autre sexe indique presque toujours qu’un des organes urinaires, et surtout que la vessie, communique avec le rectum ou une anse d’intestin grêle.
2° Pneumatoscs des parties génitales de la femme. — Il est des femmes qui, dans quelques mouvements du corps, comme dans l’action d’inc!iner le tronc, rendent par la vulve une certaine quantité de gaz qui s’échappent avec plus ou moins de bruit ( rot vaginal). C’est ce qu’on n’observe guère que chez les femmes dont le vagin est large et béant,
(O Journal de Chimie , n° de novembre 1837. p. 607. La quantité d’acide carbonique équivaut à un cinquième du 6ang employé,
(2) Thèse de Paris, 1832, n° 120.
chez celles qui portent un pessaire, ou bien pendant l’acte du coït, ce qui permet à l’air extérieur de s’introduire dans le vagin et parfois meme jusque dans l’utérus. Le même phénomène a lieu aussi lorsqu’il existe une fistule recto-vaginale. Dans aucun de ces cas, les fluides élastiques u’ont été exhalés par la muqueuse. Mais il arrive quelquefois que la cavité du col étant obstruée, des gaz sont véritablement exhalés dans l’utérus; c’est ce qui constitue une affection connue sous les noms de tympanite utérine vraie , ou de physométrie.
Rare dans l’état de vacuité, la physométrie se développe presque toujours pendant la grossesse ou peu après l’accouchement: ainsi elle survient surtout dans des cas où des portions de fœtus ou de délivre, ou bien encore des caillots sanguins retenus dans la matrice ont subi une fermentation putride. L’utérus forme alors une tumeur proportionnée à la quantité de fluides élastiques qu’il contient ; il résonne à la percussion. Des vents , en général fétides , et qui quelquefois peuvent s’allumer à la flamme d’une bougie, s’échappent spontanément , ou bien leur sortie est provoquée lorsque, ayant porté le doigt dans le vagin , on débarrasse le col des caillots fibrineux qui l’obstruent. En général, le ventre s’affaisse peu après , et l’utérus , frappé d’inertie, revient peu à peu sur lui-même. Presque* toujours la physométrie qui dépend des causes que nous avons indiquées s’accompagne de symptômes adynamiques et nerveux plus ou moins graves en raison de la résorption des matières putrides contenues dans la cavité utérine.
Il existe aussi dans la science quelques cas plus rares que les précédents de physométrie essentielle , c’est-à-dire des cas dans lesquels le gaz est exhalé par les parois utérines elles-mêmes, et exemptes de toute lésion matérielle appréciable. Cette sécrétion morbide spontanée s’est presque toujours faite dans des utérus non fécondés. La quantité des gaz allant toujours en augmentant, la matrice augmente peu à peu de volume en suivant souvent la même progression que dans une grossesse régulière. Arrivée à un certain volume, l’utérus proémine alors à l’hvpogastre ou même jusqu’à l’ombilic. La percussion pratiquée sur lui donne un son tympanique, et si, à l’aide du doigt porté sur le museau de tanche, on cherche à refouler l’organe en haut , on peut constater qu’il a une pesanteur spécifique peu considérable, et qui n’est nullement en rapport avec son volume. Les femmes ressentent aussi de la pesanteur, et parfois des douleurs dans le ventre et un état de malaise ; chez la plupart , les règles se suppriment, et plusieurs éprouvent les phénomènes sympathiques qui accompagnent la plupart des grossesses: aussi il est souvent arrivé que ces femmes se sont crues grosses. Dans ces cas, on voit de temps en temps des gaz s’échapper en certaine quantité par la vulve, et cette émission être suivie d’un affaissement proportionné de la tumeur. Mais le plus souvent les vents s’échappent brusquement, en une
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seule fois, et en faisant entendre un sifflement, un bruit prolongé et parfois très considérable. C’est ainsi qu’on a vu des femmes qu’on croyait parvenues au cinquième ou septième mois de leur grossesse , éprouver tout-à-coup par la vulve une éruption considérable de gaz inodores, suivie presque aussitôt de la disparition de la tumeur utérine et de tous les phénomènes sympathiques qui avaient fait croire à l’existence d’une grossesse. Telle est la terminaison ordinaire de la maladie.
La physométrie peut être confondue avec la grossesse, avec l’hydrométrie ou avec la tympanilc intestinale. Cependant on la distinguera facilement de la grossesse par l’absence du ballottement, des bruits placentaires et fœtaux, ainsi que par la légèreté de la tumeur, qui donne un son complètement clair quand on la percute. Le contraire a lieu dans l’hydrométrie et toutes les fois (|ue le développement de l’utérus est produit par un corps solide ou liquide. Enfin , on distinguera la tympanilc utérine de l’intestinale, en ce que dans celle-ci la distension et la sonorité tympanique occupe tout le ventre, ou est surtout marquée sur le trajet du colon ; on sent le relief que forment les anses intestinales distendues; de plus le toucher fait reconnaître que l’utérus a son volume ordinaire ou qu’il est rempli par un autre produit que par un fluide élastique.
La physométrie n’offre par elle-même aucun danger.
Le traitement de la physométrie consiste à enlever l’obstacle qui s’oppose à l’excrétion des gaz. Lorsque la maladie survient après l’accouchement, c’est presque toujours un caillot : aussi le doigt porté dans le col suffit pour le détacher et l’entraîner. Aussitôt après, il faudra, à l’aide d’une sonde en gomme élastique , faire pénétrer dans le corps de l’utérus des liquides émollients , détersifs , chlorurés. On entretiendra la plus grande propreté; on exercera une douce pression sur le ventre à l’aide d’un bandage de corps; enfin on prescrira un traitement approprié aux symptômes généraux. Dans les cas de physométrie essentielle , on pourrait peut-être essayer de dilater mécaniquement le col. Le meilleur moyen serait d’introduire dans sa cavité un petit morceau d’éponge fine et sèche.
PNEUMATOSES DES MEMBRANES SEREUSES ET SYNOVIALES.
On a trouvé des gaz épanchés dans la cavité de toutes les membranes séreuses et dans la plupart des synoviales. Ces fluides élastiques sont produits fréquemment après la mort , et sont alors le résultat de la décomposition putride, ou bien ils se sont épanchés pendant la vie. Dans ce dernier cas , ils ont été rarement sécrétés ou exhalés par la membrane séreuse ou synoviale ; mais ils proviennent ou de la décomposition des fluides épanchés , ou de la communication de la cavité avec l’exté-
rieur, à l’aide d’une plaie ou avec un organe qui contient naturellement de l’air ou un gaz quelconque, tel que les poumons et le tube digestif. Nous n’avons rien à dire sur les gaz qu’on rencontre parfois à l’autopsie dans les cavités articulaires, ainsi que dans les méninges cérébrales et rachidiennes , car tout porte à penser que ces infdtrations ou ces épanchements sont toujours cadavériques. D’ailleurs, à supposer qu’ils puissent se développer pendant la vie , il n’existe aucun signe particulier pour les faire reconnaître , à moins pourtant que le gaz ne se soit épanché dans une articulation superficielle , cas dans lequel la percussion, faisant entendre un son plus ou moins tympanique, révélerait ainsi la nature de l’altération.
PNBUMÀTOSE PÉRITONÉALE.
On a cru pendant longtemps que , dans la tympanite , les gaz occupaient spécialement ou même exclusivement la cavité du péritoine. Cependant, vers le commencement du siècle dernier, Littré démontra , par des ouvertures cadavériques , combien cette opinion était erronée ; il soutint même que le péritoine n’exhalait jamais de gaz pendant la vie, et que, dans toutes les tuméfactions venteuses du ventre, les fluides élastiques étaient constamment et exclusivement contenus dans l’estomac et les intestins (1). Cette doctrine trouva des contradicteurs ; Combalusier surtout chercha à la réfuter dans le tome I de sa Pneumo-Pathologie. Niais aucun des faits que cet auteur a rapportés ne démontre que les gaz que lui ou d’autres ont trouvés dans le péritoine avaient été réellement exhalés par cette membrane, et que dans aucun cas ils ne provenaient point d’une lésion des intestins , et plus souvent encore d’un commencement de décomposition putride. Nous croyons que, dans l’état actuel de la science , on ne doit pas nier absolument la possibilité d’une pneumatose péritonéale. Cependant cette affection est tellement rare qu’il n’en existe peut-être pas encore d’exemples bien authentiques. Il est donc inutile qu’à l’exemple de tous les auteurs de pathologie, nous recherchions quelles sont les causes, les symptômes et le diagnostic différentiel d’une affection dont l’existence est très problématique.