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DE LA VARICELLE, OU PETITE-VEROLE VOLANTE, OU VÉROLETTE

Je réserve le mol de varicelle pour désigner une maladie fébrile caractérisée par l’éruption d’un nombre plus ou moins considérable de vésicules , dont la dessiccation s’opère du cinquième au huitième jour sans présenter de fièvre secondaire. Cependant quelques auteurs, et M. Rayer en particulier, ont compris sous le nom de varicelle non seulement l’éruption dont je parle , mais encore toutes les affections varioliformes qu’on observe chez les sujets vaccinés et dont j’ai parlé dans l'article précédent. On a prétendu , en effet , que , quelque différentes

DE LA VARICELLE

qu’elles fussent entre elles sous le rapport de leurs caractères extérieurs , ces diverses éruptions étaient néanmoins identiques, qu’elles avaient la même originp , la même source , qu’elles étaient , en un mot , produites par le même contagium. Le professeur Thomson d’Edimbourg, qui l’un des premiers a soutenu cette doctrine , a invoqué en faveur de son opinion, 1° l’existence simultanée de la variole et de la varicelle dans le cours d’une épidémie de variole ; 2° sur ce que la varicelle ne se rencontre que chez des sujets ayant eu , plus ou moins longtemps avant , une variole ou une vaccine ; 3° enfin sur la possibilité de produire une variole avec la varicelle , et réciproquement.

Cependant, on a contesté à M. Thomson l’exactitude de tous ces faits :

c’est ainsi qu’on a vu la varicelle régner même épidémiquement sans être j accompagnée de variole. La variole, en putre, affecte fréquemment des sujets qui n’ont été ni vaccinés ni variolés, et, chez eux, l’éruption ne diffère en rien de celle qq’oq observe chez les individus qui font consécutivement après la variole et la vaccine. On a aussi nié que la varicelle pût produire la variole, pf réciproquement. Enfin , on a même contesté à la varicelle vésiculaire tout caractère contagieux. On voit donc qu’il existe encore à cet égard beaucoup d’incertitude, et il est impossible, dans l’état, actuel de la science , de se prononcer sur ce sujet avec connaissance de cause. Cependant , en ne tenant compte que des caractères de l’éruption elle-même , nous croyons que la varicelle constitue une affection distincte de la variole comme de la varioloïde.

Symptômes , marche. — L’éruption qui caractérise la varicelle est précédée pendant vingt-quatre , trente-six ou quarante-huit heures par du malaise, de la céphalalgie et de la fièvre; il y a assez souvent aussi des vomissements et des douleurs épigastriques. Ces symptômes varient d’ailleurs d’intensité; ils diminuent et quelquefois même ils cessent au moment de l’éruption.

Celle-ci est caractérisée par des vésicules existant en nombre plus ou moins considérable, et dont la disposition variable a fait admettre deux formes ou variétés de varicelles. Dans la première forme , 'a laquelle les auteurs anglais ont doqné le nom de chicken-pox , on voit d’abord apparaître de petites taches rouges semblables à des morsures de puces, qui se transforment pour la plupart , dès le lendemain de leur apparition , en vésicules dont les unes pointues et les autres aplaties sont remplies d’un liquide qui reste rougeâtre pendant un ou deux jours. Au bout de ce temps, la sérosité devient opaque, lactescente, en même temps les vésicules se flétrissent. Au cinquième jour, elles commencent à se dessécher, et, vingt -quatre heures plus tard, elles sont remplacées par de petites croûtes minces et brunâtres qui tombent du neuvième au dixième jour.

Dans la deuxième forme de Ja varicelle, appelée sivine-pox par les mé-

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détins anglais , ou varicelle conoïde par Willan , on commence , comme dans la forme précédente , par observer des taches lenticulaires rouges, au centre desquelles apparaît bientôt une vésicule conoïde plus volumineuse que celles du chicken-poæ, et dont le liquide se trouble dès le deuxième jour. Elles sont entourées d’une aréole inflammatoire ; stationnaire les quatrième, cinquième et sixième jours, elles commencent à se dessécher au septième , et, lorsque les croûtes jaunâtres qui leur succèdent viennent à tomber , il n’est pas rare de trouver à leur place de petites cicatrices.

Il faut rapporter à cette dernière forme de varicelle la variété qu’on a décrite sous le nom de varicelle pustuleuse globuleuse , à cause de l’aspect arrondi et globuleux de l’éruption. Mais on a tort de la nommer pustuleuse, puisque, d’après la remarque de Willan, l’état pustuleux est consécutif. Il n’est apparent qu’au deuxième jour de l’éruption, qui est d’abord uniquement constituée par des vésicules. Je ne dirai rien de la varicelle papuleuse ; celle-ci existe concurremment avec les varicelles dont je viens de parler, elle est constituée par des papules qui avortent ou se résolvent après quelques jours de durée.

Les vésicules de la varicelle sont le siège d’un prurit plus ou moins vif qui souvent porte les malades à les déchirer. Elles sont en nombre plus ou moins considérable. Presque toujours discrètes , on les a vues pourtant être confluentes. Dans la plupart des cas, elles commencent à être visibles au tronc avant d’occuper la face. En général, on observe pendant plusieurs jours des éruptions successives, de sorte qu’on peut voir sur le même individu la maladie parvenue à des degrés différents.

Diagnostic. — On ne pourrait confondre la varicelle avec la variole modifiée, que lorsque les vésicules ont passé à l’état pustuleux; mais elles diffèrent de celles de la variole par l’absence de la dépression ombiliquée et du disque pseudo-membraneux ainsi que par la rapidité avec laquelle la dessiccation s’opère.

Pronostic. — Le pronostic n’offre aucune gravité.

Etiologie. — La varicelle est plus fréquente dans l’enfance, mais elle n’est point exclusive à cet âge, comme on l’a prétendu à tort. Les causes qui y donnent lieu sont tout-à-fait inconnues. Nous avons déjà dit combien il était douteux que la varicelle fût produite par le contagium variolique. Mais, i^y a dans la science des faits assez nombreux observés par Willan, Fontaneille et Eichorn, qui prouvent que les différentes variétés de varicelles que nous avons reconnues pourraient être transmises par inoculation.

Traitement. — Le traitement de la varicelle consiste dans l’usage de boissons douces prises tièdes, dans le séjour au lit, au milieu d’une température convenable, et dans l’abstinence des aliments.

DE LA ROUGEOLE

DE LA ROUGEOLE

Synonymie — Morbilli, rubeolœ ; fièvre morbilleuse.

La rougeole est un exanthème contagieux s’accompagnant, au début , de fièvre, de larmoiement , de coryza et de toux, et s’annonçant à l'extérieur par de petites taches rouges , irrégulières , dont quelques unes sont saillantes , et qui , disparaissant vers le septième ou huitième jour de la maladie , sont suivies le plus souvent d’une desquamation furfuracée.

Historique. — Willan n’a pas réussi à prouver que la rougeole ait été connue des Grecs et des Romains. Probablement originaire de l’Asie, on ne sait point l’époque précise de son importation' en Europe. Il est probable pourtant qu’elle y apparut en même temps que la variole , car Rhazès, qui en trace la première description exacte, ne signale pourtant pas la rougeole comme étant une maladie nouvelle. Le mot de morbilli , par lequel la rougeole est souvent désignée dans les auteurs anciens , a été J proposé dans le IIe siècle , par Constantin dit l’Africain, et signifie petite ! peste , parce qu’elle eut probablement alors une gravité qu’elle a rarement aujourd’hui. La rougeole a été l’objet d’un grand nombre de travaux parmi lesquels je dois citer ceux de Rhazès, de Rivière, de Sennert, de F. Hoffmann, de Sydenham, de Morton, de AYillan.

Description de la maladie. — La rougeole simple ( rub . vulgaris )

I présente quatre stades, qui sont : l’incubation, l’invasion, l’éruption, la j desquamation.

Premier stade. — Je ne dirai rien de la période d’incubation , pen- I dant laquelle on n’observe aucun dérangement appréciable dans la | santé. Elle a une durée de six à sept jours.

Deuxième stade ou invasion. — Le début de la rougeole est marqué I par des frissons irréguliers, par des lassitudes, un malaise général , de l’inappétence , de la céphalalgie , de la fièvre. A ces symptômes , dont I l’intensité varie , se joignent , le deuxième jour, des signes d’inflamma- , tion du côté de plusieurs membranes muqueuses. Ainsi les conjonctives sont injectées , rouges , et il y a du larmoiement ; les fosses nasales laissent échapper un fluide séreux; elles sont le siège d’un prurit incommode qui excite l’éternument. Quelques malades accusent un léger mal de gorge , et presque tous se plaignent d’oppression , de douleur sternale; ils sont enroués; ils toussent sans rejeter aucun crachat, et l’auscultation de la poitrine fait souvent reconnaître alors çà et là un I raie sibilant ou ronflant. Ces symptômes s’exaspèrent le jour suivant;

parfois , chez les enfants surtout , il se joint un peu d’assoupissement , i du délire , et même quelques mouvements convulsifs. Chez d’autres, il

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y a des vomissements et de la diarrhée. En général , la peau n’est le siège d’aucune sensation spéciale ; sa température est élevée , elle se couvre ordinairement de sueurs au moment où l’éruption s'opère.

Troisième stade ou éruption. — L’éruption cutanée se fait communément le quatrième jour de l’invasion; elle est caractérisée par de petites taches rouges irrégulières, ayant cependant, pour la plupart, les dimensions et la forme de morsures de puces; beaucoup forment une légère saillie, disparaissent momentanément sous la pression du doigt, et sont le siège d’un léger prurit. Ces taches, d’abord visibles à la face, se répandent successivement sur le tronc et les membres. L’éruption est souvent complète au bout de quelques heures; mais, dans la plupart des cas, elle n’est générale que douze ou vingt-quatre heures après. A cette époque la face est souvent très tuméfiée , et les paupières assez gonflées pour empêcher la vision. Les taches offrent beaucoup d’irrégularité, et diffèrent les unes des autres. Elles sont tantôt parfaitement distinctes entre elles ; d’autres fois elles se réunissent en grand nombre , et forment de larges plaques rouges , à la surface desquelles le doigt sent de légères inégalités. On a dit que les taches de la rougeole qui siègent dans le corps réticulaire de la peau avaient la forme d’un crois sant ou d’un arc de cercle; mais en les examinant attentivement , on ne tarde pas à se convaincre qu’elles ont toutes les formes imaginables , et qu’elles présentent dans leur configuration et leur disposition la plus grande irrégularité. La coloration n’est pas aussi partout la même; la rougeur a, en effet, des nuances différentes, suivant les points; dans aucun cas elle ne ressemble à celle de la scarlatine. Quelquefois, au milieu de l’éruption morbilleuse , on distingue de petites élevures papuleuses , ce qui lui donne un aspept tout particulier ; on dit alors que la rougeole est boutonnée.

En général, lorsque l’éruption est complète, le malaise et la fièvre diminuent ; mais presque toujours les symptômes que nous avons notés du côté des membranes muqueuses persistent; quelquefois même l’enrouement, la toux et l’oppression augmentent. Dans les cas où il existe de la douleur et de la sécheresse à la gorge , l’inspection de celte partie fait souvent constater, ainsi que sur toute la membrane muqueuse du palais, une éruption absolument semblable à celle des téguments. Vers le quatrième jour de l’éruption , le septième ou huitième à dater de l’invasion des premiers symptômes, on voit les taches pâlir; elles prennent une teinte jaune , pâle ou un peu bleuâtre , et souvent elles ne disparaissent pas, ou 11e disparaissent qu’incomplétempnt, quand 011 les comprime avec les doigts. En même temps la fièvre s’éteint, et les symptômes de catarrhe diminuent ou cessent pour la plupart.

Quatrième stade ou desquamation. — Chez un grand nombre de malades, on 11’observe pas de desquamation; mais dans la plupart des

J)E LA nOUUEQJÆ.

cas , on voit , du neuvième au quatorzième jour de la maladie , l’épiderme se séparer dans plusieurs points sous forme de petites lamelles furfuracées, coïncidant souvent avec un léger prurit. A cette époque, toutes les fonctions reviennent à leur état normal ; cependant il n’est pas rare de voir les symptômes de bronchite persister longtemps encore pendant la convalescence. La voix reste rauque; la toux, sonore, conserve un timbre particulier ( toux férine). C’est à cette meme période, et à la fin de celle qui précède, que !ps malades rejettent pour la plupart des crachats opaques, floconneux, déchiquetés, nageant dans un liquide trouble; d’autres sont tout-à-fail homogènes, purulents, ou striés de lignes opaques, tels qu’on les observe enfin dans la deuxième «t la troisième période de la phthisie pulmonaire (Chomel).

Variétés. — Tels sont les symptômes et la marche la plus ordinaire de la rougeole. Cependant cette maladie ne se présente pas toujours avec les mêmes caractères : ainsi il est des rougeoles dans le cours desquelles on n’ohserve point l’affection catarrhale des membranes muqueuses, c’est-à-dire l’ophthalmie , le coryza, l’angine, et surtout la bronchite ( rougeole sans catarrhe) : parfois alors il n’existe pas même de fièvre ; toute la maladie est constituée par l’éruption. D’autres fois , au contraire, on observe la fièvre et les symptômes ordinaires de catarrhe , tandis que l’éruption manque complètement ( rougeole sans éruption ), et , malgré cela , les individus sont désormais préservés de la rougeole, comme si cette maladie n’avait pas suivi une marche insolite. Chez quelques sujets affaiblis, on voit parfois, d’après Willan , l’éruptipn devenir livide, avec une teinte jaunâtre; des ecchymoses ou des pétéchies sont disséminées çà et là ; celles-ci ont la forme et la configuration des taches morbilleuses ; elles diffèrent par conséquent du véritable purpura (: rubçola nigra ). Enfin il existe des rougeoles anomales : ainsi l’éruption peut se montrer plus tôt ou plus tard que de coutume; elle peut commencer par les membres , n’exister que partiellement ; d’autres fois elle s’éteint peu après son apparition. Cette rétrocession de l’exanthème succède souvent à l’impression du froid , à l’administration d’un purgatif, ou à quelque phlegmasie viscérale.

Complications. — Diverses complications peuvent entraver la marche de la rougeole; la pneumonie est la plus fréquente de toutes, chez les adultes aussi bien que dans le jeune âge , où elle est presque toujours lobulaire. Chez les enfants, on observe encore très fréquemment l’entéro-colite, la gangrène des lèvres et des poumons, les inflammations des méninges, le délire, le coma ou des convulsions, qui ne sont expliquées par aucune lésion matérielle , saisissable , des centras nerveux; la coqueluche et le croup surviennent beaucoup plus rarement. Enfin les auteurs, et Hunter surtout, rapportent des cas curieux où une éruption varioleuse et morbilleuse se serait montrée presque

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simultanément sur le même individu ; alors l’une des éruptions suspend momentanément sa marche. Dans le cas dont je parle, c’est la rougeole qui ordinairement se développe la première.

Maladies consécutives. — Diverses affections peuvent survenir pendant la convalescence de la rougeole. Les plus fréquentes sont l’inflammation du bord libre des paupières avec ulcération et chute des cils, des engorgements ganglionnaires , des bronchites et des diarrhées chroniques, maladies qui sont généralement beaucoup plus rebelles que lorsqu’elles surviennent spontanément. La rougeole favorise le développement des tubercules. Ainsi MM. Rilliet et Barthez ont noté que, sur onze rougeoles primitives chez les enfants, il y a en avait une à la suite de laquelle se développaient des tubercules ; de plus , il est démontré que la rougeole qui atteint les phthisiques hâte la marche de l’affection de poitrine. Enfin l’impression du froid pendant la convalescence peut donner lieu à une anasarque. Cet accident étant beaucoup plus commun après la scarlatine, j’en parlerai en traitant de cette dernière affection.

Cependant on a vu parfois la rougeole modifier heureusement, ou même guérir quelques maladies préexistantes : ainsi M. Rayer cite un eczéma chronique de la face , et Alibert un eczéma impétigineux du cuir chevelu qui ont guéri rapidement après une rougeole.

Ouverture des cadavres. — Chez les sujets qui succombent, on ne trouve pas de lésions qui soient spéciales à la rougeole. Celles qu’on rencontre sont l’effet des complications (voir plus haut).

Diagnostic. — Le développement de la fièvre et les symptômes de catarrhe existant simultanément du côté des muqueuses oculaire, nasale et bronchique, doivent faire soupçonner le développement prochain d’une éruption morbilleuse. Le diagnostic devient d’autant plus probable que le sujet est plus jeune, qu’il n’a point eu de rougeole antérieure, et que la maladie règne épidémiquement. Cependant on ne peut avoir à ce sujet que de simples présomptions, puisque tous ces symptômes appartiennent aussi bien à la rougeole qu’à la fièvre catarrhale. Mais toute incertitude cesse vers le troisième ou le quatrième jour , époque à laquelle l’éruption commence. La rougeole ne pourra être confondue avec une variole commençante , si on se rappelle que dans celle-ci les taches rouges présentent à leur centre une élevure dure et pointue , tandis que les taches de la rougeole sont sans dureté, tout au plus si le doigt promené légèrement perçoit quelques inégalités. Dans la forme boutonneuse pourtant, il existe des papules rouges qui pourraient faire croire à l’existence d’une variole; mais il est rare que les papules soient alors très multipliées, et l’existence de simples taches sur la plus grande partie du corps fait reconnaître le véritable caractère de la maladie. Nous verrons plus tard en quoi la rougeole diffère de la scarlatine , de la roséole, de l’érysipèle, de la miliaire rouge, etc.

DE LA ROUGEOLE

Pronostic. — Dans notre climat , la rougeole est une maladie généralement bénigne ; il n’en est plus de même dans les saisons et les pays à température extrême , ou bien lorsqu’elle règne épidémiquement. Le travail de la dentition chez les enfants , et chez les femmes l’existence d’une grossesse , ou l’état puerpéral , sont des circonstances qui aggravent toujours le pronostic ; les spasmes , les convulsions , les pétéchies, le délire, le développement d’une pneumonie, la disparition brusque de l’exanthème, sont des accidents graves, et qui doivent faire redouter une issue funeste.

Etiologie. — Il est peu de personnes qui échappent à la rougeole, et l’on peut établir qu’il y a bien moins de sujets qui y sont réfractaires, qu’on ne voit d’individus non vaccinés l’être à la variole. On a observé la rougeole à tous les âges de la vie , et , de même que la variole , on l’a vue quelquefois atteindre l’enfant encore renfermé dans le sein maternel. Cependant cette maladie est plus commune dans l’enfance et la jeunesse; elle règne dans tous les pays du globe et dans toutes les saisons; toutefois elle paraît avoir son maximum de fréquence vers l’équinoxe du printemps, tandis qu’elle décroît vers le mois de juillet. La rougeole reconnaît une cause spécifique , inconnue dans sa nature ; elle est essentiellement contagieuse ; il paraît que la contagion est possible depuis le moment où l’éruption s’opère jusqu’après la desquamation , et peut-être même jusqu’au vingtième jour.

Quelques expériences faites d’abord par F. Home en 1758, répétées par Speranza dans l’épidémie de Milan, de 1822, semblent prouver que le principe contagieux de la maladie réside dans le sang. Ces médecins ayant, en effet, pratiqué une légère incision sur les plaques rubéoleuses, et ayant inoculé le sang qui s’en écoulait, ont développé une rougeole régulière après une incubation de six jours. Alex. Monro et Looke disent aussi avoir pu inoculer la maladie avec l’humeur lacrymale et la salive. Mais leurs observations sont moins concluantes que celles de Home et de Speranza. Des médecins de Philadelphie les ayant d’ailleurs répétées, n’ont obtenu aucun résultat. Mais les faits les plus concluants , s’ils étaient suffisamment authentiques , seraient ceux de Katona, médecin hongrois, qui, dans une forte épidémie de rougeole, aurait inoculé la maladie à onze cent vingt-deux personnes, et n’aurait échoué que sept fois sur cent. Chez tous les autres , il serait survenu une rougeole très bénigne , dont les prodromes commençaient au septième jour de l’inoculation; l’éruption avait lieu, dit-on, le neuvièmeou dixième, la desquamation le quatorzième, la guérison était complète au dix-septième. Katona pratiquait les inoculations indifféremment avec les larmes des malades , ou avec une goutte de liquide tiré des plaques.

La rougeole n’affecte presque jamais qu’une seule fois le même individu. Rosen n’a observé aucun cas de récidive pendant une pratique de

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quarante-neuf ans. Cependant Baglivi , Dehaën, Meza, MM. Rayer, Guersant et Blache citent des faits qui prouvent que la meme personne peut contracter la rougeole plusieurs fois.

Traitement. — Lorsque la rougeole est bénigne , il n’y a aucun traitement actif à faire. Le malade gardera le lit; on le protégera contre l’action d’une lumière trop vive; on le couvrira modérément; on entretiendra dans l’appartement une température douce et ütliforme ; on donnera des boissons adoucissantes et pectorales. Dans aucun cas, il ne convient d’imiter la pratique de quelques médecins anglais , qui font sur toute la surface du corps des lotions froides, pour diminuer la chaleur fébrile , car on pourrait supprimer l’éruption, et provoquer par là le développement d’une phlegmasie pulmonaire si commune dans le cours de cette maladie. Lorsque la fièvre est violente , lorsqne la respiration est difficile , ou qu’il survient quelque complication de nature inflammatoire , la saignée est indiquée. Si quelques circonstances particulières font préférer l’application des sangsues à la phlébotomie , on prendra toutes les précautions pour éviter le refroidissement du corps. On pourra revenir plusieurs fois aux émissions sanguines; cependant il faut recourir à ce moyen avec la plus grande prudence. La disparition brusque de l’éruption exige un traitement différent , suivant la cause qui l’a produite. Dans les cas où elle dépend d’une inflammation viscérale, c’est contre celle-ci qu’il faut diriger la thérapeutique, en même temps qu’on tâchera de rappeler l’éruption au moyen de révulsifs puissants promenés sur la peau. Lorsque l’éruption se supprime sous l’influence d’un refroidissement , le malade sera plongé dans un bain chaud ou dans un bain de vapeur ; on fera des frictions sèches ou aromatiques ; on promènera des sinapismes; on appliquera des vésicatoires; on donnera des boissons diaphorétiques , et s’il existe de la prostration , on ranimera les forces par des toniques oü quelques excitants diffusibles , tels que le café , le thé , l’ammoniaque , l’esprit de Mindérérus , etc. La diarrhée est un accident fréquent de la rougeole , et il importe de l’arrêter promptement ; on donne dans ce but les mucilagineux et les opiacés. Quelquefois les mucosités , qui sont secrétées en abondance dans les bronches , s’accumulent dans l’arbre aérien, et produisent, surtout chez les enfants , beaucoup d’anxiété et d’oppression ; on calmera ces accidents en administrant un vomitif, et surtout l’ipéca. La bronchite intense devenant souvent capillaire, exigera les boissons pectorales, le kermès et les vésicatoires sur la poitrine. Contre les pneumonies qui surviennent si souvent, il est difficile de beaucoup insister sur les émissions sanguines ; le tartre stibié à haute dose est généralement plus avantageux. Dans ces cas , les auteurs allemands préconisent l’infusion de feuilles de digitale (ùO à 80 centigrammes dans 120 grammes d’eau) , moyen que nous n’osons ni conseiller ni combattre. Les accidents cérébraux cèdent

DE LA SCARLATINE

souvent à l’application de quelques sangsues derrière les oreilles, et aux révulsifs portés sur les extrémités ; mais il faut prendre garde de troj) insister sur le premier moyen.

Prophylaxie. — Lorsqu’une rougeole mallghë éclate dans une famille ou un pensionnat, etc., il faut se hâter de séquestrer les individus malades. Si l’épidémie est bénigne , peut-être convient-il de laisser les enfants communiquer librement entre eux, afin de les mettre à l’abri pour l’avenir d’une infection plus grave. C’est dans ce but que quelques auteurs ont conseillé dans lés fcas favorables l’irioculation de la maladie. Nous serions assez de cet avis : aussi Voudriohs-nous que les médecins qui ont la direction des établissements où sont réunis beaucoup d’enfants se livrassent à ce sujet à quelques expériences qui, dans aucun cas, ne peuvent avoir rien de fâcheux : voilà pourquoi nous n’hésitons pas à les conseiller. Quant aux moyens prophylactiques vantés dans ces derniers temps en Allemagne , tels que les fleurs de soufre ( Tourtual ) , le mélange à parties égales du vin antimonié d’Huxham et d’oxymel Scillitique (Wildberg), les fumigations chlorurées (Berndt), la belladone (Mandt), nous n’en dirons rien , car ils ne méritent aucune confiance.

DE LA SCARLATINE

Synonymie. — Morbilll confluentes ; ignus sacer, morbllli ignei ; febrii scarlnlina ; fiëvre rouge ; fièvre pourpre'e.

La scarlatine est Un exanthème contagieux et fébrile , caractérisé par de petits points rouges granités et réguliers, ou de larges plaques d’un rouge framboisé occupant presque toute la surface du corps, s’accompagnant d’une coloration analogue dans la bouche , avec angine plus ou moins violente, et se terminant par desquamation à la fin du premier septénaire.

Historique. — Il est très douteux que la scarlatine ait été connue des Grecs , des Romains et même des Arabes ; ce ne fut guère, dit-on, qu’ëri 1577 qu’elle fut positivement indiquée par Coyttar, médecin à Poitiers, sous le nom de fièvre pourprée épidémique et contagieuse . Quelques années plus tard , Baillou décrivit une épidémie analogue qui sévit à Paris. Longtemps confondue avec la rougeole et l’esquinancie , la scarlatine a été spécialement étudiée par Sydenham , Yogel, Cullen , Dehaen , Rosen, Stork, etc. Elle a été l’objet de travaux immenses, surtout dans le XVIIIe siècle, où l’on vit cette maladie n’épargner aucune région de l’Europe. Les travaux qui , depuis quarante ans, ont été fournis sur là scarlatine ont eu presque tous pour but de faire connaître certaines complications Ou ont porté spécialement sur l’anatomie pathologique et la thérapeutique.

Anatomie pâlmwgiqu?. — La scarlatine ne détermine pas beaucoup

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de lésions. Une couleur violacée de la peau , de la muqueuse du pharynx et de celle des bronches ; quelques ecchymoses dans le tube digestif ; une congestion sanguine , plus rarement une inflammation des bronches et des poumons avec une injection pointillée des centres nerveux, sont à peu près les seules altérations qu’on trouve dans les solides. Depuis quelques années on a dit aussi avoir rencontré les follicules intestinaux, et surtout les glandes de Peyer, rouges, volumineux, indurés, boursouflés: or, c’est ce que je n’ai jamais vérifié dans aucune des autopsies que j’ai pratiquées. Quoi qu’il en soit, lorsque les follicules sont altérés , ils ne ressemblent jamais aux plaques gaufrées de la fièvre typhoïde , on n’y trouve jamais la matière jaune, ils ne s’ulcèrent pas, et les ganglions mésentériques restent sains. Enfin , les recherches de F. Fischer, celles plus récentes de Hamilton et de Rayer, ont prouvé que, chez les individus qui succombent à la scarlatine, les reins sont souvent hypérémiés, et qu’ils peuvent même présenter l’altération qui caractérise le premier degré de la maladie de Bright. Dans les scarlatines épidémiques et qui s’accompagnent d’un trouble profond dans l’innervation, on trouve presque toujours le sang diffluent. Si cette lésion n’est pas constante , on peut dire du moins qu’elle est la plus fréquente.

Division. — Le cours de la scarlatine se partage en trois périodes , qui sont : l’invasion , l’éruption et la desquamation. On pourrait aussi admettre une période d’incubation plus courte que dans la variole et la rougeole, car elle n’est guère que de trois jours ( Heberden et J. Frank).

Première période. — V invasion de la scarlatine est marquée par des frissons , de la fièvre , un grand malaise , de la céphalalgie , symptômes auxquels se joignent souvent des épistaxis , des nausées , des vomissements, un peu de mal de gorge, des accidents nerveux , tels que délire, coma, ou convulsions, spécialement chez les jeunes sujets. Ces symptômes vont en s’aggravant jusqu'au deuxième jour, époque à laquelle l’éruption commence.

Deuxieme période, ou éruption. — La face se tuméfie légèrement, et on aperçoit sur elle de petites taches d’un rouge vif, ne formant point de saillie, et disparaissant momentanément par la pression. Dépareilles taches se montrent bientôt sur le cou , la poitrine et les membres. Au bout de vingt-quatre heures , l’éruption est générale et complète. La peau offre alors une coloration écarlate uniforme, comme si on l’avait barbouillée avec du jus de framboises. Cette coloration existe tantôt par larges plaques irrégulières , séparées par des intervalles où la peau a son aspect normal; d’autres fois , la couleur écarlate existe uniforme sur toute la surface du corps ; toutefois l’exanthème offre une rougeur plus intense et plus vive partout où l’épiderme a moins d’épaisseur , comme à la partie interne des cuisses, aux aines, sur le scrotum et sur les articulations dans

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le sens de la flexion des membres. Assez souvent l’éruption scarlatineuse présente un autre aspect : au lieu des larges taches dont je viens de parler on voit une multitude de petits points rouges extrêmement rapprochés les uns des autres, très réguliers dans leur disposition, ce qui donne à la surface de la peau l’aspect de certains granits très fnfs. Quelle que soit la période de l’éruption , la peau est brûlante , prurigineuse , sensible , tendue; les pieds et les mains sont gonflés, et les malades éprouvent de la gêne et de la roideur quand ils veulent fléchir les doigts. Les symptômes , généraux et la fièvre persistent à peu près au même degré qu’avant l’éruption ; la douleur de gorge augmente ^ et souvent les ganglions sousmaxillaires s’engorgent. Si on fait alors ouvrir la bouche au malade , on voit la face interne des lèvres et des joues, les gencives, le voile du palais et ses piliers colorés comme les téguments. Celte coloration se rencontre aussi sur la langue , mais , en général , un peu plus tard que sur les autres parties de la bouche , probablement à cause de l’épaisseur plus considérable de son épithélium. La rougeur framboisée de la muqueuse buccale et pharyngienne est un phénomène presque constant dans la scarlatine ; cependant l’époque de son apparition varie beaucoup. Tantôt, en effet, elle précède l’exanthème cutané, d’autres fois elle apparaît avec lui; dans quelques cas, elle lui est postérieure , et n’est même bien visible que pendant la troisième période. L’éruption cutanée persiste en général au même degré pendant un ou deux jours. On a dit que sa couleur , moins vive le matin , était plus foncée le soir ou pendant la nuit ; mais cette assertion n’est nullement prouvée. C’est lorsque l’exanthème a son maximum d’intensité, c’est-à-dire vers le quatrième ou cinquième jour, qu’on voit souvent, surtout chez les enfants , se développer sur les parties latérales du cou , déjà poitrine , aux aisselles , aux aines ou ailleurs , un nombre plus ou moins considérable de petites vésicules semi- sphériques contenant un liquide d’abord transparent , puis un peu opaque ; ce sont des sudamina , teis que nous les avons vus dans le cours de la fièvre typhoïde , mais en général plus gros que dans cette dernière affection. Lorsque cette éruption existe, on donne à la scarlatine le nom de scarlatine miliaire .

Troisième période , ou desquamation. — Vers le cinquième ou au plus tard le sixième jour , l’exanthème pâlit. Les iuterstices qui séparent les plaques deviennent plus considérables, la peau se détuméfie, la fièvre tombe, le mal dégorgé disparaît. Au huitième jour, il n’v a généralement plus de trace de rougeur. La desquamation commence à se faire dès le cinquième jour sur la face et les parties latérales du cou et de la poitrine ; du huitième au dixième jour, elle est bien établie. Elle a lieu par larges plaques , c’est ce qu’on voit surtout aux pieds et aux mains , où l’épiderme d’un orteil et d’un doigt, après s être crevassé, être devenu rugueux et blanchâtre, se sépare parfois tout d’une pièce,

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comme un doigt de gant. La desquamation n’a pas de période bien fixe ; nous ne l’avons vue quelquefois commencer que vers le quinzième jour, et il n’est pas rare, même quand elle se fait plus tôt , de la voir se prolonger jusqu’après le vingt-cinquième.

Variétés. — Tels sont les symptômes et la marche de la scarlatine qu’on nomme simple ou régulière. Sa durée moyenne est d’un septénaire. D’autres fois , la maladie présente d’autres caractères. Ainsi, l’angine , qui a ordinairement une médiocre intensité , peut être beaucoup plus vive et devenir même le symptôme prédominant : on dit alors que la scarlatine est angineuse (Willan). Dans cette variété , les phénomènes précurseurs sont , en général , plus graves ; la douleur et le gonflement de la gorge existent dès le début; la déglutition est très difficile; les amygdales sont tuméfiées et d’un rouge cramoisi; elles se recouvrent, ainsi que tout le fond de la gorge , d’une matière pultacée, grise ou jaune , qui se colore quelquefois en noir, lorsque du sang a été exhalé , et qui se détache aisément et se reproduit de même. Enfin , les ganglions sous-maxillaires sont volumineux, très sensibles; on les a vus quelquefois s’abcéder et constituer de véritables bubons scarlatineux. Dans la scarlatine angineuse , la fièvre est plus vive ; il y a souvent des nausées, des vomissements et de la diarrhée. En général, l’éruption apparaît un jour plus tard que dans la forme précédente. Au lieu d’occuper toute la surface du corps , elle n’existe souvent que dans des points limités, comme aux aines, aux aisselles ou aux mains; elle disparaît parfois du jour au lendemain ; et la desquamation qui a lieu ensuite se fait moins régulièrement ; celle-ci est aussi plus tardive, et elle se prolonge souvent jusqu’après le troisième septénaire.

Il est une autre forme de scarlatine qu’on a appelée maligne en raison de la gravité qu’elle présente. Les prodromes offrent encore plus d’intensité que précédemment; les malades tombent dans la prostration; la langue et les dents s’encroûtent de fuliginosités, l’haleine est fétide ; il y a du délire ou dujjcoma, de la surdité {scarlatine nerveuse). Le pouls, d’une fréquence extrême , est mou, dépressible; souvent alors l’éruption apparaît à peine ; elle est partielle , et se supprime promptement ; elle prend une teinte livide , et est souvent parsemée de pétéchies et de larges ecchymoses. Des points gangréneux peuvent même se former dans divers points du corps ; le malade rend des urines sanguinolentes et des selles fétides ; enfin , il meurt tantôt subitement , d’autres fois après une longue agonie.

On voit que dans les formes angineuses et malignes l’éruption est souvent peu marquée et tout-à-fait éphémère. On conçoit que dans un grand nombre de cas, elle passe inaperçue des malades, et même des médecins , qui ont admis l’existence d’une fièvre scarlatine sans éruption à la peau. Mais ce fait est au moins douteux ; il est d’autant plus

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contestable que dans ces cas on observe une desquamation comme si l’éruption avait été régulière et complète.

Complications. — Diverses affections peuvent compliquer la scarlatine : ce sont, dans les formes graves, des hémorrhagies passives ; la plupart des phlegmasies des organes thoraciques et abdominaux , mais qui sont néanmoins infiniment moins communes que dans la rougeole. Des accidents cérébraux très variables, tels que le délire, le coma, les convulsions, les contractures se développent aussi quelquefois. Ces symptômes, qui sont assez fréquents chez les enfants, simulent quelquefois une méningite; cependant il est rare d’observer sur le cadavre des traces de phlegmasie intra-crânienne , et, presque toujours, les accidents nerveux observés pendant la vie ne laissent d’autres traces qu’une forte congestion, et, dans quelques cas seulement, un épanchement séreux dans les ventricules cérébraux. La complication avec la rougeole, la variole, l’érysipèle et les affections pustuleuses sont rares; mais l’urticaire est, après la miliaire, dont j’ai parlé plus haut, celle qui se montre le plus souvent avec la scarlatine; on ne l’observe guère qu’à l’époque de la desquamation. J’ai rencontré plusieurs fois des douleurs rhumatismales dans le cours des scarlatines , qui sont alors plus ou moins irrégulières. Cette complication, quoique assez rare, a pourtant été observée par Murray d’une manière épidémique.

Maladies consécutives. — L’anasarque est l’accident le plus fréquent qu’on observe pendant la convalescence de la scarlatine. Signalée vaguement par Sennert, mieux étudiée depuis par Storch, Navier, et Plenciz, etc., elle a été plus récemment, en Angleterre surtout, l’objet de travaux importants. L’anasarque se déclare spécialement chez les enfants, dans les saisons froides, humides, et succède souvent à un refroidissement; mais ordinairement elle survient sans cause déterminante appréciable; elle se montre communément dans le courant du troisième ou quatrième septénaire de la maladie , rarement plus tard. Les malades, qui étaient dans un état satisfaisant, se plaignent tout-à-coup de fatigue , de malaise , d’insomnie; la figure est pâle, bouffie ; les paupières surtout sont tuméfiées; l’œdématie occupe bientôt les pieds, les mains,

I le scrotum , et envahit , enfin , toute l’habitude du corps. Des épanchements séreux peuvent se former aussi dans les plèvres, et surtout | dans le péritoine. Dans ces cas, l’urine est moins abondante; sa pesan- ! teur spécifique est diminuée (Hamilton et Wood) ; elle est trouble, d’un I rouge brun , et contient une plus ou moins grande quantité de sang ;

| quelquefois elle est pâle , décolorée. Si on la chauffe , ou si on y verse une certaine quantité d’acide nitrique, on produit aussitôt un coagulum plus ou moins abondant , formé par de l’albumine. Toutefois l’altération de la sécrétion urinaire n’est pas un phénomène constant; je crois même qu’il manque dans le plus grand nombre des cas. Les

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symptômes généraux varient suivant que l’anasarque suit une marche aiguë ou chronique. Dans le premier cas il y a de la fièvre , de la céphalalgie, l’œdème résiste; dans la forme chronique, au contraire, il n’y a pas de fièvre , et la peau , presque froide , conserve facilement et longtemps l’impression du doigt. Plusieurs autres accidents surviennent encore : ainsi , beaucoup de malades vomissent et ont de la diarrhée; mais la plupart éprouvent quelques symptômes du tôté des organes thoraciques; car la bronchite, la pleurésie, l’hydrothorax, l’œdème des poumons, et la pneumonie surtout , sont des complications extrêmement communes dans l’anasarque consécutive de la scarlatine. Enfin, il est des individus qui peuvent succomber rapidement dans un état comateux ou à la suite de convulsions. L’anasarque , après avoir présenté des alternatives en bien et en mal , diminue peu à peu , et finit par disparaître ; sa durée est , en général , longue ; il est rare qu’elle persiste moins de deux ou trois semaines ; le plus souvent elle se prolonge pendant deux ou trois mois ; un grand nombre de malades succombent , et beaucoup présentent , à l’autopsie , les altérations que nous ferons connaître plus tard comme caractérisant la maladie de Bright. L’anasarque est un accident assez commun , mais dont la fréquence varie beaucoup dans les différentes épidémies; dans 'celle d’Edimbourg , de 1835 à 36 , elle est survenue dans un septième des cas environ (Wood).

Diagnostic. — La scarlatine diffère de la rougeole , avec laquelle on pourrait la confondre , 1° par ses prodromes ; 2° par les caractères de l’éruption ; 3° par la manière dont la desquamation se fait.

Les prodromes de la rougeole sont remarquables par les symptômes de catarrhe qu’on pbserve du côté des muqueuses oculaire, nasale et bronchique , tandis que rien de pareil n’a lieu dans la scarlatine. Dans celle-ci on constate presque toujours une angine assez forte , tandis que cette affection est très rare dans la rougeole , ou bien , quand elle existe, elle est toujours très peu marquée; et dans aucun cas la muqueuse buccale et pharyngienne ne présente cette coloration écarlate qu’elle a dans la scarlatine ; enfin les prodromes ont une durée bien plus longue dans la première que dans la seconde. Quant à l’éruption , elle est écarlate , framboisée dans la scarlatine, et d’un rouge beaucoup moins fonce dans la rougeole. Dans celle-ci , d’ailleurs, il n’y a rien de régulier ni dans la couleur, ni dans la forme, ni dans l’étendue et la saillie de l’éruption. Dans la scarlatine, au contraire, tout est régulier; c’est ce qu’on remarque particulièrement pour la forme pointilléc ou granitée , qui est celle qu’on pourrait le plus facilement confondre avec ia rougeole. Enfin le mode de desquamation diffère essentiellement dans les deux maladies que je compare , puisque dans la rougeole elle est insensible , ou bien l’épiderme se détache sous forme de lamelles furfuracées, tandis que dans la scarlatine ce sont de larges plaques , de gros lambeaux ayant

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plusieurs centimètres de longueur. Dans la forme angineuse, l’exanthème est quelquefois partiel; sa durée est souvent éphémère, de telle sorte qu’il peut passer inaperçu , et l’on croit alors à l’existence d’une esquinancie ordinaire ou d’une angine pultacée ou couenneuse. Cette erreur a été évidemment commise par Folhergill; il est facile, en effet, de se convaincre que l’épidémie qu’il a décrite sous le nom de mal de gorge, avec ulcères, n’était autre qu’une scarlatine angineuse. On ne fera point une pareille méprise, si on a égard aux symptômes généraux, plus graves dans la scarlatine que dans l’angine simple, à la coloration écarlate des amvgd;.les , du pharynx et de la bouche. Enfin l’examen attentif de toutes les parties du corps fera reconnaître quelques rougeurs partielles , rougeurs qui ont existé chez tous les malades de Fothergill, mais dont cet auteur méconnut les véritables caractères, puisqu’il les regarda comme étant seulement érysipélateuses.

Pronostic. — C’est à tort que Sydenham a signalé la scarlatine comme une maladie bénigne, et qui ne pouvait devenir fatale que par l’impéritie du médecin. On doit dire, au contraire , avec Darwin , que la gravité de' cette affection varie, suivant les épidémies, depuis l’innocuité de la piqûre d’une puce ( quelquefois il n’y a pas même de fièvre) jusqu’au danger de la peste, du choléra et des varioles confluentes. Toutes choses étant égales d’ailleurs , la scarlatine est plus grave chez l’adulte et le vieillard que dans le jeune âge ; l’état puerpéral est aussi une circonstance aggravante. Les scarlatines qui s’accompagnent d’hémorrhagies et d’accidents nerveux ont le plus souvent une issue funeste. L’anasarque qui succède à la scarlatine est souvent plus grave que la maladie elle-même, surtout lorsqu’elle suit une marche aiguë. Le pronostic est fâcheux ici, en raison de l’altération des reins, qui existe souvent, et à cause aussi des graves complications qui surviennent si fréquemment du côté des organes pectoraux.

Etiologie. — Les observations de Clarke , Heberden , J. Frank, prouvent : 1° que les enfants au-dessous de dix ans sont plus spécialement sujets à la scarlatine; 2° que jusqu’à vingt ans, elle affecte à peu près également les individus de l’un et l’autre sexe , tandis qu’aprèscct âge elle est plus commune chez les femmes. L’état puerpéral prédispose ces dernières à la contracter. MM. Rilliet et Barthez ont émis l’opinion que la scarlatine atteignait rarement les enfants tuberculeux, et cette proposition nous paraît également vraie pour l’adulte. La scarlatine aiguë règne dans toutes les saisons; mais elle sévit plus spécialement à l’équinoxe du printemps ou à l’automne. Elle est essentiellement contagieuse. On dit que Stoll a pu l’inoculer; mais Petit-Radel l’a vainement tenté; Elle n’affecte qu’une seule fois le même individu; les cas de récidive sont très rares. Quoique celte maladie soit fréquente, on peut dire

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pourtant que le nombre des individus qui lui sont réfractaires est plus considérable que pour la rougeole et la variole.

Traitement. — Dans la scarlatine simple il faut abandonner le malade à la nature. La diète, le repus au lit, les pédiluves, les boissons acidulés, tempérantes, une température douce, sont les seuls moyens qu’on doive employer. Les malades seront modérément couverts. La saignée n’est utile que lorsque la réaction est vive, le pouls large, dur, et qu’une congestion active a lieu du côté de quelque viscère. Currie, Thomson , Bateman et plusieurs autres médecins anglais ont beaucoup préconisé les lotions acidulés, les aspersions froides, les affusions générales. Us ont prétendu que ces moyens modéraient la chaleur, diminuaient la fréquence du pouls, procuraient du sommeil, et excitaient une transpiration salutaire ; mais l’expérience n’a pas encore prononcé sur l’efficacité de cette méthode , dont l’emploi n’est peut-être pas sans danger. La violence de l’angine rend quelquefois nécessaire l’application de sangsues sur les parties latérales du cou. Les médecins anglais ont plutôt insisté, dans ces cas, sur l’usage des purgatifs Si la faiblesse du malade empêchait de ticer du sang, et si d’autre part quelque complication abdominale rendait l’emploi des purgatifs impossible , il faudrait combattre l’angine par des révulsifs cutanés, et surtout par un large vésicatoire appliqué à la nuque. Les gargarismes émollients sont utiles lorsqu’il n’existe pas trop de gonflement; on peut aussi , vers la fin , ajouter une petite quantité d’acétate de plomb (eau 120 grammes, alcool 15, vinaigres, acétate de plomb 50 centigrammes). Si l’angine devenait gangréneuse , on aurait recours aux gargarismes faits avec une décoction de quinquina , avec ou sans alcool camphré , ou bien on associe un quart de solution de chlorure d’oxide de sodium , de l’alun ou de l’acide chlorhydrique, moyens qu’il faut combiner avec un traitement tonique général. Quelques médecins ont préconisé le chlore , à la dose de 8 grammes, à titre de spécifique; d’autres ont conseillé l’administration de l’émétique, à doses vomitives, toutes les vingt-quatre ou quarante-huit heures; mais aucun fait ne prouve l’utilité du chlore. Quant aux vomitifs, ils ne conviennent que dans les cas de complication saburrale, ou bien lorsque des mucosités ou des fausses membranes existent dans l’arrière-gorge : alors les efforts de vomissement qu’ils provoquent expulsent facilement les matières qui obstruent le pharynx.

Dans la scarlatine maligne , et surtout dans la forme nerveuse , l’homme de l’art ne peut employer que des remèdes presque toujours impuissants. Ainsi, les révulsifs cutanés, comme les vésicatoires, les bains tièdes, le carbonate d’ammoniaque vanté en Amérique {h à 1 0 grammes dans une potion) , les purgatifs , les émétiques, les acides, les toniques , les antispasmodiques , surtout le camphre et le musc , sont

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presque toujours sans action. Il en est à peu près de même des affusions faites en jetant sur les malades cinq ou six seaux d’eau très froide. Cette pratique , préconisée par Currie , a pour effet immédiat de diminuer beaucoup la chaleur morbide. On la dit utile lorsque la peau est brûlante , sèche, le pouls vif, et qu’il existe un délire violent. Cependant , jusqu’à présent, on n’a pas mis hors de doute l’utilité de cette médication, qui , jugée à priori , est irrationnelle , et dont l'emploi ne peut être justifié que par la gravité de la maladie et lorsqu’on veut , en désespoir de cause, appliquer l’axiome melius (inceps remedium quam nullum.

Pendant la convalescence , et même plusieurs semaines après la guérison complète, il faut préserver les malades de toute espèce de refroidissement, et surveiller leur régime. Si, malgré les soins dont on les entoure, l’anasarque survient, on devra, si la fièvre continue, recourir à une ou plusieurs émissions sanguines, pourvu, d’ailleurs , que l’état du pouls le permette. M. Rayer a obtenu d’heureux effets de l’application de sangsues et de ventouses sur les régions rénales. Les bains tièdes sont également utiles. On devra , au contraire , s’abstenir d’administrer les diurétiques énergiques , dont le danger avait été déjà signalé il y a plus d’un siècle par les médecins florentins. — Dans la forme apyrétique de l’anasarque , on excitera la transpiration cutanée par l’emploi des sudorifiques , et surtout des bains de vapeur ; on fera des frictions sèches, aromatiques , toniques; on donnera quelques purgatifs, et, si le sujet est faible et anémique , on prescrira le quinquina et surtout les préparations de fer.

Prophylaxie. — Comme on ne sait pas au juste l’époque à laquelle la scarlatine cesse d’être contagieuse , il est prudent de ne fréquenter les individus qui en ont été atteints qu’à la fin du troisième septénaire. On a préconisé un grand nombre de remèdes comme jouissant d’une vertu prophylactique contre la maladie; tels sont les purgatifs, les exutoires, le calomel , les acides à l’intérieur et en lotions , la gentiane , le goudron, etc.; mais ces substances n’ont point l’effet qu’on leur a attribué. Depuis quelques années, les médecins allemands ont beaucoup vanté la belladone. On conseille de dissoudre 10 centigrammes d’extrait de belladone dans 32 grammes d’eau de cannelle, et d’en donner chaque jour aux enfants de 2 à h gouttes pendant toute la durée de l’épidcmie. D’autres préfèrent la teinture éthérée, qu’on prescrit à la dose de 6 à 10 gouttes par jour chez les enfants de huit à dix ans. Cependant l’expérience n’a pas encore prononcé suffisamment sur cette propriété qu’on suppose à la belladone. Il n’y a, d’ailleurs, aucun inconvénient à l’administrer lorsque la scarlatine règne épidémiquement dans un collège ou dans un village.

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