DE LA GRIPPE
Synonymie.— Catarrhe épidémique , cocote, iotluenza, etc. Grippe vient, dil-on , du polonais chrypha , qui siguifie enrouement.
La grippe est une maladie caractérisée par le coryza et les symptômes ordinaires de la bronchite peu intense , avec fièvre, céphalalgie , brisement, courbature, et un affaiblissement remarquable qui n’est en rapport ni avec les souffrances ni avec les lésions locales qu’on observe.
Historique. — Un médecin aussi distingué par le talent que par le caractère, M. Raige-Delorme , a, dans le tome X du Dictionnaire de médecine , inséré un article extrêmement remarquable sur la grippe , où il a montré qu’il n’existe aucun document prouvant l’existence de la maladie avant le XVe siècle; les premières descriptions ne datent même guère que de 1580. Depuis cette époque , la grippe s’est montrée de temps en temps sur diverses parties du globe, et toutes les épidémies qu’on a décrites ont été remarquables par le grand nombre d’individus qu’elles ont frappé et par l’étendue du pays qu’elles ont parcouru.
DES INFLAMMATIONS
La grippe ne s’était pas montrée en France depuis 1803 , lorsqu’elle apparut en 1830, revint en 1833 , et sévit de nouveau en 1837.
Anatomie pathologique. — La grippe ne tuant les malades que par ses complications, on n’a presque aucune notion sur les lésions propres à la maladie; on sait seulement qu’à l’autopsie on trouve communément les muqueuses des fosses nasales, du pharynx, du larynx, rouges, injectées, boursouflées; que la même altération se prolonge souvent bien avant dans les bronches, où M. Nonat et d’autres ont trouvé plusieurs fois des pseudo-membranes; mais toujours alors il existait une pneumonie simple ou double , qui est la lésion concomitante de la grippe la plus fréquente , et celle qui fait périr le plus grand nombre de malades.
Symptômes. — Dès le début , les malades se plaignent de malaise ; ils sont accablés , courbaturés, éprouvent des douleurs contusives dans les membres, dans la poitrine, à l’épigastre, une céphalalgie violente, quelquefois atroce, tantôt générale, le plus souvent limitée au front, avec vertiges et bourdonnements d’oreilles. Il y a souvent des épistaxis; la figure exprime la souffrance; les forces, toujours prostrées, le sont quelquefois à un degré extrême , de sorte qu’on croirait les malades atteints de quelque affection grave commençante. Beaucoup ont des lipothymies; la fièvre, variable, tantôt violente, tantôt légère, pouvant même manquer, a généralement une intensité médiocre ; elle a souvent un redoublement le soir : aussi les nuits sont agitées, pénibles. Le sang tiré des veines n’a pas toujours le même aspect. Ainsi le caillot est parfois assez dense et couenneux; d’autres fois il est mou et presque diffluent : c’est ce que l’on a noté surtout dans la grippe de 1837. En même temps il existe constamment des signes de phlegmasies du côté de quelques membranes muqueuses : ainsi il y a de l’enchifrènement; l’odorat est perdu ; un fluide séreux s’écoule en abondance des narines (coryza ; les yeux sont rouges , larmoyants , un peu tuméfiés , et supportent difficilement l’impression de la lumière. Beaucoup de malades accusent un léger mal de gorge ; presque tous ont la voix rauque , éprouvent un chatouillement à la partie supérieure du larynx, un sentiment d’ardeur et de chaleur derrière le sternum; la toux est plus ou moins fréquente, quinteuse, toujours très pénible, très douloureuse, d’abord sèche , mais provoquant plus tard l’expulsion de crachats muqueux plus ou moins abondants. La poitrine est sonore à la percussion, et le plus ordinairement on constate la présence de quelques râles sibilant , ronflant, sous-crépitant ou muqueux. Il existe aussi de la dyspnée et un sentiment d’oppression qui ne sont nullement en rapport avec les résultats fournis par l’exploration physique. Les symptômes du côté des organes digestifs sont très variables; il n’y a souvent d’autre trouble que de l’inappétence. Dans beaucoup d’épidémies, il existait presque toujours des nausées , des vomissements ou de la diarrhée.