‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interneChapitre 79 sur 140 · UU · texte numérisé non relu

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Symptômes. — Le coryza ulcéreux succède quelquefois au coryza aigu , ou bien son début est obscur, et ne diffère en rien par ses symptômes et par sa marche du coryza chronique , dont nous avons précédemment parlé. Le malade, en effet, est habituellement enchifrené; il mouche du mucus abondant, épais, jaunâtre, verdâtre, purulent; il éprouve de la gêne , rarement de la douleur , dans les fosses nasales. Celles-ci sont obstruées par des croûtes adhérentes , que la plupart des malades arrachent avec leurs doigts, et qui produisent parfois un petit suintement sanguin; l’irritation est alors augmentée , et la répétition de pareilles manœuvres s’oppose souvent à la guérison. Cependant, dans une forme plus grave de la maladie, le fluide qui s’échappe est ichoreux, fétide, et l’air qui traverse les fosses nasales pendant l’expiration est lui-même imprégné de cette odeur pénétrante, insupportable, qu’on a comparée à celle de la sueur des pieds ou des macérations anatomiques, ou bien à celle d’une punaise écrasée; de là le nom d epunaisie donné à la maladie , et celui de puni i s , sous lequel on désigne quelquefois les malades. Lorsque l’ulcération s’étend aux os ou aux cartilages du nez, on voit cet organe se tuméfier et se déformer, et devenir d’un rouge violacé : en pressant à ce niveau avec les doigts , on constate souvent de l’empâtement, de l’œdème, une sorte de crépitation due à l’altération des os propres, qui finissent par se détacher et sortir soit par les fosses nasales, soit par une ulcération des téguments. Dans ce cas, le nez s’affaisse à sa base, tandis que sa pointe se relève, ce qui donne à la face quelque chose d’ignoble et de hideux.

Marche , durée , terminaisons. — Le coryza ulcéreux a toujours une marche chronique ; cependant il peut présenter de temps en temps des exacerbations qui lui donnent momentanément l’apparence d’une maladie aiguë. Cette affection, qui n’a pas de tendance à guérir spontanément, a presque toujours une durée longue, indéterminée. Elle rend souvent la vie incommode , insupportable , mais elle ne l’abrège pas sensiblement , et lorsque la mort survient , c’est toujours par suite de quelque complication.

Diagnostic. — Lorsqu’il n’existe que de l’cnchifrènement ainsi qu’un écoulement jaune, verdâtre ou purulent, il est impossible de dire s’il y a un coryza simple ou ulcéreux; la fétidité des narines n’est pas non plus un caractère distinctif, puisque nous avons vu qu’on pouvait l’observer dans le coryza simple , comme dans le coryza ulcéreux , et même chez des individus qui ont la base du nez aplatie, les fosses nasales étroites et vicieusement conformées. L’inspection seule des parties , comme le pratique Al. J. -J. Cazenave , de Bordeaux , peut seule permettre d’établir le véritable caractère de la maladie. Pour procéder à cet examen, M» le docteur J. -J. Cazenave conseille de placer le malade en face d’une croisée bien éclairée, de lui renverser la tête en

DE L’OZÈNE. UUS

arrière, et de faire parvenir les rayons lumineux aussi profondément que possible. S’il existe des croûtes, on fera des lotions et des fumigations émollientes afin de les détacher sans efforts. Si cette exploration est sans résultats , M. Cazenave prend un stylet mousse , flexible et recourbé à son extrémité en forme de crochet, il l’introduit dans la fosse nasale aussi profondément qu’il le peut ; puis , en le ramenant d’arrière en avant, et lui faisant exécuter de légers mouvements de rotation, il explore avec l’extrémité mousse toute la surface de la membrane pituitaire. Celle-ci est-elle exempte d’ulcérations, le stylet glisse sans sentir d’inégalités; mais si, au contraire, la membrane offre des solulions de continuité, l’extrémité de l’instrument est retenue par les bords de l’ulcération. L’exploration dont je parle sera surtout faite sur la partie de la cloison voisine de la racine du nez, puisque nous avons vu que c’était là le siège de prédilection des ulcérations. Enfin c’est encore par l’inspection qu’on pourra distinguer le coryza ulcéreux d’un polype, de l’inflammation phlegmoneuse, des abcès de la cloison et du cancer des ailes du nez. Je ne dirai rien du coryza qui accompagne la morve et le farcin chronique, car c’est le symptôme d’une affection générale, et qui, comme nous le verrons plus tard , a des caractères particuliers.

Enfin le coryza ulcéreux diagnostiqué, il faut reconnaître sa nature. S’il va peu de douleur, si le mucus nasal est peu altéré, s’il n’exhale non plus que l’air aucune odeur fétide, il est probable qu’il n’existe qu’une ulcération simple, dont la guérison sera facile. Mais si l’odeur est fétide, si l’écoulement nasal est ichoreux, purulent, on devra regarder l’ulcère comme étant plus grave, et l’on recherchera alors s’il n’est pas symptomatique d’un état constitutionnel, tel que la syphilis et les scrofules; on éclaircira ce problème par l élude des commémoratifs et des symptômes concomitants.

Pronostic. — Si le coryza ulcéreux ne compromet pas l’existence, il constitue du moins une affection incommode, répugnante, et qui peut produire à la longue une mutilation.

Etiologie.' — Le coryza ulcéreux est rare avant dix ans; on l’observe surtout dans la jeunes e et l’âge adulte; on ignore quelle est l’influence du sexe : il a paru quelquefois être héréditaire. Une constitution molle , scrofuleuse, paraît y prédisposer; on ne sait précisément si les personnes qui sont sujettes aux coryzas y sont plus exposées que d’autres. Quant aux causes occasionnelles , elles nous sont inconnues dans la plupart des cas ; toutefois il est hors de doute que l’ozcne a été plusieurs fois consécutif à l’extirpation ou à l’arrachement des polypes; d’autres fois la maladie semble être un accident des scrofules; enfin plus souvent encore l’ozène est produit par la syphilis constitutionnelle , et c’est surtout quand il reconnaît cette cause qu’on observe la destruction des os et des cartilages du nez.

DES INFLAMMATIONS

Traitement. — On a conseillé un grand nombre d’agents thérapeutiques contre le coryza ulcéreux. Il faut, lorsque des accidents aigus existent, les combattre par le régime antiphlogistique et les révulsifs, par des lotions, des injections et des fumigations émollientes; c’est par ce dernier moyen qu’on provoquera la chute et l’issue des croûtes qui obstruent les fosses nasales et qui sont une cause permanente d’irritation. Les malades ne devront jamais les arracher. Plus tard on a recours aux injections détersives avec le chlorure de calcium ou de sodium ( 2 grammes pour 150 à 200 grammes d’eau d’orge) avec une décoction de roses rouges , une solution d’acétate de plomb. On peut aussi faire, soit avec celui-ci, soit avec le minium , la céruse, une pommade , un cérat, que l’on introduit dans le nez à l’aide d’un pinceau ou d’une tente. Depuis près d’un siècle les mercuriaux ont été administrés à différentes époques contre le coryza ulcéreux non syphilitique. M. Trousseau a , dans ces derniers temps, remis cette pratique en honneur, et a conseillé aux malades atteints de coryza chronique , simple ou ulcéreux , de prendre sept ou huit fois par jour une pincée d’une poudre faite avec un mélange de protochlorure de mercure (1 gram. 30 centigr. ) , d’oxyde rouge (60 centigr.) et de sucre candi (16 gram.). M. Trousseau injecte aussi une solution de sublimé. On peut, par exemple, dissoudre 8 grammes de sublimé dans 380 grammes d’eau ; puis on prend depuis une demi -cuillerée à café jusqu’à deux cuillerées de cette solution qu’on met dans un verre d’eau , et dont on se sert pour faire des injections. Ces topiques seront surtout indiqués lorsque l’ozène est de nature vénérienne ; mais dans ce cas il faudra de plus soumettre le malade à un traitement mercuriel régulier, et on y associera l’usage des sudorifiques. De même la constitution scrofuleuse exigera l’emploi des toniques, des ferrugineux; enfin dans les cas rebelleson modifiera les surfaces par la cautérisation. Pour la pratiquer, M. J. -J. Cazenave, qui a surtout préconisé ce moyen, porte un crayon de nitrate d’argent sur l’ulcération; et, s’il n’a pu la découvrir , il introduit et promène le caustique le plus loin possible dans l’intérieur des fosses nasales. Si ce moyen échoue, M. Cazenave propose de porter un pinceau imprégné d’une solution de nitrate d’argent (1 ou 2 gram. pour 30 gram. d’eau) , ou d’injecter cette même solution à l’aide d’une seringue recourbée , en donnant pourtant aux malades une position telle que le liquide pénètre le moins possible dans le pharynx. Dans les cas où tous les moyens échouent, il faudra conseiller quelques palliatifs pour masquer l’odeur fétide que les malades exhalent ; dans ce but on leur conseille de renifler plusieurs fois par jour de l’eau tiède chlorurée, ou une eau rendue odoriférante avec la menthe, la sauge, l’eau de mélisse, etc.

Sous le nom d 'otite , on comprend toutes les inflammations de l’intérieur de l’oreille; on les divise, d’après leur marche, en aiguë et en chronique ; d’après leur siège , en externe et en interne. Dans le premier cas, la phlegmasie, bornée au conduit auditif externe, ne dépasse pas la membrane du tympan; dans le second, elle occupe une ou plusieurs des parties qui constituent l’oreille interne.

Caractères anatomiques. — Dans l’otite aiguë et externe, la peau fine qui tapisse le conduit auditif est injectée, rouge, et souvent assez tuméfiée pour oblitérer tout-à-fait ce canal ; elle a alors l’aspect d’une muqueuse. On peut voir à sa surface des vésicules, des pustules, de petits abcès et des ulcérations ; quelquefois elle est décollée par du pus , et il est commun alors de trouver les cartilages subjacents ramollis et perforés, tandis que les os sont rarement altérés; souvent la membrane du tympan est perforée ou détruite. Dans l’otite interne on trouve les différentes parties de l’oreille interne, et notamment la cavité du tympan , lescellules mastoïdes et le conduit d’Eustache, tapissés par une muqueuse rouge , boursouflée , ramollie , ulcérée ; ces cavités et les canaux demicirculaires eux- mêmes sont parfois remplis d’une matière sanieuse et purulente; enfin les os finissent bientôt par être attaqués à leur tour. Ces lésions sont bien autrement graves et profondes dans l’otite chronique, plus généralement désignée sous les noms à' otorrhée purulente. Ici, en effet, on touve des végétations fongueuses dans le conduit auditif interne; la membrane du tympan est complètement détruite; les osselets de l’ouïe sont détachés, libres, ou bien il n’en existe plus de trace , la suppuration les ayant entraînés pendant la vie. Les os sont cariés dans un ou plusieurs points; on observe surtout la carie de l’apophyse mastoïde du rocher au voisinage des canaux demi-circulaires; le conduit auditif interne est beaucoup plus rarement atteint. Dans les cas où le rocher est ainsi carié, nécrosé, vermoulu dans toute son épaisseur, on observe souvent des lésions graves vers le cerveau et les membranes. Ainsi la dure-mère est noirâtre et séparée des os , et la portion correspondante du cerveau , ainsi que nous l’avons déjà dit , est ramollie ou le siège d’un vaste abcès le plus souvent enkysté, et dont la cavité communique quelquefois avec l’intérieur de l’oreille à l’aide de plusieurs ouvertures ou pertuis du rocher.

Symptômes et marche de V otite aiguë. — Dans l’otite externe , les malades accusent une douleur d’abord faible , sourde , quelquefois seulement prurigineuse; dans d’autres cas elle est vive, lancinante, et arrache des cris; la mastication , les mouvements, l’impression du chaud et du froid l’exaspèrent ; l’ouïe de ce côté est diminuée ou perdue; les

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malades se plaignent d’éprouver des bourdonnements et des sifflements par suite du gonflement de la membrane qui obstrue ou oblitère le conduit. En même temps il existe un état de malaise, quelquefois de la fièvre avec céphalalgie ou hémicrânie. Si la douleur d’oreille est très vive , et si le sujet est nerveux , il peut survenir du délire. Cependant, vers le troisième ou quatrième jour, ces symptômes diminuent d’intensité , et cet amendement coïncide presque toujours avec un écoulement d’un pus inodore ou fétide qui a lieu par le conduit auditif, et s’arrête généralement au bout de quelques jours.

Dans l’otite aiguë interne , les accidents sont bien plus graves : ainsi la douleur d’oreille est atroce, intolérable; il y a delà fièvre, des nausées, des vomissements , une céphalalgie vive, de l’agitation, de l’insomnie, des* convulsions, du délire ou du coma. Ces accidents sont le plus souvent un effet purement sympathique ; mais quelquefois aussi ils indiquent une complication inflammatoire du côté des méninges ou du cerveau. La maladie se termine rapidement par suppuration. Lorsque du pus est ainsi accumulé dans la caisse du tympan , on peut , en auscultant l’oreille , entendre souvent pendant les violents efforts d’expiration, et lorsque l’air de la trompe traverse le liquide , une sorte de râle souscrépitant, et parfois même un véritable gargouillement (Méniere). Cependant le pus, après être resté plus ou moins longtemps emprisonné dans l’oreille, finit par se frayer une issue au-dehors; souvent il s’échappe brusquement et comme par flot par le conduit auditif externe , après avoir perforé la membrane du tympan ; plus rarement il s’écoule par la trompe d’Eustache , et les malades s’en aperçoivent par le pus qu’ils rejettent par expuition, et qui entretient dans la bouche une saveur et une odeur désagréables. Enfin l’apophvse mastoïde peut se carier et se perforer; le pus alors s’échappe par cette voie, après avoir produit un abcès extérieur.

Durée , terminaisons. — L’otite peut durer cinq ou six jours; d’autres fois elle se prolonge pendant un mois : au-delà de cette époque , on dit qu’elle est chronique. Lorsque l’inflammation n’atteint que le conduit externe , les malades guérissent complètement ; cependant il arrive parfois qu'ils conservent pendant longtemps un peu de dureté de l’ouïe, ce qui dépend probablement d’un peu d’épaississement de la membrane. Mais après l’otite interne , il est rare que les malades ne restent pas avec l’ouïe dure ; souvent même ils sont complètement sourds. Quelques uns succombent à la violence des accidents cérébraux.

Symptômes , marche et suites de l'otite chronique. — L’otite chronique, ou otorrhée purulente, peut succédera l’état aigu ou bien être primitive. Comme l’inflammation aiguë , elle peut être externe ou interne. Souvent il n’y a aucune douleur ; la maladie ne consiste qu’en un écoulement d’un pus jaune ou grisâtre abondant, accompagné de

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