DE L’ANGINE Î0NS1LLAIRE
quelques cas fort rares où il soit venu proéminer au-dehors. On l’a même vu quelquefois décoller largement les muscles du cou et fuser jusque dans la poitrine , en suivant la gaine des vaisseaux. Il est peut-être tout aussi rare de voir l’amvgdalite être suivie de gangrène. Cette terminaison est caractérisée par l’odeur fétide , la lividité et la couleur brunâtre de l’amygdale , qui se détache sous fohîiè de détritus. C’est après ce mode de terminaison , comliie apt es la rupture de l’abcès , qu’on observe surtout des ulcérations profondes de l’amygdale, ulcérations qui ne sont presque jamais primitives , excepté lorsqu’elles dépendent d’une infection vénérienne. Enfin , l’amygdalite peut passer à l’état chronique : c’est la terminaison par induration. Dans ce cas , les amygdales sont plus ou moins volumineuses et dures; la déglutition est habituellement gênée; la voix est moins parfaite; elle est parfois naturelle; l’ouïe est dure; l’haleine est très fétide, surtout au moment du réveil. Enfin , les malades éprouvent plusieurs fois l’année des récidives, c’est-à-dire que leur maladie passe momentanément à l’état aigu. Cette forme se rencontre surtout fréquemment chez les enfants, et Dupuytren la regardait comme occasionnant chez les jeunes sujets cette déformation du thorax consistant dans le rétrécissement de la paroi antérieure , le bombement du dos et l’aplatissement des côtes : ce qu’il expliquait par les efforts des muscles inspirateurs , en raison de l’obstacle que des amygdales volumineuses opposent à la respiration. Mais ces idées du grand chirurgien n’ont pas été confirmées par l’observation et l’étude comparative des faits.
L’amygdalite a une durée moyenne de huit à dix jours ; il n’est pas rare pourtant qu’elle se prolonge jusqu’à la fin du premier septénaire; elle peut même dépasser le troisième ; mais il y a eu parfois des récrudescences. L’amygdalite est une des maladies dont la récidive est la plus fréquente , surtout chez certains individus.
Diagnostic et pronostic. — Il est inutile d’insister ici sur le diagnostic de l'amygdalite, car il ne peut jamais offrir de difficulté. Le pronostic n’est grave que lorsque la fièvre est intense , qu’il existe des symptômes de congestion cérébrale ou des accidents de suffocation. La gangrène est aussi une circonstance toujours fâcheuse.
Etiologie. — L’amygdalite, rare chez les nouveaux -nés, est commune dans la deuxième enfance; mais elle acquiert son maximum de fréquence de quinze à trente ans ; elle est rare après quarante. Les deux sexes y sont également prédisposés; mais on ignore l’influence que les tempéraments exercent. Plus commune au printemps et à fautomme, elle reconnaît les mêmes causes occasionnelles que l’angine gutturale et pharyngée; plus souvent encore que celle-ci, elle règne épidémique— ment. 11 est inutile de rappeler que l’amygdalite survient fréquemment dans le cours de la scarlatine , quelquefois dans la rougeole et dans cer * taines épidémies d’oreillons , etc.
DES INFLAMMATIONS
Traitement. — Dans la grande majorité des cas, l'amygdalite cède à l’emploi d’une médication peu énergique , telle que nous l’avons déjà indiquée pour l’angine gutturale. Cependant lorsqu’il y a de Ja fièvre, lorsque la douleur est très vive et que les amygdales ont acquis un volume considérable , on devra pratiquer une ou même plusieurs saignées générales : ces dernières sont préférables aux saignées locales, telles que des sangsues appliquées autour du cou , car celles ci soulagent moins promptement et moins complètement que les premières. Pourtant dans les angines graves où la suffocation est imminente , on devrait combiner ces deux espèces de moyens. 11 faudra employer aussi concurremment la révulsion extérieure par des sinapismes, et la révulsion à l’intérieur par des lavements purgatifs, ou, mieux encore, par l’administration d’un éméto-cathartique , si la déglutition' était encore possible. Ce moyen est utile, non seulement par les effets révulsifs qu’il produit, mais encore par les secousses de vomissement, pendant lesquelles les amygdales sont soumises, par les muscles du pharynx, à une compression énergique qui en exprime les fluides infiltrés et favorise leur résolution. Je ne dirai rien des sangsues appliquées sur les amygdales elles-mêmes ou des scarifications de leur tissu à l’aide de divers instruments; car ces moyens, d’un emploi très difficile , ont le plus souvent des effets contraires à ceux qu’on se propose en les employant.
La forme de la maladie , ses complications et son mode de terminaison , sont aussi la source d’indications précises. Ainsi la réaction inflammatoire forcera souvent le médecin d’insister davantage sur les antiphlogistiques ; de même, dans certaines constitutions médicales, presque toutes les angines se compliquant d’un état bilieux, on doit recourir aux émétiques et aux purgatifs. Ces médicaments font non seulement cesser les symptômes gastriques, mais ils exercent encore une influence heureuse très grande , et le plus souvent très rapide , sur la gorge ellemême , comme s’il existait un rapport très intime entre la phlegmasie et la complication survenue du côté des organes digestifs.
Lorsqu’on reconnaît que l’amygdalite s’est terminée par suppuration, il faudra se hâter de donner issue au pus , soit en portant le doigt dans la gorge et en déchirant avec l’ongle le point fluctuant, soit à l’aide d’un bistouri. Enfin chez les sujets pusillanimes , on administrera un vomitif, afin que les secousses qu’il provoque et l’état convulsif du pharynx opèrent la rupture du foyer. Si Ja gangrène se manifestait, on devrait en rechercher la cause : si elle dépend de la violence de la phlegmasie , les antiphlogistiques sont indiqués ; si elle se lie à un état général particulier, on lui opposera des moyens appropriés; on favorisera la chute des escarres, et on modifiera l’état des parties par des lotions et des applications détersives et toniques, comme l’eau vinaigrée ou aiguisée avec l’acide hvdrochlorique , les infusions de kina , etc. Ces mêmes
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moyens conviennent également contre les ulcérations consécutives, à supposer pourtant qu’elles ne soient pas entretenues par une cause spécifique, comme la syphilis. Souvent on les fera marcher promptement vers la guérison en touchant leur surface avec un caustique.
Les substances astringentes, et particulièrement l’alun , sont généralement administrées vers le déclin de la maladie. On peut alors insuffler l’alun dans la gorge à l’aide d’un tube, ou bien on porte cette substance sur les amygdales avec l’indicateur. L’alun produit communément une diminution rapide dans le volume de l’organe; car, appliqué comme je viens de le dire , il agit non seulement par ses propriétés astringentes, mais encore en excitant des efforts de vomissement et un état, de contraction spasmodique des muscles du pharynx , pendant lequel les amygdales sont comprimées. Quelques personnes ont voulu encore étendre l’emploi de l’alun à l’état aigu ; mais nous ne croyons pas que cette pratique doive être suivie , ou du moins trop généralisée ; car nous avons vu maintes fois l’emploi prématuré de l’alun augmenter les accidents inflammatoires , et prolonger de beaucoup la durée de la maladie.
Les astringents et les révulsifs intestinaux sont les seuls moyens qu’il convient d’opposer à l’amygdalite chronique; mais lorsqu’elle se prolonge indéfiniment et que le tissu des amygdales s’est hypertrophié , il faut recourir à l’extirpation de ces organes.