DE LINFLAMMATION DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES
Synonymie — Angiolcncite , lymphatile , lymj hile , lymphangite.
A différentes époques les auteurs ont invoqué l’inflammation du système lymphatique comme étant la source d’une foule d’affections aiguës et chroniques; mais la plupart de ces opinions n’avaient point pour base une observation sévère, et ce n’est que dans ces dernières années qu’on a convenablement étudié ce point de la science. Les connaissances précises que nous avons à ce sujet sont dues, surtout, aux travaux de MM. les professeurs Àndral, Cruveilhier, Velpeau, et des docteurs Tonnelé, Dupiav, Nouât, etc.
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Anatomie pathologique. — Les vaisseaux lymphatiques qui sont le siège d’une inflammation aiguë augmentent de volume et deviennent visibles à l’œil nu. Ils se montrent alors sous la forme de cordons, blancs ou rougeâtres, bosselés, inégaux , pouvant égaler en volume une plume de corbeau. Il sont généralement distendus par un pus phlegmoncux homogène; leur face interne est quelquefois tapissée d’une fausse membrane; leurs parois sont souvent rouges, dures, friables, épaissies; elles ne s’affaissent plus lorsqu’on pique le vaisseau et qu’on le vide du pus qu’il contient. Le plus souvent, le lymphatique continue à être perméable, mais quelquefois il est oblitéré par une fausse membrane ou par l’adhésion des parois. L)e pareilles oblitérations ont été plusieurs fois observées pour une partie du canal thoracique lui-meme, qu’on a vue transformée en un cordon fibreux. Dans un grand nombre de cas pourtant, du pus existe dans les vaisseaux lymphatiques, sans qu’il soit possible de constater aucune lésion manifeste dans les parois de ces organes. C’est ce qu’on observe , par exemple, fréquemment pour les lymphatiques de l’utérus et du bassin chez les femmes qui succombent à la fièvre puerpérale. On a alors été porté à admettre que le pus avait simplement pénétré dans les vaisseaux; et il faut avouer que cette opinion est presque toujours justifiée par la présence d’un foyer purulent dans un organe voisin. Il est rare de trouver des abcès métastatiques chez les sujets qui succombent à une angioleucile ; cependant M. Velpeau paraît en avoir observé plusieurs fois de très nombreux et très petits dans les poumons et dans le foie.
Symptômes y marche. — Lorsque l’inflammation occupe les vaisseaux lymphatiques superficiels, on voit se destiner à la surface de la peau des stries, des rubans ou de simples plaques d’un rouge plus ou moins vif, irréguliers, tortueux, circonscrivant des espaces de peau saine. Ils occupent une étendue plus ou moins considérable; ils s’étendent parfois sur toute la longueur d’un membre, et ont presque toujours pour point de départ une altération des téguments, comme une plaie, une phlegmasie ou une suppuration. C’est le plus souvent dans le voisinage de ces lésions que la lymphite commence. Mais il n’est pas rare aussi que les premières rougeurs se montrent dans un point plus ou moins éloigné. Ces rougeurs peuvent exister d’une manière continue, ou bien elles sont d’abord disséminées; mais bientôt elles se réunissent, se confondent et forment une rougeur uniforme offrant le caractère d’un érysipèle ordinaire. La partie malade est le siège d’une douleur brûlante que la pression exaspère; il y a un gonflement ordinairement peu considérable et comme œdémateux. Enfin, les ganglions auxquels se rendent les lymphatiques enflammés sont presque toujours douloureux et gonflés. Si l’inflammation atteint primitivement le plan profond des vaisseaux lymphatiques , c’est , comme le dit M. Velpeau , la douleur qui fixe
DES INFLAMMATIONS
d’abord l’attention; elle est profonde, pongitive ou lancinante; elle est fixe , mais disséminée comme par foyers et d’une intensité inégale dans les différents points. Si on palpe, on sent profondément des points indurés très douloureux qui finissent par soulever la peau et produisent souvent un gonflement œdémateux de toute la partie.
Les symptômes généraux de l’angioleucite se bornent communément à quelques frissons, à un état de malaise qui en marque le début; la fièvre est plus ou moins vive; il y a alors de la soif, de l’inappétence et des vomissements. Ces symptômes appartiennent exclusivement à la phlegmasie; mais il en est d’autres résultant de l’infection du sang : tels sont le délire, la prostration , la langue fuligineuse, la petitesse du pouls, etc. Mais de pareils accidents sont fort rares ; car les ganglions lymphatiques, qui eux-mêmes sont enflammés , opposent le plus souvent une barrière insurmontable au pus , et empêchent que ce liquide ne pénètre dans le système veineux. Cependant cette pénétration a lieu quelquefois; mais elle se fait lentement : aussi les symptômes d’infection de l’angioleucite ne sont jamais ni aussi graves ni aussi rapides que dans la phlébite. Il faut pourtant excepter les cas où la maladie est survenue après l’introduction dans l’économie d’une matière septique : c’est ainsi que beaucoup des individus qui succombent après une piqûre anatomique commencent par éprouver une angioleucite qui s’accompagne bientôt des accidents les plus formidables des résorptions purulentes, et sans que l’autopsie révèle aucune inflammation appréciable des veines.
Terminaison. — L’angioleucite peut se terminer par résolution ; c’est ce qui a lieu le plus souvent, lorsque l’inflammation n’atteint qu’un petit nombre de vaisseaux superficiels. Dans le cas contraire , la maladie se termine par suppuration , et on trouve alors le pus infiltré ou réuni en collections plus ou moins vastes. On a dit que la phlegmasie pouvait se terminer par induration et par gangrène, ce qui n’est peut-être pas encore parfaitement démontré. L’opinion de M. Alard, qui regarde l’angioleucite chronique comme constituant l’éléphantiasis , ne repose sur aucune observation précise, et elle n’est basée sur aucun fait d’anatomie pathologique.
Durée. — L’angioleucite a une durée très variable : lorsque la maladie n’occupe qu’un petit nombre de vaisseaux superficiels, la résolution peut être complète dès le quatrième ou cinquième jour ; d’autres fois la phlegmasie continue à s’accroître pendant sept à huit jours, et c’est alors, ou bien beaucoup plus tard , comme au vingtième jour , que la guérison survient.
Diagnostic. — L’angioleucite ne pourra être confondue qu’avec la phlébite, l’érysipèle et l’érythème noueux. Elle diffère de la phlébite, parce que dans celle-ci il y a un cordon plus dur , plus gros, plus douloureux et plus profond, existant sur le trajet connu d’une veine. On
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n’observe pas le gonflement des ganglions voisins; enfin on voit plus fréquemment survenir des symptômes d’infection , qui suivent toujours une marche très aiguë. L’érysipèle diffère de l’angioleucite par une rougeur uniforme et occupant un certain espace , s’accompagnant de dureté du derme, et souvent de phlyctènes. L’érythème noueux a beaucoup plus de ressemblance avec l’angioleucite ; il en diffère pourtant en ce que les plaques, plus foncées , très superficielles, offrent à la pression une mollesse comme fluctuante , et se terminent constamment par résolution.
Pronostic. — L’angioleucite a presque toujours une heureuse terminaison; elle peut pourtant avoir une issue fâcheuse : c’est ce qu’on observe spécialement dans les cas où il y a eu absorption d’un principe septique , comme on le voit trop fréquemment après les piqûres anatomiques.
Etiologie. — L’angioleucite est une maladie presque toujours consécutive : ainsi elle survient ordinairement après des blessures de la peau, surtout lorsqu’elles ont été irritées ou qu’elles ont été produites avec un instrument sale; elle se déclare aussi après des contusions, ou bien au voisinage de parties enflammées.
Traitement. — L’angioleucite réclame les mêmes moyens que la phlébite. On insistera particulièrement sur les saignées locales, les bains et les cataplasmes émollients, auxquels on joindra souvent les onctions mercurielles. Les vésicatoires volants sont indiqués lorsque, la phlegmasie restant stationnaire, il s’agit de décider une résolution ou une suppuration jusque là incertaine. Enfin dans ces cas, ou bien encore dès le début, lorsque l’angioleucite est très superficielle , on pourra avec avantage exercer la compression. Si des symptômes d’infi ction surviennent, l’art n’a encore aucun moyen efficace pour les combattre.
de l’adénite ou inflammation des ganglions lymphatiques.
Les ganglions lymphatiques s’enflamment beaucoup plus fréquemment que les vaisseaux blancs.
Caractères anatomiques . — Dans un premier degré, le tissu du ganglion est gonflé, rougeâtre, rouge-brun, humide et friable; il peut finir par se ramollir et offrir une diffluence semblable à celle de la rate dans les fièvres typhoïdes. A une époque encore plus avancée, on trouve du pus disséminé, infiltré, puis réuni en un ou plusieurs foyers. On a prétendu que, dans l’adénite, l’inflammation occupait le tissu cellulaire interstitiel , parce qu’on assure qu’un anatomiste est parvenu à pousser du mercure dans les vaisseaux lymphatiques des ganglions enflammés; cependant ce fait n’est pas encore suffisamment établi , et le fût-il, il ne serait pas encore tout-à-fait concluant.
DES INFLAMMATIONS
Symptômes. — Lorsqu’un ganglion s’enflamme, il augmente de volume , il durcit et devient le siège de douleurs lancinantes continues; il finit par former une tumeur phiegmoneuse saillante, et la peau participe bientôt à la phlegmasie. Celle-ci peut se terminer par résolution ou être suivie de suppuration, d’induration, très rarement de gangrène. Cette maladie, lorsqu’elle est simple, a presque toujours une heureuse issue; il est inutile de dire que je ne parle ici que de l’adénite externe et de celle qui ne se lie à aucun état général grave.
Etiologie. — L’inflammation des ganglions lymphatiques est presque toujours symptomatique d’une irritation qui siège plus ou moins loin. Ainsi les ganglions sous-maxillaires et ceux des parties latérales du cou s’engorgent, s’enflamment dans les maladies du cuir chevelu, dans l’érysipèle et les ulcères de la face , dans les cas de stomatite , de dentition difficile, d’angine simple et surtout coucnneuse. L’inflammation des ganglions axillaires reconnaît ordinairement pour cause une excoriation, une picjûre au doigt, une plaie , une cause d’irritation sur les parois de la poitrine. Enfin la phlegmasie des ganglions du pli de l’aine est ordinairement consécutive à une maladie des organes génitaux externes ou à quelque cause d’irritation placée sur le membre inférieur, comme une solution de continuité , une pression excessive du pied par une chaussure trop étroite, etc. Les ganglions placés dans les cavités splanchniques ne s’enflamment guère aussi que d’une manière consécutive; tels sont les ganglions bronchiques si souvent altérés dans la pneumonie, tels sont surtout les ganglions mésentériques qui passent par tous les degrés de l’inflammation aiguë dans les cas de fièvres typhoïdes cl fréquemment aussi dans la dysenterie. Cependant il est incontestable que quelquefois l’inflammation des ganglions a lieu primitivement et sans qu’on puisse saisir aucun changement appréciable dans les parties voisines; c’est ce que nous verrons, par exemple, pour l’érysipèle; et c’est aussi ce que nous avons vu dans la peste.
Traitement. — L’adénite aiguë réclame à peu près le même traitetement que le phlegmon, c’est-à-dire les émissions sanguines, les bains, les cataplasmes. Si la suppuration se déclare , il faut ouvrir l’abcès dès que la présence du pus est certaine. Les vésicatoires, que quelques personnes emploient pour favoriser la résolution de l’engouement ou la résorption du pus, m’ont paru n’avoir aucun avantage. Si l’induration persiste à l’état chronique , on devra employer les fondants, les résolutifs en topiques et en frictions (pommades iodurées, mercurielles, etc.).