DE LA LARYNGITE CH R ON! OLE
de syphilis constitutionnelle, tels que des syphilides , des exostoses, des douleurs ostéocopes , et surtout des ulcérations caractéristiques sur la langue, les amygdales , le voile du palais et le pharynx. Si ces signes manquent , on aura recours aux commémoratifs. Ajoutons que les phénomènes de consomption , qui n’existent jamais dans la laryngite simple, et qu’on ne pourra rattacher ici à aucune lésion tuberculeuse des poumons, devront faire considérer les accidents qu’on observe du côté du larynx comme étant de nature syphilitique. Enfin le cancer du larynx se traduit par des signes tellement évidents , qu’il sera impossible de le confondre avec la laryngite simple. ( Voir les articles Phthisie pulmonaire et Syphilis. )
Pronostic. — La laryngite chronique simple est une affection toujours bénigne.
Etiologie. — Rare chez les enfants , plus fréquente chez l’homme que chez la femme, la laryngite chronique.affecte spécialement les individus qui , par état , fatiguent beaucoup les organes de la voix , surtout lorsque leurs professions les exposent en outre aux intempéries de l’air : tels sont les marchands et chanteurs ambulants. Les excès alcooliques ont également une grande influence, et c’est à cette triple cause qu’il faut surtout rapporter ces laryngites chroniques qui sont si communes chez les filles publiques de bas étage. Il ne paraît pas, comme on l’a cru pendant longtemps, que l’exposition aux vapeurs irritantes , et surtout que l’inspiration c|es corps pulvérulents soient des causes actives de la laryngite chronique. Il n’en est plus de même de l’introduction dans le larynx de corps étrangers volumineux , comme des noyaux de fruits , des corps métalliques , des pièces de monnaie , etc. , dont le séjour prolongé peut être suivi de pneumonie ou de la production de tubercules pulmonaires; mais quelquefois il n’y a qu’une laryngite , probablement avec ulcération, car elle s’accompagne d’amaigrissement, de fièvre hectique, accidents qui cèdent rapidement dès que le corps étranger a été extrait ou expulsé par la nafnre.
Traitement. — Il faut d’abord éloigner les causes qui ont paru présider au développement de la maladie. Si l’enrouement est considérable , les malades s’abstiendront de parler ; s’il existe de la douleur , des symptômes subaigus, on fera une application de sangsues au-devant du larynx , ou bien on mettra quelques ventouses à la nuque. Cependant les antiphlogistiques ne conviennent que dans le plus petit nombre des cas et d’une manière passagère : les révulsifs, au contraire, sont toujours indiqués. Parmi ceux-ci, on doit placer en première ligne le vésicatoire volant , ou mieux encore à demeure , ali-devant du cou ou à la nuque ; les frictions avec l’huile de croton et la pommade stibiée , les douches ascendantes , sulfureuses ou alcalines. On a encore conseillé le séton à la nuque ou le long du larynx , ou bien encore des cautères sur les parties
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latérales du cou ; mais nous ne croyons pas qu’on doive employer contre une affection bénigne des remèdes aussi violents , et qui laissent des traces indélébiles. Lorsque la toux est fréquente, on la modère souvent par l’emploi des narcotiques, tels que les pilules d’opium , ou bien les fumigations de datura stramonium . substance que les malades pourront également fumer. Enfin on pourra encore se servir d’emplâtres et de pommades stupéfiantes. Dans ces derniers temps, MM. Trousseau et Belloc ont beaucoup insisté pour opposer à la laryngite chronique une médication topique. Il ne paraît pas que les substances aromatiques excitantes, administrées sous forme sèche ou humide , aient eu des résultats très avantageux ; mais il n’en est pas de même des astringents , et surtout des caustiques, comme le nitrate d’argent. M. Trousseau a , en effet, obtenu par ces moyens des succès incontestables. Le nitrate d’argent est employé en solution ( 2 à k grammes pour U grammes d’eau distillée). Si on veut cautériser la partie supérieure du larynx , on prend une baleine recourbée et armée d’un morceau d’éponge qu’on trempe dans la solution caustique. On fait alors ouvrir largement la bouche au malade, puis attirant la langue en avant, et déprimant sa base, on met à découvert l’épiglotte, au-dessous de laquelle on insinue l’éponge , qui pénètre ainsi dans le larynx et le cautérise. On peut encore se servir , pour la même opération, d’une seringue d’argent semblable à celle d’Ànel, dont le siphon a 15 centimètres de longueur et se recourbe fortement à son extrémité. L’ouverture du siphon aura un demi-millimètre de 'diamètre. Enfin le même médecin a souvent employé les insufflations de sous-nitrate de bismuth , de sulfate de zinc, de cuivre, d’acétate de plomb, combinés avec une quantité de sucre variable (de 2 à 36 fois leur poids ). Ces insufflations pourront être faites par le malade à l’aide d’un tube de 2ô à 30 centimètres de longueur, sur 4 à 6 millimètres de diamètre. Il introduit une des extrémités du tube chargé de poudre médicamenteuse le plus profondément qu’il peut dans la gorge , puis faisant une inspiration profonde , il entraîne ainsi le médicament , que la colonne d’air fait pénétrer en partie dans le larynx. Quoique l’emploi de tous ces moyens semble justifié par quelques succès , ceux-ci ne sont pas encore tellement multipliés qu’on puisse employer tous ces remèdes avec une égale confiance.
TRACnÉîTE AIGUE ET CHRONIQUE.
Je ne veux point traiter spécialement de la trachéite , car chacun sait que l’inflammation est raremenfbornée à cet organe; mais elle y arrive presque toujours par extension soit du côté des bronches, soit du côté du larynx. Dans les cas rares où la trachéite existe seule , on constate un léger sentiment de gêne et de picotement à la partie inférieure du
cou ; il existe un peu de toux, et les malades rejettent quelques crachats filants, transparentsou opaques; quelques uns se plaignent d’être oppressés; il n’y a presque jamais de fièvre. Il est, je crois , sans exemple que la trachéite ait mis quelquefois la vie des malades en péril.
La trachéite peut exister à l’état chronique ; comme la laryngite, elle peut être simple ou avec ulcération. On a voulu faire de cette dernière une forme spéciale de phthisie (phthisie trachéale) ; M. Cayol l’a décrite dans sa thèse. Mais il est reconnu aujourd’hui que les ulcères de la trachée ne sont jamais indépendants, que toujours ils coexistent avec la phthisie pulmonaire ou avec des ulcérations du larynx , se liant ellesmêmes presque toujours à la même cause ou à une infection syphilitique ou farcineuse.
Synonymie. — Rhume ; catarrhe pulmonaire ; fièvre catarrhale inflammatoire.
Le mot de bronchite sert à désigner l’inflammation de la membranp muqueuse des bronches. Cette expression est préférable à celle de catarrhe pulmonaire , qui exprime l’idée d’un flux muqueux souvent indépendant d’un travail d’inflammation , et parce qu’en outre il peut y avoir phlegmasie de la muqueuse des bronches sans que pour cela il y ait nécessairement augmentation dans la sécrétion de cette membrane.
Historique et divisions. — La bronchite, quoique très anciennement connue , n’est pourtant bien décrite que depuis les immortels travaux de Laënnec. Parmi les nombreuses divisions qu’on a admises dans l’histoire de cette affection, il en est quelques unes d’importantes et qu’il faut maintenir ; telle est d’abord la division de la bronchite en aiguë et en chronique , puis la distinction de la première en bronchite ordinaire , capillaire et pseudo-membraneuse. La bronchite capillaire, qui correspond au catarrhe suffocant des auteurs, n’a été bien décrite que dans ces derniers temps ; elle l’a été d’abord par les auteurs du Compendium et par M. Fauvel , qui a publié ses recherches dans sa thèse d’abord et plus tard dans le tome II des Mémoires de la Société médicale d' observation de Paris. Enfin, plus récemment, MM. Mahot, Bonamy, Marcé et Malherbe, médecins de l’Hôtel- Dieu de Nantes, ont donné une excellente relation d’une épidémie de bronchite capillaire qu’ils ont observée en commun de 1840 à 1841. Ces messieurs ont confirmé presque en tous points les résultats du docteur Fauvel.
Caractères anatomiques. — Les bronches enflammées contiennent une quantité plus ou moins considérable d’un mucus blanc, visqueux,
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aéré ou opaque et purulent. La membrane muqueuse est rouge ; l’injection est disposée emmrborisation, en plaques , en zones ou en piqueté; il est rare qu’on puisse constater une augmentation dans l’épaisseur du tissu. Plus fréquemment on le trouve raniolli et grartiilé; il ne paraît pas qu’on ait jamais observé ni la suppuration du tissu cellulaire sousjacent ni la gangrène de la muqueuse bronchique. Ces caractères anatomiques de l’inllammation sont plus ou moins étendus; presque toujours on les retrouve dans les deux poumons à la fois, mais limités à un certain nombre de bronches. Souvent ils ne dépassent pas les gros tuyaux, d’autres fois ils n’existent que sur les ramifications les plus ténues; on dit alors que la bronchite est capillaire. En incisant dans ces cas les petites bronches, on les trouve remplies par une matière mucoso-purulente, épaisse, non aérée, qui les oblitère depuis les deuxième ou troisième divisions jusqu’aux ramifications capillaires. Ces mucosités finissent par produire mécaniquement une dilatation uniforme de ces conduits , laquelle d’ailleurs est un peu moins marquée chez l’adulte que chez les enfants. La membrane muqueuse, ayant son épaisseur et sa consistance normale, est d’un rouge intense, et cette rougeur va en s’affaiblissant des grosses ramifications vers les petites; d’autres fois c’est le contraire qu’on observe. L’obstruction des petites bronches, lorsqu’elle est générale, produit nécessairement une dilatation des vésicules (< emphysème vésiculaire ), surtout sur les bords tranchants de l’organe ; plus rarement on voit un peu d’emphysème interlobulaire ; lésions qui expliquent pourquoi les poumons, loin de s’affaisser lorsqu’on ouvre la poitrine, tendent, au contraire, à s’échapper de cette cavité. Presque toujours aussi on constate des noyaux de pneumonie lobulaire ; l’inflammation du poumon , généralement plus constante chez l’enfant que chez l’adulte , a été notée chez presque tous les sujets ouverts par les médecins de Nantes. M. Fauvel a fait voir en outre que , chez les enfants, un grand nombre des vésicules dilatées contenaient la même matière que les bronches , mais elle s’v montre sous forme de granulations blanchâtres ou jaunâtres , et qu’il faudrait bien se garder de confondre avec les granulations tuberculeuses, auxquelles elles ressemblent par leur forme et leur volume. Les poumons de ces sujets sont , en général , rosés à la coupe ; les ganglions bronchiques sont souvent gonflés, rouges, ramollis, du moins chez les enfants. Il y a encore une bronchite pseudo-membraneuse anatomiquement caractérisée par la production de fausses membranes dans les tuyaux bronchiques, et qui sont analogues à celles que nous avons rencontrées dans le croup. Elles se présentent sous forme de petits cylindres blancs élastiques; elles sont ordinairement bornées aux petites divisions bronchiques. En les soulevant et en tirant sur elles avec précaution, on parvient quelquefois à en extraire un nombre assez considérable , se composant d’une tige centrale de laquelle partent une foule de divisions
pénétrant chacune dans une ramification capillaire. La bronchite pseudômbmbraneuse accompagne souvent la bronchite capillaire.
Symptômes , marche , terminaisons, durée. — Dans sa forme la plus bénigne, la bronchite ne produit d’autre accident qu’une toux peu forte, à peine douloureuse, avec expectoration de quelques crachats muqueux. Il n’y a, en général, ni malaise ni fièvre; potiHant l’appelit est un peu diminué , ou bien les aliments semblent moins sapides. Cette irtcomiiiodité , vulgairement appelée rhiitke , succède souvent au coryza; elle disparaît fréquemment au bout de quelques jotirs ; d’autres fois elle se prolonge pendant un temps plus ou moins long.
La bronchitè aiguë intense est souvent précédée de prodromes, surtout lorsqu’elle survient d’une manière spontanée : ainsi, il y a du malaise, des horripilations , de la sensibilité au froid , de l’inappétence, du coryza , une céphalalgie vive , etc. Dès que la bronchite est confirmée, les malades accusent un sentiment de gêne et de pesanteur dans la poitrine, parfois un chatouillement incommode, ou bien une douleur obtuse, contusive ou déchirante derrière le sternum ; une constriclion à la base et sur les côtés du thorax. Ces souffrances s’exaspèrent par la toux, • qui s’accompagne, en outre, fréquemment de douleurs vives, déchirantes , suivant la direction de la trachée-artère et des bronches. La toux est donc un symptôme très pénible pour les malades ; elle est spontanée ou bien elle est provoquée par la parole, les mouvements du corps, les émotions, l’impression d’un air froid, etc.; un chatouillement ayant son siège vers la partie supérieure de la trachée la précède de peu d’instants. La toux se reproduit ordinairement sous forme de quintes, c’est-à-dire qu’une seule inspiration est suivie de cinq ou six secousses successives. Ces accès, qui sont toujours plus forts et plus fréquents le soir et surtout pendant la nuit, empêchent quelquefois tout- à-fait le sommeil. Si elles se reproduisent sans interruption pendant plusieurs minutes, on voit alors les jugulaires se gonfler, la face se congestionne, les yeux deviennent larmoyants, les malades accusent de la céphalalgie et un grand malaise. Si les quintes sont fréquentes , elles produisent un endolorissement de l’épigastre, des hypochondres et vers les attaches du diaphragme. Enfin, les accès de toux, s’ils sont violents ou s’ils surviennent pendant le travail de la digestion , s’accompagnent de nausées, de vomissements alimentaires , bilieux ou glaireux. La toux , qui est tantôt rauque, tantôt plus ou moins éclatante , est d’abord sèche ; mais elle ne tarde pas, au bout d’un ou plusieurs jours, à être suivie d’une expectoration formée d’abord par des crachats muqueux, aqueux, quelquefois striés de sang et d’une saveur salée. En dehors des quintes l’oppression est généralement peu considérable; si on percute la poitrine, elle rend partout le son qui lui est naturel. L’auscultation, au contraire, fait constater l’existence des raies sibilant et ronflant. Si la sécrétion
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bronchique est assez considérable, il existe aussi un râle muqueux ou sous-crépitant; celui-ci, si on en excepte les cas de bronchite capillaire, siège presque toujours à la racine des bronches ou à la base de l’un et l’autre poumon (1). Le bruit naturel de la respiration est quelquefois devenu puéril ; souvent il est affaibli ou masqué; quelquefois il est toutà-fait suspendu , en raison de l’occlusion momentanée des tuyaux bronchiques par quelques mucosités. Mais dès que celles-ci se sont déplacées, soit spontanément, soit après des efforts de toux, le bruit respiratoire reparaît. Cette occlusion momentanée des bronches peut égalelement suspendre les râles sibilants et ronflants. Enfin le râle muqueux étant produit par le passage de l’air à travers des mucosités, on conçoit qu’il puisse à son tour cesser d’être perçu, lorsque les liquides se déplacent ou sont expulsés.
Indépendamment de ces symptômes locaux, la bronchite aiguë intense s’accompagne de symptômes généraux et sympathiques : ainsi les malades accusent de la céphalalgie sus-orbitaire et du malaise , ils ont des horripilations; la peau est chaude, moite, le pouls accéléré , la langue blanche, la soif vive, l’appétit nul. Souvent la plupart de ces symptômes s’exaspèrent le soir et constituent une sorte de paroxysme.
Cependant , après avoir persisté ainsi à l’état aigu , les symptômes généraux et sympathiques diminuent d’intensité, les quintes sont moins pénibles, moins fréquentes; la sécrétion bronchique augmente, elle est blanche , opaque , verdâtre. Le vulgaire dit alors que (e rhume mûrir. C’est la période dite de coction des anciens auteurs.
La bronchite se termine presque toujours par résolution; d’autres fois elle passe à l’état chronique. Elle n’a jamais une issue funeste, excepté chez les sujets très affaiblis par l’âge ou par quelque maladie
(1) Le râle sibilant donne la sensation d’un petit sifflement prolongé., aigu ou grave ; d’autres fois il ressemble davantage au gazouillement des oiseaux. Le râle sonore ou ronflant, au contraire généralement plus bruyant, consiste en un bruit qui imite le ronflement d’un homme qui dort , ou le roucoulement de la tourterelle, ou celui que donne une corde de basse qu’on frotte avec le doigt. Le premier paraît se passer d ms les petites bronche^, le second dans les plus grosses. Ils s’expliquent l’un et l’autre par les rétrécissements des tuyaux aériens, produits par le boursouflement de la muqueuse ou par des mucosités très adhérentes. Ces deux râles sont souvent désignés sous le nom de râles secs : on les entend indifféremment pendant l’inspiration et pendant l’expiration. Le râle souscrépitani, qu’on a comparé au bruit qu’on fait en soufflant avec un chalumeau dans de l’eau de savon, est caractérisé par des bulles un peu grosses et humides, inégales entre elles , et qu’on entend surtout , mais non exclusivement , pendant l’inspiration; il forme la transition entre le râle crépitant sec de la pneumonie et le râle muqueux. Celui-ci est constitué par des bulles plus grosses, plus humides et plus rares; il constitue quelquefo;s un véritable gargouillement. Ces deux derniers râles sont produits par le passage de l’air à travers un liquide. Le premier se passe peut-être dans les vésicules ; le second est produit dans les bronches.
grave. Lorsque la mort survient dans le cours d’une bronchite , elle | résulte toujours de ce que la phlegraasie s’est propagée aux petites ramifications ( bronchite capillaire) ou au parenchyme pulmonaire ( pneu - I monte), ou bien encore de ce que les mucosités ayant été sécrétées en grande abondance, et les forces ne suffisant plus pour les expulser, s’accumulent dans l’arbre aérien , gênent l’entrée de l’air, et déterminent l’asphyxie. La durée varie entre quelques jours et plusieurs mois; elle est en général d’autant plus longue que la saison est plus froide et plus humide, que les individus sont plus faibles, plus dé- , licats, et que la maladie a déjà récidivé un plus grand nombre de fois.
Variétés. — La bronchite aiguë peut présenter quelques modifications dans ses symptômes généraux et locaux. Ainsi , affecte-t elle des sujets pléthoriques , vigoureux , on observera le cortège ordinaire des : fièvres inflammatoires : aussi les auteurs disent alors qu’il y a un catarrhe inflammatoire. D’autres fois il existe concurremment des symptômes bilieux ; c’est ainsi qu’un grand nombre des affections queSloll a observées dans le siècle dernier , et qu’il a décrites comme des pneu- | monies bilieuses, ne sont, pour la plupart, que des bronchites intenses, compliquées d’un état bilieux qui, à cette époque, était le caractère pré- : dominant de la constitution médicale de l’Europe. C’est encore à la bronchite qu’il fait rapporter les nombreuses relations qu’on trouve sur diverses fièvres catarrhales bilieuses qui ont souvent régné épidémiquement à la même époque. Il y a encore une bronchite qu’on peut appeler latente , car elle ne se révèle le plus ordinairement que par une toux sèche qu’on regarde souvent comme étant nerveuse, et comme résultant sympathiquement de la souffrance d’un autre organe. Mais l’auscultation ne fait entendre aucun bruit morbide , ni aucune altéra- ! lion du murmure vésiculaire : tout porte à penser que dans ces cas la phlegmasie est légère et bornée aux premières divisions des conduits aériens. Mais la variété la plus importante de la bronchite est celle dans laquelle la phlegmasie envahit les petites ramifications, et les obstrue par des mucosités ou des fausses membranes : c’est la bronchite capillaire, dont nous avons déjà fait connaître précédemment les caractères anatomiques.
Bronchite capillaire. — La bronchite capillaire paraît succéder presque toujours à une bronchite ordinaire de médiocre intensité; ce n’est que dans des cas fort rares que l’inflammation envahit primitivement les petites bronches , et s’annonce aussitôt par des symptômes plus ou moins graves. En effet, dès que la bronchite capillaire existe, on observe une oppression extrême , survenant parfois presque tout - à - coup. L’inspiration, accompagnée souvent de sifflement, se fait péniblement, et par la contraction convulsive et simultanée de tous les muscles qui peuvent y concourir ; les mouvements respiratoires sont accélérés suri. 21
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tout chez les enfants, chez lesquels on a quelquefois compté jusqu’à soixante ou quatre-vingts respirations par minute. La toux est fréquente, quinteuse , pénible par les douleurs déchirantes qu’elle excite derrière le sternum. Enfin, après des secousses nombreuses , les malades rejettent quelques mucosités filantes, mousseuses, et des crachats blancs, visqueux , aérés ou parfois striés de sang ; ailleurs ce sont des mucosités jaunâtres, non aérées, dont l’expulsion n’amène aucun soulagement (épidémie de Nantes). La percussion donne partout un son clair; il arrive même quelquefois que la sonorité est exagérée surtout antérieurement, ce qui s’explique par l’emphysème qui se produit. L’auscultation révèle comme précédemment l’existence des râles ronflant, sibilant, muqueux ; mais le râle sibilant est plus fin, plus ténu , il existe partout et il est mêlé au râle sous-crépitant ; enfin le murmure vésiculaire cesse souvent d’être perçu. Avec un trouble si profond dans les fonctions respiratoires, la parole est brève, saccadée; le pouls, toujours accéléré, acquiert parfois une fréquence excessive ; la peau est chaude , sèche ou couverte de sueur; toute l’habitude extérieure exprime la souffrance, l’anxiété. Les malades sont constamment assis , leurs bras arc-boutés pour fournir un point d’appui à quelques uns des muscles inspirateurs ; la figure est pâle, altérée , marbrée; les lèvres et les joues sont violacées. Cependant cette lutte incessante de l’organisme et l’hématose incomplète qui a lieu , finissent par épuiser les forces. Au bout de quelques | jours de réaction , l’affaissement se déclare , la respiration diminue de fréquence sans devenir plus facile ; les râles persistent au même degré, excepté le râle sous-crépitant qui ordinairement alors diminue ou cesse ! même complètement, l’expectoration est plus pénible; les mucosités s’accumulant dans l’arbre aérien , y déterminent , par le passage alternatif de l’air , un bruit de râlement ou de gargouillement. La teinte violacée de la face est plus foncée ; on l’observe également aux pieds et j aux mains; quelquefois même des vergetures, des plaques violacées se dessinent sur toute la surface du corps; le pouls perd de sa force; sa fréquence augmente , et il devient irrégulier. Les malades s’affaissent de plus en plus; ils tombent dans la somnolence , et succombent ldhtement en conservant jusqu’au dernier moment l’intégrité des facultés intellectuelles. Si, au contraire, la maladie doit avoir une heureuse issue, on voit diminuer simultanément le nombre des respirations et l’anxiété. Les râles sont moins bruyants, moins étendus, moins nombreux , ce qui indique que le poumon est devenu plus perméable ; la peau perd peu à peu sa coloration violacée ; enfin la convalescence se déclare. Les malades peuvent présenter encore pendant longtemps les symptômes d’une simple bronchite ; mais les accidents propres à la bronchite capillaire cessent après une durée variable ; celle-ci est rarement moindre de cinq jours, et ne dépasse guère dix à quinze. Lorsque la mort survient, elle
a communément lieu dans cet intervalle. La convalescence est toujours assez longue; cette maladie est très sujette à récidive.
Les symptômes que je viens d’indiquer sont précisément ceux qu’on observe dans la bronchite pseudo-membraneuse. Celle-ci ne se distingue i de la première que par les caractères de l’expectoration qui sont extrêmement remarquables. Ainsi les malades rejettent, après des quintes de I toux plus ou moins répétées, des fausses membranes aplaties , rubanées, tubulées , ramifiées , et donnant quelquefois l’image d une racine avec son chevelu. Les malades sont généralement tous soulagés après cette expulsion ; mais les signes de suffocation et d’asphyxie reparaissent quand la fausse membrane s’est reproduite. Dans deux cas observés par MM. Barth et Cazeaux, l’auscultation , indépendamment des raies sibilant et ronflant , avait fait distinguer un petit bruit de soupape , qui se j produisait probablement quand les fan ses membranes , en partie détachées, flottaient dans l’arbre aérien.
Diagnostic. — Le diagnostic de la bronchite est presque toujours j facile ; en effet, le caractère de la toux et de l’expectoration , la sonorité conservée de la poitrine et la nature des râles secs et humides, ne permettront de la confondre avec aucune autre maladie aiguë de poitrine. La bronchite capillaire offre des caractères non moins tranchés, et l’on verra plus tard qu’il n’est pas possible de la confondre avec la coqueluche ni avec la pneumonie. La bronchite pseudo-membraneuse, malgré l’oppression qui l’accompagne et le rejet des fausses membranes , ne pourra non plus être confondue avec le croup , en raison de l’absence de la respiration sifflante, de l’enrouement, de l’aphonie et de la voix croupale; ni avec la laryngite striduleuse, maladie presque apyrétique dont la suffocation arrive par accès, et qui n’offre point à l’auscultation les râles bruyants, ni à la percussion la sonorité d’emphysème qu’on observe dans la bronchite capillaire.
Dronostic — Le pronostic de la bronchite capillaire est très grave, puisque cette maladie emporte à peu près le sixième des adultes et les sept huitièmes des enfants qui en sont atteints. Chez ces derniers, pourtant, il ne faut pas oublier que la bronchite capillaire se complique fréquemment de pneumonie lobulaire, qui est une cause de nouveaux dangers. La bronchite pseudo-membraneuse est au moins aussi grave que la précédente. L’inflammation simple des grosses bronches est une affection bénigne dont l’issue est constamment heureuse, excepté chez quelques vieillards et les enfants , et généralement chez tous les sujets débilités.
Etiologie. — La bronchite est une maladie très commune; il est rare qu'un même individu n’en soit pas atteint plusieurs fois dans le cours de son existence. Plus fréquente pourtant aux deux extrêmes de la vie, elle paraît être aussi plus commune chez l’homme que chez la
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femme ( Louis et Rufz ) , ce qui dépend probablement des conditions hygiéniques différentes auxquelles les deux sexes sont inégalement exposés. La prédisposition à la bronchite est d’autant plus grande qu’on en a déjà été atteint un plus grand nombre de fois. Cette maladie survient , dans la grande majorité des cas , d’une manière en apparence spontanée , et sans qu’on puisse saisir l’action d’aucune cause déterminante , mais assez souvent néanmoins elle est consécutive à l’action du froid, comme un refroidissement partiel de la tête ou des pieds; ou bien à des variations brusques de température : aussi la maladie est-elle plus fréquente dans l’hiver, le printemps et l’automne. C’est dans ces saisons qu’on la voit quelquefois régner épidémiquement. Il est des bronchites toutes symptomatiques, et dont nous n’avons pas à nous occuper ici; ce sont celles qu’on observe dans la rougeole et dans la fièvre typhoïde. On les voit souvent devenir capillaires.
Traitement . — Le traitement doit varier suivant l’intensité de la maladie. Si la bronchite est bénigne et tout-à-fait apyrétique, il suffira que les malades observent une bonne hygiène ; ils pourront user avec avantage des boissons et des pâtes pectorales. C’est dans cette forme de la maladie que quelques personnes ont préconisé divers moyens pour la faire avorter : ainsi Laënnec, d’accord en cela avec le vulgaire, conseillait aux malades l’usage des spiritueux (vin, punch, eau-de-vie) pris chauds, de manière à exciter une forte diaphorèse ; d’autres ont employé des purgatifs doux , des révulsifs cutanés. Ces derniers moyens sont toujours utiles. Quant aux excitants diffusibles, il faut en restreindre l’emploi aux malades qui ne sont point pléthoriques , qui n’ont aucune phlegmasie gastro-intestinale , ni aucune tendance à contracter une pneumonie. Il est d’ailleurs généralement prudent de s’abstenir de ces moyens. Si la bronchite est plus intense, si elle s’accompagne de fièvre, il faut prescrire un repos absolu , la diète , les mêmes boissons douces '1 que précédemment ; et si le pouls est large , la chaleur élevée, l’oppression forte, on devra pratiquer une, même plusieurs émissions sanguines. Il faut ordinairement préférer l’ouverture de la veine. On aura encore recours dans ces cas aux pédiluves irritants , aux purgatifs doux ; si la poitrine est douloureuse , on pourra appliquer avec avantage , audevant du sternum , un cataplasme émollient , qu’on recouvrira d’urt taffetas ou d’une flanelle, afin de prévenir son refroidissement. Les vomitifs sont d’un usage fréquent dans la bronchite ; on les emploie dans deux cas, ou bien pour combattre des symptômes bilieux, ou pour favoriser l’expectoraLion. Lorsqu’en effet , par une cause quelconque , les mucosités sont incomplètement expulsées et s’accumulent dans les bronches , l’émétique et l’ipécacuanha en provoquent l’expulsion pendant les secousses du vomissement. Ces substances ont en outre l’avantage d’exciter la diaphorèse. La toux est un symptôme bien in-
commode , et qui exige des moyens spéciaux. On emploiera contre elle les pédiluves irritants, et surtout les préparations d’opium en pilules ou en potion ; enfin , dans les cas les plus rebelles , on essaiera l’emploi d’un bain tiède un peu prolongé. Ce moyen réussit surtout chez les enfants.
Lorsque tous les accidents aigus ont cessé, lorsque les signes de conj gestion ayant cédé , la toux et l’expectoration persistent , on devra insister sur la médication révulsive, comme les purgatifs, les sudorifiques en boissons, ou bien extérieurement, tels que bains de vapeur, frictions sèches aromatiques sur la peau , emplâtres excitants, rubéfiants,
| vésicants, sur la poitrine (sparadrap, poix de Bourgogne , vésicatoires). Ôn associera à ces moyens l’usage de quelques boissons légèrement excitantes , telles que le lichen , le lierre terrestre , l’hysope , le polygala, etc. Enfin , si la maladie a passé tout-à-fait à l’état chronique , on ! prescrira la série de moyens dont nous parlerons plus bas.
Dans la bronchite capillaire , on insistera sur la médication antiphlogistique et révulsive. Cependant il faut bien éviter de trop prodiguer la saignée dans la crainte d’épuiser les forces. D’ailleurs, si nous consultons notre propre observation , nous dirons que la saignée produit généralement un soulagement beaucoup moins prompt et moins marqué que ne le font les vomitifs , après l’emploi desquels les malades respireront toujours mieux. On devra donc les répéter plusieurs fois à quelques jours de distance. Cette médication est également spécialement applicable aux cas de bronchite pseudo-membraneuse. Les purgatifs sont beaucoup moins avantageux. Enfin , lorsque l’oppression continue à faire des progrès, on pourra quelquefois conjurer le danger en appliquant un large vésicatoire sur la partie antérieure du thorax. Dans la seconde période , lorsqu’à la réaction s’unit l’accablement , il convient de soutenir les forces par quelques toniques, parle polygala , les macérations de quinquina, et les boissons vineuses; en même temps on donnera les substances dont l’usage est consacré par l’expérience comme favorisant l’expectoration ; tels sont en particulier l’oxymel scillilique et le kermès. Dans tous les cas il faut, surtout chez les vieillards et les enfants, surveiller le décubitus, et donner à ces malades, dans leur lit, la position la plus convenable pour favoriser l'expectoration , et les changer
souvent de place pour prévenir les congestions passives.
La bronchite est souvent chronique; celle-ci est tantôt primitive , tantôt, au contraire, elle est consécutive à l’état aigu.
Caractères anatomiques. — Les lésions diffèrent souvent peu de celles qu’on rencontre dans la forme aiguë. Dans la bronchite chronique
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pourtant la teinte de la muqueuse est communément violacée, ardoisée : cette couleur est partielle; elle existe uniformément sur une certaine surface , ou bien elle est irrégulièrement disséminée. Il est rare que la membrane soit ramollie, et elle ne l’est jamais au point de se réduire en pulpe par la pression du doigt, comme on le voit si fréquemment pour la muqueuse gastro-intestinale. C’est à tort que quelques auteurs ont signalé les ulcérations comme étant un caractère anatomique assez fréquent de la bronchite chronique. Les recherches des médecins français, celles de MM. Louis et Andral surtout, ont, en effet, démontré que les ulcérations des bronches étaient excessivement rares en dehors de l’affection tuberculeuse. On voit, au contraire, quelquefois la muqueuse chroniquement enflammée subir un épaississement assez considérable pour rétrécir ou même oblitérer tout-à-fait le calibre des petites ramifications ; on y a même vu des concrétions pseudo-membraneuses s’y former comme à l’état aigu. Enfin il est une autre altération qui coïncide fréquemment avec la bronchite chronique : je veux parler delà dilatation des bronches et de l’emphysème.
Symptômes. — Dans la bronchite chronique, il n’existe communément aucune douleur de poitrine; quelquefois pourtant les malades éprouvent, à l’épigastre et derrière le sternum, un sentiment de; gêne, de chaleur ou de pression qui est permanent, ou qui ne se réveille passagèrement qu’après les quintes de toux. La respiration n’est pas ordinairement accélérée, du moins lorsque les malades sont au repos; cependant quelques uns ont une dyspnée habituelle, qui augmente par l’exercice, et peut quelquefois se montrer sous forme d’accès La bronchite chronique peut produire , en effet, la série d’accidents qui carac térisent les accès d’asthme; c’est ce qu’on observe spécialement dans les cas où la membrane muqueuse des bronches est épaissie dans une grande étendue. On a encore supposé que ces mêmes accidents pouvaient résulter d’une congestion subite de la muqueuse ou de l’obstruction des rameaux bronchiques par des mucosités. Quoi qu’il en soit, dans ces cas, la dyspnée survenant presque subitement, arrive rapidement à son plus haut degré d’intensité, elle disparaît ordinairement après une expulsion abondante de crachats, et ne laisse après elle d’autres troubles dans les fonctions respiratoires que ceux qui résultent de la bronchite elle- même. La toux et l’expectoration sont les deux symptômes prédominants dans la bronchite chronique. La toux est rare ou fréquente; dans ce dernier cas, elle a lieu par quintes. L’expectoration est facile ou difficile , rare ou abondante ; les matières rejetées sont très variables; elles peuvent être grisâtres, jaunâtres , verdâtres, opaques, ou d’un blanc mat ou tout-à-fait purulentes ; elles adhèrent au fond du vase (catarrhe muqueux) ; ailleurs c’est un liquide incolore , transparent, filant, spumeux à la surface , et qui, lorsqu’on a enlevé cette
écume, ressemble à du blanc d’œuf délayé dans de l’eau ( catarrhe pituiteux ). Mais cette espèce d’expectoration caractérise bien moins la bronchite chronique qu’un flux particulier des bronches, dont nous ! parlerons plus tard en détail (voir Bronchorrhée). La quantité des crachats varie beaucoup ; le plus souvent elle est de ôO à 60 grammes ; elle s’élève quelquefois à plus de 1 kilogramme, et, dans ce cas, il est fréquent de voir les malades rejeter les crachats en grande quantité à la fois, comme si une vomique s’était ouverte dans les bronches; enfin , d’autres fois, au contraire , il n’y a point d’expectoration, ou du moins les malades ne rejettent , dans les vingt-quatre heures , que quelques crachats globuleux nacrés, d’un gris de perle, et de consistance d’empois ( c'est le catarrhe sec de Laënnec). D’ailleurs l’expectoration offre de nombreuses différences chez le même individu ; c’est ainsi qu’elle devient plus abondante dans les temps humides, ou après un refroidis- ! sement , après l’usage de certains aliments , et généralement après toutes les causes capables d’augmenter la congestion de la membrane muqueuse des bronches.
Dans la bronchite chronique , la sonorité du thorax est normale , et à l’auscultation on constate l’existence des râles ronflant, sibilant, mu , queux et sous-crépitant de l’état aigu. Les deux premiers existent souvent dans toute l’étendue des poumons , tandis que les deux autres , le dernier surtout , ne se retrouvent guère qu’en arrière à la base des deux j poumons. En général, la bronchite chronique simple ne s’accompagne pa de fièvre, ni d’aucun trouble grave du côté des fonctions digestives et assi I milatrices. Cependant, si la sécrétion bronchique est considérable, et si la muqueuse est engorgée dans une grande étendue , il peut y avoir un peu i d’amaigrissement , qui dépend souvent aussi du trouble des fonctions j digestives.
Marche } durée , terminaisons. — La bronchite chronique persiste, en général , d’une manière continue ou avec des exacerbations pendant plusieurs mois. Si elle naît au commencement de l’hiver, il est rare qu’elle cesse complètement avant les chaleurs de l’été , et reparaît souvent après les premiers froids; sa durée par conséquent n’a rien de fixe. Cette maladie peut se terminer par résolution, et celle-ci est quelquefois hâtée par le passage de la phlegmasje à l’état aigu. Cependant, chez les vieillards , cette recrudescence annonce souvent le début d’une pneumonie; enfin il paraît que quelquefois la mort a été produite par l’épuisement qu’entraîne toute sécrétion exagérée. Toutefois il est très rare qu’il n’y ait pas alors quelque autre grave altération qui à elle seule explique la mort, ou qui du moins a dû en rapprocher le terme : tels sont surtout les tubercules pulmonaires et les maladies du cœur. Enfin il arrive fréquemment que tous les signes anatomiques de l’inflammation cessent ; la muqueuse reprend sa couleur, sa consistance et son épaisseur
normales; mais nonobstant , l’expectoration continue à être aussi abondante que par le passé; la maladie a alors évidemment changé de nature. On ne doit plus voir ici qu’une simple modification , qu’une perversion de la sécrétion qui a eu pour point de départ l’inflammation, mais qui continue ensuite, quoique celle-ci ait disparu. Il est à supposer que la membrane a subi alors une modification toute vitale , et par conséquent insaisissable.
Diagnostic. — Le diagnostic différentiel de la bronchite chronique sera étudié avec soin aux articles Bronchorrhée et Phthisie pulmonaire.
Pronostic. — Le pronostic n’est grave que chez les vieillards et les sujets affaiblis. Dans tous les cas , la bronchite chronique constitue une affection incommode, souvent dégoûtante, très rebelle à la thérapeutique , sujette aux récidives et pouvant produire , ou tout au moins favoriser le développement de diverses lésions organiques, comme les anévrysmes du cœur et les dilatations des bronches, peut-être aussi celle des vésicules pulmonaires. Quant aux tubercules qu’on a regardés comme une suite fréquente de la bronchite , nous prouverons plus tard qu’ils en sont complètement indépendants.
Etiologie. — La bronchite chronique se montre à tous les âges, mais elle affecte surtout les vieillards; elle est rare dans l’enfance. Les sujets d’une constitution molle, lymphatique; ceux qui habitent les lieux humides ou qui sont exposés aux variations atmosphériques y sont davantage prédisposés. Chez les enfants, la maladie est souvent consécutive à la coqueluche.
Traitement. — Comme dans toutes les autres affections, le traitement de la bronchite chronique doit varier suivant l’état général et local. Il est fort rare que la médication antiphlogistique soit indiquée; il serait utile pourtant d’y recourir si le sujet était fort et si la dyspnée était permanente. Les révulsifs sont, au contraire, toujours avantageux. On prescrira d’abord l’usage de la flanelle sur la poitrine et même sur tout le corps; on fera des frictions sèches, aromatiques, sur le thorax ; on y appliquera des emplâtres rubéfiants et même vésicants (poix de Bourgogne , vésicatoires) ; on excitera une forte diaphorèse à l’aide des bains de vapeur; enfin, si l’état des organes digestifs le permet, on administrera quelques laxatifs , et si le sujet est faible on donnera la préférence aux préparations qui , comme la rhubarbe , jouissent en même temps de propriétés toniques. Laënnec a également préconisé l’emploi des vomitifs, répétés autant que le permettent les forces du sujet et la manière dont il les supporte.
Les praticiens sont d’accord pour recommander dans la bronchite chronique l’emploi des substances amères et aromatiques en tisanes , potions , tablettes , etc. : tels sont le lichen , le lierre terrestre , l’hy-
Dli LA GRIPPE.
sope, le poîygala, le quinquina , l’eau de goudron, la térébenthine, les baumes du Pérou, de la Mecque, de tolu, le copahu; les eaux sulfureuses d’Enghien, d’Aix, de Bonnes, de Cauterets, de Barèges, de Luchon, les eaux du Mont-Dore ; les fumigations résineuses, celles d’iode et de chlore. Enfin les Anglais préconisent le colchique d’automne , qui agit à la fois comme diurétique et comme drastique.
Il est des accidents qui réclament certains moyens spéciaux : ainsi, quand les quintes de toux^sont trop fréquentes, on les calmera souvent par l’emploi des narcotiques, et surtout de l’opium en pilules. Si les crachats sont difficilement expectorés, et si, s’accumulant dans les bronches , ils menacent de produire des accidents, on conseillera les vomitifs , et surtout l’ipécacuanha , qu’on pourra donner de manière à provoquer des vomissements, ou bien à doses fractionnées , pour entretenir des nausées continuelles. Dans les cas dont je parle, on emploie encore avec avantage le kermès et l’oxymcl scillitique. Lorsque la difficulté de l’expectoration tient à la viscosité excessive des crachats, qui sont en même temps en petite quantité {crachats perlés) , tels enfin qu’on les observe dans la variété de bronchite que Laënnec a désignée sous le nom de catarrhe sec , on pourra, à l’exemple de cet illustre médecin , essayer l’usage des alcalis légers, tels que le savon amygdalin en pilules, les bains alcalins, l’eau de Vichy, etc. Les moyens précédemment indiqués, en modifiant l’état de la muqueuse, diminueront la sécrétion catarrhale. Si néanmoins celle-ci persistait toujours très abondante, on pourrait essayer un moyen qui a plusieurs fois réussi h M. Piorry , et qui consiste dans une privation des boissons la plus complète possible.