DU TYPHUS , OU PESTE D’EUROPE , COMPARÉ A LA FIEVRE TYPHOÏDE
Synonymie. — Fièvre pestilentielle , typhus contagieux ; fièvre de Hongrie; des hôpitaux, des camps, des prisons; fièvre flétècliidlfe lenticulaire, etc.
La plupart des médecins modernes nomment typhus ou peste d’Europe, une maladie aiguë fébrile, essentiellement contagieuse, en général épidémique, qui offre pour principaux symptômes une céphalalgie avec de la prostration, de la stupeur et du délire, divers exanthèmes cutanés, et des signes de phlegmasiedu côté de la muqueuse entéro-pulmonaire.
Historique. — Lè typhus a certainement toujours existé ; mais c’est surtout à dater du xvie siècle qu’il à plus spécialement fixé l’attention des médecins. Depuis cette époque, on l’a presque constamment vu régner dans quelque province d’Europe , sévissant dans les prisons, dans les hôpitaux, sur les navires , dans les villes assiégées; il s’est presque toujours montré dans le cours ou à la suite des guerres, et spécialement pendant la glorieuse lutte que la France a soutenue pendant vingt-cinq ans contre l’Europe coalisée.
Les anciens médecins, et ceux même qui ont illustré les deux derniers siècles , tels que Sydenham , Cullen , Chirac , Stoll , regardaient le typhus comme n’étant qu’une variété de la fièvre putride ou maligne (fièvre typhoïde). Cependant , au commencement decesiècle, J. Franck, et surtout Hildenbrand, ont considéré le typhus comme une maladie spéciale , et différant essentiellement des autres fièvres graves. Cette doctrine était généralement adopté, lorsqu’en 183AM. Chomel, se fondant sur l’analogie qui existe entre les symptômes du typhus et ceux de la fièvre typhoïde, regarda comme une chose probable l’identité des deux maladies (1). Cette présomption du célèbre professeur est devenue une certitude depuis la publication du beau travail de M. Gaultier de Claubry, dans le t. 7, des Mémoires de l’Académie de médecine, et l’excellente relation qu’un habile médecin de Reims, M. Landouzy, a donnée de l’épidémie de typhus qui régna dans la prison de cette ville de 1839 à 18 AO (2).
Comparaison du typhus et de la fièvre typhoïde. — Le typhus , comme la fièvre typhoïde, débute par une céphalalgie intense, par la stupeur et la prostration des forces; on observe dans l’un et dans l’autre , et à peu près au même degré , des bourdonnements d’oreilles , de la surdité et des épistaxis; ces derniers pourtant sont peutêtre un peu moins fréquents dans le typhus. La somnolence , le coma
(1) Clinique méd., t. I, p. 338. Paris, 1834.
(2) Arch. gin. de Méd., 3* série, t. xm. 1842.
DES FIÈVRES
et le délire sont des symptômes également communs aux deux maladies. Il paraît constant seulement que dans le typhus les troubles de l’intelligence se manifestent plus tôt que dans les fièvres typhoïdes. Dans l’un et dans l’autre encore, on constate une éruption de taches rosées lenticulaires , accompagnées ou non de pétéchies. La seule différence qui existe pour ce symptôme dans les deux maladies, c’est que dans le typhus l’éruption des taches lenticulaires se fait dès le quatrième jour, c’est-à-dire plus tôt que dans la fièvre typhoïde, où communément elle est moins abondante et moins générale. En outre , les pétéchies sont aussi rares dans la fièvre typhoïde que communes dans le typhus, tandis que l’inverse a lieu pour les sudamina. Dans les deux affections , la langue se sèche et brunit et les dents s’encroûtent de fuliginosités. Il y a de la soif, de l’anorexie et parfois des vomissements; mais les autres troubles des organes digestifs, comme les coliques, la diarrhée, le météorisme, le gargouillement dans la fosse iliaque, qui sont des phénomènes presque constants dans la fièvre typhoïde, manquent, au contraire, fréquemment dans le typhus. C’est ainsi que M. Landouzy ne les a point rencontrés dans l’épidémie de Reims : la diarrhée seule a été notée quatre fois, tandis que M. Gaultier de Claubrv regarde ces symptômes comme ordinaires dans cette affection. Du côté des voies circulatoire et respiratoire, nous ne voyons, au contraire, aucune différence : ainsi c’est dans les deux affections le même appareil fébrile, le meme râle sibilant, intense et généralisé; les poumons ont la même tendance à s’enflammer ; toutefois la pneumonie est peut-être moins commune dans le typhus que dans la fièvre typhoïde; mais il faut l’attribuer, sans doute , à la marche plus rapide du premier, ce qui ne donne pas à certaines complications le temps de se développer. 11 semble également constant que les hémorrhagies et les perforations intestinales, et peut-être aussi les escarres, sont des accidents moins communs dans le typhus que dans la fièvre typhoïde. D’après certains auteurs, il paraîtrait que dans le premier on observe assez souvent des parotides; toutefois, ce symptôme manque fréquemment; il n’est pas d’ailleurs spécial au typhus , car on l’observe quelquefois dans les fièvres typhoïdes ordinaires. Il en est de même d’une odeur de souris qu’exhalent les malades , caractère auquel M. Landouzy a attaché trop d’importance , puisqu’on la retrouve parfois aussi marquée dans les fièvres typhoïdes ou dans de simples affections cérébrales. Dans l’une comme dans l’autre , la marche peut être rapide ou lente ; toutefois, il est vrai de dire que le typhus est généralement plus promptement funeste ; ce qui ne peut constituer qu’une différence de degré ou d’intensité , dépendant probablement du caractère épidémique de la maladie dans le second cas , et des causes plus graves qui président à