LARYNGITE SOUS-MUQUEUSE
La laryngite est dite sous-muqueuse lorsque l’inflammation , se propageant au tissu cellulaire subjacent, détermine son induration ou y produit une infiltration séreuse, purulente, ou des abcès. M.Cruveilhier, qui a imposé à la laryngite sous-muqueuse le nom qu’elle porte, a également proposé de la distinguer en laryngite sus-glottique et sous-glottique. La première consiste dans l’infiltration séreuse ou purulente des replis aryténo - épiglottiques. La seconde, beaucoup plus rare, est caractérisée par des altérations analogues situées au-dessous des ventricules et derrière le cartilage cricoïde.
1° Laryngite sus-glottique, œdémateuse , ou œdème de la glotte.
La variété de la laryngite sous-muqueuse qu’on nomme sus-glottique n’est autre que l’affection connue sous les noms d'œdème de la glotte , d'angine laryngée œdémateuse ou séreuse. C’est en vain qu’on voudrait faire remonter èr Boerhaave les premières notions sur cette maladie, dont les caractères anatomiques, imparfaitement indiqués par Morgagni et par Bichat, n’ont été réellement décrits pour la première fois qu’en 1808, par Bayle, qui a tracé un tableau tellement fidèle delà maladie, que, depuis lui , ou n’a presque rien ajouté à la description qu’il en a faite.
Caractères anatomiques. — A l’autopsie, on trouve l’ouverture de la glotte presque complètement oblitérée par l’épaississement et le gonfle-
DE L’OEDÈME DE LA GlOTTE.
ment des replis muqueux aryténo-épiglottiques. Ceux-ci , d’après la remarque de Bayle , sont tellement disposés que toute impulsion qui vient du pharynx, comme l’air, les renverse dans l’ouverture de la glotte, qu’ils bouchent plus ou moins complètement, tandis que toute impulsion qui vient du côté de la trachée repousse le bourrelet sur les côtés de la glotte, dont l’orifice devient libre, c’est-à-dire que la glotte est bouchée pendant l’inspiration et plus ou moins libre à l’expiration. La muqueuse, dans toute son étendue, est pâle , blanchâtre , ou bien rouge-bleuâtre , et plus ou moins épaissie. Ces replis sont mobiles, tremblotants; ils résistent beaucoup quand on les presse entre les doigts. Si on les incise, on trouve que le tissu cellulaire est dense et à mailles très serrées ; les aréoles ne semblent pas communiquer entre elles; c’est ce qui explique pourquoi il est si difficile , même en les comprimant pendant longtemps , d’exprimer la sérosité qui y est infiltrée. Si la phlegmasie a suivi une marche plus rapide, le liquide contenu dans les lèvres de la glotte ressemble plutôt à une lymphe plastique qu’à de la sérosité; plus lard c’est du pus : on a vu quelquefois celui-ci réuni en foyer. Enfin , des points i gangréneux peuvent exister sur la muqueuse ; souvent encore on constate des caries et des nécroses des cartilages thyroïde et aryténoïde ; pari fois aussi des fusées purulentes existent entre les couches musculaires du | larynx. Des altérations à peu près semblables , mais en général moins marquées , se remarquent dans les cordes vocales. L’épiglotte est pres- ! que toujours gonflée sur ses bords, qui sont mousses et arrondis; enfin i fréquemment on trouve des traces de phlegmasies sur le pharynx et les i amygdales.
Symptômes y marche y terminaisons. — La laryngite œdémateuse | peut débuter brusquement par un accès de suffocation; cependant,
I dans la presque totalité des cas, l’invasion de la maladie est lente et obscure; les malades accusent de la gêne plutôt encore que de la douleur à la partie supérieure du larynx ; à chaque inspiration , l’air semble franchir un obstacle et produit souvent un sifflement ; la voix est rauque ou faible; les malades font des efforts de toux pour se débarrasser de l’ob- ! stade dont ils ont la conscience ; enfin quelques uns éprouvent une gêne plus ou moins grande dans la déglutition (Bouillaud). Cependant , au bout de quelques jours, les symptômes s’aggravent; la respiration ! est plus pénible , plus bruyante ; on observe des accès de suffocation pendant lesquels l’inspiration bruyante , très sifflante , se fait avec des | efforts inouïs, tandis que l’expiration est facile , ce qui s’explique par la ; disposition anatomique des replis aryténo-épiglottiques dont nous avons ; parlé précédemment. Ces accès, pendant lesquels l’asphyxie est imminente , durent pendant sept à dix minutes, quelquefois davantage ; ils se 1 répètent au bout de quelques heures, de plusieurs jours ou d’une semaine; dans leur intervalle, la respiration redevient beaucoup plus libre.
DES INFLAMMATIONS
Cependant, lorsque les accès sont très rapprochés, la respiration continue à être gênée; la face bleuâtre, les extrémités livides, |a djrrjinution delà calorification indiquent une hématose incomplète. Cqmme nous l’avons dit pour le croup, quelques malades meurent rapidement dans un accès de suffocation, comme si un obstacle empêchait subitement l’arrivée de l’air. La plupart succombent avec les symptômes d’une asphyxie lente. Dans l’affection dont je parle, le thorax est toujours sonore à la percussion ; mais le volume d’air qui arrive dans les pouqipqs étant beaucoup moins considérable en raison de l’obstacle du larynx , il s’ensuit que le murmure respiratoire est généralement affaibli , quelquefois même nul ; celui qui existe est en outre souvent masqué par le sifflement qui se passe dans la gorge et le larynx. La palpation du cou , l’inspection de la gorge, ne fournissent que des résultats négatifs. La possibilité qu’il y auraif, d’après MM. Thuilier, Bricheteau , Legroux, Lisfranc, de pouvoir constater parle toucher une tuméfaction des replis aryténo-épiglottiques en portant profondément le doigt jusqu’au-dessous de l’épiglotte , ne nous est pas démontrée. Nous avons vainement essayé deux ou trois fois d’arriver ainsi sur le siège du mal ; les resserrements spasmodiques de l’ouverture supérieure du larynx et les efforts de vomissements nous ont toujours arrêté dans nos recherches, et nous savons que plusieurs autres praticiens, MM. Chomel et Blache entre autres, n’ont pas été plus heureux que nous. Au milieu de cet appareil de symptômes si fâcheux , la fièvre est nulle ou médiocre , l’anorexie est |e seul phénomène sympathique du côté des voies digestives.
Durée. — Comme on vient de le voir, la laryngite œdémateuse a une marche intermittente et plus ou moins rapide. Sa durée varie depuis quelques heures jusqu’à plusieurs semaines et même un mois; la mort en est la terminaison ordinaire, puisque Bayle l’a vue survenir seize fois sur dix-sept malades.
Diagnostic. — Bayle a indiqué comme signes pathognomoniques de la maladie, des accès de suffocation , et surtout le contraste qui existe entre l’inspiration et l’expiration, la première se faisant péniblement, tandis que la seconde aurait lieu sans efforts. Cependant il y a à ce sujet d’assez nombreuses exceptions, et nous avons vu nous-même plusieurs cas de laryngite œdémateuse dans lesquels l’expiration et l’inspiration étaient également pénibles. Il n’existe aucun signe pathognomonique de la laryngite œdémateuse , et nous pensons que le diagnostic de cette affection ne peut être établi que par un ensemble de caractères. Ainsi un sentiment de gêne à la partie supérieure du larynx s’accompagnant d’enrouement, d’une inspiration sifflante, et bientôt d’accès de suffocation qui cessent et se reproduisent ordinairement à de courts intervalles, indiquent sûrement un obstacle dans le larynx, et tout porte à penser que cet obstacle est déterminé par le gonflement, l’infiltration sé-