‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interneChapitre 50 sur 140 · ANGINES GUTTURALE ET PHARYNGEE CHRONIQUES · texte numérisé non relu

ANGINES GUTTURALE ET PHARYNGEE CHRONIQUES

Les angines gutturale et pharyngée peuvent être chroniques. Cet état est tantôt primitif, et tantôt consécutif à la forme aiguë.

L’angine gutturale ou pharyngée chronique est caractérisée par une coloration violacée, bleuâtre, delà membrane muqueuse, qui oflVesouvent un pointillé rouge et un mamelonncment d’un rouge pâle ou bleuâtre, surtout marqué à la paroi postérieure du pharynx. En même temps, les malades accusent de l’ardeur dans la gorge, et un sentiment de sécheresse dans cette partie. La déglutition est difficile , douloureuse, surtout le matin ou au commencement de chaque repas. Tous ces accidents augmentent après les excès d’intempérance ou les changements atmosphériques. Les angines gutturale et pharyngée peuvent durer indéfiniment, comme plusieurs mois ou des années entières. Elles passent de temps en temps à l’état aigu , et c’est parfois à la suite de ces recrudescences que la maladie se termine définitivement par résolution.

A cette forme de la maladie , on opposera l’emploi des gargarismes astringents, et de l’alun en poudre. Si la surface est mamelonnée, granulée , il convient de la loucher légèrement avec le crayon d’azotate d’argent ou avec l’acide chlorhydrique pur. Enfin , on insistera sur les purgatifs, et on donnera quelques bains de vapeur, dans le but d’opérer une forte révulsion du côté de la peau.

DE L’AMYGDALITE OU ANGINE TONSILLAIRE.

Synonymie. — Esquinancic , inflammation des amygdales.

L’amygdalite , ou l’inflammation des amygdales , est caractérisée par le gonflement , la dureté, la rougeur de ces glandes, s’accompagnant de chaleur, de sécheresse à la gorge et d’une difficulté plus ou moins grande

DES INFLAMMATIONS

dans la déglutition. L’amygdalite peut exister à l’état aigu ou à l’état chronique.

Anatomie 'pathologique . — Dans les cas rares où on examine anatomiquement les amygdales enflammées, on trouve leur volume augmenté, leur surface rouge, injectée. La muqueuse, épaissie et friable, est parfois recouverte par des fausses membranes. Les cryptes, dont l’agglomération semble constituer l’amygdale, sont tuméfiés, et de leur orifice très distinct, on fait suinter par la pression un fluide visqueux rougeâtre , ou bien-leur cavité est remplie par de fausses membranes ou par une matière sébacée concrète , qu’on enuclée facilement et qui exhale une odeur fétide. Mais ordinairement la phlegmasie atteignant simultanément Je tissu cellulaire sous-muqueux et interfolliculaire, on trouve le tissu de la glande induré, friable, et souvent il existe dans son épaisseur des abcès simples ou multiples. Enfin, plus rarement, tout le tissu de l’organe est bleuâtre, ramolli, évidemment mortifié. A l’état chronique , l’amygdalite est anatomiquement caractérisée par l’induration et l’augmentation de volume de l’am\gdale. Le tissu cellulaire est épaissi et induré ; les follicules sont hypertrophiés, leurs cavités sont plus larges, leur orifice est dilaté, et ils contiennent une matière sébacée ayant la consistance et l’odeur du fromage pourri. Dans la forme aiguë, on trouve souvent que la phlegmasie s’est propagée au larynx ou tout au moins à l’épiglotte, qui est dure, arrondie, bleuâtre ou rouge , et ressemblant , comme nous l’avons dit, «à une grosse cerise.

Symptômes. — L’amygdalite débute ordinairement sans prodromes ou après des prodromes légers : ainsi les malades accusent une sensation de chaleur et de sécheresse à la gorge , de la gêne et de la douleur en avalant ; bientôt ces symptômes augmentent , la douleur s’exaspère par la pression exercée extérieurement , la sécrétion salivaire devenue plus abondante , et l’augmentation dans le volume des amygdales , provoquent des mouvements fréquents de déglutition, marqués par des grimaces, des contorsions dans la face, en raison de la douleur plus ou moins vive ressentie par les malades. A un degré plus avancé , la déglutition peut même devenir tout-à-fait impossible ; dans ces cas, les boissons ne franchissent pas l’isthme du gosier, et si une portion du liquide arrive au pharynx, il excite fréquemment les contractions spasmodiques de l’organe, ce qui les fait refluer par la bouche ou les narines. Presque tous ces malades éprouvent une toux gutturale très pénible , qui augmente beaucoup les souffrances, et on les voit, après un plus ou moins grand nombre de secousses douloureuses , finir par rejeter des mucosités visqueuses, opaques ou jaunâtres, sécrétées par la membrane muqueuse enflammée. La bouche , dans cette affection , exhale une odeur désagréable ; la voix est enrouée , et dans la plupart des cas elle est étouffée et semble se passer uniquement dans la gorge. L’exploration de

DE L’ANGINE TONSILLAIRE.

cette partie montre que les amygdales sont plus volumineuses ; elles se dessinent sous forme de deux tumeurs rouges et dures, qui obstruent plus ou moins complètement l’isthme du gosier, et ne sont souvent séparéesl’une de l’autre que par le voile du palais, qui est rouge, enflé, etqu’elles repoussent en avant, ainsi que lespiliersanlérieurs.On rencontre parfois sur les surfaces des concrétions jaunâtres, irrégulières, qui y adhèrcntplusou moins intimement. L’exsudation, comme nous l’avons vu , est pultacée , et blanchâtre , dans l’amygdalite qui accompagne la plupart des scarlatines. Le plus souvent les deux amygdales sont d’un volume inégal; quelquefois il n’y en a qu’une seule qui forme saillie, et elle dévie alors la luette du côté opposé. Cette exploration n’est pas toujours facile; car il arrive assez souvent que les malades ne peuvent desserrer les mâchoires , à cause de l’extension de la phlegmasie à toutes les parties voisines, et parce que les ganglions sous-maxillaires sont tuméfiés et douloureux. On voit aussi la plupart des malades éprouver une douleur plus ou moins vive dans une oreille ou dans les deux h la fois , lorsque la phlegmasie a gagné l’orifice pharyngien des trompes d’Eustache. Cette douleur, que l’on calme souvent par la pression qu’on exerce sur l’oreille avec la paume de la main , est tantôt constante , tantôt elle est ressentie seulement pendant l’acte de la déglutition ; elle s’accompagne fréquemment de bourdonnement , de dureté de l’ouïe, de surdité complète , ou bien d’une crépitation particulière. Pour peu que l’amygdalite ait une certaine intensité , elle produit un état de malaise , de la céphalalgie et une fièvre plus ou moins vive ; la langue est blanche, la bouche pâteuse; h y a de la soif, de l’inappétence; très fréquemment on observe l’ensemble des symptômes qui caractérisent l’état bilieux ou gastrique. Quelques malades pourtant, quoiqueassez fortement attaqués, n’ont pas de fièvre et conservent leur appétit , mais ils ne peuvent le salisaire; chez d’autres, la douleur n’est vive qu’au commencement du repas, mais souvent ils le terminent avec peu de souffrance , ce qu’on peut expliquer, peut-être , en disant que les premiers aliments ont agrandi le passage en le déblayant des mucosités qui l’obstruaient , et ont habitué les parties enflammées au contact des corps étrangers. Les symptômes locaux que je viens de décrire, comme la douleur de gorge et d’oreilles , la difficulté d’avaler, etc., n’existent que d’un seul côté lorsque l’inflammation n’envahit qu’une des amygdales. Les symptômes offrent une intensité variable , suivant l’étendue ou la gravité de la phlegmasie, et le volume que les amygdales acquièrent. Ainsi nous venons de voir que l’amygdalite pouvait exister presque sans déranger la santé générale , tandis que d’autres fois elle s’accompagne des accidents les plus graves. C’est ainsi que, lorsque les tonsilles sont tellement grosses qu’elles se touchent par leur rebord interne , de manière à mettre un obstacle insurmontable à l’entrée de l’air , les malades sont dans un état d’anxiété

DES INFLAMMATIONS

extrême; la respiration est fréquente, gênée, l’hématose incomplète, la face vultueuse, bleuâtre, les yeux sont saillants ; enfin la mort survient, soit avec des symptômes d’asphyxie , soit avec ceux d’une congestion cérébrale. Une pareille terminaison est d’ailleurs très rare.

Marche , terminaisons , durée. — L’amygdalite a une marche généralement assez rapide. L’inflammation occupe le plus souvent les deux amygdales simultanément , mais avec une inégale intensité; quelquefois une seule est atteinte , et ce n’est qu’au bout de plusieurs jours , ou même loisque la résolution s’opère , que la glande congénère s’affecte elle-même : la maladie reste bornée à une seule des amygdales à peine dans un neuvième des cas. Quoi qu’il en soit , du quatrième au cinquième jour, la maladie a généralement acquis son maximum d’intensité ; puis après être restée quelques jours stationnaire , elle décline aussi. La déglutition est moins pénible; la voix reprend son timbre; le mucus qui lubrifie les parties phlogosées est plus épais; il est opaque , jauuâtre, se détache avec peu d’efforts , et cette expulsion s’accompagne de soulagement. En même temps, les amygdales diminuent de volume, la couleur rouge s’éteint : on dit alors que la maladie s’est terminée par résolution. Cependant, dans la plupart des cas, les douleurs et la dysphagie ont complètement cédé que la gorge conserve encore de la rougeur , et les amygdales une augmentation notable de leur volume. Ce n’est souvent qu’au bout d’un temps fort long qu’elles reviennent à leur état primitif. La résolution est la terminaison presque ordinaire de la maladie; ce n’est, en effet, qu’exceptionncllement qu’on observe la suppuration. Lorsque celle-ci survient, les symptômes inflammatoires arrivent à leur summum d’intensité , le gonflement est considérable , puis les douleurs se calment : de lancinantes qu’elles étaient , elles deviennent gravatives ; bientôt on voit un point de l’amygdale qui s’acumine et qui blanchit; en y portant le doigt , on a la sensation d’une mollesse fluctuante, et alors la moindre pression suffit pour rompre les parois de l’abcès. Celle évacuation est souvent spontanée ; plus ordinairement elle est provoquée par les secousses de la toux ou du vomissement. Les malades sentent tout-à-coup leur bouche s’humecter , et en crachant iis s’aperçoivent qu’ils rejettent un pus plilcgmoneux ou rougeâtre, inodore ou très fétide. La quantité de pus peut être assez considérable pour provoquer quelquefois par son irruption soudaine des accidents de suffocation. D’autres fois, au contraire, soit que le pus existe en petite quantité, soit qu’il s’écoule par un simple pertuis, l’ouverture de l’abcès pourrait passer inaperçue , si le goût désagréable que les malades éprouvent et l’odeur fétide qu’ils exhalent ne fixaient l’attention. En général, les symptômes diminuent promptement, sans que pour cela on observe un affaissement proportionné dans le volume des tumeurs. L’abcès des amygdales s’ouvre à peu près constamment dans la bouche : on ne cite, en effet, que

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