‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interneChapitre 23 sur 140 · FIÈVRES INTERMITTENTES PERNICIEUSES · texte numérisé non relu

FIÈVRES INTERMITTENTES PERNICIEUSES

On donne le nom de pernicieuses aux fièvres intermittentes qui , en raison de leur gravité et de leur marche rapide, peuvent se terminer par la mort dans le cours de quelques accès.

Historique. — Quoique Hippocrate, Praxagoras et les Arabes aient vu quelques fièvres intermittentes s’accompagner d’accidents mortels , on peut dire pourtant que le caractère des fièvres pernicieuses fut complètement méconnu par les médecins jusqu’au xvne siècle, époque à laquelle parurent les travaux de Mercatus; mais ce fut néanmoins Morton qui le premier décrivit ces maladies avec quelque précision , et qui créa en quelque sorte leur traitement. Après Morton , on vit paraître tour à tour les immortelles recherches de AVerlhof, de Lautter, de Senac , de C. Medicus et de Comparetti , et surtout celles de Torti , qui a non seulement décrit avec une admirable précision le caractère des fièvres pernicieuses , mais qui a aussi posé des préceptes thérapeutiques fort sages , et qui nous servent encore de règles aujourd’hui. Les auteurs modernes ont peu ajouté h ce que ces grands maîtres nous ont laissé.

Variétés. — Il y a plusieurs espèces de fièvres pernicieuses ; il eu est qui sont caractérisées par un ensemble de symptômes graves , sans prédominance d’aucun d’eux : ainsi à chaque accès la physionomie est profondément altérée, la prostration est grande, le pouls est petit et irrégulier, l’intelligence est obtuse, la langue sèche, etc. Mais dans la plupart des cas on observe un symptôme prédominant qui fixe toute l’attention, et constitue tout le danger de la maladie.

La fièvre peut être pernicieuse par suite de l’exagération du stade de froid (fièvre algide) et du stade de sueur (fièvre diaphor étique).

1° La fièvre algide est caractérisée par un froid intense et général dont les malades n’ont pas souvent la conscience , et pendant lequel la face a l’aspect cadavéreux : il y a des plaintes ; l’agitation est extrême , la soif est vive , l’haleine froide , la voix éteinte , le pouls petit, fréquent, irrégulier, ou bien rare; l’intelligence est intacte. La mort peut arriver dès le premier accès. Si l’individu ne succombe pas , la chaleur s’établit lentement et est peu considérable. Dans l’intermission , le malade reste faible et souffrant. En général, la maladie est mortelle dès le deuxième accès. Dans la plupart des cas, la fièvre algide n’est manifestement que l’exagération du premier stade de froid, qui est plus intense et plus long que de coutume. Dans quelques circonstances pourtant, c’est ; u milieu du deuxième stade, et pendant la réaction franche d’une fièvre en apparence bénigne, qu’on voit tout-à-coup apparaître les symptômes de

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l’état algide : c'est même cette marche que iVl. Maillot a observée le plus ordinairement en Afrique.

2° La fièvre di a phor étique est une des plus insidieuses. En effet , ses deux premiers stades ne diffèrent point communément de ceux d’une fièvre intermittente bénigne ; parfois pourtant la période de sueur est un peu plus précoce. Dès que la peau s’humecte, les malades se sentent soulagés; mais bientôt la sueur devient tellement excessive, qu’elle pénètre toutes les parties du lit. Les malades ont froid; les forces sont épuisées ; le pouls est d’une petitesse extrême; l’intelligence persiste. Si la mort n’arrive pas dès le premier accès , elle est presque inévitable au second. Torti a failli en être lui-même victime.

Le troisième groupe de fièvres pernicieuses que nous établissons comprend toutes celles qui sont caractérisées par quelque trouble de l’innervation , tel que le coma , le délire , la catalepsie , l’épilepsie , les convulsions , l’hydrophobie et la paralysie.

1° La fièvre comateuse , qu’on nomme aussi ^soporeuse , léthargique , car o tique , apoplectique , est une des formes les plus fréquentes. Le coma qui la caractérise varie depuis la simple somnolence jusqu’au carus le plus profond. Il s’établit parfois dès le premier stade, mais presque toujours pendant le second. Il est rare que le malade succombe dans le premier accès; mais il survit rarement au troisième ou au quatrième.

2° La fièvre délirante est caractérisée par un délire plus ou moins violent , qui débute communément pendant le deuxième stade. L’exaltation cérébrale diminue peu à peu pendant la période de sueur. La mort peut survenir brusquement pendant le délire , ou bien les malades tombent dans le coma , et succombent dans un état d’insensibilité complète.

3° Sous le nom de fièvre convulsive je comprends toutes les fièvres pernicieuses accompagnées par les différentes variétés de convulsions toniques ou cloniques. Ainsi tantôt les malades présentent une roideur tétanique partielle ou générale [fiècretétanique) : Cas. Medicus en a rencontré de nombreux exemples dans le cours d’une épidémie; ou bien on observe tous les symptômes de la catalepsie, comme Torti en rapporte un cas ( fièvre cataleptique ); d’autres fois ce sont , comme Lautterl’a vu, des mouvements convulsifs avec écume à la bouche, et tels qu’on les remarque dans une attaque d’épilepsie ( fièvre épileptique ) ; enlin d’autres fois ce sont des mouvements convulsifs irréguliers (fièvre convulsive proprement dite). Cette dernière variété, qu’on rencontre surtout chez les enfants, est souvent sans danger; elle ne doit être regardée comme pernicieuse qu’autant qu’elle s’accompagne d’un état général grave. Enfin , pour terminer l’énumération des fièvres pernicieuses qui sont caractérisées par un trpuble du système nerveux, je dirai qu’on a aussi

DES FIÈVRES

a décrit une fièvre paralytique et une fièvre hydrophobique : la première serait caractérisée par une paralysie partielle; la seconde par une fureur maniaque avec horreur pour les liquides. Ce sont là peutêtre les deux formes les plus rares de la maladie dont je parle.

Dans un quatrième groupe de fièvres pernicieuses nous plaçons toutes celles dont les symptômes caractéristiques sont fournis par le cœur et les poumons.

1° Du côté du cœur nous trouvons les fièvres cardialgique et syncopale. La première est caractérisée par une douleur vive, atroce, déchirante, vers l’épigastre et le cœur, accompagnée d’une grande anxiété, de défaillance , d’altération profonde des traits. Ces symptômes , que Strack a bien décrits , débutent en général dans le premier stade de la fièvre, et peuvent, par leur violence, occasionner la mort dès le premier accès. La fièvre syncopale est une des plus fréquentes, elle est caractérisée par des syncopes qui ont lieu spontanément , ou sous l’influence de la cause la plus légère ; la mort est presque inévitable dès le deuxième accès.

2° Du côté des poumons. On a parlé de fièvres asthmatique , dyspnéique et aphonique, dont l’existence ne nous semble pas bien démontrée. Il en est autrement des fièvres pleurétique et pneumonique, dont j’ai rapporté plusieurs exemples (1). J’ai en outre prouvé que les symptômes stéthoscopiques de la pneumonie pouvaient disparaître pendant l’intermission , pourvu que celle-ci ne dépassât pas le premier degré.

Enfin , dans un cinquième groupe , il faut placer les fièvres perninicieuses qui s’accompagnent de quelque symptôme grave du côté des organes abdominaux. On en distingue plusieurs variétés. Les unes sont caractérisées par une douleur vive, atroce, à l’épigastre, avec efforts de vomissements , soif vive , anxiété inexprimable , fièvre gastralgique. Cette forme, quoique excessivement pénible, est une de celles peut-être qui ont le plus rarement une issue funeste.

Les fièvres pernicieuses abdominales les plus communes sont la forme cholérique , et la forme dysentérique de Torti, à laquelle se rapporte la fièvre hépatique et atrabilaire de beaucoup d’auteurs anciens. L’une et l’autre sont caractérisées par des douleurs vives dans l’abdomen, des déjections, et les symptômes qui accompagnent le choléra sporadique et la dysenterie. La forme dysentérique est moins grave que la première. On a encore décrit une fièvre péritonique , néphrétique et cystique , surtout caractérisée par des douleurs vives; mais son existence est encore problématique. Je ne dirai rien non plus des formes rhumatismale , céphalalgique , ictérique et exanthématique , car je pense avec M. Cho-

(1) Voir mon Traité pratique de la pneumonie, p. 425,

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