DE L’ENCÉPHALITE
Quoique le mot encéphale serve à désigner toute la masse nerveuse qui est logée dans le crâne, l’usage néanmoins a consacré l’expression d 'encéphalite pour caractériser seulement l’inflammation qui envahit le cerveau, le cervelet et la protubérance. La phlegmasie de la moelle allongée ne pouvant être séparée de celle qui occupe les parties inférieures de ce cordon nerveux, nous en traiterons à l’article Myélite.
Divisions. — L’histoire de l’encéphalite est difficile à tracer, puisque, sous ce nom , on a confondu les maladies les plus diverses , depuis l’in-
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jection et l’apoplexie capillaire jusqu’aux transformations et dégénérescences organiques. Cependant , depuis quelques années , on a fait de louables efforts pour mettre fin à une confusion aussi déplorable; aussi la science doit beaucoup, sous ce rapport, à MM. Andral, Calmeil, Rostan , Durand Fardel et Abercrombie.
L’encéphalite est distinguée d’après sa marche en aiguë et en chronique , d’après son siège en diffuse et en partielle ou locale , suivant qu’elle s’étend superficiellement sur une grande surface ou qu’elle occupe un point circonscrit. Il a été déjà question de la première espèce quand nous avons traité de la méningite , avec laquelle elle coexiste presque toujours et dont on ne peut la distinguer pendant la vie. Enfin, suivant que l’inflammation occupe le cerveau , le cervelet ou le mésocéphale , la maladie est désignée sous les noms de cérébrite , cèrébellite et mésocéphalite.
Anatomie pathologique. — Dans un premier degré de l’inflammation , la pulpe cérébrale présente dans une étendue plus ou moins considérable un piqueté rouge très fin. Il semble alors que le sang pénètre un plus grand nombre de vaisseaux capillaires; quelquefois, au lieu de ce piqueté fin , ou à une période un peu plus avancée de la maladie, on constate une altération plus ou moins uniforme s’étendant parfois au milieu des parties saines voisines, et dont la teinte, généralement plus foncée dans la substance grise que dans la substance médullaire , varie depuis le rose tendre jusqu’au rouge livide ou cramoisi. Il est rare alors que la portion du cerveau malade n’ait pas subi quelque changement dans sa nutrition. Ainsi cette partie semble généralement gonflée , augmentée de volume ; c’est ce qui est prouvé d’ailleurs par l’aplatissement des circonvolutions correspondantes; en même temps la pulpe nerveuse semble plus consistante et plus friable , ou bien elle est manifestement î ramollie. Souvent à cette même période le sang , s’étant échappé des vaisseaux , produit tantôt de petites ecchymoses ou bien , infiltrant seulement la pulpe nerveuse , il se combine intimement avec elle , ou bien encore il peut se former de très petits caillots apoplectiques disséminés çà et là. M. Cruveilhier dit alors qu’il existe une apoplexie capillaire. Cette expression dépeint très bien l’état anatomique ; cependant elle a l’inconvénient d’assimiler une certaine période de l’encéphalite avec l’hémorrhagie cérébrale qui , comme nous le verrons plus tard , est une maladie essentiellement distincte de celle que nous décrivons actuellement. Mais est-ce à dire pourtant qu’on ne doive pas admettre une apoplexie capillaire indépendante de tout travail inflammatoire et qui serait pour les capillaires ce qu’est l’apoplexie proprement dite pour les vaisseaux plus volumineux ? Cette question me paraît insoluble dans l’état actuel de la science. Ainsi , en résumé , la première période de l’encéphalite est caractérisée par l’injection et la coloration rouge , par l’induration , la
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friabilité , ou bien par un ramollissement plus ou moins considérable de la pulpe nerveuse. Cette dernière lésion est la plus fréquente.
Le degré du ramollissement varie depuis une simple diminution de consistance jusqu’à l’état où la pulpe cérébrale est convertie en une bouillie peu épaisse, homogène, et qu’on entraîne facilement sous un filet d’eau. Sa coloration est non moins variable , et l’intensité de la couleur rouge ou noire est en rapport avec la quantité de sang qui l’infiltre, et avec son degré de combinaison plus ou moins intime avec lui. La plupart des médecins regardent cette coloration rouge comme étant nécessaire pour caractériser le ramollissement inflammatoire du cerveau. Ils contestent, en effet, la même origine à tous ceux qui ont lieu sans modification dans la coloration normale, et à plus forte raison à ceux qui s’accompagnent.d’une décoloration du tissu altéré, à moins pourtant qu’il ne soit prouvé que la blancheur du ramollissement est produite par la présence du pus. Cette question , qui a été agitée et résolue différemment par les hommes les plus éminents de ce siècle, est un des points les plus obscurs de l’anatomie pathologique, et qui ne nous paraît pas encore susceptible d’une solution satisfaisante. Il est incontestable que presque tous les ramollissements inflammatoires du cerveau offrent une coloration rouge ou violacée, parfois jaunâtre; cependant ne peutil pas se faire qu’un ramollissement atonique soit ensuite coloré par un afflux de sang qui a lieu consécutivement? D’autre part, on rencontre assez fréquemment dans ja pratique des individus qui succombent rapidement avec des accidents cérébraux et les symptômes d’une vive réaction inflammatoire, et à l’autopsie desquels on ne trouve d’autre altération pour expliquer les uns et les autres qu’un ramollissement blanc , pulpeux , du cerveau , sans qu’on puisse rapporter cette coloration à la présence du pus? Ici l’état anatomique est en désaccord avec l’expression symptomatique. Mais de ce qu’il y a eu de la fièvre et l’appareil des maladies plilogistiques, on ne saurait en conclure rigoureusement que le ramollissement est de nature inflammatoire, puisqu’il est prouvé aujourd’hui qu’il existe une foule de lésions ou de troubles fonctionnels indépendants de tout travail inflammatoire, et qui excitent néanmoins la fièvre au même degré que ceux qui ne reconnaissent pas d’autre origine. Nous reviendrons encore sur ce même sujet lorsque nous traiterons du ramollissement simple du cerveau.
La troisième période de l’encéphalite est marquée par la formation du pus, qui tantôt est infiltré dans la pulpe cérébrale et tantôt forme des collections plus ou moins volumineuses. Lorsque du pus se forme dans le tissu ramolli , on voit la coloration rouge s’affaiblir et être remplacée peu à peu par une teinte d’un blanc ppaque, sale, jaune ou verdâtre, suivant la couleur du pus. Comme l’observe M. Lallemand , la décoloration est surtout remarquable dans la substance grise, qui, dans la pé-
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riode précédente, avait communément une teinte plus foncée que la substance médullaire , et qui finit par se confondre avec cette dernière ' en une teinte uniforme ou présentant des nuances qui varient depuis le blanc sale jusqu’au vert. Cependant doit- on attribuer à une infiltration purulente tous les ramollissements blancs crémeux , et même ceux dans lesquels la substance blanche est plus pâle qu’à l’état normal?
M. Lallemand a soutenu cette opinion avec un admirable talent; cependant il a été forcé de convenir que souvent l’inspection des parties ne révèle point manifestement la présence du pus , et que celui-ci ne peut alors être admis que par analogie. Cependant nous croyons que rien ici ne peut remplacer la démonstration, et du moment que la suppuration ne se révèle pas d’une manière manifeste , il faut sinon contester absolument la nature inflammatoire du ramollissement, du moins n’émettre à ce sujet qu’une opinion très dubitative, lors même que les accidents observés pendant la vie sembleraient contirmer cette supposition. D’ailleurs, il n’est pas naturel de croire que du pus infiltre un ramollissement parfaitement blanc, à moins de supposer qu’une matière colorée, \ >
comme l’est ce liquide puisse se mêler à un corps blanchâtre , sans mo- ; difier sa teinte.
Cependant , si du pus existe , il finit , lorsque la vie se prolonge suf- j fisamment , par se réunir en un ou plusieurs foyers qui peuvent avoir le 1 volume d’un pois , d’une noix, d’un œuf et qui occupent souvent tout un lobe, et même la plus grande partie d’un hémisphère. Le pus baigne -j directement la substance du cerveau, ou bien il est enkysté, suivant l’an- : cicnneté de la maladie. Si l’abcès est très superficiellement placé , les circonvolutions sont aplaties, et souvent le cerveau présente dans ce point une coloration verdâtre, jaune ou d’un blanc opaque. En pressant à ce niveau , on sent manifestement de la fluctuation. Si on incise , on voit s’écouler un pus presque toujours inodore et d’un blanc cré- I ? meux, quelquefois jaune, verdâtre et floconneux. Si le foyer est récent, ses parois sont anfructueuses et inégales, ramollies, infiltrées de pus. Si, 1 au contraire, l’altération remonte déjà à une époque éloignée , la cavité j est tapissée par une fausse membrane lomenteuse ayant quelque analogie avec le tissu muqueux ; on peut quelquefois la diviser en plusieurs feuillets superposés. Ce kyste se forme plus ou moins rapidement ; Abercrombie l’a vu déjà bien formé dès le douzième jour ; mais, dans la plupart des cas, il n’est organisé qu’au bout d’un mois. Il existe, d’ailleurs, à ce sujet, une foule de variétés dont il est presque toujours impossible de déterminer la cause. La substance cérébrale qui entoure l’abcès est tantôt un peu injectée ou bien elle a une teinte jaunâtre, verdâtre; sa consis-
tance est parfois diminuée, mais le plus souvent elle est devenue plus considérable. Enfin, ces abcès coïncident fréquemment avec des lésions qui sont tantôt primitives et tantôt consécutives. Ce sont surtout des altéra-