ENTÉRITE ET ENTERO -COLITE CHRONIQUES
La forme chronique de l’entérite et de l’entéro-colite peut être primitive ; d’autres fois elle est consécutive à l’état aigu.
Caractères anatomiques. — Chez la plupart des individus qui succombent à l’entérïte chronique , on constate une maigreur extrême de tout le corps ; le calibre des intestins est diminué de manière à n’avoir plus quelquefois chez l’adulte que la grosseur du petit doigt, tandis que
DE L’ENTÉRITE ET DE L’ENTÉRO -COLITE CHRONIQUES. 265 le colon atteint à peine le volume naturel de l’iléon. En même temps, les parois intestinales sont amincies, comme atrophiées, et présentent souvent dans une grande étendue une coloraiion brunâtre ardoisée à laquelle le péritoine est tout-à-fait étranger , et qui dépend de la couleur des tissus subjacents, et surtout de la membrane muqueuse. Celle-ci est, en effet, d’un gris brunâtre , tantôt épaissie et friable , d’autres fois ramollie , amincie , détruite , et parfois aussi ulcérée dans une étendue plus ou moins considérable. Cependant, on a tort de regarder généralement les ulcérations comme un caractère anatomique fréquent de l’entérite chronique , car cette lésion ne se rencontre guère que chez les sujets tuberculeux, et alors elle résulte bien moins d’un travail inflammatoire primitif que de la fonte des tubercules sous-muqueux. Nous n’avons pas d’ailleurs à nous occuper ici de cette espèce d’entérite que nous décrirons avec soin à l’article Phthisie. On trouve encore la membrane muqueuse intestinale ulcérée dans les entérites qui sont consécutives à la dysenterie. On peut donc établir comme résultat positif d’observation , qu’à part la dysenterie chronique dont nous allons traiter, et l’entérite tuberculeuse , l’inflammation chronique de la muqueuse intestinale se termine fort rarement par ulcérations. Enfin , quand celles-ci existent , elles sont incontestablement plus communes dans les diverses parties du colon que dans l’intestin grêle.
Symptômes , marche , terminaisons. — Dans l’entérite ou l’entérocolite chronique , la douteur est peu vive et occupe généralement le même point du ventre; rarement continue, elle ne survient le plus souvent que de temps en temps et elle précède alors chaque évacuation. Les selles sont plus ou moins nombreuses; il y en a cinq ou six dans les vingt-quatre heures , très souvent davantage et rarement moins. Elle sont constamment liquides, jaunâtres, muqueuses et très fétides; les besoins de défécation sont souvent provoqués par la marche , par une émotion et surtout par l’ingestion des aliments et des boissons. C’est ainsi qu’il est beaucoup de malades atteints d’entérite chronique qui ne peuvent ni boire ni manger sans être pris aussitôt d’un besoin subit et pressant d’aller à la selle ; presque tous sont tourmentés par des grognements intestinaux, par un gargouillement bruyant, qui se manifestent surtout peu après le repas , et sont souvent les avant-coureurs des évacuations alvines. La soif est nulle ; la plupart des malades conservent de l’appétit , et la digestion stomacale se fait régulièrement et sans souffrance. Cependant, pour peu que l’entérite se prolonge, on ne tarde pas à voie que la nutrition est profondément altérée. C’est ainsi que les malades perdent leurs forces, ils pâlissent et maigrissent; leur ventre se rétracte vers le rachis ; la peau est sèche , rude ; le pouls s’accélère bientôt; il y a un appareil fébrile continu ou irrégulier. Enfin, si la maladie persiste à s’aggraver , la mort peut arriver dans le dernier degré
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de marasme. D’autres fois la diarrhée diminue , les selles sont nombreuses, les coliques sont presque nulles; enfin l’embonpoint et les forces renaissent peu à peu, les malades reviennent à la santé. Mais, quel que soit le mode de terminaison , il est rare que l’entérite chronique suive une marche uniforme bien régulière; le plus ordinairement, en effet, on observe des rémissions et des exacerbations. Celles-ci surviennent spontanément ou sont provoquées par différentes causes, et spécialement par des écarts de régime ou par l’impression de l’humidité et du froid.
Durée. — L’entérite et l’entéro-colite ont une durée illimitée; beaucoup d’individus , quoique bien guéris , conservent néanmoins une grande susceptibilité du côté des intestins; chez eux aussi on observe des dérangements digestifs ou au moindre écart de régime qu’ils font, ou lorsqu’ils prennent certains aliments d’une digestion difficile , ou bien encore lorsqu’ils s’exposent à l’humidité ou qu’ils avalent une boisson trop froide.
Diagnostic. — Les coliques , la diarrhée, s’accompagnant d’amaigrissement, de dépérissement, sont des symptômes d’entérite chronique; mais ils n’en constituent pas le caractère pathognomonique , puisqu’on les rencontre au même degré dans diverses lésions organiques des intestins, spécialement dans les ulcérations tuberculeuses et les dégénérescences squirrheuses. Ce n’est donc que par voie d'exclusion qu’on pourra arriver au diagnostic précis de l’entérite chronique simple. Il ne faut pas oublier que cette dernière est rarement mortelle chez l’adulte, et il n’est pas commun de la voir à cet âge produire des symptômes de consomption : aussi devra-t-on regarder comme très suspectes ces entérites chroniques dans lesquelles il y a un amaigrissement rapide, et qui souvent n’est nullement en rapport avec la diarrhée. On devra s’inquiéter davantage encore de ces diarrhées chroniques qui s’accompagnent de mouvements fébriles revenantrégulièment le soir et pendant la nuit, car presque toujours elles sont symptomatiques d’ulcérations intestinales de nature tuberculeuse qui elles-mêmes coïncident toujours avec des tubercules pulmonaires. On devra donc, dans tous les cas de diarrhées chroniques, explorer le thorax avec le plus grand soin, et être bien réservé pour le pronostic toutes les fois qu’on verra se développer des symptômes de consomption ou de fièvre hectique. Les diarrhées chroniques symptomatiques d’une lésion cancéreuse seront plus facilement reconnues ; car, comme nous le verrons plus tard, elles alternent souvent avec la constipation ; elles sont souvent précédées des signes indiquant un arrêt ou une gêne dans le cours des matières fécales; elles sont formées par de la sanie, par du pus mêlé aux matières intestinales; enfin , indépendamment des signes extérieurs de la cachexie cancéreuse , la palpation du ventre et le toucher par le rectum pourront faire reconnaître la nature et le siège de la lésion organique.
Pronostic. — L’entérite chronique est une maladie généralement fâcheuse , moins encore par sa gravité que par son opiniâtreté et la fréquence de ses récidives. Cependant , chez les très jeunes enfants et les vieillards, il n’est pas rare de la voir se terminer par la mort.
Etiologie. — L’entérite chronique reconnaît le plus souvent pour cause, chez l’adulte, de fréquents écarts de régime, une mauvaise alimentation. Ces causes agissent surtout activement chez les enfants, qui sont naturellement très sujets au dévoiement. Un sevrage prématuré, une nourriture abondante et disproportionnée aux forces digestives, sont les causes les plus communes de l’entérite chronique des enfants à la mamelle. Les causes précédentes agissent d’autant mieux que les enfants sont d’une constitution plus faible.
Traitement. — Le régime du malade doit avant tout fixer l’attention du médecin. Une diète absolue est rarement utile; elle aurait, meme dans la plupart des cas, de graves inconvénients. Mais il faut choisir les aliments qui seront digérés avec le moins de fatigue , et qui, contenant beaucoup de principes nutritifs, seront absorbés en grande partie et fournil ont peu de résidus. Les potages gras à la fécule, les crèmes de riz, les gelées végétales et animales, seront d’abord conseillés ; on arrivera ensuite par degré à une alimentation lout-à-fait solide et plus substantielle. Il importe dans les commencements de ne pas faire des repas trop copieux; il ne faut pas non plus trop les multiplier, pour éviter la fatigue des intestins. Les malades boiront un vin généreux ; les vins de Bourgogne , et surtout celui de Bordeaux, seront préférés ; ils seront étendus d’eau suffisamment. Assez souvent, chez les malades dont je parle, l’eau rougie est mal supportée et provoque les selles; mais alors il nous a quelquefois suffi d’ajouter une petite quantité d’eau de Sellz, de sucre ou de gomme pour la faire supporter. On devra, dans l’entérite chronique , exciter les fonctions de la peau par l’usage des bains simples et sulfureux, savonneux, salés, par des frictions sèches et aromatiques. Enfin les malades seront couverts de flanelle ; le ventre sera surtout préservé de l’impression du froid par une ceinture, et mieux encore par une peau de lièvre.
Les médicaments doivent varier suivant les cas. Lorsque les coliques sont encore vives et continues, il convient de faire une ou plusieurs applications de ventouses et de sangsues sur le ventre. Cette partie sera recouverte de cataplasmes émollients, et on donnera à l’intérieur les boissons mucilagineuses, la décoction blanche de Sydenham, les lavements émollients, calmants, que nous avons conseillés dans la période aiguë. On y joindra l’emploi de l’opium, et mieux encore celui de la thériaque ou du diascordium, en raison des propriétés calmantes, et en même temps toniques et astringentes, de ces préparations. M. Trousseau a aussi beaucoup préconisé chez l’enfant comme chez
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l’adulte l’emploi du sous-nitrate de bismuth , à la dose de 1 à 5 décigrammes chez le premier, et de 1 à U grammes chez le second. Lorsque la maladie se prolonge , et qu’il existe un état d’atonie générale , tout le monde est d’accord aujourd’hui pour conseiller l’emploi des toniques et des astringents les plus puissants > tels que les décoctions de kina, de simarouba , de cachou, de ratanhia; mais il faut être très prudent dans l’emploi de ces moyens , ne les donner d’abord qu’en tâtonnant , et en bien étudier les effets. Ce que nous disons des astringents et des toniques s’applique aux eaux minérales , naturelles ou factices, dont on retire souvent de bons effets. Les plus fréquemment avantageuses en pareil cas sont les eaux ferrugineuses, alcalines , gazeuses, plus rarement les eaux sulfureuses. Enfin, il est des entérites qui, ayant résisté à tous ces moyens, sont enrayées ou modifiées par une forte révulsion sur la peau du ventre ; c’est ce qu’on obtient par un vésicatoire ou un cautère, ou par l’emploi de la pommade d’Autenrieth.
Il est bien certain que beaucoup d’entérites résistent' par la difficulté qu’on éprouve à modifier les surfaces enflammées à l’aide de médicaments qui , obligés de traverser les parties saines, n’arrivent ensuite sur celles qui sont malades qu’après avoir subi plus ou moins d’altération : aussi le rectum est , sous ce rapport , placé dans des conditions plus favorables que le reste du tube intestinal , par la facilité qu’on a de porter directement sur lui les substances médicamenteuses. Lorsque celles que nous avons conseillées dans l’entérite chronique ordinaire échouent dans l’inflammation du rectum , on devra essayer de modifier profondément l’état des surfaces malades , en les mettant en contact avec une solution plus ou moins concentrée de nitrate d’argent (de 25 centigrammes à 1 gramme de nitrate d’argent pour 30 grammes d’eau). Cette médication est en général très efficace, et il suffit le plus ordinairement de deux cautérisations pour triompher de la maladie. Dans ces derniers temps, M. Trousseau a même conseillé le nitrate d’argent en potion, à la dose de 1 centigramme dans 25 grammes d’eau distillée et édulcorée , à prendre par cuillerées dans les diarrhées chroniques des enfants à la mamelle ; mais on n’est pas encore fixé sur la valeur de cette médication.
Les jeunes enfants atteints d’entérite chronique exigent quelques autres soins. S’ils sont à la mamelle , on s’assurera que le lait n’est pas trop abondant ou trop riche, on leur présentera le sein moins souvent, et on donnera dans l’intervalle des repas une potion opiacée. Si l’enfant est sevré depuis peu et si l’entérite résiste aux moyens rationnels qu’on emploiera contre elle, il faut redonner une nourrice à l’enfant. La diète lactée convient , en effet, beaucoup dans les entérites chroniques du jeune âge; le lait de la femme doit toujours être préféré, même chez les enfants de trois ou quatre ans. S’ils ne peuvent ou s’ils ne veulent
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plus prendre le sein , on leur donnera le lait par cuillerées ou dans un biberon. Ce moyen produit quelquefois de véritables résurrections. Le lait d’ânesse peut remplacer quelquefois le lait de femme. Si les circonstances ou l’état de fortune des parents ne permettent d’employer que le lait de vache ou de chèvre, il faudra le sucrer et quelquefois l’étendre d’un peu d’eau. Dans tous les cas, on ne doit donner le lait qu’en forme de repas réguliers, toutes les trois ou quatre heures. C’est surtout M. le docteur Donné qui, dans ces derniers temps, a fixé l’attention des praticiens sur l’utilité du lait comme substance alimentaire et médicamenteuse dans l’entérite du jeune âge.
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Synonymie. — Dyssentcrie , colite , colite spe'cifique ; lormina ; tcnesme : Jluxus inleslinorum citm ulcéré , etc.
La dysenterie est une maladie caractérisée par un besoin fréquent et souvent continuel d’aller à la selle, s’accompagnant de douleurs vives dans le ventre , et le plus souvent d’une excrétion pénible, peu abondante, d’un mucus sanguinolent ou d’une sérosité rougeâtre.
Historique. — La dysenterie est une maladie dont la connaissance remonte à la plus haute antiquité; mais elle n’a été étudiéed’une manière un peu complète que par les observateurs du dernier siècle , et spécialement par Pringle et Zimmermann , ainsi que par plusieurs de nos contemporains, parmi lesquels se distinguent Pinel, Desgeneltes, MM. Chomel, Trousseau, Thomas de Tours, etc.
Divisions. — Les auteurs ont proposé une foule de divisions dans l’étude de la dysenterie; mais nous croyons qu’on ne doit conserver que les suivantes, savoir, la distinction des dysenteries en bénigne et en grave , en fébrile et en apyrétique , en sporadique et en épidémique ; enfin en forme aiguë et en forme chronique. On verra que ces distinctions sont importantes tant sous le rapport du pronostic que du traitement.
Anatomie pathologique . — Chez les sujets qui succombent à la dysenterie aiguë, on trouve la membrane muqueuse du colon , du rectum, et souvent aussi celle de la fin de l’intestin grêle, rouge, boursouflée, épaissie et friable. Les follicules du colon sont augmentés de volume, et les parois intestinales œdématiées. Ces altérations sont assez souvent les seules qu’on rencontre dans la dysenterie aiguë, surtout dans celle qui est sporadique, et lorsqu’elle n’a pas encore dépassé le premier septénaire'; mais plus tard, et spécialement dans les temps d’épidémie, on constate des ulcérations plus ou moins nombreuses de la membrane muqueu e du colon. Cette altération , regardée comme constante par les uns (Cœlius Aurélianus) , comme rare par d’autres (Sydenham,
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AVillis, Pringle, Stoll) , niée même par quelques uns, a été parfaitement étudiée dans ces derniers temps par un très habile médecin de Tours, le docteur Thomas , qui, à l’exemple de Cœlius Aurélianus, a regardé les ulcérations comme constituant le caractère anatomique essentiel de la dysenterie. Suivant cet excellent observateur, les ulcérations siégeraient sur les follicules; eiles seraient visibles dès le huitième jour, et formeraient à cette époque de petites solutions de continuité, qui , se réunissant bientôt entre elles , finissent par constituer des ulcérations irrégulières , à bords taillés à pic, intéressant toute la muqueuse, et dont le fond , formé par le tissu cellulaire ou la membrane musculaire , est souvent tapissé par une pellicule blanchâtre , véritable fausse membrane, qu’on détache aisément, qu’il faut éviter de prendre pour une escarre, et qui se forme parfois primitivement sur la membrane muqueuse seulement injectée. Tantôt il n’existe que quelques ulcérations; d’autres fois , celles-ci sont très nombreuses; elles peuvent même être tellement rapprochées , que le colon et le rectum en sont comme criblés. Quelques unes ont plus de 8 à 9 millimètres de diamètre ; arrondies ou de forme irrégulière , leurs bords grisâtres semblent avoir été taillés comme par un emporte-pièce. L’ulcération intéresse rarement au-delà de la muqueuse; cependant il n’est pas très rare de trouver une ou deux des tuniques intestinales successivement détruites ; on a même vu plusieurs fois le travail ulcératif envahir jusqu’à la tunique séreuse, et si une perforation a eu lieu pendant la vie, on constate un épanchement de matières stercorales dans le ventre, et les lésions caractéristiques d’une péritonite suraiguë. La gangrène est une affection extrêmement rare.
Les altérations que je viens d’étudier sont à peu près celles que MM. Trousseau et Parmentier avaient trouvées, en 1826, dans l’épidémie d’Indre-et-Loire , et qui viennent encore d’être rencontrées par deux chirurgiens militaires (MM. Masselol et Fallet) , dans l’épidémie qui a régné, en 1842 , dans la garnison de Versailles. Ces lésions sont presque toujours bornées au gros intestin ; elles peuvent également occuper les derniers pieds de l’intestin grêle, mais la chose est assez rare ; surtout il est peu commun d’y rencontrer des ulcérations. Les lésions inflammatoires que quelques auteurs ont signalées vers l’œsophage , les voies biliaires et urinaires, n’appartiennent point à la dysenterie, mais seulement à des complications. Il n’en est pas de même de l’altération des ganglions mésentériques. M. Thomas a trouvé ceux-ci volumineux, ramollis, rouges ou noirs, et même suppurés, chez les malades morts du huitième au vingtième jour. Au-delà de cette époque, ces organes étaient affaissés et avaient pris une teinte noirâtre. Les ulcérations sont constantes dans la dysenterie chronique ; leur surface est souvent fongueuse, saignante; les parois intestinales sont épaissies, souvent dures et d’un
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aspect comme squirreux , à cause de l’hypertrophie du tissu cellulaire sous-muqueux.
Symptômes. — \° Dysenterie bénigne. La dysenterie débute souvent sans prodromes ; d’autres fois elle est précédée , pendant quelques heures, pendant un ou plusieurs jours , de malaise, de courbature, de dérangement dans les fonctions digestives , de frissons , d’une grande faiblesse dans le dos (Zimmermann ). Bientôt les douleurs abdominales se font sentir ; elles existent presque toujours vers l’S iliaque et remontent ensuite le long des autres parties du colon , ou bien , générales et mobiles , elles se concentrent vers la fosse iliaque gauche et le rectum ; la pression les exaspère généralement, mais non pas toujours. Tous les malades éprouvent un sentiment particulier de pesanteur vers le périnée; ils ont la sensation d’un corps étranger situé dans la dernière partie du rectum ; ils font des efforts pénibles , douloureux , de défécation sans que rien soit expulsé : on dit alors qu’il existe des épreintes ou de faux besoins. Cependant , de temps en temps, les malades expulsent une petite quantité de matières intestinales qui , en franchissant l’anus, y produisent un sentiment de cuisson ou de brûlure intolérable. Ce sont d’abord des matières stercorales ordinaires , solides et liquides ; mais bientôt il n’y a plus que des mucosités épaisses, blanchâtres, sanguinolentes, floconneuses, mêlées parfois à de petites concrétions blanchâtres ou grisâtres qu’on a longtemps considérées comme des escarres ou des débris de la membrane muqueuse , mais qui sont plutôt formées par les fausses membranes que nous avons rencontrées à la surface des ulcérations, et quelquefois sur la muqueuse elle-même : aussi est-il rare de rencontrer ces productionsdans les selles avant le neuvième ou dixième jour; M. Thomas en a pourtant vu dès le quatrième. Ces matières, inodores, d’une odeur fade ou du moins peu fétides, sont toujours rendues en très petite quantité à la fois. Le nombre des selles est plus ou moins considérable ; il est rarement moindre de douze dans les vingt-quatre heures, et il s’élève souvent à trente, quarante, et même davantage. Dans ces cas, la peau de l’anus est rouge, et il y a une procidence du rectum, surtout chez les enfants et les sujets débiles. Chez beaucoup de malades, une partie des organes génito-urinaires participent aux souffrances de l’intestin. C’est ainsi qu’il existe souvent un ténesme vésical, caractérisé par le besoin continuel d’uriner et par des efforts de miction, sans qu’aucune goutte de liquide soit expulsée. Il est des malades qui rendent alors quelques mucosités blanchâtres , qui ont été exhalées dans la vessie elle-même et plus souvent dans l’urètre ; chez les femmes on observe fréquemment un peu de leucorrhée. Cependant , quelque bénigne que soit la dysenterie, elle s’accompagne toujours d’un étal de malaise et de faiblesse qui ne s’explique souvent ni par l’intensité des douleurs ni par le nombre ou l’abondance des selles. La
face pâle , abattue , exprime la souffrance ; les traits se crispent, et l’agitation est grande pendant que le ténesme ou les excrétions ont lieu. L’appétit est perdu ou diminué, la bouche est pâteuse , amère ; il y a de la soif et parfois quelques vomiturations. Au milieu de ces dé-ordres le pouls reste calme ; mais, le plus souvent, il est accéléré ; la chaleur de la peau est augmentée, elle est vive et sèche : ces symptômes caractérisent la dysenterie bénigne. Après avoir persisté avec quelque intensité pendant un ou plusieurs jours , on voit bientôt les coliqnes et le ténesme diminuer; les selles, d’abord moins fréquentes , cessent d’être muqueuses, elles deviennent peu à peu stercorales; souvent un peu de diarrhée succède à la dysenterie; enfin, après une durée qui varie entre quatre et huit jours , les fonctions se rétablissent dans leur état d’intégrité.
2° Symptômes , marche et terminaison des dysenteries graves. — Cependant , lorsque la dysenterie règne épidémiquement , surtout lorsqu’elle sévit dans les prisons , à bord des vaisseaux , dans les camps ou les villes assiégées, elle se révèle par des symptômes généraux et locaux beaucoup plus graves : ainsi , les douleurs abdominales sont souvent atroces, les épreintes sont plus pénibles, presque incessantes, le nombre des selles est plus considérable. Zimmermann a vu des malades en avoir plus de deux cents dans l’espace de quelques heures seulement. Les matières sont les mêmes que précédemment, mais elles sont plus souvent rougeâtres, quelquefois brunes, noires, puriformes, semblables à du sperme , à du frai de grenouilles , souvent séreuses; enfin, aune époque plus éloignée, elles sont comparables à de la lavure de chair, et, dans tous les cas, elles exhalent une horrible fétidité. Il est des malades qui, de temps en temps, rendent du sang pur, et quelquefois en quantité considérable; il en est aussi qui à une époque éloignée du début expulsent encore des matières fécales solides, arrondies, retenues probablement jusqu’alors dans les bosselures du gros intestin. Les symptômes généraux sont en rapport avec cet état local : la physionomie est altérée, l’abattement est extrême, la soif inextinguible, mais les boissons ne peuvent être ingérées sans provoquer presque à l’instant le besoin d’aller à la selle ; la respiration est accélérée ; il existe une réaction fébrile considérable ; la chaleur de la peau est sèche et âcre; le pouls est tantôt fort, ample, développé ; d’autres fois, petit et concentré.
La manifestation ou la prédominance de certains accidents imprime souvent à la maladie une physionomie spéciale, et justifie les variétés que les auteurs ont admises. C’est ainsi que quelquefois il existe un délire plus ou moins violent, des soubresauts des tendons, un tremblement général , et cet ensemble symptomatique qui caractérise Y état ataxique. Plus souvent on voit les malades tomber dans la prostration : la langue se sèche et brunit , les dents s’encroûtent de fuliginosités , le
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ventre est tendu, météorisé : c’est la dysenterie adynamiquc , qui, comme la forme précédente , est tantôt primitive, et tantôt consécutive à une réaction vive, avec un pouls fort, développé, avec turgescence de la face, c’est-à-dire avec l’ensemble des symptômes qui caractérisent la lièvre inflammatoire. ( Dijsenterie inflammatoire.) La dysenterie adynamique est celle qu’on observe le plus communément dans les camps et les prisons, et qui complique si souvent le typhus. Enfin , au lieu des symptômes précédents, il peut exister une langue jaunâtre, avec amertume de la bouche , des envies continuelles de vomir, des vomissements verdâtres et qui soulagent : c’est la dysenterie bilieuse de Stoll.
Quelle que soit d’ailleurs sa forme, lorsque la dysenterie doit se terminer d’une manière funeste, la face s’altère de plus en plus, le pouls devient petit, irrégulier, le ventre se météorisé, les selles et le ténesme redoublent; parfois, au contraire, ils diminuent; les malades sont tourmentés par un hoquet continuel; toutes les évacuations exhalent une odeur fétide; l’amaigrissement fait des progrès. Enfin la mort survient, tantôt par suite de l’aggravation des symptômes et la marche naturelle de la maladie , tantôt par suite d’un accident , comme une hémorrhagie intestinale, ou bien une péritonite sur-aiguë , consécutive à une perforation des intestins. Une amélioration progressive se remarque au contraire dans les symptômes, lorsque Ja maladie doit avoir une heureuse issue. Mais, dans ces cas, on a vu plusieurs fois les malades être atteints de paralysies partielles, comme à la langue, et spécialement aux membres supérieurs ou inférieurs. Ces accidents, d’ailleurs fort rares, peuvent être également observés dans la période la plus aiguë de la maladie. Presque toujours la cessation des symptômes est définitive ; d’autres fois la inala- I die récidive soit spontanément, soit par suite d’un écart de régime, mais ! quelquefois son retour lient à une cause spécifique ; c’est ainsi que nous j avons déjà signalé la dysenterie comme constituant une des variétés des I fièvres pernicieuses : elle affecte alors presque toujours le type tierce.
Assez souvent, surtout dans les temps d’épidémie, la dysenterie passe j à l’état chronique ; c’est ce qui a lieu du vingt-cinquième au trentième I jour. On observe alors les douleurs, et le ténesme comme dans la forme aiguë; les matières excrétées, moins souvent sanguinolentes, ont un as- ! pect purulent , elles sont très fétides; le ventre est tendu , météorisé , l’appétit est nul ou bien irrégulier et déréglé. Les écarts de régime que la plupart des malades commettent sont une des causes principales qui perpétuent la maladie. La dysenterie chronique suit rarement une marche j uniforme , mais elle offre des alternatives d’exacerbation et de rémis- | sions; cependant bientôt l’amaigrissement fait de continuels progrès,
| les sujets s’infiltrent, et la mort survient dans le marasme.
Durée. — La dysenterie a une durée plus ou moins longue ; si elle est bénigne, elle se termine communément en quatre ou huit jours. Dans la 1. 18
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forme grave , cette durée varie de un à trois septénaires. La mort arrive rarement avant le huitième ou neuvième jour; cependant, dans quelques épidémies , beaucoup de malades succombent dès le troisième. C’est ce qu’on voit surtout dans les régions inter-tropicales, où la dysenterie a communément plus d’intensité et une marche beaucoup plus rapide. La dysenterie chronique a une durée indéterminée : elle peut persister plusieurs années si elle n’est pas très intense.
Diagnostic. — Le diagnostic de la dysenterie est presque toujours facile : les douleurs , le ténesme , l’excrétion laborieuse d’un mucus sanguinolent, forment une réunion de symptômes qu’on ne rencontre guère que dans cette affection. On peut néanmoins les observer à un certain degré dans le cancer du rectum et les hémorrhoïdes internes. Cependant nous verrons qu’entre ces maladies et la dysenterie il existe tant de dissemblances, qu’il est vraiment impossible de les confondre entre elles. Nous en dirons autant de la colique de cuivre et du choléra-morbus. Enfin , dans les différentes espèces d’entérites que nous avons étudiées, on n’observe pas les mêmes évacuations ; dans ces affections , celles-ci sont jaunes ou vertes , et rendues en grande quantité et sans ténesme , tandis que les matières dysentériques, toujours peu abondantes, sont muqueuses, séreuses, purulentes , plus ou moins mêlées de sang.
Pronostic. — La dysenterie simple, sporadique, surtout apyrétique, a presque toujours une heureuse issue; il n’en est plus de même de celle qui est épidémique , surtout lorsqu’elle sévit sur les grandes réunions d’hommes. La décomposition des traits, la prostration, la petitesse du pouls , le hoquet et la fétidité des évacuations sont des symptômes qui indiquent un grand danger. La dysenterie chronique est également fort grave lorsqu’elle règne dans les camps et les prisons , puisqu’on évalue que sa mortalité est de 80 pour 100. La coïncidence du rhumatisme et de la dysenterie serait aussi, d’après M. Thomas, une circonstance très fâcheuse.
Etiologie. — La dysenterie est commune à tous les âges; elle est peut-être plus fréquente chez l’adulte et le vieillard; elle atteint aussi plus souvent les hommes; mais on ignore encore l’influence que les diverses constitutions exercent sur sa production. La dysenterie sévit dans toutes les saisons et dans tous les pays du globe. Néanmoins, c’est pendant l’automne et à la fin de l’été , c’est dans les pays chauds intertropicaux, qu’elle est la plus commune et la plus meurtrière. Elle règne surtout dans ceux où il existe de brusques variations de température. Dans ces pays, elle sévit spécialement chez les étrangers non encore acclimatés; les indigènes y sont moins sujets. La dysenterie est encore commune dans les lieux où règne une chaleur humide, comme une grande partie de l’Amérique, et la plupart des pays marécageux pendant la saison chaude. Un grand nombre de dysenteries épidémiques ou sporadiques
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ont été produites par l’usage d’aliments de mauvaise qualité, tels que des farines avariées , des légumes indigestes , des fruits verts acerbes , tandis que les fruits mûrs, pris immodérément, n’ont pas le meme inconvénient. La chair du porc, l’ingestion d’eau croupie, de vin de mauvaise qualité, l’abus des drastiques , l’inspiration de vapeurs putrides , telles que celles que produisent les substances animales en décomposition , ont souvent déterminé des dysenteries fort graves. Enfin, l’impression du froid, la fatigue, les marches excessives, les émotions morales, sont tout autant de causes qui peuvent déterminer la maladie. Mais , comme l’observe Zimmermann en parlant de l’épidémie de 1765 qu’il a si bien décrite , pour que les causes dont nous venons de parler agissent, il faut nécessairement qu’il existe déjà dans l’individu une prédisposition particulière préexistante. L’action de ces différentes causes s’exerçant souvent tout à la fois sur un grand nombre de personnes, explique pourquoi la dysenterie règne si souvent épidémiquement, sans qu’il soit nécessaire d’invoqur alors un principe contagieux pour se rendre compte de la propagation rapide de l’affection. Cependant les auteurs les plus éminents, tels que Zimmermann, Pringle, Lind,Cullen, P. Frank, Pinel, Dcsgenettes, ont soutenu la doctrine de la contagion. La plupart pourtant ne regardent pas la dysenterie comme étant essentiellement contagieuse, l mais comme le devenant dans certaines conditions : ainsi, elle le serait toutes les fois qu’elle règne épidémiquement, et lorsqu’un grand nombre d’individus sont entasses dans des lieux insalubres. Il nous semble difficile qu’on puisse contester absolument la possibilité de la contagion de la dysenterie en présence surtout des grandes autorités qui l’ont soutenue; mais nous dirons que ce mode de transmission est un fait exceptionnel, car on ne l’observe presque jamais quand la maladie règne sporadiquement; mais il a probablement lieu dans certaines épidémies ! graves On lit à ce sujet, dans Pringle et Zimmermann, des observa- I tions dont il est impossible de contester la valeur. Les faits réunis par M. Gendron, pour prouver la contagion de la dysenterie sporadique, sont moins concluants. Parmi les contagionistes , il en est peu qui ad- ! mettent que la contagion puisse ave ir lieu par les sueurs , le simple contact, ou par l’haleine , tandis que tous s’accordent à regarder les miasmes qui s’exhalent des matières alvines connue étant la cause principale ou unique de la transmission de la maladie.
Traitement. — Lorsque la dysenterie sévit , il faut se hâter d’éloigner les causes qui ont déterminé ou favorisé son développement ;
; c’est ainsi qu’on détruira tous les foyers d’infection , qu’on disse— i minera les malades le plus possible , qu’on les préservera des varia- I tions atmosphériques, et qu’on s’opposera par le lavage et la ventilation aux effets de la malpropreté et du non-renouvellement de l’air. Le traitement médical devra ensuite varier suivant le caractère de la ma-
DES INFLAMMATIONS
ladie. Lorsque la dysenterie est bénigne, on se bornera à prescrire le séjour dans une température douce , l’abstinence complète de toute alimentation, l’usage de boissons mucilagineuses, de bains, de demilavements et de cataplasmes émollients sur le ventre. Le seul remède un peu actif qu’il convient d’employer alors est l’opium ; il est utile surtout dans les cas de dysenterie apyrétique; on l’administre en pilules, à la dose de 7 à 15 centigrammes d’extrait gommeux, ou bien en lavements, et alors on préfère le laudanum de Sydenhan (10 gouttes, une ou plusieurs fois dans les vingt-quatre heures). On n’alimentera les malades que lorsque les coliques auront cessé et que les selles ne seront plus sanguinolentes ; les malades s’astreindront à un régime sévère longtemps encore après leur guérison, à cause de la facilité avec laquelle la maladie récidive.
Mais lorsqu’il existe une vive réaction fébrile, lorsque surtout le pouls offre beaucoup de force et d’ampleur et que le sujet est jeune , l’opium ne doit point être prescrit, à moins pourtant que les douleurs ne soient trop vives ; mais on aura recours préalablement à la saignée générale , et surtout on appliquera sur le ventre un grand nombre de sangsues. Lorsque les signes de réaction se sont calmés, on achève la guérison par l’opium, si aucune autre complication ne s’oppose d’ailleurs à son administration.
Dans le dernier siècle surtout, les évacuants (vomitifs et purgatifs) furent généralement employés dans le traitement de la dysenterie; cependant on pense communément aujourd’hui que ces médicaments ne doivent être administrés que pour obéir à une indication précise. C’est ainsi que leur emploi devrait être limité au cas où il existe des symptômes d’embarras gastrique. Cependant il est incontestable que dans un grand nombre d’épidémies, les évacuants, administrés empiriquement, ont été très avantageux. Nous croyons, nous, que l’emploi des ■ émétiques et des purgatifs dans le traitement de la dysenterie ne peut être subordonné à aucune règle fixe , et qu’il faut consulter avant tout le génie épidémique ou de la constitution régnante. Les évacuants ont surtout été préconisés dans la dysenterie des camps. Pringle avait coutume de donner, deux ou trois fois par jour, 25 centigrammes d’ipécacuanha, puis il administrait quelques laxatifs doux pendant trois ou quatre jours de suite. L’huile de ricin, le calomel et les sels alcalins devront être donnés de préférence. On s’abstiendra toujours des purgatifs violents.
Dans les dysenteries dites malignes , il faut tâcher d’obéir aux indications prédominantes. Ainsi, il est des cas où les antiphlogistiques seront utiles; mais dans cette forme de la maladie, il faut toujours en user avec prudence. Plus souvent la prostration des forces réclame l’emploi des toniques (vin, quina;. Zimmermann croit aussi que l’ipéca, donné à doses réfractées, a l'avantage de soutenir les forces. C’est encore dans
DE LA DYSENTERIE
le même but qu’on applique des vésicatoires. Enfin, le musc, le camphre, les bains et les affusions serviront à combattre les accidents nerveux ataxiques. Mais malheureusement les secours de l’art échouent le plus souvent contre celte forme de la dysenterie. On a encore préconiséune foule d’autres remèdes plus ou moins actifs contre cette maladie; mais il n’en est aucun dont l’ usage puisse être justifié par des succès assez nombreux: aussi croyons-nous qu’il est prudent de s’en abstenir; tels sont en particulier la noix vomique, l’acide nitreux, le tabac, l’acétate de plomb, les chlorures, le sulfate de quinine. Ce dernier médicament n’est indiqué que lorsque la dysenterie revêt les caractères de la fièvre pernicieuse; dans ce cas, je l’ai vu aussi héroïque que dans les autres affections périodiques. Enlin quelques médecins ont vanté de nos jours l'administration de l’albumine à l’intérieur, en tisane (2 blancs d’œuf dans eau sucrée 1 litre), en potion (1 ou 2 blancs d’œuf dans une eau distillée de laitue ou de tilleul); enfin, en lavement (même quantité). Ce médicament paraît , en effet , avoir été parfois utile. Peut-être réussit-il à titre d’émollient.
Pour le traitement de la dysenterie chronique , on suivra les règles que nous avons tracées précédemment en parlant de l’entérite chronique. On pourra essayer contre elle les astringents ; mais il faut être très prudent dans leur emploi, car, donnés sans mesure par quelques médicastres du dernier siècle, ils ont été la source d’une foule d’accidents (Zimmermann). C’est surtout dans cette forme de la maladie que le changement de lieu est utile. Enfin on voit quelqufois des malades qui, quoique guéris de la dysenterie, continuent néanmoins à être tourmentés par le ténesme; il faut alors chercher la cause de cet accident, qui peut dépendre d’une ulcération du rectum , ou de la présence de scvbala dans cet intestin. Quelquefois pourtant il n’existe aucune altération matérielle , il suffit alors d’administrer un doux laxatif pour triompher aussitôt de ce symptôme incommode, ainsi que je l’ai constaté maintes fois.
Nature. — La dysenterie est certainement une inflammation ; mais si on réfléchit à la nature de ses symptômes , aux causes qui la font naître, et à la possibilité de la contagion, on sera porté â admettre avec quelques auteurs qu’elle doit être classée au nombre des phlegmasies spécifiques.
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