INFLAMMATIONS DE QUELQUES UNS DES SENS
DU CORYZA
Synonymie. — Rhinite, rhume de cerveau, catarrhe nasal , gravedo , enchifrèuemcnt.
Le coryza ou rhinite est l’inflammation de la membrane muqueuse qui tapisse les fosses nasales. On l’observe à l’état aigu ou à l’état chronique. Le coryza chronique se subdivise en deux espèces, suivant qu’il est simple ou compliqué d’ulcération. Ce dernier constitue une affection ! distincte ; nous la décrirons sous les noms d 'ozcne ou de coryza ulcéreux.
Anatomie pathologique. — Ce n’est guère que chez les très jeunes enfants qu’on a eu occasion d’examiner les altérations que le coryza produit dans la membrane pituitaire. A Y état aigu , on a trouvé celle-ci plus ou moins rouge, injectée, noirâtre. Elle était boursouflée épaissie par places , et friable. Enfin quelques auteurs, et Billard en particulier, l’ont vue tapissée par des concrétions pseudo-membraneuses. Dans le coryza chronique, la muqueuse pituitaire est plus dense ; elle est inégale , rugueuse ou mamelonnée à sa surface , et tellement épaissie que
le canal nasal peut en être obstrué ou même oblitéré. Elle est en général friable , et présente une coloration d’un blanc opaque ou bien noirâtre, et surtout ardoisée.
Symptômes. — Au début , le coryza produit une sensation de sécheresse incommode dans les fosses nasales, accompagnée de picotements et de prurit , qui provoquent de fréquents éternuments. Il s’établit par les narines un écoulement plus ou moins abondant d’un mucus transparent , séreux , d’une saveur salée , qui rougit et excorie souvent la peau qui recouvre le rebord inférieur du nez et celle de la lèvre supérieure; l’odorat est diminué ou même tout-à-fait éteint. A celle période, on voit souvent apparaître de nouveaux symptômes dépendant de l’extension de la phiegmasie. Lorsqu’on effet celle-ci se propage aux sinus frontaux, les malades accusent une céphalalgie frontale gravalive, qui s’exaspère par les mouvements et les secousses du corps, et qui parfois est assez incommode pour rendre impossible tout travail intellectuel. Plus rarement, l’inflammation s’étend dans les voies lacrymales , ce qui produit l’injection delà conjonctive, avec sensibilité à l’impression de la lumière, et larmoiement. Enfin, si la muqueuse du sinus maxillaire s’enflamme , Je malade se plaint d’une douleur assez vive dans la joue correspondante; quelquefois même celle-ci paraît légèrement tuméfiée; ! il y a un sentiment de tension dans la mâchoire, et souvent les dents qui s’y implantent sont endolories.
Le coryza ne produit en général que ces accidents locaux; cependant il arrive quelquefois qu’il s’accompagne de malaise, d’inappétence et d’un léger mouvement fébrile précédé ou accompagné de frissons irréguliers. Cependant, au bout de deux ou trois jours, les symptômes s’amendent , la douleur et la tension diminuent ; la fièvre , si elle existe, cesse; l’écoulement prend plus de consistance : il devient blanc, puis jaunâtre, verdâtre, opaque; il exhale une odeur fade, spermatique, -I il se détache difficilement, se dessèche rapidement, et produit des | croûtes qui , obstruant les fosses nasales, gênent le passage de l’air, et donnent à la voix un timbre nasonné , qui existe souvent dès le début, à cause du boursouflement de la membrane muqueuse. Cette obstruction des fosses nasales étant beaucoup plus complète chez les nouveaunés, en raison de l’étroitesse naturelle de ces cavités, il en résulte des accidents plus ou moins graves , qui ont été parfaitement décrits par Billard et par M. Rayer. Ainsi , l’enfant est obligé de dormir la bouche ouverte; sa respiration est bruyante, sifflante, difficile; l’agitation, les cris et la physionomie de l’enfant expriment la douleur et la gêne excessive qu’il éprouve. Si dans ce moment on lui donne le sein , l’anxiété et la suffocation redoublent: il y a menaces d’asphyxie, puisque l’air ne peut plus pénétrer ni par les fosses nasales ni par la bouche , qui est remplie par le mamelon et par le lait qui s’en écoule ; aussi l’enfant ,
DU CORYZA
continuellement agité par le besoin de la faim et l’impossibilité de la satisfaire, tombe bientôt dans l’épuisement, et finit par succomber avant d’arriver à un degré de marasme avancé. Nous ne ferons que rappeler ici une forme de coryza aigu dont nous avons déjà parlé , et qui , toujours consécutif à la stomatite et à l’angine diphthéritique, est caractérisé par un suintement séro-sanguinolent fétide, et par l’expulsion de fausses membranes grisâtres.
Marche , durée , terminaisons. — Le coryza a une marche rapide; il se prolonge rarement au-delà d’un septénaire. Il a le plussouventun cours régulier ; quelquefois pourtant il présente des exacerbations. Enfin on l’a vu être périodique, et ne céder qu’à l’usage du quinquina. La maladie peut occuper d’emblée les deux fosses nasales; mais toujours il y offre une intensité inégale, et le plus souvent la maladie , d’abord bornée à une des cavités, s’étend à l’autre lorsque déjà la phlegmasie est en décroissance dans la première. Le coryza se termine presque toujours par ; résolution; il passe rarement à l’état chronique. Chez l’adulte , il a toujours une heureuse issue, ce 11’est que chez les enfants qu’on l’a vu se terminer par la mort.
Lorsque le coryza est chronique , que celui-ci soit primitif ou conséj cutif à l’état aigu , il n’excite communément aucune douleur, mais I seulement un sentiment de gêne dans le nez et de pesanteur à la racine de , cet organe. La sécrétion de la membrane muqueuse est augmentée ; il s’écoule par les narines un fluide presque toujours épais, opaque , grisâtre , jaune ou vert, inodore, d’une odeur fade , quelquefois d’une I fétidité insupportable , bien que la membrane muqueuse ne soit le siège > d’aucune ulcération. M. Cazenave (de Bordeaux) fait observer que les individus atteints de coryza chronique n’ont jamais la voix pure , et qu’ils I se fatiguent promptement en parlant et en chantant. Celte forme de la maladie ne s’accompagne jamais d’accidents généraux. Elle a une marche j lente, irrégulière, et l’on observe souvent des exacerbations qui peuvent i persister chaque fois une ou deux semaines. Sa durée est indéterminée ;
elle peut continuer toute la vie sans altérer notablement la santé géné- 1 raie.
Diagnostic. — Le diagnostic du coryza aigu 11e présente aucune diffi- ! cullé. Il faut savoir seulement que cette affection n’est pas toujours idiopathique , mais qu’elle est souvent la conséquence d’un état général ; c’est ce qu’on voit souvent dans la rougeole. Le coryza des nouveau-nés est caractérisé par la suffocation qui accompagne l’action de téter. Cet accident pourtant pourrait être produit par un vice de conformation de la bouche , de la langue , des fosses nasales ou du mamelon ; mais dans
ces cas, indépendamment des résultats fournis par l’inspection directe des parties , on peut remarquer que s’il y a vice de conformation l’impossibilité de téter remonte à la naissance , tandis que si les accidents
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dépendent d’un coryza, on apprend que les enfants tétaient librement avant l’invasion de la maladie.
Le coryza chronique pourrait être confondu avec des polypes muqueux ; mais lorsque ceux-ci existent, l’enchifrènement ne suit pas la même marche que dans le coryza ; il augmente dans les temps humides, 11e produit pas ou à peine d’écoulement ; enfin l’inspection des fosses nasales finit bientôt par faire constater la présence des corps étrangers. Lorsque l’écoulement devient purulent et fétide , on devra redouter la présence d’ulcérations dans le nez.
Pronostic. — Le coryza n’offre de gravité que chez l’enfant nouveau-né ou à la mamelle.
Etiologie. — La pituitaire est de toutes les muqueuses celle qui s’enflamme le plus souvent. Quoique le coryza soit une affection commune à tout âge, il parait pourtant qu’il règne surtout dans l’enfance et chez les sujets lymphatiques, il se montre souvent d’une manière épidémique après les variations brusques de température ou au commencement des froids rigoureux. Le coryza chronique a été regardé comme appartenant spécialement aux enfants lymphatiques. Il a été plusieurs fois consécutif à l’habitation dans les lieux humides, à la suppression de la sueur des pieds , à l’habitude d’aller nu-tête , à l’usage du tabac , etc.
Traitement. — Le coryza aigu n’exige presque jamais de traitement chez l’adulte. Cependant, si la céphalalgie est vive, il convient de conseiller l’usage de pédiluves et manuluves irritants ; on évitera l’action du froid; le régime sera doux. Si le liquide qui s’écoule irrite encore le nez et les lèvres, on oindra ces parties avec de l’huile d’amandes douces ou de la pommade de concombre , qu’on portera même profondément dans le nez, ainsi que M. Piorry le conseille. Le traitement préconisé par le docteur Williams, et consistant dans l’abstinence complète des boissons pendant 36 ou heures , ne saurait être adopté ; car ce serait faire subir un véritable supplice pour une maladie de peu d’importance. Les fumigations émollientes , que beaucoup de personnes conseillent , nous ont au contraire paru , comme à M. Chomel , le plus souvent nuisibles; car elles exaspèrent ordinairement la céphalalgie , et rendent la respiration plus difficile, en augmentant le boursouflement de la muqueuse. Cependant les fumigations émollientes pourraient être utiles s’il existait une grande sécheresse des narines et si cet état était désagréable pour les malades. Si le coryza affecte un nouveau-né et s’il est assez intense pour produire l’occlusion presque complète des narines , il faudra remplacer l’allaitement naturel, devenu dès lors impossible, en donnant le lait par petites cuillerées à café , ce qui , ne nécessitant pas une occlusion parfaite delà bouche, permet encore l’introduction d’une quantité d’air suffisante. On pourra en même temps employer quelques révulsifs. Enfin les enfants seront maintenus au milieu d’une température douce.
DE L’OZÈNE. Uki
Dans le coryza chronique on fera d’abord cesser l’action des causes qui l’ont produit ou qui l’entretiennent. On administrera quelques boissons sudorifiques, quelques laxatifs; on fera dans les fosses nasales des fumigations, d’abord émollientes, puis aromatiques. Si ces moyens échouent, on appliquera un vésicatoire à la nuque, ou bien encore on établira une dérivation sur un organe voisin , comme la bouche, à l’aide de masticatoires plus ou moins puissants, comme le tabac. Enfin, dans ces derniers temps , on a beaucoup vanté les médications topiques sur l’organe malade; ce sont surtout les préparations mercurielles et les cautérisations avec le nitrate d’argent. Nous en parlerons à l’article Ozène , auquel ces moyens sont surtout applicables.
DE LOZENE.
Synonymie. — Coryza ulcéreux, rhinite ulcéreuse, punaisie, etc.
Nous donnons les noms d 'ozène ou de coryza ulcéreux à une forme de la rhinite anatomiquement caractérisée par des ulcérations dans les fosses nasales. Quelques auteurs ont signalé la fétidité des narines comme constituant le caractère distinctif de la maladie ; mais c’est là un accident commun à plusieurs maladies différentes des fosses nasales (coryza simple et ulcéreux, vices de conformation , etc. ) ; par conséquenton 11e saurait en faire un signe pathognomonique; cependant il est assez important pour qu’on doive, dans la description , diviser les ulcérations des fosses nasales en fétides et en non fétides.
Caractères anatomiques. — Lorsqu’on examine les fosses nasales dans le coryza ulcéreux, on trouve la membrane muqueuse épaissie, gonflée, mamelonnée, friable, décollée par un pus fétide et détruite dans différents points. Les ulcérations sont très variables quant à leur siège , à leur nombre, à leur étendue et à leur aspect. Les unes sont petites , n’intéressant que la membrane muqueuse et siègent ordinairement , suivant Boyer , à la partie antérieure de la cloison , au point de réunion des portions cartilagineuse et osseuse. Les autres se rencontrent ordinairement à la racine du nez , sur la muqueuse qui tapisse les os propres elle vomer; quelquefois petites, et alors très nombreuses; il est plus commun de n’en voir qu’une, deux ou trois, au plus, mais très larges. Les unes sont superficielles, les autres profondes, et pénètrent jusqu’à l’os, qui à ce niveau est carié, ramolli ou nécrosé. Les bords de ces solutions de continuité sont très irréguliers. Un mucus puriforme, sanguinolent, etdes croûtes brunes , noirâtres, obstruent les fosses nasales, qui exhalent le plus souvent une odeur fétide. Enfin on peut trouver des désordres plus grands encore, comme la destruction des os propres du nez , de la cloison, du vomer; enfin le nez lui-même peut être détruit en totalité ou en partie.
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