‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interneChapitre 72 sur 140 · INFLAMMATIONS DU SYSTÈME NERVEUX · texte numérisé non relu

INFLAMMATIONS DU SYSTÈME NERVEUX

Le mot méningite est une expression collective servant à désigner 1’inflammation simultanée de l’arachnoïde cl delà pie-mère, tandis que les mots d’arctchnilis ou cYarachnoïdilc , et celui de pic-mérite y expriment l’idée d’une inflammation bornée à l’arachnoïde et à la pie-mère seulement, ce qui d’ailleurs est extrêmement rare. Il est douteux que la dure-mère soit susceptible de s’enflammer, du moins d’une manière primitive. Les faits rapportés par Abercrombie ne sont pas assez concluants; cependant il est certain qu’on a trouvé cette membrane manifestement enflammée, consécutivement à une altération des os du crâne; mais jusqu’à présent on n’a pu saisir aucun symptôme capable de révéler une pareille altération.

Historique et divisions. — Sous le nom de phrenilis, les anciens auteurs ont confondu l’inflammation des méninges, celle du cerveau et beaucoup de délires purement sympathiques ; mais aujourd’hui ces affections, distinctes sur le cadavre, le sont aussi presque toujours sur le vivant. Dans le courant du siècle dernier, et même jusque dans ces derniers temps, quelques auteurs, trop préoccupés de l’épanchement séreux qu’on observe assez souvent dans la méningite , considérèrent cette altération comme le caractère fondamental d’une maladie spéciale qu’on nommait hydrocéphale aiguë. Mais il est aujourd’hui incontestable qu’il faut rapportera la méningite ou à laméningo-encéphalite presque toutes les observations d’hydropisies aiguës du cerveau qui ont été publiées. Enfin les recherches des modernes ont encore démontré que, sous le point de vue tant anatomique que pathologique, il fallait distinguer deux espèces de méningites qu’on a confondues jusque dans ces derniers temps; dans l’une, il y a production, dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien , de granulations particulières qui sont de nature tuberculeuse; dans l’autre, au contraire , on constate seulement les caractères propres aux inflammations du tissu séreux. Il ne sera question ici que de cette dernière , que nous considérerons à l’état aigu et à l’état chronique , renvoyant l’étude de la première variété quand nous traiterons de la maladie tuberculeuse. La méningite , telle que nous la comprenons dans cet article, a été l’objet de quelques travaux importants : nous citerons surtout ceux de MM. Andral etGuersant, ainsi que la bonne monographie publiée en 1821 par Parent- Duchâtelet et Martinet.

Caractères anatomiques. — L’injection simple de la pie-mère , coïncidant avec une sécheresse particulière et l’état poisseux de l’arachnoïde, a été considérée par quelques auteurs comme devant se rapporter à la

MO

première période de la méningite. Toutefois ces lésions ne nous semblent pas suffisantes pour caractériser une phlegmasie des méninges; d’ailleurs il suffit que celle-ci persiste pendant quelques heures seulement pour voir survenir des altérations de nutrition et de sécrétion, qui ne laissent aucun doute sur le caractère de la maladie. L’injection vive qu’on aperçoit sur la surface du cerveau siège exclusivement dans la pie-mère, ou dans le tissu cellulaire sous- arachnoïdien ; elle ne pénètre probablement jamais l’arachnoïde, qui est toujours incolore et transparente. C’est en raison de cette circonstance que quelques médecins ont soutenu , bien à tort, que, dans la méningite, l’arachnoïde était toujours intacte. Il arrive, en effet, fréquemment que, sans être injecté , le tissu de cette membrane est devenu opaque, friable, cassant; sa surface peut être inégale et dépolie; enfin il n’est pas rare de trouver dans sa cavité même une sérosité lactescente , du pus ou des fausses membranes albumineuses. Cependant presque toujours ces produits existent à peu près exclusivement dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien: ils consistent en une sérosité opaque d’aspect purulent ou en une couche pseudo-membraneuse répandue uniformément ou par places irrégulières sur les circonvolutions seulement; mais plus souvent encore elles se prolongent profondément jusque dans les anfractuosités. La pie-mère, qui paraît être dans ce dernier cas le siège presque exclusif de la maladie, est alors d’un rouge vif; son tissu est humide, friable; elle se sépare assez facilement du cerveau ; mais lorsque la phlegmasie s’est propagée à la surface des circonvolutions, on ne peut l’en détacher qu’en entraînant en même temps avec elle un peu de substance cérébrale qui est rouge, ramollie, ou plus consistante que de coutume, mais aussi très friable. Cette altération du cerveau existe communément sur une assez grande étendue ; elle caractérise la forme d’encéphalite qu’on a nommée diffuse, et qui en raison de sa coïncidence avec l’inflammation des méninges est plus souvent désignée sous les noms de céphalo-mcningite , et de mêningo-encéphdlite .

La méningite est rarement générale; elle est plus souvent bornée à la convexité des hémisphères; quelquefois elle n’occupe que la base; elle peut même être circonscrite à un des lobes du cerveau , du cervelet, à la protubérance ou à la moelle allongée ; enfin l’inflammation peut gagner la membrane des ventricules; ces ca\ ilés contiennent alors un liquide floconneux ou séro-purulent. La méningite de la convexité est plus commune chez les adultes , tandis que chez les enfants l’inflammation envahit plus fréquemment les méninges qui tapissent la base du cerveau.

Sxjmptômes , marche. — La méningite peut avoir un début brusque ou bien être précédée de quelques prodromes dont les plus fréquents sont un malaise général, de la pesanteur de tête, quelques vertiges, de la torpeur intellectuelle et des épistaxis. Cependant, après une durée

qui varie entre quelques heures et plusieurs jours, la maladie débute, et on peut, eu égard aux symptômes qui surviennent, la diviser en j deux périodes qui sont : celle d 'exaltation et celle de collnpsus.

Première période. — Dans les cinq sixièmes des cas au moins , le dé- ! but de la méningite est marqué par une céphalalgie plus ou moins vive, accompagnée d’agitation, d’insomnie , de fièvre intense, et sou- I vent aussi de constipation et de vomissements. Mais la céphalalgie forme surtoutalors le caractère prédominant; elle est ordinairement vive, lancinante, parfois sourde, obtuse, compressive; elle augmente presque toujours par les mouvements et les secousses du corps, et souvent par l’impression d’une lumière trop vive ou de sons trop aigus. Elle est rarement générale; elle n’occupe le plus souvent qu’une partie circonscrite de la surface du crâne, et spécialement le front, plus rarement les tempes , le sinciput et l’occiput, ou seulement une moitié du front. D’ailleurs on peut rarement juger d’après la place occupée par la douleur quel est le siège et l’étendue de l’altération des méninges. La céphalalgie est à peu près la seule altération que la sensibilité éprouve dans la méningite intra-crânienne; ce n’est , en effet, que dans des cas tout-àfait exceptionnels qu’on constate simultanément quelques douleurs dans d’autres parties du corps. Cependant à la céphalalgie se joint bientôt de l’agitation et du délire , souvent calme , ne consistant que dans un marmottement continuel de mots inintelligibles. Beaucoup de ces malades, interrogés et distraits de leurs idées, répondent exactement; mais d’autres fois il y a dès le début un délire furieux qui force à fixer les malades dans leur lit à l’aide de la camisole. Quelle que soit d’ailleurs sa forme, le délire est, en général, continu; cependant il n’est pas très rare de le voir cesser momentanément et être remplacé par des intervalles plus ou moins lucides. C’est encore à cette époque qu’on constate des troubles divers dans les organes locomoteurs, tels que des soubresauts des tendons, un tremblement des membres ou de véritables mouvements convulsifs , comme ceux qui caractérisent le tétanos ou l’épilepsie. Les convulsions, plus communes chez les enfants que chez les adultes , sont ordinairement partielles ; les parties qui en sont le plus souvent le siège sont , dans leur ordre de fréquence , les masséters , les muscles de la partie postérieure du cou , et enfin ceux des extrémités supérieures et inférieures. Enfin, dans un dixième des cas, on constate du strabisme; celui-ci est tantôt permanent , tantôt il est passager. Cette déviation dans l’axe visuel explique souvent les troubles de la vision , et notamment la diplopie qu’on observe chez quelques malades. Les mouvements convulsifs alternent ordinairement avec un peu d’assoupissement ou un état comateux, quelquefois avec des paralysies partielles; mais ces accidents qui, d’ailleurs, peuvent être observés dès le début, marquent ordinairement le passage de la première période de la maladie à

DES INFLAMMATIONS

la seconde, lis coïncident le plus souvent avec la diminution ou la cessation de la céphalalgie; enfin , après une durée qui est ordinairement de trois à quatre jours , et qui peut varier entre un jour et deux septénaires, la maladie arrive à sa seconde période ou de collapsus.

Deuxième période. — A cette époque l’état d’exaltation cesse; le délire est remplacé par un assoupissement dont on peut d’abord retirer les malades, et qui devient ensuite permanent. Aux mouvements convulsifs a succédé la résolution égale des membres, ou plus marquée dans un des côtés; quelquefois la paralysie est partielle, limitée à une moitié du corps, à la face, à un membre ou seulement à quelques muscles, ( comme aux paupières. Ces paralysies sont permanentes, ou bien elles | sont passagères ; elles cessent et reviennent irrégulièrement; elles alternent quelquefois avec de la contracture et avec des mouvements ccn- i vulsifs. Enfin il n’est pas rare de voir, dans un point du corps assez cir- j conscrit comme la face, quelques muscles, tels que ceux des paupières, paralysé^, tandis que tous les autres sont agités par des secousses convulsives. Les évacuations alvines ont lieu involontairement, et l’on observe souvent la rétention d’urine; enfin la sensibilité est obtuse ou même complètement abolie, le malade reste insensible à tout ce qui l’entoure, il 11e paraît plus entendre ni voir. Quoique, dans un grand nombre de cas, les pupilles soient contractiles , régulières, cependant on les voit communément très dilatées, et fréquemment elles sont inégales entre elles j et irrégulières. La figure constamment pâle exprime la stupeur, et on 11’observe point ces alternatives de rougeur et de pâleur qui sont si communes dans la méningite tuberculeuse. Au milieu de ces graves symptômes, ie pouls a souvent acquis une grande fréquence, il est | devenu irrégulier et intermittent; cependant il arrive assez souvent que le pouls est sans fréquence, ou que même il bat avec plus de lenteur que de coutume ; ce serait même le cas le plus commun d’après les faits analysés par 31. Andral. A celle époque , la respiration s’accélère, et devient entrecoupée; enfin la mort arrive lentement, et se termine quelquefois brusquement au milieu d’un accès convulsif. La durée de cette période varie entre un et cinq jours : il est rare qu’elle se prolonge davantage. En somme la maladie offre une durée moyenne de un à deux septénaires, rarement elle dépasse vingt-cinq jours, il est peutêtre plus rare encore qu’elle se termine après trois ou quatre jours.

Variétés. — Tels sont les symptômes et la marche la plus ordinaire de la méningite ; cependant la maladie ne se traduit pas toujours par les mêmes phénomènes morbides. Ceux-ci d’ailleurs 11e se reproduisent pas toujours dans l’ordre de succession que nous avons indiqué. C’est ainsi que la céphalalgie et le délire peuvent manquer ; la méningite peut débuter alors brusquement par des mouvements convulsifs épileptiformes qui se reproduisent à des intervalles rapprochés ; ou bien même la période

DE LA MÉNINGITE CÉRÉBRALE, 41b

d’excitation manquant tout-h-fait , la maladie débute spontanément par la paralysie ou un état comateux. Toutefois les faits de ce genre sont I excessivement rares. 11 n’est pas bien prouvé d’ailleurs que, dans ces cas, la période d’excitation ait complètement manqué, car il arrive quelquefois que celle-ci n’est caractérisée que par quelques phénomènes très fugaces , et qui peuvent échapper à une observation superficielle. i Il est, par contre, des individus qui ne dépassent point la première période, soit que la maladie se termine par résolution , soit, ce qui est plus commun, qu’elle ait une issue fâcheuse avant que les accidents de collapsus puissent se déclarer. Dans ces derniers cas, les individus meurent communément emportés par la violence du délire ou des accidents convulsifs; la vie semble s’éteindre alors chez eux à cause de la superstimulation du cerveau.

Ces différentes modifications que la maladie présente sont le plus souvent indépendantes de l’âge des malades et du siège de l’affection ; cependant il est incontestable que le délire manque plus rarement dans la méningite de la convexité des hémisphères que dans celle de la base , tandis que le coma survient plus fréquemment, du moins comme symptôme primitif , dans la seconde , ou bien encore lorsqu’un épanchement se forme dans les ventricules.

Terminaisons. — La méningite peut se terminer par la guérison : celle-ci est presque toujours complète et arrive rapidement. Dans quelques cas, pourtant , le travail de résolution se fait lentement; les facultés intellectuelles restent pendant longtemps obtuses ou perverties ; quelques malades conservent même pendant un temps plus ou moins long la perte d’un sens ou des paralysies partielles de quelques muscles, etc. Enfin on ne voit presque jamais la maladie passer à l’état chronique.

Diagnostic. ■ — • La méningite simple offre de nombreux points de contact avec la méningite tuberculeuse : nous verrons plus tard, en parlant de celte dernière, qu’il est possible le plus souvent de les distinguer pendant la vie : cette connaissance importe d'ailleurs beaucoup pour le pronostic. En ayant égard aux symptômes d’excitation de la première période, et à l’appareil fébrile qui les accompagne, il sera toujours facile de distinguer la méningite des congestions et des hémorrhagies cérébrales. C’est encore h l’aide de ces mêmes caractères qu’on établira le diagnostic différentiel de la méningite d’avec l’épilepsie et le tétanos : c’est ce que nous indiquerons d’ailleurs avec plus de détails en traitant de ces maladies. Je renvoie également aux articles Manie , Délire aigu et Delirium tremens , pour connaître les caractères qui distinguent ces affections de la méningite. Il ne faut jamais oublier que les signes prédominants de la méningite , tels que la céphalalgie , le délire, le coma , les convulsions , sont plus fréquemment des troubles sympathiques qu’ils ne se rattachent à une lésion des centres nerveux ; ou devra donc, toutes les fois que

DES INFLAMMATIONS

UiU

ces accidents se développent , s’assurer, par l’étude des commémoratifs et l’exploration attentive de tous les organes et de. toutes les fonctions , qu’il n’existe nulle part de lésion capable d’expliquer les troubles cérébraux qu’on observe. I es fièvres éruptiques, le travail de la dentition chez les enfants, la pneumonie chez les adultes, les fièvres puerpérales, la phlébite, et les maladies de résorption , sont les affections qui excitent surtout le délire et la plupart des accidents qui marquent la première période de la méningite. Nous avons vu également que la fièvre typhoïde, par sa forme ataxique, pouvait simuler une phlegmasie des méninges, en raison du délire, puis du coma , de la contracture , des mouvements convulsifs, et des soubresauts qu’on observe si communément dans son cours. Cependant l’existence de la diarrhée, du météorisme, du gargouillement dans la fosse iliaque , le développement de la rate , le râle sibilant, l’éruption des taches lenticulaires et les sudamina permettront toujours de rapporter à leur véritable cause les troubles cérébraux qu’on observe. Enfin , en supposant que la plupart des symptômes qui précèdent manquent , on pourra encore , d’après la marche des accidents , reconnaître le véritabie caractère de la maladie. Dans la fièvre typhoïde , en effet , les symptômes cérébraux ( la céphalalgie exceptée ) ne se montrent jamais dès le début ; ce n’est qu’au bout de quelques jours qu’ils apparaissent : le contraire a lieu dans la méningite. Enfin on pourrait confondre avec la méningite la fièvre pernicieuse délirante, convulsive , apoplectique, à cause des intermittences complètes, ou tout au moins des rémittences qu’on observe périodiquement, non seulement dans les symptômes cérébraux, mais encore dans la fièvre. Mais, dans la méningite, il y a une marche continue, du moins dans les symptômes fondamentaux ; et s’il y a de la rémittence quelquefois , ce n’est que dans quelques uns des accidents , et spécialement dans le coma et les convulsions ; mais l’appareil fébrile persiste presque toujours au même degré.

La méningite une fois reconnue , on peut aussi quelquefois déterminer son siège : c’est ainsi que la roideur des muscles de la partie postérieure du cou , produisant le renversement de la tête en arrière , la contraction des mâchoires et le resserrement du pharynx indiquent que la phlegmasie a probablement envahi les méninges qui recouvrent la partie inférieure des hémisphères cérébraux et la base du cervelet. O11 a dit aussi, mais avec moins de raison , que le strabisme avait la même valeur. On ne peut non plus rien conclure sur le siège de la méningite , d’après l’existence ou la prédominance du délire, du coma ou des convulsions. On a prétendu, il est vrai, que le premier caractérisait surtout la méningite de la convexité des hémisphères, et le second la méningite de la base; mais des faits nombreux ont démontré que ces deux symptômes se montraient à peu près également, quel que fût le siège de la maladie.

DE LA MÉNINGITE CÉRÉBRALE. Ôl5

Quant aux convulsions, aux contractures , à la rigidité , il semble prouvé I que ces accidents sont plus communs lorsque la méningite est générale que lorsqu’elle est bornée. Le coma n’est pas un signe certain d’épanchement , puisque nous avons vu qu’il pouvait survenir dès le début et ! résulter quelquefois d’une sorte de collapsus dans lequel le cerveau tombe ! après avoir été surexcité. L’hémiplégie qui survient dans le cours d’une | méningite indique souvent que la phlegmasie n’occupe qu’un des hémisphères , ou , si elle est générale , elle est un indice que la maladie pré- I domine dans le côté opposé à la paralysie. Cependant il y a à ce sujet de trop nombreuses exceptions pour oser jamais affirmer dans un cas donné que les choses existent ainsi, car nous avons eu de fréquentes occasions de nous convaincre que des hémiplégies plus ou moins complètes peuvent exister , quoiqu’à l’autopsie on trouve l’injection des méninges et l’épanchement du tissu sous-arachnoïdien aussi marqués d’un côté que de l’autre. Enfin, le trouble des organes des sens , et spécialement celui des yeux , comme le strabisme, la contraction ou la dilatation des pupilles, leur inégalité ; enfin, les diverses altérations de la vision, non seulement n’appartiennent pas en propre à la méningite , mais ils ne sauraient ni caractériser une de ses périodes ni indiquer le siège spécial de la phlcgmasie. En résumé , nous voyons qu’aucun des symptômes de la méningite , pris isolément , n’est pathognomonique ; que chacun d’eux peut manquer, et que nul d’entre eux ne saurait caractériser une forme spéciale de la maladie. On voit donc combien les symptômes de la méningite sont irréguliers quant à leur manifestation, à leur fréquence , à leur marche et à leur durée. Cette irrégularité s’explique lorsqu’on réfléchit que ces désordres fonctionnels sont bien moins l’effet de la phlegmasie des méninges que le résultat de l’impression que cette maladie produit sur le cerveau, et on conçoit que cette impression doit être très différente suivant les individus et suivant aussi qu’il y a ou non complica tion d’encéphalite.

Il est inutile de dire qu’on ne peut déterminer pendant la vie si la phlegmasie prédomine dans la pie-mère ou dans l’arachnoïde , ou si elle est bornée à l’une de ces membranes seulement. Il est également impossible d’affirmer si la méningite existe seule ou si elle se complique d’une inflammation des circonvolutions cérébrales ( méningo- cèphalitc ) ; car, dans l’un et l’autre cas, les symptômes sont exactement les mêmes, et la maladie suit la même marche ; c’est ce qui justifie jusqu’à un certain point les anciens médecins d’avoir confondu sous le titre de phrenitis l’inflammation des méninges et du cerveau. Il est également impossible de déterminer, même à l’inspection cadavérique, si l’inflammation a commencé par les méninges ou si elle ne lésa envahiesque consécutivement au cerveau. Nous croyons donc , d’accord avec M. Calmeil , que le mode de développement de la céphalo-méningite est encore inconnu,

41 ti DES INFLAMMATIONS,

et que, hors les cas où la phlegmasie succède à une blessure, on n’est pas fondé à lui assigner d’une manière positive son point de départ.

PronosJic. — La méningite est une des maladies les plus graves ; il est difficile meme de préciser le cliilfre de sa mortalité. Nous croyons pourtant que la guérison n’a lieu qu’exceptionnellement , et nous pensons qu’on doit accepter avec une grande ré. erve les résultats des auteurs qui prétendent n’avoir perdu que la moitié ou le tiers de leurs malades ; car tout porte à penser qu’ils ont dû confondre avec des méningites certaines manies aiguës ou des délires purement sympathiques : erreurs dont les hommes expérimentés ne sont pas toujours à l’abri, et qui sont journellement commises par les praticiens peu instruits. Un délire violent, avec une grande excilation générale, est une circonstance qui aggrave le pronostic; il en est de même des mouvements convulsifs. Enfin le coma permanent qui survient consécutivement à la période d’excitation est l’indice presque certain d’une mort prochaine.

Etioloyie. — La méningite simple est une maladie qu’on observe à tous les 3ges. Assez commune dans les deux premières années de la vie, elle diminue de fréquence de deux à quinze ans; elle redevient plus commune après la puberté, et surtout dans la période comprise entre vingt et quarante. Les hommes en sont pour le moins deux ou trois fois plus souvent atteints que les femmes. Une constitution forte, un tempérament lymphatique , les professions pénibles, qui exposent ceux qui les exercent aux intempéries, semblent être tout autant de causes prédisposantes de la méningite. Les causes efficientes les phis ordinaires sont les contusions du crâne, avec ou sans fractures, l’insolation , l’abus des boissons alcooliques, une violente secousse morale, enfin une maladie aiguë ou chronique. Celles dans lesquelles on voit survenir le plus fréquemment une méningite intercurrente sont la pneumonie, la néphrite albumineuse, la péritonite, la pleurésie, l’érysipèle de la face et le rhumatisme articulaire aigu.

Traitement. — La gravité de la méningite, et sa marche ordinairement rapide , exigent l’emploi de moyens prompts et énergiques. Parmi eux, les émissions sanguines tiennent le premier rang; elles seront pratiquées, quels que soient l’âge des sujets et la période à laquelle la maladie est parvenue, pouvu que l'état du pouls le permette; c’est même d’après lui qu’on détermine le nombre de saignées à faire et la quantité de sang qu’on pourra retirer. Les saignées locales, consistant en une ou plusieurs applications de sangsues derrière les oreilles, devront être préférées, chez les enfants très jeunes, aux saignées générales , tandis que chez les sujets plus âgés, et chez les adultes surtout, il faudra recourir simultanément à la phlébotomie. La saignée sera faite au bras; les saignées des veines du pied ou de la jugulaire , ou bien encore l’ouverture des artères temporales, que quelques personnes préfèrent,

£>Ë LÀ MÉNINGITE CHRONIQUE; 41 î

h’ofirent aucun avantage, et entraînent souvent plusieurs inconvénients. Quant aux saignées locales, nous croyons que des sangsues appliquées aux apophyses mastoïdes, en petit nombre, mais renouvelées au fur et à mesure qu’elles tombent, de manière à entretenir un écoulement de sang continuel , auront plus d’efficacité que les scarifications à la nuque, et même que l’application d’un grand nombre de sangsues sur Je crâne , préalablement rasé. Concurremment avec les émissions sanguines, on emploiera les révulsifs sur les extrémités inférieures (sinapismes, pédiluves irritants, ventouses Junod ) et sur le tube digestif, lorsqu’aucune complication n’en contre - indique l’emploi. On donnera la préférence aux huileux, aux purgatifs salins, et surtout au calomel. En même temps, on tâchera de diminuer l’afflux du sang vers le cerveau en tenant la tête très relevée , en la plaçant sur un oreiller de crin ou de balle d’avoine, en entretenant autour du malade une température fraîche ; on a aussi conseillé la compression des carotides. Enfin, on fera des applications froides ou même glacées sur le crâne, et on en prolongera plus ou moins l’action. C’est dans ces circonstances que quelques personnes ont vanté l’opium , moyen dont nous nous réservons de parler dans le traitement de la méningite cérébro-spinale. Lorsque les accidents ataxiques continuent à s’accroître, on leur oppose les antispasmodiques; mais leur utilité est très contestable. Le moyen qui nous paraît être alors le moins souvent inefficace consiste dans les affusions froides données, à la température de J 5 à 20°, pendant quelques secondes ou quelques minutes au plus. Enfin , lorsque la période d’excitation est remplacée par l’état comateux; lorsque tout indique une forte compression du cerveau , les émissions sanguines peuvent être encore employées , surtout si on les a négligées dès le début ; mais c’est alors qu’il faut recourir aux révulsifs puissants , tels que des vésicatoires aux extrémités et à la nuque; on peut même, dans les cas où le péril est imminent, raser le crâne, et le recouvrir d’un emplâtre épispastique; on pourra aussi traverser la nuque d’un séton. En même temps , on tâchera de modifier la nutrition par les mercuriaux, tels que le calomel, qu’on administre à l’intérieur à doses fractionnées ; on fera aussi concurremment , avec l’onguent napolitain , des frictions aux tempes , sur le front ou derrière les oreilles. Il est inutile de dire que les boissons douces et une diète absolue devront seconder l’action des moyens qui précèdent. 11 faudra, pendant la convalescence, user des plus grands ménagements, et surveiller avec la plus grande sollicitude l’hygiène des malades.

La méningite chronique simple, soit primitive , soit consécutive à la méningite aiguë , est excessivement rare , et il est impossible d’en tracer

l’histoire anatomique et surtout symptomatique. 11 faut bien se garder de prendre, comme on le fait trop souvent, pour des indices d’une phlegmasic chronique certaines opacités qui existent fréquemment sur l’arachnoïde viscérale , au voisinage de la grande scissure interlobaire.

Ces plaques blanches ne sont pas produites, comme certaines taches du péricarde, par un dépôt de matière albumineuse ; mais elles sont le résultat d’une simple perversion de la nutrition , indépendante de tout travail inflammatoire. On en trouve de tout-à-fait semblables dans les autres séreuses viscérales.

La méningite chronique se rencontre presque toujours, comme complication , dans les lésions organiques du cerveau ; plus fréquemment encore, on l’observe chez les sujets en démence, et elle forme le caractère anatomique le plus fréquent qu’on rencontre dans la paralysie générale des aliénés. J’en parlerai avec quelques détails lorsque je traiterai de cette dernière affection.

Page 1