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DE LA VACCINE

dans le corps muqueux. Constitué d’abord par un tubercule , il offre plus lard, quand on l’incise , une foule de petites cellules séparées , sans communication entre elles, et contenant le fluide vaccin. Cette disposition existe surtout du sixième au neuvième jour. Enfin , lorsque la suppuration est bien établie , toutes les cloisons se rompent , et on ne trouve plus qu’une cavité.

La vaccine n’offre pas toujours une marche aussi régulière que précédemment : ainsi la période d’incubation peut être ou plus longue ou plus courte : ce dernier cas doit toujours inspirer des doutes sur la bonté de l’éruption. Si plusieurs boutons surviennent sur le même sujet , ils ont presque toujours la même marche et le même développement ; cependant il n’est pas rare d’observer le contraire , de voir , par exemple , des pustules toucher à leur fin , tandis que d’autres ne font que de commencer. Dans la presque totalité des cas, les pustules ne se développent que sur les points même où l’inoculation a été pratiquée; cependant, on a vu exceptionnellement une éruption vaccinale se faire plus ou moins loin du lieu d’insertion et sans qu’on puisse l’expliquer par une inoculation secondaire.

Fausse vaccine. — Indépendamment de l’éruption que nous avons précédemment décrite, l'inoculation vaccinale peut en produire une autre, différente de la première, par sa marche, sa forme et sa durée. Elle se montre dès le premier ou deuxième jour, n’offre ni dépression centrale, ni bourrelet, ni éclat argenté; le bouton est acuminé, et lorsqu’on le perce il laisse échapper un fluide qui, en se desséchant, ressemble à de la gomme; la tumeur se vide tout d’un coup, parce que, contrairement à la pustule vaccinale , elle n’est formée que d’une cavité. Enfin cette éruption parcourt toutes ses périodes en six ou sept jours , c’està-dire qu’elle finit lorsque la bonne vaccine est arrivée dans toute sa force. L’éruption dont je viens de parler s’appelle fausse vaccine , parce qu’elle n’a aucune vertu préservatrice. Les causes ordinaires de la fausse vaccine sont l’inoculation d’un vaccin vieux ou altéré, ou bien l’insertion du virus sur un individu qui a eu jadis la variole ou une vaccine régulière.

Traitement. — Il n’y a rien à changer aux habitudes d’un sujet vacciné. Si l’inflammation locale était trop vive , on couvrirait la partie de cataplasmes émollients ; s’il y avait un peu de fièvre , on prescrirait la diète et l’usage de quelques délayants.

La vaccine n'est pas une afleclion purement locale. — En effet, la vertu préservatrice de la vaccine et les cas bien constatés de boutons surnuméraires prouvent suffisamment que le virus résorbé agit sur toute l’économie. Il est des auteurs enthousiastes qui ont fait de la vaccine une panacée pour toutes les maladies de l’enfance, tandis que ses détracteurs l’ont accusée de produire le rachitisme , les scrofules et

DES FIÈVRES

la phthisie. L’observation a depuis longtemps fait justice de toutes ces assertions; on peut affirmer aujourd’hui que la vaccine ne guérit aucune maladie de l’enfance , et qu’elle ne peut préserver les individus d’aucune autre affection que de la variole.

Epoque à laquelle la vaccine est préservatrice de ta variole. — On n’est pas d’accord sur l’époque à laquelle la vaccine commence à être préservatrice. Les uns disent que ce n’est qu’au neuvième jour , c'està-dire à l’époque où on suppose que le virus résorbé agit sur toute l’économie ; d’autres , au nombre desquels il faut compter M. Bousquet , prétendent que l’infection s’accomplit pendant la période d’incubâiioh , et regardant le développement du bouton comme la conséquence ou la preuve de cette infection, admettent que la vaccine est préservatrice dés le troisième jour au plus tard. Cette opinion, qui compte des faits nombreux en sa faveur, me paraît être la plus probable.

A quelle époque peut-on prendre du vaccin dans tes boutons P — M. Bousquet s’est assuré qu’un bon vaccin existe déjà dans un bouton qui ne fait que de naître ; mais il est en petite quantité, et on ne l’extrait qu’avec peine. Ce n’est que du sixième au neuvième jour qu’il convient de s’en servir.

Qualités d'un bon vaccin. — Les qualités d’un bon vaccin sont d’être liquide, clair, limpide, diaphane, parfois un peü jaunâtre, légèrement visqueux ; de sortir lentement du bouton piqué ; enfin de se dessécher promptement à l’air sous la forme d’un eilduit gommeux. Ce fluide n’est point volatil; appliqué sur l’épiderme, il n’y exerce aucune action; il faut , pour qu’il soit absorbé, que la peau soit dénudée. En règle générale, plus le vaccin est jeune, plus il est actif; ses effets soht d’autant plus sûrs, que le bouton en contient moins. Toutes choses égales d’ailleurs , le vaccin qu’on prend sur les jeunes enfants a des effets plus certains que celui provenant de personnes âgées. Dans le monde , les parents se préoccupent beaucoup de l’idée que leurs enfants pourraient être vaccinés avec de mauvais vaccin , c’est-à-dire provenant de sujets malsains; mais M. Bousquet a prouvé qu’il n’v a pas plusieurs qualités de vaccin , et que le virus qu’on retire d’un enfant fort ou faible, d’un individu ayant la syphilis , les scrofules , etc. , a la même efficacité. Malgré l’opinion contraire de Montëggia et de quelques autres médecins italiens, il ne paraît pas que , lorsqu’on prend le vaccin sur üii sujet aüëiht dé syphilis, la pustule contienne les deux virus.

Mode de conservation du vaccin. — Le vaccin est conservé entre deux plaques de verre lutées avec de la cire et entourées de plomb. Ce mode de conservation me paraît préférable au tubë , et je suis heureux d’invoquer en faveur de cette opinion l’autorité de M. Bousquet , qui en cela, comme pour tout ce qui concerne la vaccine, a une grande expérience.

DE LA VARIOLE

Le virus vaccin a-t-il dégénéré depuis Jenner ? La chose me paraît incontestable. Il y a peu d’années, M. le docteur Perdreau ayant découvert du cowpox sur une vache de Passy, M. Bousquet le recueillit, l’inocula comparativement avec l’ancien vaccin , et il résulta de cette comparaison que le nouveau virus réussissait dans des circonstances où le virus ancien échouait ; que le premier donnait des pustules plus larges, plus belles , plus brillantes , qu’il excitait une inflammation et une fièvre plus fortes : aussi a-t-on eii raison de substituer le vaccin de Passy à celui de Jenner dans les inoculations que l’on pratique actuellement.

Durée de la vertu préservatrice de la vaccine. — Dans ces derniers temps , on a beaucoup discuté la question de savoir si la vaccine préservait pour toujours de la variole ou si elle n’avait qu’une vertu préservatrice temporaire. Cette grave question dffiygiène publique n’est pas encore résolue. Cependant , il résulte des documents officiels très nombreux recueillis surtout en Danemark, en Suède , en Prusse et en Angleterre, documents qui ont été analysés par deux savants médecins , MM. Dezeimeris et Hardy, dans le tome 2e du journal V Expérience , que la variole est très fréquente chez les sujets vaccinés ; que ce nombre a augmenté d’année en année , et que la maladie a sévi surtout chez ceux dont la vaccine remonte déjà à une époque éloignée. Ceci porterait à penser que le virus vaccin ne préserve que pour un temps de la variole , et qu’il convient de faire des revaccinatioils. Mais à quelle époque y recourir? Suivant le docteur Heim , il serait nécessaire de revacciner au plus tard après la dix-septième année. Gregory veut que ce soit après quatorze ans ; d’autres , à un intervalle plus ou moins rapproché. D’ailleurs , tout le monde s’accorde à dire qu’il faut revacciner indistinctement tous les sujets, même ceux qui portent les cicatrices les plus régulières. Lorsque la revaccination ne réussit pas, on devra la répéter tous les ans , jusqu’à ce qu’on obtienne un effet.

Cette pratique des revaccinations est aujourd’hui généralement adoptée dans les pays du Nord , et elle tend aussi à se répandre en France. Cependant , la nécessité des revaccinations n’est pas encore démontrée. Les cas nombreux de variole ou plutôt de varioloïde qu’on a observés chez des sujets vaccinés , n’indiquent pas nécessairement que le vaccin n’ait qu’une vertu préservatrice temporaire. Il est, en effet, des organisations qui sont aptes à ressentir successivement les effets du vaccin et de la variole, et il est injuste d’exiger plus du vaccin que de la Variole elle-même. Nous avons dit, en effet , précédemment qu’il est des individus qui peuvent contracter la variole plusieurs fois dans le cours de leur vie. Mais si la vaccine ne met pas nécessairement à l’abri d’une variole consécutive , elle rend celle-ci tellement bénigne que la mort en est rarement le résultat. L’épidémie de Marseille de 1828 a même prouvé que , la variole avait été moins souvent funeste chez les sujets vaccinés que

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chez les individus qui avaient eu antérieurement une première petite vérole.

Qu’est-ce que le virus vaccin ? On a pu juger d’après ce qui précède de l’analogie et des différences qui existent entre l’éruption variolique et l’éruption vaccinale. Mais quel rapport y a-t-il entre les deux virus? On a soutenu que le virus vaccin n’était autre chose que le virus varioleux , qui , inoculé à la vache , s’était ainsi modifié et adouci. Un médecin anglais a prétendu , en effet , qu’ayant inoculé la variole à une vache en l’enveloppant d’une couverture d’un varioleux, l’animal avait pris la variole , et que celle-ci , reportée sur l’homme , s’était changée en vaccine. Ce fait, s’il est exact , est unique dans la science , car jusqu’à présent toutes les expérimentateurs qui se sont occupés de cette question ont toujours échoué lorsqu’ils ont voulu transmettre la variole de l’homme à la vache. Nous ignorons donc encore les rapports que les virus vaccin et varioleux ont entre eux. Y a-t-il identité, ou solidarité, ou bien incompatibilité? C’est ce qu’il est imposible de dire dans l’état actuel de la science. Le mode d’action du vaccin pour préserver de la variole est encore un de ces mystères qu’il ne nous a pas été permis de percer.

DE LA VARIOLOÏDE.

Synonymie. — Variole modifiée; varicelle pustuleuse ombiliquée.

Le mot varioloïde a été proposé par Thomson pour désigner une éruption cutanée pustuleuse qu’on n’observe guère que chez les sujets vaccinés ou ayant eu déjà une première variole, et 11e différant de cette dernière affection que par la rapidité de sa marche et par l’absence de toute fièvre secondaire.

Historique. — La varioloïde n’est point une affection nouvelle, comme quelques personnes l’ont pensé. Si, en effet, on parcourt la relation des principales épidémies de variole que les anciens nous ont laissées , on voit que les auteurs ont souvent observé chez les sujets variolés une nouvelle éruption varioliforme , dont ils ont le plus souvent mal défini les caractères, et qu’ils ont décrite, soit comme une varicelle, soit comme une variole ordinaire, mais qui se rapporte plutôt à la varioloïde. Ces varioles consécutives ou modifiées ont plus spécialement fixé l’attention des médecins depuis l’introduction de la vaccine.

Symptômes et marche. — La varioloïde s’annonce par les mêmes symptômes prodromiques que la variole. Comme dans celle-ci , l’éruption commence du troisième au quatrième jour par des taches rouges , au centre desquelles est une papule dure et saillante. L’éruption a presque toujours lieu simultanément ou presque simultanément sur tout le corps; d’autres fois , plusieurs éruptions successives se font à un ou deux

DE LA VARIOLOÏDE.

jours de distance. Le nombre des boutons varie ; dans quelques cas on n’en trouve que dix à douze disséminées sur la figure , le tronc et les membres ; le plus souvent leur nombre dépasse cent; enfin , il n’est pas rare de voir l’éruption confluente couvrir la presque totalité du corps. Dès le lendemain de leur apparition , les élevures contiennent un fluide séreux; vers le troisième ou le quatrième jour, elles sont aplaties , et pour la plupart ombiliquées. Résistantes au toucher, une aréole rouge les entoure. Au sixième ou septième jour, le liquide qu’elles renferment est opaque ; il commence à se concréter dès le septième ou huitième jour. La dessiccation est complète vers le neuvième ou dixième , Les malades n’exhalent pas alors l’odeur fétide qu’on remarque chez les varioleux ; enfin , à la chute des croûtes , on trouve rarement de petites cicatrices circulaires , mais ce sont plus souvent des tubercules ou des taches violacées qui peuvent persister plusieurs mois. La varioloïde s’accompagne de fièvre , d’inappétence et de malaise ; comme dans la variole , on observe le gonflement de la face, et une éruption analogue à celle de la peau a lieu dans la bouche et le pharynx ; mais il y a rarement du ptyalisme ; et l’époque de la suppuration n’est jamais marquée par un redoublement de la fièvre ; celle-ci diminue ou cesse vers le neuvième jour.

La marche de la varioloïde n’est pas toujours aussi régulière ; elle peut même être différente pour les papules qui ont apparu le même jour. Si , en effet , la plupart ne contiennent de pus qu’après six ou sept jours, il n’est pas rare pourtant de voir des pustules se former en vingt-quatre heures , et présenter déjà un commencement de dessiccation , dès le deuxième ou troisième jour. D’autres boutons restent stationnaires , et finissent par se résoudre sans se transformer en pustules. Il résulte de cette marche irrégulière de l’éruption qu’on peut trouver à la fois sur le même individu des papules , des vésicules , des pustules et des croûtes.

Durée , terminaisons . — La varioloïde a une durée de dix à quatorze jours, et sa terminaison est presque constamment heureuse.

Diagnostic. — En résumé , les varioloïdes dont la marche est régulière ne diffèrent point des varioles discrètes pendant le premier septénaire. En effet, les prodromes et les caractères primitifs de l’éruption sont les mêmes dans les unes et dans les autres; mais, plus tard, nous trouvons une différence capitale , puisque la fièvre secondaire ou de suppuration qui existe constamment du huitième au neuvième jour dans la variole manque toujours dans la varioloïde. Cette dernière présente aussi, dans la plupart des cas, une grande irrégularité dans la manière dont l’éruption se fait et dans la marche qu’elle suit. Enfin on observe rarement à sa suite les cicatrices qui sont si communes après la variole. La variole et la varioloïde ne sont que des variétés d’une même affection. On

a prétendu trouver des différences anatomiques entre les pustules de la variole et celles de la varioloïde ; mais il n’y a rien de fondé à cet égard, Les dissections ont démontré, en effet, que les pustules avaient la même structure ; toutes contiennent un disque pseudo-membraneux, qui offre seulement un peu moins de développement dans les pustules de la varioloïde. Tous ces faits semblent donc démontrer que la variole et la varioloïde ne constituent que des variétés d’une même affection. Yjais d’autres faffs prouvent encore l’identité des deux maladies. Ainsi la variole et la varioloïde existent simultanément dans la même épidémie; on a vu fréquemment la variole donner naissance à la varioloïde , et réciproquement. Enfin quelques médecins ayant eu la témérité d’inoculer le pus de la varioloïde , ont souvent produit des petites-véroles qui ne différaient en rien des varioles spontanées ; d’autres fois l’éruption suivait la marche qu’on observait autrefois dans la variole inoculée, c’està-dire que des pustules se développaient d’abord au niveau des piqûres, puis au septième jour, la fièvre, le lumbago, les nausées survenaient , et une éruption consécutive se faisait sur le reste du corps. Ainsi la variole et la varioloïde sont produites par le même virus; ces deux maladies sont donc identiques. La varioloïde n’est donc , comme on l’a dit , qu’une variole modifiée. On ne l’observe presque jamais que chez des sujets qui ont eu déjà la petite-vérole , et surtout chez ceux qui ont été vaccinés. Il est infiniment rare de la rencontrer chez un sujet qui n’est ni vacciné ni variolé. La varioloïde peut affecter plusieurs fois le même individu; elle a d’ailleurs la même vertu préservatrice contre la variole que la variole même.

Pronostic. — La varioloïde tue rarement les sujets qu’elle atteint ; cependant elle peut avoir une terminaison funeste lorsqu’elle se complique d’accidents nerveux, d’hémorrhagie et de laryngo-trachéite , comme on en a observé plusieurs exemples dans l’épidémie de Marseille de 1828.

Traitement. — Le traitement est le mêpie que dans la variole discrète.

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