‹ Traité élémentaire et pratique de pathologie interneChapitre 80 sur 140 · DE L’OTITE. UU · texte numérisé non relu

DE L’OTITE. UU

bruissement et de dureté de l’ouïe. Si la membrane du tympan est détruite , on verra de l’air sortir en bouillonnant on avec sifflement par le conduit auditif externe , lorsqu’on fait souffler fortement le malade , comme dans l’action de se moucher , mais en ayant soin de serrer le nez entre ses doigts pour empêcher l’air de sortir par les narines , et pour qu’il s’insinue dans l’oreille par l’ouverture de la trompe d’Eustache. On peut aussi, par le spéculum auris , constater l’état de la membrane du tympan. Si l’oreille interne est envahie , l’ouïe est presque toujours perdue, à cause des graves désordres qui se produisent : ainsi la suppuration est plus abondante; elle est grisâtre, sanieuse, noirâtre, fétide, mêlée à des fragments d’os, qu’on reconnaît pour être le plus souvent les osselets de l’ouïe , cariés ou nécrosés. Si le rocher est altéré, on finit par observer divers accidents cérébraux : ainsi quelques malades éprouvent une paralysie faciale lorsque la lésion, occupant l’aqueduc de Fallope , le nerf moteur de la face qui s’y trouve est comprimé et quelquefois détruit. Si le rocher est altéré dans toute son épaisseur , des symptômes cérébraux plus graves ne tardent pas à se manifester, tantôt d’une manière aiguë (encéphalite , méningite) , tantôt lentement abcès enkystés). Dans l’un et l’autre cas, on voit ordinairement diminuer alors la sécrétion purulente, ce qui s’explique par le travail inflammatoire du cerveau, qui agit sur l’oreille comme moyen révulsif.

On a décrit une espèce d’otite chronique qu’on nomme sèche , parce qu’elle ne s’accompagne d’aucune sécrétion morbide. Dans ce cas , le conduit auditif externe est d’un rouge vif et ne sécrète plus de cérumen ; on n’y trouve plus que quelques écailles , et il est le siège habituel d’une douleur prurigineuse ; l’ouïe est plus ou moins altérée. Si l’otite est interne, les malades ressentent une gêne profonde dans l’oreille; l’ouïe est dure, et lorsqu’on ausculte l’organe pendant une forte expiration , on sent que l’air ne pénètre pas dans les cellules mastoïdiennes , ou bien de temps en temps on entend un sifflement produit par le passage de l’air à travers des conduits plus étroits , en raison du boursouflement de la muqueuse. L’otite chronique a une durée indéterminée; peu de malades guérissent ; presque tous restent plus ou moins complètement sourds.

Diagnostic. — Le diagnostic de l’otite externe ne peut présenter aucune difficulté. Il n’en est pas de même de l’otite interne à sa première période. Lorsqu’en effet il n’y a encore aucun écoulement, la violence de la douleur et les accidents cérébraux qui existent pourront faire croire à une méningite. Mais dans l’otite , la douleur, quelque générale qu’elle soit, siège surtout dans l’oreille. La pression exercée sur l’os temporal et surtout sur l’apophyse masloïde l’exaspère; il en est de même des mouvements de la mâchoire. Les bourdonnements d’oreilles, la surdité et les résultats d’auscultation permettent encore d’établir le dia-

DES INFLAMMATIONS

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gnostic de la maladie. Ces caractères différencient encore l’otite de Yotalgie , sorte de névralgie d’un des nerfs de l’oreille (nerf acoustique, corde du tympan, rameau anastomotique de Jacobson). Dansl’otalgie il y a une douleur vive, atroce, qui se développe subitement et cesse de même. Lorsque le pus s’échappe au-dehors , on ne peut plus conserver de doute sur la nature de la maladie ; cependant, il importe d’être prévenu que la suppuration peut s’échapper par la trompe d’E ustache. Il importe aussi, pour le pronostic, de déterminer l’étendue des désordres. Pour y parvenir, on n’a qu’à se rappeler ce que nous avons dit plus haut sur les signes qui annoncent la perforation du tympan et la carie du rocher.

Pronostic. — L’otite externe n’est grave que parce qu’elle amène souvent à sa suite l’otite interne. Celle-ci constitue toujours une affection fâcheuse , puisqu’elle occasionne presque nécessairement une infirmité incurable et que souvent elle a une issue funeste.

Etiologie. — L’otite affecte surtout les enfants et les jeunes gens. On dit que les scrofuleux y sont plus prédisposés ; mais les nombreux écoulements d’oreille qu’on observe chez eux ne dépendent pas toujours d’un travail inflammatoire; ils sont plus souvent l’effet d’une simple sécrétion morbide, d’un catarrhe, ou bien ils dépendent d’une altération des os, semblable à celle qu’on observe dans plusieurs autres parties du corps et à laquelle l’inflarhmalion est tout-à-fait étrangère. Mais il est plusieurs maladies vers le déclin desquelles l’otite survient très fréquemment : ce sont surtout la variole, la rougeole, la fièvre typhoïde, et la phthisie pulmonaire parmi les maladies chroniques. Dans la plupart des cas, l’otite survient d’une manière tout-à-fait spontanée ou sous l’influence de causes toutes locales, telles que l’impression d’un courant d’air froid reçu sur l’oreille , l’accumulation du cérumen , l’introduction d’un corps étranger , certaines opérations, pour détruire des végétations et des polypes. Itard et quelques médecins après lui ont cru qu’un abcès primitivement développé dans le cerveau pouvait, en s’ouvrant dans l’oreille interne , enflammer celle-ci et produire une variété d’otite qu’on a nommée otorrhée cérébrale ; mais des faits plus sévèrement observés ont prouvé que, loin d’être cause de l’otite, l’abcès cérébral notait qu’une lésion consécutive à l’inflammation de l’oreille.

Traitement. — Il faut opposer à l’otite aiguë un traitement antiphlogistique proportionné à sa gravité. Dans l’otite externe et peu intense , on se borne à l’emploi de quelques injections émollientes dans l’oreille, de cataplasmes calmants sur l’organe, de pédiluves irritants. Si la douleur est vive, il est indiqué d’injecter dans l’oreille une solution d’opium (25 à 30 centigrammes pour 60 grammes d’eau); on appliquera un certain nombre de sangsues sur l’apophyse mastoïde et à la tempe , et, s’il y a beaucoup de fièvre, on ouvrira la veine du bras. Ces mêmes

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