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FIÈVRE INTERMITTENTE SIMPLE, BENIGNE, REGULIERE, MANIFESTE

La fièvre intermittente est dite simple , bénigne , lorsque, seulement caractérisée par les accès fébriles, elle est dégagée de toutes les complications et les accidents graves qui peuvent la rendre méconnaissable, et qui le plus souvent compromettent la vie.

Anatomie pathologique. — La fièvre intermittente n’ajpas , à proprement parler, de siège anatomique , elle n’est donc caractérisée sur le cadavre par aucune lésion qu’on puisse regarder comme étant le point de départ des accidents arrivés pendant la vie. Il est pourtant une altération concomitante extrêmement commune , manquant à peine quel-

quefois : je veux parler de l’augmentation de volume de la rate. Cet organe, en effet, qui à l’état physiologique n’a guère, d’après M. Piorry, que 9 centimètres à 9 centim. 20 millim. de hauteur, sur 9 centimètres de largeur, peut acquérir des dimensions quadruples et peser jusqu’il 6 ou 8 kilogrammes. Son tissu d’abord simplement hyperémie, gorgé de sang, peut se réduire en pulpe molle comme dans les fièvres graves; mais cette altération ne se rencontre que dans la variété de fièvres intermittentes dites pernicieuses. Dans celle dont nous traitons actuellement, surtout quand elle se prolonge, la rate est plutôt hypertrophiée, son tissu s’indure en même temps que son volume augmente, on n’y rencontre de la suppuration dans aucun cas , preuve que l’inflammation est étrangère à la production de cette lésion.

Symptômes. — Dans la plupart des cas les fièvres intermittentes débutent sans prodromes ; il est au contraire assez commun d’observer pour chaque accès quelques phénomènes avant-coureurs, tels que de ia céphalalgie, de l’anxiété, des bâillements et des pandiculations, de ia pâleur, de la tendance au sommeil, etc. A ces symptômes, qui n’ont qu’une durée fort courte, succède bientôt le frisson qui marque le premier stade de la fièvre.

Premier, stade ou stade de froid. — Le froid ou frisson qui constitue le premier stade d’un accès varie beaucoup. Quelquefois les malades n’éprouvent qu’une sensation de froid partielle ou générale et tout-à-fait éphémère. Chez la plupart le froid est plus vif : c’est une horripilation s’accompagnant d’une sorte de frémissement de la peau avec saillie des bulbes (chair de poule). Enfin , le froid peut être plus intense encore; il détermine alors le claquement des dents , et un tremblement convulsif des membres (c’est le rigor). En général, le froid n’acquiert cette intensité que progressivement. Borné d’abord à une seule partie , aux extrémités, au visage ou dans les lombes, il s’irradie de là à toute la surface du corps ; il ne reste circonscrit à un point que dans les cas de fièvre anomale ou bien dans les accès peu intenses. Dans ce premier stade on observe quelques phénomènes particuliers. Aussi dès que le froid commence , les parties les plus éloignées du centre circulatoire , et notamment les doigts, le nez et les oreilles, deviennent froides, bleuâtres ou livides. Le corps semble diminuer de volume, à tel point que les anneaux peuvent tomber des doigts (J. Franck, Cullen). Si le froid est intense, la face est plombée ét la peau du corps est souvent parsemée de plaques marbrées; les yeux sont caves, hagards ; la tête est fléchie, les membres sont rapprochés du tronc; la voix est altérée, cassée et tremblante. Le malade accuse souvent des douleurs contusives dans les membres , des déchirements dans les lombes, un resserrement à l’épigastre , une douleur dans la région splénique, de l’oppression , des palpitations et beaucoup d’anxiété , et sur toute la surface du corps le

picotement et la sensation qui annonce un froid bien intense. En général, pendant le frisson, le chaleur de la peau paraît diminuée au toucher. Dans beaucoup de cas pourtant la main perçoit une température normale ou même plus élevée que de coutume; d’ailleurs des expériences nombreuses entreprises jadis par De Haen , par Home, et répétées dans ces derniers temps par MM. Gavarret et Monneret , ont prouvé qu’en plaçant un thermomètre dans l’aisselle des malades on constatait une élévation de température de 1 à U degrés au-dessus de la température normale. La peau est ordinairement sèche , aride; le pouls est fréquent et déprimé, la soif intense; il y a parfois des vomissements bilieux, et Senac a plusieurs fois observé des hémoptysies ; les urines sont peu abondantes et aqueuses. Le frisson a une durée qui varie entre un quart d’heure et cinq heures; sa durée moyenne est d’une heure, sa longueur et son intensité ne sont pas nécessairement en rapport avec la gravité de l’accès. Ce premier stade peut manquer.

Deuxième stade ou stade de la chaleur. — Le froid, après avoir duré quelque temps, est remplacé par une chaleur plus ou moins considérable qui, commençant par les extrémités , finit par être générale. Sous le rapport de son intensité elle offre tous les degrés compris entre une légère sensation de chaud et une ardeur brûlante. Toutefois les recherches modernes ont prouvé que si dans le stade de chaleur la température de la peau est plus haute, cette élévation néanmoins est faible, puisqu’elle ne dépasse guère que d’un degré celle qu’on trouve dans le stade de froid. Dans beaucoup de cas d’ailleurs la sensation de chaleur vive que les malades éprouvent ne peut guère être perçue par le médecin, de même que le froid du stade précédent. La chaleur est donc le plus souvent plutôt l’effet d’une perversion de la sensibilité qu’elle n’est réelle. Pendant ce deuxième stade, la céphalalgie et la soif persistent, l’anxiété et l’oppression diminuent ou cessent, le pouls prend de l’ampleur, l’urine est rouge, rare et brûlante ; la face s’injecte ; tout le corps, qui semblait amoindri pendant le frisson , paraît à présent comme boursouflé; enfin , la peau, d’abord sèche, s’humecte de plus en plus. La durée du deuxième stade varie entre une et douze heures; il est rare d’ailleurs qu’il se prolonge au-delà de quatre heures. La période de chaleur peut manquer, mais ceia est beaucoup plus rare que pour le stade de froid.

Troisième stade ou stade de sueur. — La sueur se montre d’abord à la tête , à la poitrine , et finit bientôt par occuper tout le corps. Elle peut ne consister qu’en une légère moiteur ou bien être assez abondante pour ruisseler de toutes parts et pénétrer les linges et même le lit. Pendant qu’elle s’établit, tous les symptômes incommodes s’amendent : ainsi la céphalalgie, l’anxiété*^ les douleurs, la soif, disparaissent, le pouls perd de sa fréquence , il est souple. On disait généralement autrefois que les urines, rouges , peu abondantes , déposaient un sédiment briqueté très

abondant, tandis que leur surface se recouvrait d’une pellicule adhérante aux parois du vase. Mais il est aujourd’hui démontré que l’urine présente plus rarement qu’on n’a dit les qualités que je viens d’exposer. La durée de la sueur est à peu près la même que celle des deux stades qui précèdent.

En somme, la durée de ces accès n’est jamais moindre d’une heure et ne dépasse guère dix-huit. Sa durée moyenne est entre quatre et douze heures.

Apyrexie. — A l’accès succède un étatd’apyrexie, mais il est rare que dans l’intermission la santé soit parfaite. Ainsi la plupart des malades sont accablés, ils ont moins d’appétit , les forces ont diminué, la figure est pâle , il y a de la céphalalgie, les déjections sont pénibles , et cependant il est des individus qui, dans les jours intercalaires, n’éprouvent aucun malaise et semblent être dans l’état de santé le plus parfait possible. Ceci n’a guère lieu que lorsque l’in ter mission est longue , comme dans les fièvres tierces ou quartes, tandis que dans les quotidiennes il est rare que pendant l’apyrexie les malades ne soient pas plus ou moins souffrants. La longueur de l’intermission varie suivant le type de la fièvre : le retour des accès est parfois invariablement fixé à la même heure , d’autres fois il avance ou retarde de plusieurs heures. Il en est dont les accès se rapprochent tellement que le second commence avant que le premier ait entièrement cessé; on dit alors que la fièvre est subintrante.

Variétés. — On a prétendu , d’une manière trop générale , que dans les fièvres quotidiennes les accès avaient lieu le matin de bonne heure , qu’ils commençaient de dix heures à midi dans les tierces , et de trois à cinq dans les quartes. En effet , M. Maillot a prouvé qu’on ne pouvait établir à ce sujet aucune règle fixe ; d’ailleurs l’époque de la journée (presque tous les accès ont lieu le jour) à laquelle les accès fiévreux ont lieu, de même que le type, varient suivant les individus, les saisons, i les climats et même les constitutions régnantes et les épidémies. Toutefois nous croyons pouvoir établir, d’une manière générale , d’après un relevé portant sur plus de cent soixante mille fièvres intermittentes observées dans divers pays , que les fièvres quotidiennes sont plus communes que les tierces, dans la proportion de neuf à un, et que les fièvres quartes sont si rares qu’on n’en compte guère que deux ou trois sur mille. Nous pensons, en outre, contre l’opinion de M. Boudin, qu’il n’y a aucun rapport entre le type de la fièvre et l’intensité du dégagement delà matière miasmatique. Dans quelques cas, les fièvres intermittentes changent une ou plusieurs fois de type pendant leur durée. Si on compare les accès entre eux , on voit tantôt ceux-ci se dessiner ! d’autant mieux, et leurs trois stades être d’autant mieux marqués que la fièvre se renouvelle plus souvent. D’autres fois , au contraire , la fièvre semble s’user peu à peu à mesure qu’elle se reproduit ; ses accès alors I. 9

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diminuent non seulement d’intensité , mais il arrive souvent qu’un ou même deux stades manquent toul-à-fait. Ou dit alors que les accès sont incomplets.

Dans la plupart des cas, la fièvre intermittente se présente telle que je l’ai décrite précédemment, et Pinel commettait une erreur lorsqu’il prétendait qu’il n’y avait pas de fièvre intermittente simple, c’est-à-dire qui n’eût été à son début ni inflammatoire, ni muqueuse, ni bilieuse, niadynamique ni ataxique. Mais ce sont là tout autant de complications qu’un ne rencontre que dans des cas exceptionnels et qui impriment à la maladie unejphysionomie particulière. Ainsi lorsque la fièvre intermittente se complique d’un état inflammatoire , le frisson est généralement court, mais il est intense. Le deuxième stade est au contraire plus long, la chaleur est plus brûlante , il y a des signes de congestion vers la tête ou la poitrine; le quinquina n’a qu’un effet nul ou incertain, si on n’a pas préalablement le soin de désemplir les vaisseaux. La fièvre intermittente, avec complication inflammatoire, a généralement le type quotidien ou double tierce, elle a de la tendance a passer au type continu ou rémitteut; enfin les signes de pléthore persistent pendant l’apyrexie. Cette complication se remarque surtout chez les sujets jeunes et vigoureux. Si la fièvre intermittente se complique de l’état bilieux , celui-ci s’aggrave, en général, pendant l’accès; et il persiste dans l’apyrexie, qui souvent alors est incomplète et s’accompagne de beaucoup de malaise. Le quinquina n’a de l’efficacité qu’après qu’on a détruit la complication gastrique. La forme bilieuse se rencontre fréquemment dans les fièvres intermittentes qui régnent dans la Bresse pendant l’été et l’automne (Nepple). L’état muqueux ou catarrhal peut aussi compliquer la fièvre intermittente ; c’est ce qu’on observe surtout chez les sujets débiles et qui vivent dans des lieux bas et humides. Quant aux formes adynamique et ataxique on doit les considérer comme une variété des fièvres pernicieuses; j’en parlerai plus tard.

Durée. — Les fièvres intermittentes ont une durée longue. On a remarqué qu’elles se prolongeaient d’autant plus que leurs accès étaient plus éloignés. Ainsi les fièvres quotidiennes sont plus courtes que les tierces , celles-ci que les quartes. Les fièvres du printemps sont aussi moins opiniâtres que celles d’automne; quelques fièvres cèdent spontanément après quatre ou cinq accès, d’autres après trente ou quarante. Il n’est pas rare d’en voir dont les accès se renouvellent sans interruption pendant plusieurs mois et même plusieurs années. Dans ces cas on observe plusieurs des accidents consécutifs qui sont : la couleur jaune de la peau , l’engorgement de la rate et des hydropisies.

Accidents consécutifs. — 1° Chez beaucoup d’individus, il suffit de trois ou quatre accès de fièvre intermittente pour que la peau du corps prenne une teinte jaune toute particulière caractéristique, et qu’il est impos-

siblc de décrire. Cette couleur , qui n’a aucun rapport ni avec celle de l’ictère ni avec la teinte jaune paille de la cachexie cancéreuse , est surtout marquée au visage; elle se lie toujours à un appauvrissement du sang, qui est séreux, moins abondant, et contient beaucoup moins de fibrine et de matière colorante. Avant la découverte du quinquina , beaucoup de malades succombaient à cet état de cachexie.

2° L’engorgement de la rate est un des effets les plus ordinaires de la fièvre; mais il n’est pas exact de dire que l’organe splénique augmente de volume dans tous les cas de fièvre intermittente , car on trouve à ce sujet de nombreuses exceptions. L’engorgement de la rate paraît plus fréquent dans les fièvres tierces et quartes que dans les quotidiennes. On ne le constate que par la percussion seule , s’il est peu considérable ; mais dans la plupart des cas la palpation fait reconnaître que l’organe déborde le rebord costal ; il peut même descendre jusqu’au niveau de l’ombilic ou de la crête iliaque , et soulever alors la paroi abdominale (placenta febrilis). M. Piorry, qui dans ces derniers temps s’est beaucoup occupé de l’exploration de la rate dans la fièvre intermittente , a noté que la moitié des malades environ (82 sur 171) accusaient une douleur ou un sentiment de pesanteur dans l’hypochondre gauche. Cette douleur ne se manifeste souvent que dans le premier stade ; d’autres foisonne la réveille qu’en palpant ou en percutant la région splénique. Dans quelques cas, le foie est aussi augmenté de volume, mais toujours à un degré infiniment moindre que la rate.

3° Enfin différentes hydropisies peuvent être la suite des fièvres intermittentes prolongées. Quelquefois il n’y a qu’un peu d’œdème aux malléoles, ou un peu de bouffissure à la joue; d’autres fois l’hvdropisie est générale (anasarque) , en même temps qu’un épanchement séreux plus ou moins abondant se forme dans l’abdomen.

La céphalalgie est encore un symptôme qui peut persister d’une manière incommode pendant la convalescence. A en juger par l’efficacité de la saignée dans ces cas , il est naturel d’attribuer la douleur de tête à un état de congestion du cerveau.

Ces divers accidents persistent en général plus ou moins longtemps après la cessation de la fièvre.

J’ai dit que la fièvre intermittente pouvait guérir spontanément, et alors son intensité diminue progressivement ; cependant dans quelques cas elle peut cesser brusquement, lorsque le malade change de lieu, ou bien à la suite d’une violente secousse morale , ou bien encore à l’occasion du développement d’une autre affection.

Rechutes. — Il n’y a aucune maladie dont les rechutes soient aussi fréquentes que celles des fièvres intermittentes. L’exposition au froid , à l’humidité, les émotions vives , des aliments indigestes , l’administration des purgatifs, sont les causes ordinaires des rechutes. Celles-ci sont

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plus fréquentes après les fièvres guéries par les fébrifuges qu’après celles qui ont cessé spontanément. Les rechutes seront d’autant plus à redouter que la fièvre a dure plus longtemps et que la saison est plus froide. En général , les fièvres intermittentes ont dans leur rechute le même type et les mêmes phénomènes que dans la première attaque. Quelques auteurs, et Strack surtout, ont avancé que lorsque la fièvre récidivait , les nouveaux accès survenaient le même jour et à la même heure que si les anciens s’étaient reproduits sans interruption ; mais ce fait est loin d’être démontré ; il en est de même de l’opinion de AVerlhof , qui admettait non seulement des jours , mais même des semaines paroxystiques, et qui prétendait que la fièvre tierce rechutait surtout dans la deuxième semaine, et la fièvre quarte dans la troisième.

Sans prétendre , avec quelques médecins optimistes , que les fièvres intermittentes sont des mouvements salutaires de la nature , il est vrai pourtant que , dans quelques cas , elles ont amélioré des constitutions débiles, ou amené la guérison de maladies graves qui avaient résisté jus- - qu’alors à tous les moyens thérapeutiques (épilepsie, folie, névralgies, etc.). Cependant il faut considérer ces faits, que Boerrhave, Hoffmann, Strack , Werlhof, etc., rapportent, comme étant des cas rares et exceptionnels, car il est beaucoup plus ordinaire de voir les fièvres intermittentes prolongées altérer la constitution générale, et aggraver les maladies préexistantes. On a vu aussi la fièvre intermittente, quand elle affectait la femme enceinte , provoquer l’avortement ou l’accouchement prématuré. On a dit que dans ces cas plusieurs des enfants étaient eux-mêmes atteints de fièvre intermittente ayant lieu aux mêmes heures que celle de la mère. Enfin on a vu des maladies graves , telles que la phthisie , le scorbut et le diabète, succéder à des accès répétés de fièvre intermittente. Sydenham a aussi signalé une sorte de manie consécutive aux fièvres, surtout à celles qui ont le type quarte. Mais ces observations ne paraissent pas avoir été confirmées par d’autres médecins; Senac luimême n’a jamais observé qu’un seul cas analogue , et M. Baillarger n’en a vu que deux. Il est d’ailleurs probable qu’il n’y a eu ici qu’une simple coïncidence.

Diagnostic. — Le diagnostic de la fièvre intermittente régulière (la seule dont je parle actuellement) ne présente aucune difficulté ; la succession des trois stades et la réapparition périodique des accès ne peuvent faire confondre la maladie avec aucune autre affection.

Pronostic. — Les fièvres intermittentes printanières et les sporadiques sont généralement plus faciles à guérir, et récidivent moins que les fièvres automnales et épidémiques. Les fièvres quartes sont plus opiniâtres que les tierces et les quotidiennes. L’enfance, la vieillesse, une constitution débile, des affections chroniques préexistantes des organes digestifs, sont des conditions fâcheuses. Des accès dont l’intensité

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s’accroît à mesure qu’ils se reproduisent indiquent en général que la fièvre n’a point de tendance à se terminer. Enfin les phénomènes consécutifs dont j’ai parlé constituent toujours unç circonstance fâcheuse, à cause de la lenteur avec laquelle ils disparaissent.

Etiologie. — Il est peu de localités dans lesquelles on ne puisse observer des fièvres intermittentes, du moins à l’état sporadique. On dit pourtant qu’elles sont inconnues dans les Indes orientales (Bontius) , au Cap de Bonne-Espérance , en Islande et dans certaines parties de la Suède (Linné). Ces maladies ne régnent d’une manière endémique que dans le voisinage des marais, des rivières, des routoirs, et généralement de toutes les stagnations d’eau ayant lieu sur un sol peu perméable et contenant des matières végétales en putréfaction. Ces foyers d’infection, qui existent en France surtout en grand nombre dans la Bresse , la Brcnne et la Sologne, quoique permanents, n’ont pas pourtant la même énergie dans toutes les saisons. On s’est en effet convaincu que les émanations marécageuses acquéraient un surcroît d’activité a la fin de l’été et pendant l’automne , saisons pendant lesquelles les eaux stagnantes sont basses, réduites à leur partie fangeuse , et dont la putréfaction est activée par le contact de l’air et l’action du soleil. On peut établir d’une manière générale que l’activité des émanations marécageuses s’accroît à mesure qu’on s’avance du nord au midi. On a aussi reconnu que les marais situés sur les bords de la mer sont plus délétères que ceux formés seulement par l’eau de pluie ou de rivière , probablement à cause de la grande quantité de matières putrescibles que les hautes marées entraînent dans les premiers. On voit encore les fièvres intermittentes sévir dans les terrains bas et humides, à côté des prairies artificielles, dans les rues non pavées et remplies de fumier, lorsqu’on défriche un sol vierge, humide, et contenant beaucoup de débris de végétaux, comme on l’a souvent observé chez les colons du Nouveau-Monde.

Dans tous ces cas, on admet qu’il se dégage certains principes plus ou moins actifs , nommés effluves (Lancisi ) , miasmes , émanations , exhalaisons, qui infectent l’air et le rendent apte à produire la fièvre intermittente. Mais jusqu’à présent on n’a pu saisir et isoler ce principe délétère; nous ignorons sa nature et son mode d’action, et toutes les théories qu’on a faites à ce sujet sont ridicules ou insuffisantes. Cependant on ne peut s’empêcher d’admettre dans l’air des marais une cause spécifique. L’humidité ne joue certainement qu’un rôle secondaire, comme le prouve la santé des débardeurs à Paris , qui , quoique travaillant sans cesse dans l’eau, sont néanmoins peu sujets aux fièvres intermittentes (Parent Duchâtelet). La chaleur atmosphérique n’agit aussi, suivant nous, qu’en activant la putréfaction des matières végétales et la volatilisation des principes délétères. Je n’ignore pas pourtant que M. Faure a cité quelques faits pour prouver que la fièvre intermittente

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pouvait sévir dans des pays secs , arides et sous l’influence seulement d’une haute température (1) ; cependant, pour entraîner la conviction, M. Faure aurait dû décrire plus complètement qu’il n’a fait la topographie des localités dont il parle , la nature du sol , comme les lieux circonvoisins. Quoiqu’il en soit, ces faits sont exceptionnels, et n’autorisent pa$l’auteur à conclure que la chaleur est la cause la plus générale des fièvres intermittentes.

On peut dire en général que les miasmes marécageux sont plus pesants que l’air ; ils sont accumulés en plus grande abondance dans les parties basses. Lancisi à aussi prouvé que leur activité est à son maximum après le coucher du soleil , parce que c’est alors que les vapeurs miasmatiques, que la chaleur du jour avait raréfiées et dispersées, se trouvent condensées , et se précipitent vers la terre.

La sphère d’activité des effluves marécageux varie beaucoup, suivant les climats , les topographies , l’état calme ou agité de l’air, sa température et son hygrométrie. Dans nos pays tempérés, et lorsque l’atmosphère est tranquille , on a évalué à U ou 500 mètres la hauteur à laquelle peuvent s’élever les émanations marécageuses, tandis que leur propagation dans la direction horizontale ne serait que de 2 à 300 mètres. Mais dans les pays chauds la sphère d’activité s’agrandit beaucoup. Ainsi dans les Indes on a vu , par exemple , des vaisseaux éloignés de 1,500 toises d’un foyer d’infection en éprouver pourtant les funestes effets ( Montfalcon ).

Cette migration des effluves par l’air explique quelques particularités dignes d’être mentionnées , telles que l’apparition des fièvres intermittentes sur de hautes montagnes, dans des lieux secs et salubres. On voit aussi des pays voisins des étangs être préservés delà fièvre, parce qu’une forêt ou une colline qui les sépare intercepte complètement la transmissiqn des miasmes , tandis que ceux-ci vont agir dans des lieux plus éloignés. C’est , en effet , en raison de telle ou telle exposition , de tel ou tel obstacle à la propagation des miasmes que l’on voit , dans les pays marécageux, un quartier, une rue, une portion de maison éprouver la fâcheuse influence de l’infectioii , tandis que les endroits les plus voisins en seront à l’abri.

La science possède un grand nombre d’observations rapportées spécialement par Lancisi , par Lind , par Nepple , etc. , qui prouvent que les émanations marécageuses peuvent exercer sur les sujets qui s’y exposent une action vive et subite , qui varie depuis un simple malaise et un accès fébrile jusqu’aux accideuts les plus graves et même la mort foudroyante. En général pourtant, il y a une période d’incubation dont la durée varie d’un jour à plusieurs semaines; on peut évaluera cinq ou sept

(I) Fièvres intermittentes et continues , p. 416.

jours la durée moyenne de l’incubation marécageuse. La fièvre peut alors éclater, quand même l’individu s’est éloigné du foyer d’infection. Il paraît Cependant que l’habitude émousse l’actiyité des effluves chez certains individus; c’est du moins ce qui résulte des observations faites par Lancisi, par Lind et par M. Maillot. Au contraire , toutes les causes débilitantes, comme les écarts de régime, les émotions morales A les maladies, sont autant de circonstances qui rendent les individus plus susceptibles à l’action miasmatique et qui abrègent la période d’incubation. II est certain que les fièvres intermittentes ne sont pas contagieuses. L’antagonisme que M. Boudin a prétendu établir entre les fièvres intermittentes, la fièvre typhoïde et la phthisie, en disant que là où la première sévissait, les deux autres cessaient d’exister, n’est point fondé; car elle est démentie par tous les documents publiés en Angleterre sur la santé des troupes qui séjournent dans les nombreuse* colonies de cette métropole.

Traitement. — Beaucoup de médecins du siècle dernier , et même quelques uns de nos contemporains, s’appuyant dé l’autorité de Galien et de Boerhaave, ont conseillé de laisser durer pendant un certain temps les fièvres intermittentes qui ne menacent pas la vie des individus. Ils voulaient, en effet, qu’on n’administrât les fébrifuges qu’après le septième jour. Mais cette pratique est irrationnelle ; elle n’est fondée que sur cette opinion erronée qui consistait à regarder la fièvre comme un mouvement dépuratoire de la nature, et pouvant exercer une heureuse influence sur la constitution. Cependant Torti, Werlhof, Slrack, Lind, Senac, etc., ont combattu la méthode de l’expectation; ils ont, au contraire , conseillé de guérir la fièvre le plus tôt possible , parce que la répétition de cinq ou six accès n’est pas toujours sans inconvénients, et que, trop souvent, ou a vu une fièvre bénigne changer brusquement de caractère et devenir pernicieuse. Ainsi donc, en supposant que la fièvre intermittente soit simple, on tâchera de la guérir aussitôt qu’on en aura constaté l’existence.

Le traitement des fièvres intermittentes comprend 1° les soins qu’il faut donner au malade pendant l’accès ; 2° les remèdes qui doivent prévenir les retours de |a fièvre.

1° Traitement de l’accès. — Wilson Philips établit en principe (1) que dans le traitement des paroxysmes on doit avoir pour but de mettre fin au stade présent en sollicitant celui qui a coutume de lui succéder. Ainsi , pendant le stade de froid on favorise la chaleur, et pendant la chaleur on excite l’établissement de la sueur. Pour cela, pendant le stade de froid , on devra envelopper le malade de linges chauds , on lui fera prendre quelques tasses d’une infusion aromatique chaude ; les pur-

(1) Fièvres intermitt. el rémilt ., trad. de l’anglais par Letu. Paris, 1819, in-8.

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gatifs , les vomitifs et la saignée que quelques auteurs ont préconisés sont nuisibles alors. Pendant la chaleur , on continue l’usage des boissons tièdes , mais légèrement acidulées ; Lind conseille en outre l’administration de l’opium. Ce grand fnédecindit, en effet, que, donné au commencement de la chaleur, l’opium abrégeait la durée de l’accès, faisait cesser la céphalalgie, le malaise, l’agitation, provoquait un sommeil paisible et procurait une sueur abondante (1). Dans le dernier stade , le malade boira tiède pour ne pas suspendre l’exhalation cutanée. Si la sueur était très abondante , on remplace le linge mouillé par du linge sec et chaud ; et si le malade était très épuisé, on lui donnerait quelques cuillerées de vin généreux ou d’une substance tonique quel- x conque.

Pendant l’apyrexie , deux ordres de moyens peuvent être employés : les uns, directs , ont pour but d’empêcher le retour des accès : ce sont les fébrifuges; les autres, indirects , servent à combattre quelques accidents qui pourraient contre-indiquer l’emploi des premiers.

1° Moyens indirects . — Les principaux sont la saignée , les vomitifs et les purgatifs.

La saignée est indiquée dans les cas de complication inflammatoire, lorsque la période de chaleur est très intense , très prolongée et qu’il existe des signes d’une vive congestion viscérale , soit pendant l’accès , soit même durant l’apyrexie. La saignée ne sera jamais pratiquée pendant le frisson; pour la faire on choisira le stade de chaleur ou la période d’intermission. Comme tous les remèdes perturbateurs, on a vu la saignée suspendre quelquefois le cours des accès et guérir la fièvre.

Les vomitifs et les purgatifs ne seront administrés que dans les cas d’une complication bilieuse ; on choisira pour les donner le moment de l’apvrexie qui sera le plus éloigné des deux accès; on donnera la préférence aux purgatifs amers tels que la rhubarbe , les feuilles de pêcher ou les sels magnésiens.

2° Moyens directs ou fébrifuges. — Le quinquina est le fébrifuge par excellence ; parmi toutes les préparations de quinquina , le sulfate de quinine est celle qui doit être toujours préférée. On donne ce sel à la dose de 25 , 50 , 100 et 150 centigrammes (5, 10, 20 , 30 grains) en poudre , en pilules ou en sirop. On l’administre communément par la bouche ; on peut aussi le donner en lavement , mais il agit alors moins sûrement ; enfin on l’a eucore introduit par la méthode endermique. Nous avons expérimenté avec M. Chomel ce dernier mode d’administration , et nous nous sommes assurés que le sel de quinine, appliqué deux heures seulement avant l’accès, pouvait empêcher celui-ci complètement , tan-

(I) Maladies des Européens dans les pays chauds, t. 2, p. 200 à 208, Paris, 1785, in- i 8.

dis que, donné par la bouche, il faut un temps beaucoup plus long. Mais le sulfate de quinine , appliqué sur la peau dénudée , a l’inconvûnient de déterminer souvent des escarres et des ulcérations douloureuses dont la guérison ne s’opère que lentement ; de sorte que , dans les cas où la fièvre intermittente est simple et ne compromet pas la vie , il faut se borner à administrer le fébrifuge par la bouche.

Le sulfate de quinine, donné pendant ou peu avant l’accès, ne modifie point celui-ci , mais il peut modérer ou empêcher l’accès suivant. Il convient défaire prendre le fébrifuge pendant Vapyrexie; et soit qu’on le donne par doses fractionnées ou en une seule fois , il importe , si on veut prévenir sûrement l’accès, que le médicament soit pris huit à douze heures au moins avant V invasion probable de la fièvre. Lorsque le sulfate de quinine, administré comme il vient d’être dit, n’a fait que diminuer l’accès , il faut soupçonner que la dose a été insuffisante, et on devra l’augmenter. L’usage du fébrifuge sera continué plusieurs jours de suite: en général, pendant huit jours pour les fièvres quotidiennes, quinze jours pour les tierces, trois semaines pour les quartes. Beaucoup de médecins sont dans l’habitude de donner le médicament à dose décroissante; mais il arrive alors que l’économie, habituée d’abord à des doses considérables du remède , n’est plus influencée par des quantités plus minimes. Il convient donc, à l’exemple de Sydenham, lorsqu’on a coupé la fièvre, de suspendre le remède quelques jours, et de le donner ensuite à haute dose à certains intervalles, en ayant toujours le soin de choisir pour cette administration le jour qui eût été celui de l’apyrexie si les accès avaient continué. Il est quelques conditions qui nécessitent certaines modifications dans l’emploi du sulfate de quinine. Ainsi, dans le cas où il y a des coliques et de la diarrhée, le fébrifuge sera associé à une certaine quantité d’opium. Chez les enfants , on le combinera avec une substance aromatique comme l’anis, afin d’en masquer la saveur. Le sulfate de quinine, dont le mode d’action nous est inconnu , est absorbé et en partie éliminée par la sécrétion rénale ; on le retrouve , en effet, dans les urines, où sa présence est décelée par l’iodure de potassium ioduréqui détermine un précipité jaune orange imitant la poudre de cannelle ou de quinquina jaune. On peut encore reconnaître la présence du sel de quinine en concentrant la liqueuT et en l’examinant au microscope, qui fait découvrir des cristaux polyédriques, allongés , groupés en éventail et en feuilles de fougère ; la plupart sont irréguliers et comme amorphes. Si on manquait de sulfate de quinine, on prescrirait le kina en extrait 'a la dose de 8 ou 16 grammes , ou bien en poudre à la dose de 16 à 60 grammes sous forme de bols.

D’autres substances ont été vantées comme fébrifuges; je citerai surtout la salicine, la poudre de houx, l’olivier d’Europe , l’écorce de marronnier, le fer, le mercure, l’antimoine , la gélatine, l’opium, la fève Saint-

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Ignace, la digitale, l’arnica, le sel marin , l’alun , le phosphore, l’écorce d’oranger, etc. , etc. ; mais toutes ces substances ne méritent aucune espèce de confiance. Dans ces derniers temps , M. le docteur Boudin a essayé de réhabiliter l’acide arsénieux, employé il y a longtemps en Allemagne. M. Boudin le donne à la dose d’un demi-milligramme dans une cuillerée d’eau, cinq ou six heures avant l’heure présumée de l’accès; quand cette première dose échoue, il donne 1 milligramme. Les faits nombreux cités par M. Boudin doivent inspirer quelque confiance, et autorisent à donner l’acide arsénieux dans les cas seulement qui sont rebelles au quinquina ; mais il faut prendre garde, dans l’administration d’un remède aussi dangereux, de ne jamais dépasser les doses indiquées par M. Boudin ; et par excès de prudence , le médecin devra lui-même assister à la préparation et l’administrer (1).

Accidents consécutifs. — La céphalalgie qui persiste après la guérison des accès cède ordinairement à une saignée générale. L’engorgement de la rate, les hydropisies, le teint jaune et cachectique, indiquent l’usage des amers, des diurétiques, des frictions sèches et aromatiques. On persistera surtout dans l’emploi du sulfate de quinine , qu’on combinera utilement, dans les cas d’anémie, à une préparation ferrugineuse (sous-carbonate, lactate ou limaille de fer). Le sulfate de quinine agit surtout efficacement contre l’engorgement de la rate ; il faut quelquefois porter la dose de ce médicament jusqu’à 25 ou 30 grammes; son action est souvent très rapide. M. Piorry a vu , en effet, la région splénique commencer à diminuer cinq minutes après l’ingestion de ce remède. Cependant il est des cas, et nous en avons vu de nombreux exemples , où la rate conserve un volume considérable nonobstant l’emploi du sel de quinine. Cependant, chez presque tous ces malades, la santé générale se rétablit, ce qui porte à penser que l’inefficacité du remède n’est pas due , comme on l’a dit, à la présence dans la rate de quelques productions tuberculeuses ou carcinomateuses.

xMalgré l’emploi de ces moyens, il est des individus qui ne peuvent se rétablir et chez lesquels la fièvre récidive constamment après un court répit. Dans ce cas, il faut conseiller au malade de quitter momentanément 1^ pays. Le changement d’air suffit le plus souvent pour le rétablir. Il n’y a aucun moyen prophylactique contre les fièvres intermittentes, lorsqu’on s’expose aux causes qui les développent , mais il est presque au

(1) Acide arsénieux 0,01 gramme ( un 5e de grain), ajoutez successivement, et par petites parties, 1 gramme (20 grains) desucrede lait; triturez au moins 10 minutes dans un mortier et divisez en 20 paquets donlchacuncontiendra un l/2 miiligramme d'acide (un JOOe de grain). Ou bien, prenez : arséniate de soude 0,01 gramme (un 6e de grain) , dissolvez dans eau distillée quantité suffisante; saturez avec amidon quantité suffisante et divisez le tout en 20 pilules. On en donne une ou deux dans les vingt-quatre heures, c’est-à-dire un 100e ou un 60e de grain.

pouvoir de l’homme d’empêcher le développement de ces maladies , du moins les empêcher de régner épidémiquement, parle dessèchement des marais et l’assainissement du pays. M. Villermé a prouvé , par exemple, qu’autrefois on voyait, presque tous les ans à Paris, des épidémies de fièvres d’accès , tandis qu’elles ont cessé depuis que, par le pavage des rues, leur pente mieux calculée et l’écoulement facile des eaux, on a fait cesser les causes d’infection qui dégageaient les miasmes.

Nature de la maladie. — Les auteurs ont imaginé beaucoup d’hypothèses pour expliquer le siège et la nature de la fièvre intermittente ; mais personne n’a pu encore percer ce mystère ; car aucune recherche n’en a jusqu’à présent fixé anatomiquement le point de départ. Quelques auteurs modernes ont, il est vrai, trouvé souvent des lésions du tube digestif et des centres nerveux ; mais il est facile de se convaincre par la lecture de leurs ouvrages que la plupart de ces altérations sont cadavériques, et que les autres , purement accidentelles et variables suivant les individus , tiennent à des complications et nullement à la maladie principale. La rate étant le seul organe qui présente une altération presque constante, on a tenté, à diverses époques, de placer dans ce viscère le siège des fièvres intermittentes. M. Audouard , et récemment M. Piorry, sont les médecins qui ont soutenu cette opinion avec le plus de conviction et de talent. Cependant , si on considère que la rate ne s’engorge pas dans toutes les fièvres intermittentes , que cet engorgement peut persister longtemps après la cessation des accès , qu’il peut même commencer ou s’accroître quand la fièvre a disparu , ainsi que Mu Nepple l’a observé, on sera porté à considérer l’altération de la rate comme n’étant autre chose qu’un effet de la fièvre elle-même, comme l’est l’hydropisie et l’état anémique.

Il serait oiseux de prouver que la fièvre intermittente n’est pas une inflammation. Dirons-nous que c’est une névrosthénie (Giannini) , une névrose (Brachet et Rayer), une irritation cérébro-spinale (Maillot), une affection du système ganglionnaire ( Worms ) ? Il semblerait assez naturel de rattacher à une perturbation nerveuse les principaux symptômes de la maladie. Cependant nous ne savons rien de positif à ce sujet , et il vaut bien mieux confesser notre ignorance que de la voiler par quelques mots plus ou moins prétentieux et qu’on serait souvent bien embarrassé de définir. Non seulement on a voulu localiser la fièvre intermittente, maison a même prétendu expliquer sa périodicité. On a émis à ce sujet des opinions tellement extravagantes que nous croyons de notre devoir de n’en point parler.

En résumé, dans l’histoire de la fièvre intermittente, il faut bien nous persuader que nous ignorons ce qui constitue le miasme, sur quel organe il exerce son action , et de quelle manière le quinquina agit pour le neutraliser.

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