‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interneChapitre 63 sur 140 · DE L’OEDÈME DE LA GLOTTE · texte numérisé non relu

DE L’OEDÈME DE LA GLOTTE

reuse ou purulente des replis aryléno-épiglottiques. Les accès de suf- | focation produits par le gonflement des amygdales , par les maladies de l’aorte, du cœur et du poumon, seront facilement reconnus à l’aide des moyens d’exploration dont nops pouvons disposer. L’aphonie, le timbre de la toqx , l’expplsion de fausses membranes, ne permettront pas de confondre le croup avec la laryngite œdémateuse. Les accidents que celleci produit ne pourront, non plus être confondus avec ceux que détermine l’introduction d’un corps étranger qui occasionne une suffocation subite , un raclement particulier perceptible à distance par l’auscultation médiate lorsqu’il se déplace; il est rare enfin qu’on ne puisse s’éclairer par les commémoratifs, pq polype pédiculé du larynx produit les mêmes accidents qu’un corps étranger venu du dehors ; cependant j’avoue que le diagnostic sera difficile sinon impossible ; toutefois cette lésion est tellement rare, qu’il est permis, jusqu’à un certain point, d’en faire abstraction lorsqu’on établit le diagnostic différentiel delà laryngite œdémateuse. Enfin un abcès rétropharvngien , par les menaces de suffocation qui l’accompagnent, pourrait simuler l’œdème de la glotte, si la douleur de gorge, la gêne de la déglutition, l’œdème du cou et surtout la tumeur fluctuante qui existe à la face antérieure du pharynx, et qu’on voit quand on fait ouvrir la bouche au malade , ne venaient éclairer sur la véritable nature de la maladie.

Pronostic. — Le pronostic sera toujours extrêmement grave, puisque sur 39 malades dont M. yalleix a réuni les observations, on ne compte que 9 guérisons.

Etiologie. — La laryngite sous- muqueuse est tantôt primitive > c’est-à-dire résultant d’une inflammation primitivement développée dans le larynx ; d’autyes fois elle est consécutive à l’altération des parties voisines, telles que des ulcérations du larynx , des caries de ses cartilages, etc. Rare d^ps l’enfance, on ignore l’influence qu’exercent sur la production de la maladie le sexe et la constitution des individus. Bayle a reconnu que je plus souvent la laryngite sous-muqueuse survenait pendant la convalescence des maladies fébriles, et très rarement dans un état de santé parfaite, opinion qui a été confirmée récemment par les recherches de M. Valleix, qui, sur 37 malades, n’a vu l’angine être primitive que deux fois. Les affections chroniques du larynx avec ulcérations paraissent surtout y prédisposer (Trousseau etBelloc). Dans la plupart des cas , la maladie survient sans cause déterminante ; quelquefois elle succède à l’impression du froid.

Traitement. — Au début, il faut recourir aux émissions sanguines générales et locales et aux dérivatifs sur le tube intestinal. On prescrit aussi des vomitifs dans le double but de produire une révulsion et. d’opérer une diminution dans l’engorgement des parties , par suite de la compression qu’exerce sur elles le pharynx convulsivement contracté

DES INFLAMMATIONS

pendant l’acte du vomissement. Enfin on aura recours aux révulsifs cutanés, tels que sinapismes aux extrémités inférieures, large vésicatoire à la nuque ou au-devant du cou. On a aussi proposé la déchirure du bourrelet œdémateux. M. Lisfranc l’opère avec un bistouri à lame étroite et garni de linge jusqu’à 3 ou h millimètres de la pointe. M. Legroux , qui a publié un bon travail sur la maladie dont je traite , déchire le bourrelet œdémateux avec l’ongle de l’indicateur, qu’il taille inégalement. Les observations faites par ces deux médecins méritent de fixer l’attention ; cependant , d’après ce que nous avons dit précédemment , nous croyons que ce moyen est rarement applicable , précisément en raison de la difficulté qu’on éprouve à sentir le bourrelet qu’il s’agit d’inciser ou de lacérer. Quand tout cela échoue, il faut se hâter de pratiquer la laryngo-trachéotomie avant que l’asphyxie soit trop avancée. Il vaut mieux ici, comme pour le croup, pécher par précipitation que de rester trop en retard; car si on n’opère que lorsque le sang veineux remplit déjà tous les organes , il arrive fréquemment que les malades succombent , lors même que la trachéotomie a été suivie en apparence du rétablissement des fonctions respiratoires et circulatoires.

2° Laryngite sous-glottique.

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On possède très peu d’exemples de la laryngite sous-glottique décrite par M. Cruveilhier. Dans cette maladie, comme dans la forme précédente, le calibre du larynx est obstrué par le soulèvement de la muqueuse, qui est produit par un abcès développé au-dessous d’elle, et qui entraîne la dénudation et la nécrose du cartilage cricoïde. Celui-ci finit par se séparer , et peut être expulsé par l’œsophage ou le larynx , suivant que l’abcès s’ouvre dans l’un ou l’autre de ces organes. La laryngite sous-glottique a une marche plus lente que celle qui existe audessus de la glotte ; la douleur siège plus inférieurement que dans cotte dernière, et elle s’accompagne moins fréquemment de gêne dans la déglutition. D’ailleurs il existe dans l’une comme dans l’autre une respiration sifflante et des accès de suffocation. Le traitement est aussi le même dans les deux cas.

La laryngite existe souvent à l’état chronique ; cependant sous cette dénomination la plupart des auteurs ont réuni des altérations très diverses, depuis la simple injection avec ou sans ramollissement et épaississement de la membrane muqueuse jusqu’à son ulcération , qui s’accompagne souvent elle-même de la destruction des tissus subjacenls. Ces ulcérations sont communément regardées comme constituant le caractère anatomique d’une forme de la laryngite chronique désignée

sous les noms de phthisie laryngée , en raison des symptômes de consomption qui l’accompagnent. En traitant de l’anatomie pathologique , nous allons voir si dans l’état actuel de la science on peut admettre une phthisie laryngée idiopathique. Quoi qu’il en soit , il importe pour le moment de maintenir encore la distinction qu’on a faite de la laryngite en simple bénigne ou non ulcéreuse , et en grave ou ulcéreuse.

Caractères anatomiques. — Il arrive assez fréquemment qu’en examinant le larynx d’individus qui ont présenté pendant plusieurs années des symptômes de laryngite chronique simple , on ne trouve pourtant aucune lésion appréciable de la membrane muqueuse. Cependant, dans la plupart des cas, on constate diverses altérations : ainsi tantôt la membrane muqueuse est injectée , bleuâtre, ou de couleur ardoisée ; ailleurs elle est pâle, mais mamelonnée et épaissie, plus résistante ou plus friable ; enfin l’appareil folliculaire peut avoir subi une sorte d’hypertrophie. Ces lésions occupent rarement toute l’étendue du larynx ; mais elles sont ordinairement limitées à une portion de l’organe, et se montrent surtout sur les cordes vocales, les ventricules ou l’épiglotte. Enfin on a prétendu que dans un degré plus avancé on pouvait observer des ulcérations.

Jusque dans ces derniers temps , on a regardé les ulcérations comme succédant fréquemment aux inflammations idiopathiques de la muqueuse du larynx; cependant une observation plus attentive a aujourd’hui mis hors de doute que dans la presque totalité des cas , sinon dans tous , les ulcérations du larynx sont symptomatiques. Ainsi à l’état aigu on ne les observe que dans le cours de la morve, de l’affection typhoïde, plus rarement dans la variole ou après l’emploi du tartre stibié à haute dose ; à l’état chronique elles se lient presque toujours à l’existence de tubercules pulmonaires; enfin dans quelques cas fort rares elles sont consécutives à l’infection syphilitique. Est -ce 'a dire pourtant que les ulcérations du larynx ne puissent jamais être primitives? Je suis loin d’en contester la possibilité; cependant je prétends que ce fait doit être excessivement rare; car, dans les nombreuses autopsies que j’ai faites depuis douze ans, je n’en ai encore rencontré aucun exemple , et dans les recherches auxquelles je me suis livré dans les auteurs, il m’a été impossible non plus d’en trouver aucun qui fût bien authentique. Je dirai même que les sept observations que M. Trousseau a rassemblées comme exemples de laryngite chronique avec ulcérations essentielles , ne sont point concluantes, puisque, s’il est vrai qu’il n’existât aucun tubercule pulmonaire, il n’est pas aussi bien démontré pour moi qu’elles n’aient pas été l’effet d’une infection vénérienne. Je le répète donc, je ne nie pas absolument la possibilité des ulcérations primitives idiopathiques ; je dis seulement qu’elles sont rares, tellement rares, que lorsqu’on les rencontre sur les cadavres ou qu’on les soupçonne sur le vivant, il faut

DES INFLAMMATIONS

supposer l’action de quelques unes des causes générales que j’ai précédemment signalées. Nous n’aypns pas à nous occiiper dans cet article des ulcérations symptomatiques , qui d’ailleurs se forment très probablement d’après un mécanisme différent de celui qui préside au développement des ulcérations de nature inflammatoire.

Symptômes. — Dans la laryngite chronique , la voix est constamment altérée ; elle est parfois seulement voilée ; d’autres fois elle est rauque , dure , inégale ; les sons aigus ne peuvent plus être produits. Cet enrouement varie beaucoup dans la journée : il est, en général , plus marqué le matin que le soir; quelquefois c’est le contraire. Il diminue parle séjour au milieu d’une température élevée , et s’aggrave par l’exposition au froid et à l’humidité. Enfin la voix s’éclaircit souvent pendant le travail de la digestion , à moins pourtant que les malades n’aient pris des alcooliques en trop grande quantité. Lp larynx est le siège d’un sentiment de gêne plutôt que d’une véritable douleur ; ce qui excite les malades 'a faire des efforts d’expiration comme pour expulser un corps étranger qui serait engagé dans la partie supérieure du tuyau vocal. Les crachats qui sont expulsés, surtout le matin, au moipent du réveil , sont d’un blanc jaunâtre , quelquefois pelotonnés , sans caractères particuliers.

Il est rare que la pressiop exercée extérieurement excite quelque douleur; d’ailleurs on ne constate aucune augmentation de volume du larynx. Si on ausculte cet organe , on trouvera souvent que le bruit laryngien est plus rude, comme râpeux ( Barth et Roger). Ce caractère , d’ailleurs n’a pas grande importance. Dans la laryngite chronique simple, il n’existe que des accidents locaux ; car, sous tous les autres rapports , les malades jouissent d’une santé parfaite.

Marche , durée et terminaisons. Cette maladie a une marche lente : elle peut présenter des exacerbations , et passer momentanément à l’état aigu. Sa durée est indéterminée : elle peut persister pendant un grand nombre d’années sans influencer d’aucune sorte la santé générale. On a dit pourtant que , lorsqu’elle se prolongeait , elle pouvait dégénérer en phthisie , par suite de la production des ulcérations. Nous nous sommes déjà expliqué précédemment sur cette possibilité.

Diagnostic. — Le diagnostic de la laryngite chronique ne présente aucune difficulté ; mais il importe surtout (je bien distinguer la laryngite simple des différentes espèces d’ulcérations qui peuvent se former dans le larynx. Ainsi , lorsqu’un malade qui a de l’enrouement maigrit, a de la fièvre le soir , et des sqeurs pendant le sommeil de la nuit , il faudra soupçonner que affection tuberculeuse des poumons, et presque toujours l’anscullation et la percussion de la poitrine donneront de la réalité à ces présomptions. L’enrouement dépend-il d’une infection syphilitique , il sera plus considérable que dans la laryngite simple; il s’accompagnera souvent d’une expectoration purulente ; il existera en outre des signes

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